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COLLECTION DE TEXTES
POUR SERVIR A L* ETUDE ET A i/ ENSEIGNEMENT DE LHISTOIKE
LA
CHRONIQUE DE NANTES
(570 environ-1049)
Publiée avec une introduction et des notes
René MERLET
Archiviste d'Eure-et-Loir
PARIS
ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
Libraires des Archives nationales et de la Société de l'Ecole des Chartes
82, Rue Bonaparte, 82
1896
M. A. DE LA BOUDERIE
MEMBRE DK L INSTITUT
HOMMAGE RESPECTUEUX ET RECONNAISSANT
r
INTRODUCTION
i.
ÉDITIONS ET MANUSCRITS
UTILISÉS POUR RECONSTITUER LA CHRONIQUE DE NANTES.
La Chronique de Nantes, source presque unique de nos
informations sur l'histoire de Bretagne au xc siècle, n'a été
éditée qu'une seule fois, en 1707, par dom Lobineau1, et encore
cette édition n'est-elle que fragmentaire. Il peut paraître étonnant
(pie Ton n'ait pas depuis lors publié intégralement cette chro-
nique; mais cela s'explique par ce qu'on ne possède plus le ma-
nuscrit original où elle était transcrite, et qu'on n'en a point de
copie complète. De nos jours, les érudits bretons semblent avoir
espéré retrouver ce manuscrit, qui, au siècle dernier, avait
échappé aux investigations des Bénédictins, et c'est, je crois,
dans l'attente de cette trouvaille, qu'on a négligé de rééditer un
texte, dont on s'accorde à reconnaître l'importance. Mais, après
les recherches faites de tous côtés, il y a lieu de penser qu'on ne
découvrira peut-être jamais ce manuscrit, perdu depuis plusieurs
1. Histoire de Bretagne . t Q, col, 3Ç-49. L'édition de dom Lobineau
a été entièrement reproduite par dom Morice, en 1742, dans le tome L*r des
Preuves de l'Histoire de Bretagne (col. 135-149), et partiellement p.ir
dom Bouquet, en 1 7 '• * * e( 1752, dans Les tomes \ll et NUI du Recueil lies
Historiens des Gaules tl de la France (p. 217-221 et 275-278).
vin INTRODUCTION
siècles: c'est pourquoi je n'ai pas jugé inopportun de tentera
nouveau une œuvre de restitution que l'on a jusqu'à présent
hésité à entreprendre.
Dom Lobineau a placé en tête de son édition le titre suivant :
Chronicon Namnetense, restitutum auxilio fragmentorum ejus-
dem, a Petro Le Baud laudatorum, quae in Chronico Briocensi
reperta sunl; etveteris collectionis manuscriptae, quae in eccle-
sia Namnetensi asservatur. Pour établir le texte de la Chronique
de Nantes, dom Lobineau a donc fait usage de trois compilations
diverses, où se rencontraient des fragments plus ou moins impor-
tants de l'œuvre qu'il se proposait de reconstituer. Ces compila-
tions sont: 1° Y Histoire de Bretagne de Pierre Le Baud1 ; 2° la
Chronique de Saint-Brieuc ; 3° un Becueil manuscrit (Vêtus
collectio manuscripta), alors conservé dans les archives de l'église
de Nantes, et sur lequel dom Lobineau ne nous a laissé aucun
renseignement précis 2.
De ces ouvrages les deux premiers sont actuellement connus;
quant au troisième, il n'existe plus aujourd'hui, et c'est la dispa-
rition de ce Becueil manuscrit, qui donne une certaine valeur à
l'édition de dom Lobineau. Il est évident, en effet, que les va-
riantes, qui ne se retrouvent ni dans ÏHistoire de Bretagne de
Pierre Le Baud, ni dans la Chronique de Saint-Brieuc, pro-
viennent du Becueil manuscrit de l'église de Nantes. Je les ai
toutes relevées avec soin et les ai publiées en les accompagnant
de la lettre D, qui est celle dont je me suis servi pour désigner
l'édition de dom Lobineau tout entière: j'ajouterai que ces
variantes ont en général peu d'importance.
Dom Lobineau, à ce qu'il semble, aurait pu tirer meilleur
parti des sources dont il disposait. S'il est excusable de n'avoir
pas utilisé plusieurs manuscrits, qui n'avaient point encore été
1. Cette Histoire avait été publiée en 1638, à Paris, par d Hozier en un
volume in-folio. G est de cette édition que dom Lobineau fit usage : mais,
comme on le verra par la suite, il existe une autre Histoire de Bretagne
inédite du même P. Le Baud, que dom Lobineau n'a pas utilisée et dont il
importe de se servir pour reconstituer le texte de la Chronique de Nantes.
2. D'après les différents récits extraits par dom Lobineau de ce Recueil,
on voit que cette compilation assez confuse avait été formée, au xvc siècle
probablement, par un chanoine de Nantes, et qu'elle offrait une grande ana-
logie avec un autre recueil manuscrit, appartenant aujourd'hui à M. A. de la
Borderieet dont il sera question plus loin,
ÉDITIONS ET MANUSCRITS ix
signalés de son temps, il lui eûl été possible, en comparant plus
attentivement lune à l'autre Y Histoire de P. Le Baud et la
Chronique de Saint-Iîrieuc, d'améliorer son œuvre et de la
compléter. Pour faire voir combien son édition est insuffisante,
je dirai que, sur les cinquante-deux chapitres dont je publie le
texte, vingt y font totalement défaut1, six manquent pour la
plus grande partie ou sont résumés en quelques mots2, trois sont
conçus en termes différents 3. Quant aux vingt-trois autres cha-
pitres, on y remarque encore ça et là de graves omissions1.
Mieux qu'aucune autre considération, ce simple exposé montre
qu'il n'était pas inutile de rééditer la Chronique de Nantes.
Jusqu'à la fin du xve siècle, les chanoines de la cathédrale de
Nantes conservèrent dans leurs archives le manuscrit, peut être
autographe, du chroniqueur nantais. Un procès-verbal, daté du
11 mars 1494, prouve qu'à cette date ce manuscrit était enfermé
sous clefs dans le Trésor des lettres de ladite église. Ce curieux
procès-verbal mérite d'être reproduit ici en partie ;:
A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront Jehan Le Clerc et
Jehan Chevalier, notaires en la court de Nantes, salut en Nostre Seigneur.
Sçavoir faisons que, le vingt-neuviesme de décembre derroin passé, le roy.
noslre souverain seigneur, lors estant en la librairie de L'église cathédrale de
Nantes, et avecques luy, entre autres, Messieurs l'évèque de Sainct-Mallo cl
Le président de Ganat, nous commanda, comminsl el députa pour prendre et
recepvoir, des arches el escrins de ladite église, certaines Lettres et Chartres
anciennes, qui nous seroinl demonstrées et communiquées par les chanoines
cl suppostz d icelle, et dont il avoit baillé la déclaration à maistre Charles
1. Ce sont les chapitres i, n, ix, xv, xvi, jcvii, xvm, \i\. w. exxiii,
\\\\, \i.iii. \i.iv, \i.v, m. vu, \i.viii, et les chapitres I, n. Il] et iv des
Miracula.
2. Chapitres \n. \xvi, xxviii, xxxvi, xxxvii el xlii.
.*}. ( ihapitres xi, xm el xxi.
'i Voir SUrtOUl chapitres m. vi, \. wvii. \\\i el \\\i\.
5 Je dois la communication de ce! acte à L'obligeance de M V.de LaBor-
derie, qui m'a adressé à ce sujet les renseignements suivants: «La pièce, dont
a je \<>iis envoie la copie, a été vue et transcrite par moi, il v a environ qua-
« ranle ans, dans ce que je n'ose pas appeler Les archives du Chapitre de
« Nantes: celait une armoire, percée de trous dans son tond et ses p
« reléguée dans le logement du suisse de la cathédrale, et où b' entassaient,
u pêle-mêle avec de vieilles nippes d'enfants de chœur, certaine quantité de
« paperasses sans aucun ordre. »
x INTRODUCTION
Meschinot, chantre de la dite église ; et icelles lettres et chartres exempler,
colationner et réduire en forme publicque et autenticque, que foy y soit
adjoutée. Pourquoy nous, dessusditz notaires, en obéissant aux commande-
ments dudit seigneur et vacant à ladite susdiction, le derroin jour de janvier
ensuivant, nous suïsmes transportez à ladite église et ou revestiaire d'icelle,
où sont les lettres et chartres de ladite église en cofïres et escrins fermez, et
illecques trouvasmes ledit président, maistre Guillaume Larchier, doyan,
ledit Meschinot, chantre, Pierre Besicle et Jacques de la Motte, chanoines de
ladite église et vicaires, le siège épiscopal vacant, avecques maistre François,
Pastorel, Jehan Allis, Jehan Leprince, aussi chanoines di celle ; lequel pré-
sident, en présence des dessusdits, nous a advertiz et commandez de par
ledit seigneur procéder et besoigner au faict de ladite commission et com-
mandement o toute diligence. Lesquels vicaires et chanoines, après avoir ouy
nostre charge et pétition, ont franchement et libéralement faict ouvrir les-
dits coffres et escrins, paradvant fermez à troys claveures et troys clefz gar-
dées par ledit Meschinot, maistre François Pastourel et Jehan Allis, cha-
noines, par chaqun d'eux une clef; lesqueulx, en présence desdits vicaires,
jurèrent et firent foy avoir loyaument et sans fraude jusqueslors lesdites clefs
gardées et conservées, et, après ouverture desdits coffres faicte, monstrèrent
lesdites chartres et lettres à nous, dits notaires, saines et entières, sans
aucune suspicion, comme de prime face apparoissoit, qui, selon ladite décla-
ration, les pranseïsmes et receumes, selon ce que cy après est faict mention,
pour icelles doubler, exempler et colationner, comme dict est, en la présence
desdits doyen et chantre. Et ont lesdits vicaires, en tant que mestier est,
décerné foy estre adjoutée à la copie, qui par nous notaires sera faicte,
comme à l'original. — Premièrement exhibèrent une Chronicque ancienne,
escripte en parchemin en lettres de forme, gardée au trésor des lettres
de ladite église, dans laquelle Chronicque, entre autres choses, est contenue
une lettre insérée, par laquelle Herispogius, roy de Bretagne, rendit à l'église
de Nantes la moitié du revenu de l'imposition sur les marchandises deucs à
la prévauté de Nantes, que ses prédécesseurs avoint empesché, comme est
contenu en ladite Chronicque, de laquelle la teneur ensuist.
La charte du roi Erispoé est transcrite en entier à la suite de
ce procès- verbal. Or Pierre Le Baud et le chroniqueur de Saint-
Brieuc, qui eurent entre les mains le texte complet de la Chro-
nique de Nantes, témoignent que cette charte en faisait réelle-
ment partie1. La Chronicque ancienne, escripte en parchemin
ei lettres de forme, conservée en 1494 dans les Archives du
1. Voir chapitre xiv, p. 44- i8.
EDITIONS ET MANUSCRITS xi
chapitre nantais, était donc un manuscrit de la Chronique de
Nantes, peut-être même le manuscrit autographe.
Depuis la fin du xvc siècle, on perd la trace de ce précieux
volume, sans qu'il soit possible de se rendre compte de la cause
de sa disparition ; et malheureusement, comme je Lai déjà dit,
aucune copie intégrale n'en est parvenue jusqu'à nous.
Dans le temps même, où fut rédigé le procès-verbal qu'on
vient de lire, un prêtre manceau, nommé Pierre Le Baud1,
s'occupait activement de compulser les anciennes annales con-
servées dans les églises et les monastères de Bretagne. Le Baud
était un compilateur qui, chose rare à cette époque, avait, jusqu'à
un certain point, l'intuition de la véritable méthode historique.
Dès 1480, à la prière de Marguerite, duchesse de Bretagne, il
avait rédigé une Histoire abrégée des ducs cl princes de Bre-
t&gne*. Il dit à la fin de cet ouvrage: « Ces choses sont escriptes
en livres et cronicques non cogneuz » (f° 19 v°). Le 4 octobre
1 i(.)S, la reine Anne de Bretagne lui fit expédier des lettres pour
avoir communication de tous les titres des chapitres, abbayes,
communautés et archives du pays3. En vertu des ordres de la
reine, qui lui ouvraient toutes les bibliothèques de la région,
Pierre Le Baud put augmenter promptement la collection de
notes qu'il avait déjà formée depuis de longues années4 ; et, des
documents ainsi assemblés, il composa entre 1498 et 1505 une
Histoire de Bretagne qu'il dédia à la reine Anne. Le manuscrit
1. Pierre Le Baud naquit veri 1«' milieu du \v >ièclc, du mariage de
Pierre Le Baud, seigneur de Saint-Ouen au Maine, avec Jeanne, fille bâtarde
de Patri, seigneur de Châteaugiron et de Derval. Il embrassa l'étal ecclésias-
tique et devint successivement secrétaire de Jean de Châteaugiron, orateur de
la duchesse de Bretagne, Marguerite, chantre do 1 église collégiale de Saint-
Tugdual <le Laval, trésorier de la Magdeleine de Vitré, aumônier de Guj \\ .
comte de Laval, conseiller et aumônier d'Anne de Bretagne, laquelle le fit
élire évêque de Bennes en 1500 ; mais Pierre Le Baud mourut en cette même
innée, avant que ses lettres de provision ne fussent venues de Borne (Voir Du
Paz. Histoire généalogique aie plusieurs maisons illustres de Bretagne.
Pans, 1620, in-folio, |>. 258, et Hauréau, Histoire littéraire du Maine,
II. If..")- 175).
2. ('elte histoire, médite, je crois, e>t conservée à la Bibliothèque Natio-
nale, ins. français 6011.
:>. I). Lobineau, Histoire de Bretagne, I. 822. Cf. plus loin, p.
WXVI 11".
'». Comme on le -verra par là suite. P. Le Baud, dès 1480 au plus tard.
avait entrepris le dépouillement des vieilles chroniques armoricaines.
xii INTRODUCTION
original de cette histoire était, au commencement du xvne siècle,
en la possession de Sébastien de Rosmadec, baron de Molac,
gouverneur de Quimper-Gorentin. Sébastien de Rosmadec com-
muniqua son manuscrit * à d'Hozier, qui, en 1638, l'édita à
Paris, chez Gervais Alliot, en un volume in-folio.
Le plan de Y Histoire de Bretagne est bien conçu. Pierre
Le Baud a le plus souvent traduit littéralement et abrégé quel-
quefois les principaux passages des annales et chroniques qu'il
découvrit au cours de ses investigations dans les archives bre-
tonnes. Il a ensuite juxtaposé, suivant un ordre rigoureusement
chronologique, tous ces extraits de vieux auteurs, et il en a
formé une compilation extrêmement précieuse non seulement
pour l'histoire de la province, mais aussi pour l'histoire générale
de la France. En effet, un grand nombre de documents qu'il eut
entre les mains ont aujourd'hui disparu, et, quand on considère
avec quelle exactitude il a reproduit les œuvres que nous con-
naissons d'ailleurs, on est tenté d'accorder à ses traductions
d'annales perdues une confiance approchante de celle qu'on
aurait pour les originaux eux-mêmes. Le Baud a, en outre,
constamment indiqué à quelles sources il empruntait son récit.
On peut se rendre compte ainsi qu'il a traduit presque in-
extenso la Chronique de Nantes et l'a insérée dans son Histoire
de Bretagne. Je regarde comme certain qu'il eut communication
du manuscrit, contervé en 1491 dans les Archives du Chapitre
de Nantes ; mais je pense que, lorsqu'il rédigea son Histoire, il
n'utilisa pas l'original même. Il dut se servir d'une copie qu'il
en avait fait faire ; car quelques variantes, telles que Carnotensis
au lieu de Tarvanensis (voir plus loin, p. 41 et 43j, Namnetensi
au lieu de Venetensi (p. 41), Cainone au lieu de Bainone (p. 67),
vicis et foris au lieu de intas et foris (p. 92), portum Tara-
rium au lieu de portant Carariam (p. 95), etc., constituent des
erreurs qu'il n'aurait sans doute pas commises, s'il eût eu alors
le manuscrit original sous les yeux. Mais, d'autre part, la copie
qu'il employa dérivait directement du manuscrit de Nantes,
1. Ce manuscrit original est aiijoard hui conservé à Londres au Musée bri-
tannique, fonds Harléien, n°.4371. Voy. Le Roux de Lincy, Vie de la relue
Anne de Bretagne, t. II, p. 37 . La Bibliothèque Nationale en possède une
copie presque contemporaine (fonds français, nouv. acq., n° 2615).
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xni
comme le montre le fait suivant. Deux auteurs inconnus, pro-
bablement chanoines de la cathédrale de Nantes, composèrent
au xvc siècle une double compilation latine, où ils firent entrer
divers chapitres empruntés à la Chronique de Nantes. L'une de
ces compilations est celle qu'a signalée dom Lobineau sous le
titre de Velus collectif) manuscripta ecclesiae Namnetensis *;
l'autre, dont il sera parlé plus loin, appartient aujourd'hui à
M. A. de la Borderie. Il paraît incontestable que ces deux
auteurs, nantais d'origine, copièrent sur le manuscrit original de
la Chronique, alors dans les archives du chapitre, les passages
qu'ils ont reproduits dans leurs compilations. Or l'un et l'autre
nous ont conservé le texte du chapitre xlvi de la Chronique
de Nantes, et l'une et l'autre transcription nous offrent pour ce
chapitre une même lacune de quelques lignes (voir plus loin,
p. 136). Il en résulte qu'en cet endroit le manuscrit original
était lacéré ou bien que l'usure du parchemin avait rendu le
passage illisible; et, comme cette même lacune se remarque
dans la traduction de P. Le Baud, on en peut conclure que la
copie, dont cet historien fit usage, avait été prise aussi sur le
manuscrit nantais.
L'ouvrage de Pierre Le Baud est, de tous les recueils manus-
crits ou imprimés actuellement connus, celui qui renferme le plus
grand nombre d'extraits de la Chronique de Nantes. Le soin ex-
trême, que Le Baud apporte ordinairement à recueillir les moin-
dres faits intéressant l'histoire de Bretagne aux époques an-
ciennes, est un sûr garant qu'il n'a dû passer sous silence aucun
passage important de cette Chronique. On peut s'en convaincre
aisément. Dom Martène, en effet, a publié, en 1717, un long
fragment de la Chronique de Nantes. Ce fragment, dont je par-
lerai tout à l'heure, embrasse, dans mon édition, les chapitres vi
a kxii, qui sont complets et se suivent sans offrir de lacune. Or,
sur ces sei/.e chapitres, Le Baud en a traduit ou résumé quatorze.
D'ailleurs, la plupart des passages de la Chronique de Nantes,
(pie Le Baud a négligé d'insérer dans son Histoire de Bretagne,
dédiée à la reine Anne, ont été reproduits par lui dans une autre
compilation française encore Inédite. Celte compilation avait été
1 . \ oir plus haut . page vin, n _
xiv INTRODUCTION
rédigée par Le Baud, dès 1480 environ, à la prière de Jean, sire
de Derval et de Châteaugiron *, dont il était secrétaire. L'auteur
s'exprime ainsi dans la Préface: « Je, Pierre Le Baut, secrétaire
« de hault et puissant Jehan, sire de Derval, de Gombour, de
« Chasteaugiron, de Rogé et de Saint-Mars, mon seigneur très
« redoubté, non de mon propre mouvement ne audace, mais
« contrainct par l'estroit lien de son commandement, emprins et
« craintivement me suys aventuré à escripre la compillacion des
« cronicques et ystoires des très nobles roys et princes de Ere-
ce taigne Armoricque 2. » — Le manuscrit original de cette se-
conde compilation est actuellement à la Bibliothèque nationale
de Paris (fonds français, n° 8266). C'est un magnifique volume
in-folio en vélin, du xve siècle, de 399 feuillets, orné de très belles
miniatures. L'une d'elles représente Pierre Le Baud lui-même à
genoux, offrant son manuscrit à Jehan de Châteaugiron, entouré
de sa famille3.
Au moyen de ces deux ouvrages de Pierre Le Baud, l'un dédié
à la reine Anne de Bretagne, l'autre à Jean de Châteaugiron, on
peut reconstituer la traduction française à peu près complète de
la Chronique de Nantes. J'ai désigné, dans mon édition, le pre-
mier de ces ouvrages par la lettre E, le second parla lettre F.
Possédant la traduction française de la plus grande partie de la
Chronique de Nantes, il m'a été possible de résoudre certaines
difficultés que présentait la restitution du texte latin, et de re-
trouver divers morceaux de cette Chronique, là où personne ne
paraissait en avoir soupçonné l'existence. Le plus important de
ces morceaux est celui qui fut publié en 1717 par dom Martène
sous le titre de Fragmentum historiae Britanniae Armoricae * ,
1. Jehan de Châteaugiron mourut le 31 mai 1482, comme en témoigne son
épitaphe, puhliée par Du Paz, Hist. généal. de plusieurs maisons M. de
Bret., p. 173.
2. Ms. français, 8266, f° 5 r° et v°. — Cette compilation est divisée en
trois parties : la première comprend 18 chapitres, la deuxième 32, la troisième
247 ; elle s'arrête à 1458, date de la mort du duc Arthur III.
3. Cette miniature a été reproduite en gravure dans Y Hist. de Bretagne
de dom Lohineau, qui nous apprend qu'au commencement du xvme siècle ce
manuscrit appartenait à M. de Piré-Rosnyvinen {Hist. de Bretagne, I, 822).
— La bibliothèque municipale d'Angers possède une copie ancienne de ce
manuscrit (Hauréau, Hist. littéraire du Maine, II, 167).
4. Doms Martène et Durand, Thésaurus noms anecdotorum, III, col.
829-844.
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xv
d'après un manuscrit de la Chartreuse du Val-Dieu au diocèse de
Sées1. Soit que ce manuscritdu Val-Dieu fût évidemment incom-
plet, soit pour quelque autre motif, dom Martène comprit qu'il
n'avait sous les yeux qu'une portion d'une chronique plus consi-
dérable2, comme le prouvent le titre qu'il mit en tête de son édi-
tion, et aussi les mots qu'il ajouta à la fin : et cetera, non plura
codex manuscriptus. Mais le savant bénédictin ne sut pas déter-
miner à quelle œuvre appartenait ce Fragment.
Il lui eût été d'ailleurs assez difficile d'identifier le texte qu'il
venait de découvrir avec celui de la Chronique de Nantes, tel
qu'il avait été établi, en 1707, par dom Lobineau. Le texte de
dom Lobineau présentait tant d'omissions et d'incorrections,
qu'il était naturel de penser que les deux récits émanaient d'au-
teurs différents. Cela est si vrai que dom Bouquet, en 1719, in-
séra l'un et l'autre dans son Recueil des Historiens des Gaules et
de la France2, sans s'apercevoir qu'il reproduisait deux fois la
même œuvre4; et, encore aujourd'hui, on se réfère habituelle-
ment au Fragment du Val-Dieu et à la Chronique de Nantes
comme à deux sources historiques distinctes, de valeur diverse.
Que le l 'raffinent du Val-Dieu soit un simple extrait de la
Chronique de Nantes, c'est ce qu'il est aisé de faire voir. En effet,
sur les seize chapitres, dont se compose ce Fragment*, quatorze
ont été traduits littéralement ou fidèlement résumés par Le Baud
dans son Histoire de Bretagne, et, en tête de chacun de ces cha-
pitres, Le Baud prévient son lecteur qu'il ne fait que reproduire
le récit même de la Chronique de Xantes. Il se sert des expres-
1. Ex manuscripto Cartusiae Vàllis-Dei, in diocesi Sagiensi, cujus
manuscriptos libros, annuente II. P. domno fnnoeeniioLe Tellier, illius
cmiii moderatore dignissimo, nec vulgari eruditione praedito, per-
folvere mihi licuit. ilbid.. col. S2lJ). 1). Martène ne nous a laissé aucune
description du manuscrit delà Chartreuse du Val-Dieu. La bibliothèque mu-
nicipale il UençOIl a recueilli une grande partie des volumes de 1 ancien cou-
vent du Val- Dieu ; niais le manuscrit, signalé [Kir 1). Martène, y a été vaine-
ment recherché.
2. Dans le manuscrit «lu Val-Dieu. Le récit s arrêtait à 1 année B89 : o-t
Cependant 1). Martène suppose crue I auteur do ce récit écri\ait au Kir* siècle
{Ibid , col. 829).
:;. Tome VII, p. i6-52 et 217-221.
\. Dom Bouquet présume que le Fragment du Vài-Dieu i été composé
au i\c siècle, et la Chronique de Nantes au xie.
o. Chapitre VI à \\n de mon édition.
xvi INTRODUCTION
sions suivantes : « Dit l'acteur de la dessus nommée Chronicque
« de Nantes (voir plus loin, p. 18); — Selon ladite Chronicque
« (p. 27); — Selon l'acteur des Ghronicques de Nantes (p. 31);
« — Raconte l'acteur de la Chronicque de l'église de Nantes
« (p. 32); — Dit l'acteur des Chronicques de l'église de Nantes
a (p. 42) », etc. Quant aux deux chapitres non traduits par Le
Baud l, ils se rapportent uniquement à l'histoire de la ville de
Nantes, et c'est en raison de leur intérêt tout local que Le
Baud les a passés sous silence. Les seize chapitres qui forment le
Fragment du Val-Dieu appartiennent donc bien à la Chronique
de Nantes, et, comme ils offrent exactement le même ordre dans
Y Histoire de P. Le Baud et dans l'édition de dom Martène, il en
résulte que nous avons là le texte primordial d'une partie impor-
tante de notre Chronique2 .
Ces chapitres, par un singulier hasard, sont ceux qui avaient
été le plus corrompus et le plus mutilés par les compilateurs du
xve siècle, et l'édition de dom Martène permet de suppléer heu-
reusement aux nombreuses lacunes que présentent en cet endroit
les autres manuscrits. L'édition de dom Lobineau témoigne ici
de l'insuffisance des divers recueils alors mis en œuvre ; car,
bien qu'ayant à sa disposition la traduction de Pierre Le Baud, il
ne put retrouver en tout ou en partie le texte latin des chapitres
ix, xi, xii, xiii, xv, xvi, xvn, xviii, xix et xx, soit dix chapitres
sur seize que contient le Fragment du Val-Dieu. Pour combler
les vides qu'il sentait exister dans son essai de restitution,
il emprunta à la Vêtus collectio manuscripta ecclesiae Nam-
nelensis le récit de la mort du duc Salomon et des troubles qui
1. Ce sont les chapitres ix et xx de mon édition. Encore faut-il observer
que la traduction du chapitre ix se retrouve dans la compilation inédite de P.
Le Baud, dédiée à Jean de Châteaugiron, ms. fr. 8266, f° 114, r°^ (Voir
plus loin, p. 25).
2. Un écrivain nantais du siècle dernier, l'abbé N. Travers, avait reconnu
que le Fragment du Val-Dieu constituait une partie de la Chronique de
Nantes. L'œuvre de cet érudit, demeurée manuscrite jusqu'en 1836, a été
alors publiée à Nantes, sous le titre & Histoire de la ville et du comté de
Nantes. On y lit à la page 130 du tome Ier: « Nous trouvons tous ces faits
« dans la Chronique de Nantes. Dom Lobineau qui l'a crue tout à fait
« perdue, a tâché de la rétablir sans y avoir entièrement réussi. Doms Mar-
« tène et Durand en ont publié un grand fragment sous le nom de Fragment
« d'histoire de Bretagne Dom Lobineau n'a point connu le fragment
« donné par ses confrères. »
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xvu
suivirent cet événement en Bretagne illist. de Bret.} II, col. 42).
Mais ce récit n'a jamais fait partie de la Chronique de Nantes, et
il constitue une interpolation. Le Fragment du Val-Dieu et
['Histoire de Pierre Le Baud en l'ont foi l.
Le manuscrit de la Chartreuse du Val-Dieu, que dom Martène
eut entre les mains, mais dont il n'a indiqué ni l'âge ni l'état ma-
tériel, avait été copié, je crois, sur l'exemplaire conservé dans les
archives du Chapitre de Nantes. Voici sur quel indice, assez léger
d'ailleurs, je fonde cette opinion que la perte de l'original m'em-
pêche d'établir plus solidement. Le Baud, qui eut communication
du manuscrit de Nantes, rapporte, dans son Histoire de Bretagne
(E, p. 117), que la lettre du pape Nicolas Ier au duc Salomon
commençait dans ce manuscrit parles mots, Nicolaus, episcopus,
Sâlomoni, régi Britonum. Ce simple titre d'episcopus, pris parle
pape Nicolas, est contraire à l'usage de la chancellerie pontificale.
C'est du reste une leçon particulière au manuscrit de Nantes ; car
les autres recueils, où a été anciennement transcrite cette lettre
de Nicolas Ier à Salomon, présentent la formule habituelle, Xico-
laus, episcopus, servus servoram Dei. Or ces trois derniers mots,
qui faisaient défaut dans le manuscrit de Nantes, manquaient
également dans celui de la Chartreuse du Val-Dieu (Voir plus
loin, p. 57 et 58). Le Fragment du Val-Dieu semble donc avoir
été extrait à une époque indéterminée du manuscrit nantais. Ce
fragment, tel qu'il a été publié par dom Martène, est désigné
par lalettre H dans mon édition.
Après les deux compilations de Pierre Le Baud, dont il a été
déjà question, le recueil historique, qui contient la portion la plus
considérable de la ("/ironique de Nantes, est celui qui est connu
s(>us le nom de Chronique de Saint-Brieuc. Cette œuvre, rédigée
en latin, est en grande partie inédite * ; elle a été, en 1890, l'objet
d'une étude spéciale de la part de M. P. -A. de Berthou, qui en a
fait le sujet de sa thèse de sortie de l'École des Charte- .
I. Le Baud, qui a reproduil dans son Histoire île Bretagne, p. 122, 123,
ce récil «le la mort de Salomon, témoigne L'avoir extrait d'Annales distinctes
de la Chronique de Nantes, annales qu'il désigne bous le nom de Chronic-
ques annaux.
'2. Des fragments de la Chronique de Saint-Brieuc ont été publiés dans
I Histoire <le Bretagne «le dom nforice (t I des Preuves), et dans Le tome
\ll «In Recueil des Historiens des Gaules et de lu France.
.'>. Le travail de M de Berthou n'a pas encore été publié, mai- Les conclu-
xviii INTRODUCTION
D'après M. de Berthou, le chroniqueur de Saint-Brieuc acheva
la rédaction de son ouvrage vers Tannée 1415. C'était un ecclé-
siastique, qui « écrivait avec un but politique, exaltant sans
« cesse les Bretons aux dépens des Anglais et des Français »*.
Il a inséré dans sa compilation la Chronique de Nantes presque
tout entière.
Ses emprunts commencent au récit de quatre miracles, surve-
nus à Nantes dans le cours du xe siècle 2. Ces récits miraculeux
constituent en quelque sorte un hors d'œuvre ; mais on y trouve
diverses allusions à des événements, qui ne sont rapportés que
dans la Chronique de Nantes elle-même. D'ailleurs, de part et
d'autre, le style est identique, et nous savons par Le Baud que
le chroniqueur de Nantes avait effectivement rédigé un Livre de
miracles3. Voilà donc deux ouvrages sortis de la plume d'un
même écrivain ; l'un servait de préface ou de suite à l'autre, et
ils étaient certainement transcrits ensemble dans le manuscrit
original, que possédaient au xve siècle les chanoines de la cathé-
drale de Nantes. C'est dans ce manuscrit que Le Baud prit
connaissance du Livre des Miracles, et ce doit être là aussi que
le chroniqueur de Saint-Brieuc copia les quatre faits merveilleux
dont il nous a conservé le texte.
Ces quatre récits légendaires composaient-ils à eux seuls ce
que Le Baud appelle le Livre des miracles? Cela est peu pro-
bable ; il est cependant impossible d'affirmer le contraire. D'autre
part, le Livre des Miracles servait-il d'introduction à la Chro-
nique de Nantes, ou bien lui faisait-il suite ? A s'en tenir aux
témoignages de Le Baud et du chroniqueur de Saint-Brieuc, on
serait tenté de croire que la relation des miracles occupait la pre-
mière place dans le manuscrit du Chapitre nantais. Mais, comme
au point de vue chronologique, ces faits merveilleux sont posté-
rieurs à la plupart des événements rapportés par la Chronique ;
sions principales en sont résumées dans les Positions des thèses soutenues
par les élèves de la promotion de 1890, Màcon, 1890, in-8° p. 1 à 30.
1. Ibid., p. 1.
2. Ce début est indiqué par une note marginale, placée vis-à-vis le récit
du premier miracle. Cette note est ainsi conçue : Cronice civitatis Nanine-
tensis ; elle se lit en marge d'un des manuscrits de la Chronique de Saint-
Brieuc (ms. lat. 9888 de la Bibl. Nationale, f • 65 r°, col. 2).
3. Le Baud désigne le chroniqueur de Nantes sous le titre & acteur du
livre des miracles et chronicques de l'église de Nantes (E. p. 113).
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xix
que, de plus, ils se réfèrent expressément à celle-ci, et que, d'ail-
leurs, ils forment une œuvre distincte, laquelle probablement ne
nous est pas parvenue en entier, je les ai renvoyés en appendice,
les publiant sous le titre de Miracula ecclesiae Namnetensis.
Le Livre des miracles mis de côté, le premier chapitre de la
Chronique de Nantes se présente de la môme manière dans la
traduction française de Pierre Le Baud et dans la compilation
latine du chroniqueur de Saint-Brieuc. Ce chapitre contient la
description de la basilique, construite à Nantes par l'évêque
Félix au VIe siècle ; puis, par une transition assez brusque, vient
ta récit de l'invasion normande, qui, en 84.3, sous le gouverne-
ment du duc de Bretagne, Nominoé, et sous le règne des fils de
l'empereur Louis le Pieux, causa la ruine de cet antique monu-
ment.
Les chapitres suivants ont été complètement défigurés par le
chroniqueur de Saint-Brieuc dans une intention toute politique.
Cet écrivain, admirateur déclaré de tous les faits et gestes de la
nation bretonne, a remanié' à sa guise la partie de la Chronique
de Nantes, correspondant aux règnes de Nominoé, d'Erispoé et
de Salomon (années 843-874 ; eh. vi-xxi). L'auteur de la Chro-
nique de Nantes (Hait loin en effet de glorifier tous les actes des
rois bretons du ixc siècle; aussi le compilateur de Saint-Brieuc
a-t-il supprimé, interpolé ou amplifié à dessein de nombreux pas-
sages dans l'œuvre de son devancier, afin de présenter sous un
joui- plus favorable la politique de Nominoé et de ses successeurs.
Il en résulte que j'ai eu peu de parti à tirer de la Chronique de
Saint-Brieuc pour l'établissement du texte des chapitres vi à xxi
de mon édition. Mais, je l'ai déjà dit plus haut, cette portion de
la Chronique de Nantes nous a été précisément conservée tout
entière par le Fragment du Val-Dieu ; il m'a été ainsi très facile
de l'aire dans la Chronique de Saint-Brieuc le dépari de ce qui
appartenait en propre à L'original et de ce qu'il fallait rejeter
comme apocryphe.
A dater de la mort du duc Salomon, L'histoire de Bretagne
n'offre plus guère, pendant près d'un siècle, (pie le tableau des
luttes acharnées que les princes bretons soutinrent contre les
Normands. Le chroniqueur de Nantes a relaté ce- luttes avec
détails. Il se montre dès lors narrateur assez impartial, formulant
rarement soit une Louange soit un blâme : mai- du simple exposé
xx INTRODUCTION
des faits se dégage une impression tout à l'avantage des ducs de
Bretagne et comtes de Nantes, Alain le Grand, Alain Barbetorte,
Hoël et Guérech (années 888-988 ; ch. xxi-xlii). Le compila-
teur de Saint-Brieuc pouvait donc puiser abondamment dans
cette seconde partie de la Chronique de Nantes sans crainte de
nuire au prestige de la nation armoricaine; et il la fait avec
d'autant plus de soin que les autres sources historiques étaient
extrêmement pauvres en renseignements sur cette période de
l'histoire de Bretagne. D'une comparaison minutieuse avec la tra-
duction française de Pierre Le Baud, il résulte que la Chronique
de Saint-Brieuc renferme le texte à peu près intégral des cha-
pitres xxi à xxvii, xxix à xxxiv, xxxvi à xlii de la Chronique de
Nantes, soit 20 chapitres sur 22.
C'est au récit de la mort du comte Guérech, survenue en 988
environ, que le compilateur de Saint-Brieuc a brusquement arrêté
ses emprunts à la Chronique de Nantes. Guérech, en effet, fut
le dernier comte de Nantes du xe siècle, dont l'influence prédo-
mina en Bretagne. Après lui, le gouvernement de la province
passa définitivement entre les mains des comtes de Bennes. Le
chroniqueur de Saint-Brieuc, qui s'appliquait spécialement à
retracer l'histoire des ducs de Bretagne, ne trouva plus rien à
tirer de l'œuvre du chroniqueur nantais, dont l'attention conti-
nuait à se concentrer tout entière sur les comtes et les évêques
de Nantes. — Le manuscrit autographe de la Chronique de
Saint-Brieuc est aujourd'hui perdu ; mais on en possède deux
copies du xvie siècle à la Bibliothèque Nationale de Paris, sous
les numéros 6003 et 9888 du fonds latin. G'està ces deux manus-
crits que j'ai emprunté le texte latin désigné parla lettre A dans
mon édition.
La dernière partie de la Chronique de Nantes (années 988-
1049; ch. xliii-xlviii), rédigée par un écrivain presque con-
temporain des faits qu'il relate, est celle qui, sans contredit, est
le plus digne de foi ; malheureusement c'est aussi celle dont la
physionomie originale s'est le moins bien conservée. La traduc-
tion de Le Baud, toujours exacte et complète, nous fournit la
substance même du récit ; mais le texte latin fait trop souvent
défaut. On vient de voir que la Chronique de Saint-Brieuc n est
plus ici d'aucune utilité. Cependant, grâce à l'obligeance d'un
érudit, aujourd'hui chef incontesté de l'école historique de Bre-
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xxi
lagne, M. A. de la Bordorie, il m'a été possible de rétablir dans
leur forme primitive les trois derniers chapitres de la Chronique
de Nantes.
Ces chapitres ont été insérés au xve siècle dans une sorte de
compilation informe, dont le manuscrit appartient à M. de la
Borderie. Cette compilation offre une grande analogie avec celle
que dom Lobineau a désignée sous le nom de Velus collectlo
manuscripta ecclesiae Namnêtensis . Toutes deux datent du
x\ •" siècle, toutes deux ont été vraisemblablement composées par
un chanoine de la cathédrale de Nantes, enfin elles contiennent
1 une et l'autre les mêmes extraits d'un certain nombre de chro-
niques. Ces divers points de ressemblance avaient fait croire à
M. de la Borderie, que le manuscrit dont il est possesseur
n'était autre que celui qu'avait autrefois utilisé dom Lobineau et
que l'on croyait perdu. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet en 1804:
« Ce recueil est celui que dom Lobineau et dom Morice ap-
« pellent Velus colleclio manuscripta ecclesiae Xamnctensis, et
« que nous avons eu le bonheur de retrouver à Nantes, il y a
a quelques années, au moment même où la dent des rats com-
« mencait à l'entamer. C'est un volume en papier petit in-folio,
>< où une main du xve siècle a entassé dans un grand désordre,
ci d'une écriture très hâtée et souvent très difficile à déchiffrer,
« une foule d'extraits divers de chartes, de chroniques, de
« textes historiques de toute nature, tous relatifs à la Bretagne.
« Nos bénédictins bretons ont largement moissonné dans
« champ, où il reste encore à glaner1. » — Cependant, en exa-
minant plus attentivement le manuscrit qui lui appartient, M. de
la Borderie a découvert des divergences entre ce recueil et la
Vêtus colleclio manuscripta de dom Lobineau. Particulièrement
en ce qui concerne la Chronique de Nantes } ces divergences sont
très sensibles. Ainsi le chapitre xi.vi, qui se trouve dans l'un et
l'autre recueil, présente de pari et d'autre (les variantes, qui ne
peuvent guère s'expliquer par des fautes de lecture: Alanumau
lieu (le Gosfridum p. 136) ; principio au lieu de principatu
(p. \M ; ceperunt au lieu de fecerunt ibidem . etc. I>e plus,
dans le manuscrit de M. de la Borderie. les chapitres \ivii et
t. Hibl. de /7>. des Chartes, I. x\\ (1863-6%), p. i03, nota 3.
xxii INTRODUCTION
XL vin suivent immédiatement le chapitre xlvi. Or dom Lobi-
neau n'a reproduit ni l'un ni l'autre de ces chapitres dans son
édition de la Chronique de Nantes ; et il est clair que le savant
bénédictin se fût bien gardé de les omettre, si la Velus Collectio
les eût contenus. D'où il résulte que le manuscrit de dom Lobi-
neau et celui de M. de la Borderie sont deux manuscrits diffé-
rents. Cette opinion est aujourd'hui celle de M. de la Borderie,
qui m'a prié de donner à son recueil le nouveau titre de Collectio
manuscripta de rébus Britanniae. J'ai désigné ce recueil par la
lettre C dans mon édition.
Tels sont les ouvrages imprimés et manuscrits, où j'ai retrouvé
des fragments de la Chronique de Nantes ; c'est au moyen de
ces matériaux que j'ai tenté de reconstituer l'œuvre disparue.
II.
ÉTABLISSEMENT DU TEXTE.
Le tableau, imprimé ci-contre, résume les conclusions princi-
pales du chapitre précédent. On y voit que les diverses parties
de la Chronique de Nantes, qui nous ont été transmises soit par
des copies encore existantes soit par d'anciennes éditions, déri-
vent toutes d'une source unique, qui est le manuscrit original,
actuellement perdu, mais conservé jusqu'à la fin du xve siècle
dans les Archives du Chapitre de Nantes. Ces différentes copies
ou éditions forment donc une seule famille et doivent être uti-
lisées, chacune au même titre, pour la reconstitution du texte
primordial. Il s'ensuit que les leçons, fournies par deux ou trois
d'entre elles, ont été généralement féréeprés aux leçons qui ne
se trouvent que dans une ou deux. A égalité numérique, les
leçons les moins satisfaisantes ont été rejetées en notes.
Il n'est pas probable que la Chronique de Nantes fût primi-
tivement divisée en chapitres ou paragraphes ; mais, pour mettre
plus de clarté dans le récit et pour faciliter les références, il a
paru avantageux de séparer les uns des autres les divers épisodes
et d'en faire autant de chapitres distincts.
Il me reste à rendre compte des motifs qui m'ont déterminé
à publier, en regard du texte latin, la traduction française de
ÉTABLISSEMENT DU TEXTE
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xxiv INTRODUCTION
Pierre Le Baud. Le premier de ces motifs est que i'œuvre de
Le Baud sert en quelque sorte de pièce justificative à mon édi-
tion. En effet, comme on ne possède plus de copie intégrale de
la Chronique de Nantes et qu'il a fallu la reconstituer morceau
par morceau, le fil conducteur dans ce travail de patience a été
constamment la traduction de l'historien breton, qui, à peu de
choses près, est complète. Pierre Le Baud dit à chaque instant
qu'il emprunte tel ou tel renseignement, tel ou tel récit à la
Chronique de Nantes, et j'aurais été obligé, presque à toutes les
pages, d'invoquer son autorité et de citer ses propres expres-
sions, pour me justifier d'avoir inséré dans mon édition un grand
nombre de passages extraits de compilations diverses. Il était
plus simple et moins fastidieux de publier in-extenso la traduction
même qui me servait à la fois de guide et d'appui.
D'autre part, malgré les recherches faites de tous côtés,
il m'a été impossible de restituer le texte latin de cinq chapitres
de la Chronique de Nantes cités et traduits par P. Le Baud1.
Force m'a donc été, pour ces chapitres, d'introduire dans mon
édition le texte français, et, pour qu'on sût exactement quelle
confiance méritaient ces récits qui ne nous sont pas parvenus en
leur forme première, il était bon que le lecteur pût se rendre
compte, par le plus grand nombre d'exemples possible, de l'exac-
titude et de la fidélité avec lesquelles Le Baud a presque tou-
jours traduit la vieille Chronique de Nantes.
J'ai dit précédemment que Le Baud nous a laissé de cette
Chronique deux traductions distinctes, qui se complètent mu-
tuellement. J'ai relevé tous les emprunts, qui, figurant dans l'une,
ne se retrouvaient pas dans l'autre. Quant aux cinq chapitres,
dont le texte latin n'a pu être rétabli, j'en ai publié, séparément
et in-extenso, les deux traductions françaises ; car, dans ce cas
particulier, les moindres variantes étaient nécessaires à con-
naître.
Il y aurait maintenant lieu de se demander si tous ces frag-
ments de la Chronique de Nantes, recueillis de côtés divers, se
soudent exactement les uns aux autres et forment une œuvre
complète. Il ne m'appartient pas de répondre d'une façon posi-
1. Ce sont les chapitres xxviii, xxxv, xlii, xliv et xlv.
LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxv
tive à cotte question. Toutefois, on peut constater à la lecture
que la narration se poursuit d'un chapitre à l'autre et s'enchaîne
de telle sorte que nulle part il n'y a de solution de continuité
apparente. J'ai signalé, à la vérité, en deux endroits des lacunes
certaines (p. 90 et 136) ; mais ces lacunes ne comprennent guère
plus d'une phrase ou deux ; et elles ont probablement pour cause
quelque déchirure ou usure du parchemin dans le manuscrit
original, aujourd'hui perdu. Je crois donc avoir reconstitué à
peu près intégralement la Chroni</uc de Nantes, mettant à part
le Livre des miracles, sur lequel il est impossible de se pro-
noncer.
III.
LE GIIRONIQ[!ELTR DE NANTIS.
L'auteur de la Chronique de Nantes n'a, en aucun endroit de
son œuvre, indiqué son nom ni sa condition. Pierre Le Baud ne
le désigne jamais que sous le titre très vague à' acteur de In Chro-
nicque de l'église de Nantes, ou encore cYacteur du livre des
miracles et chronicques de l'église de Nantes. Mais, s'il parait
impossible de découvrir le nom de cet écrivain, du moins est-il
permis de se rendre compte du temps où il vécut, de la situation
qu'il occupa et des circonstances au milieu desquelles il composa
son ouvrage.
Jamais, à ma connaissance, on n'a tenté de résoudre ces deux
dernières questions; mais, en revanche, les avis les plus divers
ont été ("mis sur le fait de savoir à quelle époque fut rédigée la
Chronique de Nantes. Dom Bouquet suppose qu'elle fut écriteà
la tin du XIe siècle; dom Marlène pense (pif et' fut au \n'' ; enfin
certains critiques modernes ont cru tantôt qu'elle remontait au
ix1' ou x1 sièele ', tantôt qu'elle ne datait que «lu \ni' siècl
1. Gf . abbé Duchesne, Catalogues épiscopaux de la province de /'ours,
p. 7ô <•! 96, note t.
2. Gf. L. Maître, Géographie historique de la Loire-Inférieure , dans
les Annales de Bretagne i Revue de la Faculté des lettres de Rennes,
année L894, |>. 361.
xxvi INTRODUCTION
La raison de cette multiplicité d'opinions est sans doute Tin-
suffisance même des moyens d'information dont disposaient
jusqu'à ce jour les érudits. La Chronique de Nantes n'étant
connue que par l'édition de dom Lobineau et par la traduction
de P. Le Baud, c'est aux ouvrages de ces deux historiens qu'on
a eu nécessairement recours pour déterminer l'âge et la valeur
de ce document. J'ai déjà montré combien l'édition de dom
Lobineau est défectueuse et incomplète, et l'on s'explique aisé-
ment qu'il soit difficile de porter un jugement certain sur un
texte aussi imparfait. Dom Lobineau a en outre commis par
inadvertance une erreur qui a pu et pourrait encore être cause
d'une confusion fâcheuse. licite, dans son Histoire de Bretagne1,
à la date de 1101, un récit, relatif à la mort du comte de Nantes
Mathias II, récit qu'il prétend avoir emprunté à la Chronique
de Nantes. Il en résulterait que cet ouvrage ne fut achevé qu'au
xiic siècle au plus tôt.
Mais je m'empresse de dire qu'il n'y a aucun compte à tenir
de cette fausse citation ; car on sait d'une façon certaine que le
récit dont il s'agit2 faisait partie d'Annales que Le Baud désigne
sous le nom de Chronicques annaux3. Or, au témoignage même
de Le Baud, il y a entre la Chronique de Nantes et les Chro-
nicques annaux une différence essentielle, qui est celle qui
existe entre une chronique et des annales quelconques : la pre-
mière, composée sous forme narrative, ne mentionne presque
jamais en quelle année est survenu tel ou tel événement ; les
autres ne signalent aucun fait sans indiquer à quelle année ce
fait appartient 4. Le Baud, dans son Histoire de Bretagne, se
1. Tome I, p, 118.
2. Voici ce récit, tel qu'il a été reproduit par le chroniqueur de Saint-
Bricuc : Mathias, cornes Namnetensis , Hoelis ducis et Hazevis filius,
diabolo instigante et pravo consilio iniquorum suorum baronum et
vassalorum, cimiterium ecclesiae Namnetensis, videlicet beatorum
apostolorum Pétri et Pauli violavit, rcs canonicorum ejusdem ecclesiae
Naninatensis injuste diripiendo, unde manifestissime appariât ipsum
et suos coadjutores ultione divina esse peremptos, anno domini M° C°
primo (Biblioth. Nat., ms. latin 6003, f° 90 r°, col. 1).
3. Voir Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 172. — Je reparlerai au cha-
pitre suivant avec quelque détail de ces Chronicques annaux, auxquelles Le
Baud a fait de nombreux emprunts.
4. Le Baud, dans l'épilogue de son Histoire manuscrite de Bretagne, s ex-
LE CHRONIQUEUR DE NAN1 ES xxvir
réfère deux fois aux Annaux de l'église de Nantes, sous les
dates de 1220 et de 1246 *. C'est, en confondant à tort ces
Annnux avec la Chronique de Nantes, que certains érudits ont
pu croire que cette dernière avait été rédigée au xm" siècle.
En réalité, l'œuvre que Ton désigne sous le nom de Chronique
de Nantes se termine par le récit de la déposition de l'évêque
Budic au concile de Reims, que présida le pape Léon IX en
10 il). Aucun événement plus moderne n'y est relaté : mais on y
remarque une allusion au décès du comte Mathias J'jr, qui mourut
en 1050 2. L'année 1050 est donc une limite après laquelle se
place la date de rédaction que je cherche à déterminer. D'autre
part, cette date doit être peu postérieure à 1050. L'auteur, en
effet, dans les derniers chapitres, où il traite de l'histoire de
Nantes pendant la première moitié du xie siècle, semble ne s'être
inspiré que de ses propres souvenirs ou de ceux de ses contem-
porians; en tous cas, il n'indique ni ne laisse entrevoir nulle part
à quelles sources écrites il aurait puisé son récit. En outre, à la
façon dont il raconte certains épisodes de la vie des anciens
comtes de Nantes, tels que le siège de Paris de 946, la mort
d'Alain Barbctorte (052), l'empoisonnement de Drogon pat
Foulques d'Anjou (vers 958), l'assassinat des comtes IIocl et
(iuérech (081-088 environ)3, etc., on juge que ces narrations,
qu'il a manifestement empruntées à la tradition populaire,
étaient de formation relativement récente. Les faits véridiques
b'j mêlent d'une manière très appréciable aux faits purement
prime ainsi à ce sujet : « Certifiant, «lit -il au sire de Dcrval. et bien le Bavez,
« que en ceste compillation n a\ riens adjousté ne mis que ailleurs je ne aye
« trouvé rapporté, savoir l'une partie par cronicques aucteniieques
« quelles aj nommé aucuns des acteurs, et d'iceulx aj en plusieurs lieux es-
B Cript les rapports sans aucune mutation de langaige, et l'autre partie par les
« notaires qui descripvirenl les annuaires, savoir unes briefves cronicques
« ainsi nommées pour ce que elles procèdent par les ans. » (\\[\A. Vit..
ms français 8266, I" 395 r°).
I. Histoire de Bretagne, p. 226 el 239. — On ne sait pas au juste ce
(prêtaient les Annaux de l'église de Nantes. Gomme tant d'autres docu-
ments vus el utilisés par Le Baud, ces annales ont disparu.
'2. \ propos de la réconciliation de l'évêque BudlC et du comte Malhias. le
chroniqueur de Nantes s'exprime ainsi : et ex eo tempore ambo, pariter
connexa copulatione conjuncti dilectionis, usque ad finem vitae suae
non sunt se parât i (ch. m. mu, p, 141). — Budic et Mathias moururent
presque en même temps, l'un en 1049, l'autre en ln.">0.
3. Cf. cli. xxx.ur, xxxiv, xxxvi, xxxvii, \i el xliii.
xxviii INTRODUCTION
légendaires, et il en résulte qu'à l'époque où ces narrations ont
été consignées, la mémoire d'Alain Barbetorte et de ses enfants
était pour ainsi dire encore vivante à Nantes.
Du reste le chroniqueur nous a lui-même inconsciemment
révélé le temps où il écrivait : car, en signalant un prodige
étrange qui se serait produit à Nantes sous le gouvernement
du comte Judicaël (992-1004), il affirme en avoir eu connaissance
par plusieurs personnes qui l'avaient vu de leurs yeux l. On ne
saurait donc faire descendre après 1080 environ la date à
laquelle il se mit à l'œuvre.
On peut se demander si cet auteur, qui vivait au xie siècle, a
seul composé la Chronique tout entière, ou s'il a copié un récit
antérieur qu'il aurait simplement continué. Cette dernière hypo-
thèse a été récemment émise par M. de la Borderie. L'éminent
historien suppose que la Chronique de Nantes a été écrite en
deux fois. La première rédaction daterait de la fin du ixc siècle2,
la seconde du milieu du xie. Le Fragment du Val-Dieu, publié
par dom Martène, représenterait la première rédaction3. Ce
Fragment, en effet, nous l'avons vu, se termine à l'année 889;
mais j'ai montré plus haut que, suivant dom Martène lui-même,
c'est une cause accidentelle, qui, dans le manuscrit du Val-Dieu,
a occasionné l'interruption du récit en cette année 889. D'ailleurs,
la preuve que ce Fragment n'est pas une œuvre de la fin du
ixe siècle, c'est qu'il y est fait allusion à la prise de Nantes par
les Normands, en 919, sous le règne de Charles le Simple. Le
surnom de simplex, attribué ici au roi Charles, rejette même la
composition du Fragment du Val-Dieu à une époque bien pos-
térieure à 919 4.
1. In urbe Namnetica miraculum grande factum est, quod minime
oblivioni trader e voluimus, sed, sicut videntes illud nobis scribentibus
enarraverunt, huic paginae scriptum commendare studuimus (voir plus
loin, p. 147).
2. (( La Chronique de Nantes dut être pour cette partie [règne d'Erispoé]
« écrite au plus tard sur la fin du ixe siècle » (Erispoé, roi de Bretagne,
dans la Revue de Bret., de Vendée et d'Anjou. 1891, t. I, p. 191). —
Cf. ibidem, 1889, t. II. p. 67.
3. « Le texte de la Chronique de Nantes concernant la mort d Erispoé a
« été conservé dans le Fragment d' Histoire de Bretagne de la Valdieu,
« certainement composé quelques années avant la fin du ixe siècle » {ibidem,
1891, t. I, p. 191, note 3).
4. Quando Normanni iterum tempore Karoli simplicis urbem Nam-
LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxix
Bien n'autorise donc à croire que la Chronique de Nantes ait
été rédigée à plusieurs reprises par différents auteurs. L'unité
de style, qui se maintient dans cet ouvrage depuis le commen-
cement jusqu'à la fin, l'emploi de certaines expressions caracté-
ristiques également réparties dans l'ensemble du récit1, la cohé-
sion des divers chapitres entre eux. et d'autres indices du même
genre2 ne me permettent pas de douter que ce travail n'ait été
entrepris et mené à terme par un seul et même écrivain.
11 y a, à la vérité, un chapitre, le dix-neuvième, qui a priori
pourrait passer pour avoir été conçu à la (in du ix plutôt qu'au
milieu du xie siècle. Ce chapitre renferme une sorte de diatribe
contre la nation bretonne ; et il révèle une animosité que l'on ne
s'attend pas à rencontrer vers l'an 1050 entre les Nantais et les
Bretons. Cependant il sufïit de l'analyser en détail pour constater
que rien n'autorise à y voir une œuvre distincte du reste de la
Chronique de Nantes.
L'auteur de ce chapitre ne fait que reproduire, en les ampli-
fiant, les accusations portées contre les Bretons par les pères du
concile de Soissons en 800. Dans la lettre qu'ils ont adressée au
pape Nicolas 1er, lettre que le chroniqueur de Nantes a insérée
dans son ouvrage3, les évêques réunis à Soissons se plaignent de
l'obstination des Bretons qui se refusent à reconnaître la supré-
matie religieuse de l'archevêque de Tours. Ils ajoutent: Unde
/il u/ nullus cultus religionis inter eos, nullus disciplinae vigor
haberi possit in Mis; quoniam, qnum sint barbari feritate
niini.i ta midi, nul lis sacris institutis obediunt, nullis praecep-
jionibus sanctorum patrum se subdunt ,' sed pro libitu insi-
hientiae malevolentiaeqne -suite cuncta peragunt \
peticam omnino desertam fecerunt, haec omnia deperierunt (ch. rvn,
p. 57).
1 • \ nii" plu- loin, page \\\ , n. 2.
2. Il faut noter en particulier les formules dépure phraséologie qui ser-
vent de transition d'un chapitre à l'autre et qui se reproduisent fréquemment
îlans tout le corps <l" l'ouvrage Telles sont: ni sequitur (ch. v. p. 13);
sic ut m s, -rir hujus relationis continetur (ch. vu. p 22); satisin f'uturo
Éarrabitur, sien! séries hujus relationis exigei (ch. x. p. 27). etc. — Cf.
<l>. i. p. .'), ch. xiir, p. ii, ch. w, p. 51. ch. \\i. p. 68, ch \w. p.
74, cli wvn, p. s;;, ch. wwii. p. h»; ch. \i.i. p. 111.', cl ch. met i\
des Miracula, p. 1 k6 et l '. ;
:>. \ oir ch. w i. p. 51 cl suiv.
'i N oir plus loin, p 5.">
xxx INTRODUCTION
Si maintenant Ton se reporte au texte du chapitre xix, on
s'aperçoit que l'auteur y formule les mêmes griefs en employant
parfois les mêmes expressions: Nec mirum, quia, in illis Britan-
nis nullus cultus religionis, nullus timor christianitatis ? nullus
amor perfectae dilectionis videtur haberi: nec leges custodiunf,
nec praeceptis ohediunt, nec ullis decretis intendant1.
Les pères du concile de Soissons poursuivent leur réquisitoire
en reprochant aux Bretons d'avoir envahi Lévêché de Nantes :
Necfiie ullo paclo a coepto pravilatis suae repressi sunt itinere.
IJinc fit quod hactenns parochiam Namneticam a muro ejusdem
urhis praesignato fratri nostro Actardo subreptam habeant: sed
et res omnes ejusdem sedis obstinata pervasione detineant.
Ce passage est ainsi paraphrasé au chapitre xix : Et in malitia
sua persistentes, jus Turonicae metropolis violentia sua excis-
sum, disruptum, atque parochiam Namneticam cum sede Qui-
riacae aulaeusque modo retinuerunt, nunquam inde poenitentiam
agentes. L'auteur a poussé l'imitation jusqu'à substituera hacte-
nus les mots usque modo, créant ainsi une confusion, puisque
ce qui était vrai, en 866, pouvait ne plus l'être à l'époque où il
écrivait. Il reconnaît d'ailleurs implicitement s'être inspiré de la
lettre du concile de Soissons ; car il ajoute : His itaque calumniis ,
sicut superius narratur, satis peractis et ad nullum finem pro-
tractis. Il ne s'est pas contenté cependantde reproduire contre les
Bretons ces reproches déjà sévères; il leur a adressé de sa propre
initiative un certain nombre d'injures bien plus violentes et il ter-
mine la série de ses invectives en les traitant d'hommes diabo-
liques, sicque illi diaboliciviri, etc. Mais ici le doute n'est plus
possible. Nous sommes en présence d'une phrase écrite par celui-
là même, qui, vers le milieu du xie siècle, rédigea la Chronique
de Nantes tout entière. C'est, en effet, avec une fréquence signi-
ficative, que reviennent dans son récit, depuis le commencement
jusqu'à la fin, les mots ille diabolicus vir, illi viri diabolici, ex-
pressions caractéristiques, dont il se sert pour désigner des
hommes plus ou moins dépravés2.
Force est donc d'admettre qu'aux environs de l'an 1050 les
Nantais, ou du moins une certaine classe de Nantais, professaient
1. Voir plus loin, p. 64.
2. Cf pages 19, 64, 81, 86, col. 1, 110, 111, 117, 145.
LE CHRONIQUEUB DE NANTES xxxi
à l'égard de la nation bretonne des sentiments d'hostilité que
n'eussent point désavoués leurs ancêtres du i\" siècle. M;iis on
s'étonne que ces sentiments aient pu alors se produire au jour, et
peut-être y a-t-il là l'indication du moment précis auquel écrivait
le chroniqueur de Nantes.
Gela m'amène adiré quelques mots de la situation politique et
religieuse de la ville de Nantes vers le milieu du xie siècle. — A
la mort du comte Mathias Ier, en 1050, la ville et le pays de Nantes
étaient tombés en la possession de Judith, héritière du défunt et
femme d'Alain Canhiart, comte de Cornouaille. A cette époque,
bien que la réunion du comté de Nantes à la Bretagne lïit déjà
ancienne, la noblesse, le clergé et le peuple étaient encore par
leurs coutumes et par leur langage beaucoup plus français que
bntons. La fusion entre les deux races était loin d'être opérée.
Lorsqu' Alain Canhiart vint, avec son fds Iloël, prendre le gou-
vernement du comté de Nantes, il amena avec lui un grand
nombre de seigneurs du pays de Cornouaille. Ceux-là étaient des
Bretons bre tonnants. Alain et Hoël leur distribuèrent les divei
charges de leur nouvelle cour1, et aussi sans doute, au détriment
du clergé, une partie des revenus ecclésiastiques. Les anciens
conseillers du comte Mathias, pour ne pas perdre tout crédit, se
virent contraints de faire bon accueil à ces étrangers. Dès lors les
rapports devinrent plus intimes entre les Bretons et l'aristocratie
nantaise ; et cependant, longtemps encore, dans les documents
officiels, on continua à distinguer, parmi les personnes qui com-
posaient l'entourage du comte, les seigneurs venus de Bretagne
de ceux que leur naissance rattachait au pays nantais-.
Il résulte de ce simple exposé que l'auteur inconnu, qui entre
1. D'après une charte de l'abbaye de Redon de l'an 1062, il semblerait que
la cour <!n comte de Nantes fûl presque entièrement composée de Bretons. I ta
y lit en effet : In curia Namnetensis comitis ceterorumque laicorum Bri-
tonum de causa ecclesie petivere judicandum (Cartulaire de Redon, p.
382).
'1. Cette distinction, entre les seigneurs bretons et nantais de la cour du
Domte, esl clairement iihlii|ihv dans une charte de 1085 environ, où on lit à
la fin: Haec condonatio Namnetis fuit fada,... Cujus rei testes sunt,
de laicis, A lanus, filius Riwaloni, Daniel de Palatio, Gaufridus Nor-
mannus, Warinus dapifer, cbtsriqub namnbtbnsbs ; de Brito tBUs, /es-
tin, filius Daniel, Alan, filius Guegon. Gurmahelon, /Mus Glevian, etc.
(«lom Lobineau, Histoire de Bretagne, II. 119).
xxxn INTRODUCTION
les années 1050 et 1080 environ rédigea la Chronique de Nantes,
n'était point un laïque. Car ce ne pourrait être que dans le voisi-
nage de la cour qu'un tel historien se fût rencontré, et là nul
n'aurait osé écrire contre la nation bretonne le chapitre injurieux
que je signalais tout à l'heure. Cet auteur devait appartenir au
clergé.
La place exceptionnelle, que l'histoire religieuse occupe dans la
Chronique de Nantes suffirait à prouver ce fait. On y trouve la
liste complète des évêques de Nantes depuis l'année 8 13 jusqu'en
1049 avec de nombreux détails sur leur vie et leur administration1 ;
neuf chapitres sont consacrés aux origines de la séparation qui se
produisit au ixe siècle, entre les évêchés bretons et la métropole
de Tours2; on y lit aussi, outre la description de la cathédrale de
Nantes, détruite et réédifiée à plusieurs reprises3, la relation de
faits merveilleux survenus dans les diverses églises de la ville et
de la banlieue4. Enfin notre auteur eut communication des ar-
chives de l'évêché et du chapitre ; c'est là qu'il découvrit les pri-
vilèges accordés par les ducs de Bretagne aux prélats et aux cha-
noines nantais, privilèges qu'il a eu soin d'insérer in-extenso dans
son ouvrage5. Il était donc ecclésiastique, et j'ajouterai chanoine
de la cathédrale de Nantes.
Les termes émus dont il se sert pour dépeindre l'état lamen-
table dans lequel les Normands avaient mis la cathédrale pendant
leur long séjour à Nantes (919-937) ; les regrets que lui inspire la
perte des richesses et des droits dont disposaient l'évêque et les
chanoines, avant que l'invasion normande les eût forcés à s'exiler
en Bourgogne ; la mention des quatre chanoines, Létard, Oger,
Hugues et Durand, qui seuls ne moururent pas en exil et purent
rentrer à Nantes, lorsque les pirates en furent expulsés 6, tout cela
me paraît révéler chez l'auteur une préoccupation singulière et
un intérêt significatif pour ce qui touche à la mémoire de l'évêque
et des membres du chapitre.
1. Cf. chapitres v, ix, x, xx, xxi, xxiii, xxiv, xxvi, xxxt, xxxv, xlii,
xlvi, xlvii et xLviir.
2. Chapitres xi à xix.
3. Cf. ch. i, xxiv, xxvin, xxxv et xlii.
4. Voir ch. xxxvi et i, n, ni, iv des Miracula.
5. Chapitres xiv, xxn et xxv.
6. Cf. ch. xxx, p. 92, et xxxi, p. 94.
LE CHRONIQUEUR DE NANTES \x\iii
Mais là où il se trahit pour ainsi dire lui-môme, c'est lorsqu'il
énumère, avec complaisance et non sans exagération, les posses-
sions territoriales et les revenus de toutes sorte- autrefois réunis
entre les mains du pontife nantais, énumération qu'il termine par
cette phrase caractéristique: de his omnibus canonici ecclesiae
Namneticae ad eorum stipendia tertiam partent possidebant* .
Ces mots, à ne s'y pas méprendre, ont été écrits par un chanoine
de Nantes qui ne pouvait songer sans envie à l'antique opulence
de ses prédécesseurs-.
Il a donc existé, vers le milieu du xie siècle, dans le clergé nan-
tais un parti hostile aux Bretons; et ce parti était assez puissant
pour qu'il s'y soit rencontré un écrivain qui n'ait pas craint, au
mépris du comte et des seigneurs de la cour, de publier contre le
peuple breton une diatribe aussi passionnée que celle qui se lit au
chapitre xix de notre chronique. Il n'est d'ailleurs guère admis-
sible qu'un chanoine ait mis au jour cette diatribe à l'insu de
l'éveque, et j'en conclurai qu'à un certain moment il a dû y avoir
à Nantes conllit entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux.
Jusqu'en ces derniers temps, il aurait été difficile de se pro-
noncer sur la nature de ce conflit; caries érudits avaient em-
brouillé comme à plaisir la chronologie et l'histoire des pontifes,
qui à cette époque administrèrent le diocèse de Nantes. Mais un
travail récent, vraiment digne d'éloges, est venu dissiper en partie
l'obscurité répandue sur cette page des annales nantaises. M. Wcné
Blanchard, dans un savant article paru l'an dernier3, a établi les
faits suivants. Après la déposition de Budic au concile de Reims,
en 1049, le pape Léon IX nomma lui-même, comme évêque de
Nantes, un prêtre italien Airard, qui était abbé du monastère de
Saint-Paul de Home. Airard prit possession du siège de Nantes
vers le mois de juillet 1050. Il avait reçu du pape la mission spé-
ciale de faire restituer aux églises de son diocèse les revenus et les
biens dont s'étaient emparés les laïques, et aussi de combattre de
1. ^ oir plus loin, j>. 95.
'2. Il est lion de noter au>-*i que le manuscrit original 'le la ChrO/tiqUê dé
Nantes était lu propriété des chanoines nantais, qui jusqu à la lin 'lu xv* siècle
le conservèrent soigneusement dans leurs archives (Voir plus haut. |>. rx-x),
'.\. Cet article est intitulé, Airard et Quiriac,évéques de Nantes {!'
IiiT'.i); il a paru dans La Bévue de Bretagne, de Vendée ci d'Anjou, année
1895, i. I. p. 161-180. -1\ 1-255, 321-341.
xxxiv INTRODUCTION
tout son pouvoir la simonie, alors ouvertement pratiquée par le
clergé nantais l.
« Les prédécesseurs d'Airard, dit M. Blanchard2, toléraient un
« mal très général alors : l'hérédité des biens ecclésiastiques ;
« eux-mêmes n'étaient pas exempts de tout reproche à ce sujet,
« et la déposition de l'évêque Budic, qui n'avait pu se défendre
« de simonie, expliquait suffisamment le choix qu'avait fait
« Léon IX d'un prélat étranger. Celui-ci, aussitôt arrivé dans son
u diocèse, s'était empressé d'enrayer le mal et d'obtempérer aux
ce décisions des conciles; mais les abus étaient enracinés, et c'est
ce vraisemblablement à vouloir les réprimer que le nouveau pon-
ce tife devint impopulaire. »
Il est certain en effet qu'Airard, en raison même des réformes
qu'il voulait opérer, ne tarda pas à rencontrer une vive opposition
dans une certaine classe de la population nantaise. Son élection
avait coïncidé avec la prise de possession du comté de Nantes
par Alain Canhiart et son fils Hoël. Alain et Hoël, bretons de
Cornouaille, étaient, comme leurs compatriotes, accoutumés à
tolérer les plus graves désordres chez le clergé séculier. —
ce En Bretagne, les évêchés relevaient du comte, les paroisses
ce du seigneur, et ceux-ci, s'arrogeant le droit de nomination aux
ce fonctions ecclésiastiques, en investissaient souvent des guerriers
ce qui n'étaient pas clercs ou qui étaient des clercs fort peu recom-
ce mandables. Il en résulta de regrettables écarts: des prêtres,
ce quelques évêques même se marièrent, et l'on vit des femmes se
ce qualifier de prêtresses, sacerdotissae. L'évêque de Quimper,
ce Orscand, obtint d'Alain Canhiart, son frère, la permission
d'épouser la fille du sire de Crozon, moyennant l'abandon d'une
des terres du chapitre : cette femme, fière et hautaine, refusa un
jour de saluer dans la cathédrale la comtesse de Cornouaille, et
1. La façon dont Airard s'acquitta de sa mission est assez nettement indi-
quée par son successeur Quiriac dans une charte de l'année 1064. On y lit:
Quum in episcopatu Namnetensi venerabili epïscopo Airardo succes-
serimus, vix aliquam totius episcopatus Namnetensis ecciesiam laica-
rum subjectione vel potestate personarum esse liberam [invenimus],
LICET VENERABILIS PRAEDICTUS EPiSCOPUS, DUM VIXERIT, OMNEM LA1CALIS
PERSONAE CONDITIONEM VIRTUTE SPIRITUS SANCTI IN SUO EPISCOPATU A
dei ecclesia EXPULissET {Gallia christiana , xiv, Irisli'., col. 172).
2. Mém. cité, p. 253.
LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxxv
« l'évêque, pour apaiser le courroux du comte, dut lui céder
« encore un autre domaine capitulaire1. »
On comprend quel appui durent trouver auprès d*Alain
Canhiart et d'Hoël, devenus maîtres de Nantes, certains prêtres
intéressés à maintenir ou môme à introduire dans le diocèse
quelques-uns de ces abus que Tévêque Airard, fidèle aux ins-
tructions du pape, s'eiï'orçait de réprimer. Par la force de ces
divers courants d'opinions, il se forma nécessairement à Nantes
deux partis adverses. L'un, composé de tous les clercs ralli
la politique de la papauté, et aussi des laïques désireux de
résister à l'influence grandissante des Bretons, avait à sa tête
Tévêque Airard, italien d'origine, qui ne pouvait ressentir que
de l'antipathie pour la race bretonne dont il ne comprenait cer-
tainement ni la langue ni les mœurs. L'autre, le parti de la cour,
comprenait tous les Nantais, prêtres ou laïques, qui pensaient
obtenir du comte breton les faveurs que leur faisait espérer le
changement de régime.
Ce dernier parti fut le plus fort. On possède une lettre écrite
vers 1051 au pape Léon IX par le comte et par un certain
nombre d'ecclésiastiques et de fidèles2. On y voit que la haine
entre les deux camps était profonde : les auteurs de cette lettre
se plaignent en termes excessifs du pontife que le pape leur a
envoyé et ils demandent qu'on leur laisse la liberté de se choisir
un autre pasteur. La situation ne devait pas tarder à devenir
intolérable pour Airard ; il fut contraint d'abandonner son
diocèse. Le 13 avril 1059, il était de retour à Rome et avait repris
\c gouvernement du monastère de Saint-Paul, où il mourut vers
le mois de décembre 1000 3. La cause des Bretons triomphait à
Nantes. Aussitôt qu1 Airard eut quitté la ville, le comte Iloël *
1. La Bretagne aux grands siècles du moyen dge; résumé du <-<>u>s
p histoire de M. A. de le Borderie, Rennes, Plihon et Hervé, lS'.cJ. in-12,
1>. 94-95.
2. Voici l'adresse cl la Buscriptiôn de cette lettre : Venerabili multumque
verendo papae L. clerici Namnetensis ecclesiae efcuu comité populus}
litiim/om tantoque non indignam patri devotionem (Martène, Thésaurus
uovus anecdotorum, 1, col. 172).
;>. Il \i\aii encore en septembre 1060; mais il fiait certainement mort
au mois de mars 1064 (R Blanchard, mém. cite, p. i
'i. Alain Canhiart, père d'Hoël, mourut en 1058. Hoël devint en 1066
duc de Bretagne.
xxxvi INTRODUCTION
chargea son frère Quiriac d'administrer l'évêché. Quiriac, pen-
dant quelque temps, prit le titre d'évêque désigné ; il ne fut
consacré qu'au mois de janvier 1061 l, probablement lorsque la
nouvelle de la mort d'Airard fut parvenue à Nantes. A dater de
ce moment, le comté et le diocèse se trouvèrent entièrement
soumis à la domination bretonne. Quiriac mourut en 1079, mais
son frère Benoît lui succéda et conserva la possession de l'évêché
jusque vers l'année 1112 2.
Cette longue digression sur un état de choses, naguères encore
mal connu, était utile à faire, parce qu'elle permet de préciser
l'époque à laquelle fut rédigée la Chronique de Nantes. J'ai
montré que l'auteur était un chanoine, ennemi des Bretons.
D'après ce qui précède, il paraît impossible d'admettre que cet
auteur se soit mis à l'œuvre sous l'épiscopat des fils d'Alain
Canhiart, Quiriac et Benoît, alors que le parti des Bretons pré-
dominait de toutes parts, dans le clergé comme à la cour. La
Chronique de Nantes, conforme aux visées politiques de l'évêque
Airard et à celles de la papauté, a dû être composée à l'insti-
gation d'Airard lui-même, et par conséquent entre les années
1050 et 1059. — Cette conclusion est confirmée par plusieurs
observations qu'il me reste à exposer.
On sait que, jusque vers le milieu du ixc siècle, tous les
évêchés de Bretagne relevaient juridiquement de la métropole
de Tours. Mais, en l'année 848, le duc Nominoé, afin de rompre
tous rapports entre les Bretons et les Francs, bouleversa de
fond en comble cette organisation. Il créa un archevêché à Dol,
et, détachant de la province de Tours les diocèses bretons, il les
réunit à cette nouvelle métropole. Jamais l'entreprise de Nominoé
ne fut approuvée ni par les papes ni par les évêques français :
mais cependant, malgré la désapprobation du Saint Siège et les
fréquentes réclamations des conciles, les prélats bretons persis-
1. R. Blanchard, méra. cité, p. 323.
2. Sous les longs épiscopats de Quiriac et de Benoit, la population nan-
taise dut perdre une partie de ses préjugés contre la nation bretonne. Cepen-
dant, il subsista dans le clergé une faction hostile aux Bretons, comme l'a
montré dom Lobineau.^Lorsque Benoît eut abandonné l'administration du
diocèse à l'évêque Brice, un des premiers soins de celui-ci fut de mettre son
église sous la protection du roi de France, Louis VI, témoignant ainsi com-
bien la domination des Bretons lui était à charge (dom Lobineau, Hist. de
Bretagne, I, 129).
!
LE CHRONIQUEl R DE NANTES xxxvu
ièrent, durant deux siècles environ, à se considérer comme
indépendants du reste de l'église de Gaule et à se grouper autour
de l'archevêque de Dol.
Il y avait presque cent ans que la métropole de Tours sem-
blait même avoir renoncé à ses justes prétentions, lorsqu'au
concile de Reims, en 1049, le pape Léon IX se décida à
reprendre la poursuite de cette affaire. L'archevêque de Dol fut
cité à comparaître au prochain synode qui devait se tenir à
Rome le 29 avril 1050; mais il ne répondit pas à cet appel.
Excommunié pour cause de simonie, il fut invité à venir se
défendre lui-même au synode convoqué à Yerceil le 1er sep-
tembre 1050 f.
Le clergé de Tours de son côté ne resta pas inactif. Fort de
l'appui du pape, il se mit à rechercher de tous côtés dans les
archives de l'évêché les anciennes bulles des papes et les déci-
sions des conciles qui témoignaient à l'envi des procédés irré-
guliers, au moyen desquels Nominoé avait proclamé de sa
propre autorité l'indépendance de l'église de Bretagne.
Sur ces entrefaites, le pape Léon IX nomma comme évêque de
Nantes l'italien Airard, qui, comme on Ta vu, avait été spéciale-
ment choisi pour remplir une mission des plus difiieiles. Seul de
tous les diocèses de Bretagne, celui de Nantes était jusque-là
demeuré fidèle à la métropole de Tours 2. En ce moment de
brise, il fallait craindre la contagion de l'exemple, et il semblait
nécessaire de confier le siège vacant à un prélat, qui osât résister
1. Cf. Hefélé, Histoire des Conciles, traduction de l'abbé Delarc, VI. p.
306 cl ;>25. — Voiraussi Labbe, ('anales, IX. col. 993.
2, Les preuves de la soumission des évêques de Nantes au métropolitain de
Tours sont abreuses. ^.uixe siècle, Axtard et ses successeurs ne consentirent
Jamais à faire cause commune avec les évêques bretons, qui étaient parvenus
à étendre leur juridiction sur la partie septentrionale du diocèse de Nanti ss
(Voir plus loin, p. i0, 'r_\ 64, 65 el 79). Vers 981, nous voyons Guérech se
rendre à Tours pour se Faire consacrer évêque <!<• Nantes (ibidem, p. 1 16 et
117). Enfin les actes du concile de Reims témoignent qu'en L 049 l'archevêque
«le Dol n'avait que sept suflragants ; le huitième évêché de Bretagne,
relui de Nantes, n'avait doue pas cessé de reconnaître la suprématie de la
métropole de Tours. - Turonenses clerici querelam intulerunt super
volensi episcopo, </ui se cum Beptem suffraganeis a Turone/tsi archiepis~
copo subtra.verat, sibique archipraesulis nomen contra /as vendicaverat
(Labbe, Conciles, [X, col. 1039. Voiraussi l> Lobineau, Hist, de Bre-
tagne, I. 94).
xxxvill INTRODUCTION
à la pression que pouvait exercer sur le clergé nantais le duc de
Bretagne dont l'autorité s'étendait à tout l'évêché. C'est du sein
de cette effervescence religieuse que sortit la Chronique de
Nantes.
L'auteur, comme on devait s'y attendre, a longuement traité
des origines du différend entre Dol et Tours, montrant ainsi
qu'au temps où il écrivait cette question passionnait de nouveau
les esprits. Partisan de l'évêque Airard, il a embrassé avec
ardeur la cause de la métropole de Tours, et il a publié les prin-
cipaux documents qui devaient servir de pièces à conviction
dans le procès pendant en cour de Rome, entre autres une lettre
où le pape Nicolas Ier blâme en termes formels la conduite du
duc Nominoé. Mais, sur le point de transcrire cette lettre, il ne
peut s'empêcher de déplorer la perte d'un grand nombre de
titres qui auraient contribué à établir plus solidement le bon
droit des archevêques de Tours. « Tous ces titres, dit-il, ont
u disparu pendant l'invasion des Normands, et si la lettre de
« Nicolas Ier n'avait été retrouvée de nos jours dans les archives
« de l'église de Tours, il ne nous serait rien resté de ces temps
« reculés l. »
Peut-être même servit-il alors d'intermédiaire entre l'évêque
de Nantes et l'archevêque de Tours. Sa science incontestable des
vieilles écritures et sa culture littéraire le désignaient à l'atten-
tion d'un parti, désireux de découvrir et de mettre en œuvre
toutes les pièces susceptibles d'ébranler davantage la cause déjà
chancelante de Tépiscopat breton. C'est sans doute à Tours qu'il
prit copie de la lettre de Nicolas Ier ; c'est là aussi qu'il dut avoir
connaissance des catalogues épiscopaux de la métropole, ainsi
que des canons promulgués par Hérard 2. Un fait significatif
montre bien qu'il joua un rôle assez important dans toute cette
affaire.
A une époque voisine de celle dont nous nous occupons, le
clergé de Tours mit en circulation une sorte de pamphlet connu
sous le nom d'Indiculus de épis copor uni Dritonum depositione.
1. Haec omnia deperierunt, et, nisi haec epistola in sede Turonica,
ubi temporibus nostris reperta fuit, servaretur, minime reperirentur (ch.
xvii, p. 57-58).
2. Voir à ce sujet le chapitre suivant.
LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxxix
Cet Indiculus, œuvre de polémique dont le but évident étail de
créer un courant d'opinions contraire aux prétentions de l'arche-
vêque de Dol, a été extrait presque mot pour mot de la Chro-
nique de Nantes l. Il y a là une preuve certaine de l'autorité dont
jouissait à Tours l'œuvre du chanoine nantais.
Lorsque la domination des comtes de Cornouaille se fut soli-
dement établie à Nantes, et que, en face du nouvel état de
choses, l'évoque Airard eut été forcé de quitter la cité, aban-
donnant au breton Quiriac l'administration du diocèse, ceux des
prêtres nantais, qui étaient restés attachés à la cause de l'église
de Tours, furent réduits au silence. D'ailleurs, à dater du concile
qui se tint à Tours en 1060 2, le procès intente'' à l'archevêque de
Dol traîna quelque temps en longueur. Condamnés par les pères
du concile de Saintes au mois de janvier 1081 3, plusieurs
évoques bretons refusèrent de se soumettre aux décisions du
concile, et ce procès ne fut terminé que cent ans plus lard par
une sentence du pape Innocent III, qui obligeait l'évêque de Dol
cl ses suffra gants à reconnaître la suprématie de la métropole de
Tours *.
La conclusion, qui ressort des discussions précédentes, est
que l'auteur de la Chronique de Nantes composa son œuvre
entre les années 1050 et 1050. Chanoine de la cathédrale de
Nantes, il semble avoir entrepris ce travail à l'instigation de
l'évêque Airard. Sur toutes les questions religieuses, qui divi-
saient alors le clergé nantais, il avait adopté la manière de voir
de la papauté, et, (idèle à l'église de Tours, il s'était rangé dans
le parti hostile aux Bretons. Mais, en raison même des passions
dont il subissait l'influence, ses opinions ne pouvaient être
exemptes de partialité, et par conséquent il ne faut pas admettre
sans contrôle tout ce qu'il a écrit relativement aux origines du
différend entre l'église de Bretagne et celle de Tours.
Si l'on veut pousser pins loin la recherche de son identité, il
I. Voir la discussion de cette question au chapitre suivant.
•2. Cf. Mansi, Collectio concitiorum, t. \1\. col. 925-930.
::. Noir Héfélé, livre cité, VI, 610
'i . La bulle d'Innocent III est du Ier juin 1199. La meilleure édition de
celle huile est celle qu'en a donnée récemment M. L. de Grandmaison dans le
Cartulaire de l'archevêché <l<' Tours Mém. de la Soc. arch. (!<• Tou-
raine, L892, i. \\\\ II. (» 137 et Buiv.).
XL INTRODUCTION
est bon de faire observer qu'au temps où il vivait, les hommes
doués d'une réelle instruction littéraire n'étaient pas nombreux.
En dehors du voisinage des églises cathédrales, il n'existait alors
que peu d'endroits où l'on professât les lettres et les sciences.
Les Universités n'étaient pas encore constituées, et seules les
écoles capitulaires fonctionnaient régulièrement dans les cités
épiscopales. On sait que la direction de ces écoles était toujours
confiée à un dignitaire du chapitre, habituellement au chancelier,
qui avait sous ses ordres un certain nombre de maîtres des
études. C'est, suivant toute vraisemblance, parmi les chanoines,
chargés à la fois des soins de la chancellerie et des enseignements
de l'école, qu'on peut espérer distinguer celui qui a rédigé la
Chronique de Nantes. Malheureusement, sous l'épiscopat d'Ai-
rard, aucun d'entre eux ne s'est signalé d'une façon particulière
à l'attention des érudits, et c'est à peine si de cette époque les
noms de quelques-uns des membres du chapitre sont parvenus
jusqu'à nous1. Une découverte ultérieure permettra peut-être
d'élucider ce problème, qui ne me paraît pas comporter actuelle-
ment de solution plus précise.
IV.
SOURCES DE LA CHRONIQUE.
Les renseignements précis et authentiques, que renferme la
Chronique de Nantes sur l'histoire de Bretagne à l'époque caro-
lingienne, prouvent que l'auteur a consulté et utilisé d'anciens
documents écrits, qui avaient survécu aux dévastations exercées
par les pirates danois pendant leur long séjour dans la cité nan-
taise. Malheureusement la plupart de ces documents n'existent
plus aujourd'hui, et, si cette disparition ajoute à la valeur de
l'ouvrage dont je m'occupe, elle rend difficile l'étude que je me
propose de faire en ce chapitre.
1. On peut citer, sous l'épiscopat d Airard, Alveus et Guillaume, archidia-
cres, Jean, Hubert, Durand, Etienne. Senfrid, Marcherais et Bili, chanoines
de la cathédrale de Nantes (Cf. R. Blanchard, mém. cite, p. 244-2^8).
SOURCES DE l.\ CHRONIQUE xi.i
Le chroniqueur de Nantes n'a que très exceptionnellement fait
mention des sources dont il a tiré profil. Cependant, il s'est au
moins une fois départi de ce silence ; car, après avoir reproduit
Certaine relation d'un annaliste du ixc siècle, il adresse à son lec-
teur l'avertissement suivant: « Les notaires, dit-il, qui ont écrit
« les annales que je viens de citer, n'ont pris aucun soin de
« raconter les événements avec ordre, mais ils les ont relatés au
<( fur et à mesure qu'ils en étaient informés ; et, puisque par
I paresse ou négligence ils ont laissé dans l'oubli tant de faits
<( dignes de mémoire, ils ne méritent ni trop d'éloges ni trop de
« blâmes l. »
Le récit, qui a suggéré au chroniqueur l'observation précé-
dente, se rapporte à la prise et au sac de la ville de Nantes par
les Normands en 813. Ce récit a été composé par un contem-
porain du désastre. Il a été retrouvé au xvr siècle par Bertrand
E'Argentré dans un registre de chartes de l'abbaye de Saint-Seme
l'Angers, où il était accompagné d'une autre note annalistique
1res curieuse relative au siège de la ville d'Angers par les Nor-
mands en 873 -. Ces deux textes, l'un de 813, l'autre de 873, sont
les seuls fragments qui nous soient parvenus d'annales rédigées
au ix° siècle dans l'ouest de la Gaule. A en juger parla valeur de
ces fragments, on ne saurait trop déplorer la perte de l'œuvre
historique à laquelle ils appartenaient3.
1. Notarii autem, (/ni hujusmodi annalia scripta descripserunt,
minime narrationem rerum cunctarum curaverunt per ordinem referre,
$ed, sicut quaeque singularia a referentibus ois adnuntiabantur, sub
nimia brevitate denotavere. Et, (/nia illorum inertia ont incuria tanta
mecessaria memoriae digna oblivioni data sunt, neesatis laudandi sunt
nrc vituperandi (ch. vu, p. 1S).
'2. (](. B. d'Argentré, Histoire de Bretagne, Paris, 1588, in-folio, p
l^Sri 145. Ces deux fragments d'annales ont été reproduits par Duchesne,
Historiae Francorum Scriptores, 11. 386 el iOO, H plus récemment par
Mabille cl Marchegay, Chroniques des églises d'Anjou, p. 129-133.
lï. Mabille el Marchegaj ont cru que les demi fragments publiés par d'Ar-
gentré appartenaient à la chronique de Saint-Serge d Angers ; mais la décou-
verte 'lu manuscrit original de celle chronique a prouvé que c'était là une
erreur (Voir L. \u\ra\. Le manuscrit original de la chronique de Saint-
Serge d'Angers, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. LUI.
année 1892, p. i38, note 3). Cependant, eu considération du lieu où ces
fragments mil été trouvés par d ^.rgentré, j'ai donné aux annales dont Us
faisaient partie le titre d In /ai /es Sancti Sergii . indegavensis (voir plus loin,
p. 14). Mais je u"ai adopté ce titre que sous toutes réserves et faute d'avoir
pu en decom rir un plus certain.
xlii INTRODUCTION
Le chroniqueur de Nantes, qui avoue avoir eu celte œuvre
entre les mains, n'a point utilisé tout ce qu'elle contenait, puis-
qu'il a passé sous silence l'épisode du siège d'Angers par les
Normands en 873. Mais il lui a emprunté plusieurs renseigne-
ments dignes de foi, qui, s'il ne les avait reproduits, ne seraient
pas arrivés jusqu'à nous. Tels sont ceux qu'il a recueillis sur les
comtes de Nantes, Richuin, Renaud et Lambert (ch. iv, p. 8-11).
Les chapitres vu et vin (p. 18-25) ont probablement la même
origine, et, pour cette raison, ils constituent l'un des passages les
plus importants de la Chronique de Nantes. Enfin je regarde
comme ayant été aussi puisée à cette source la narration des der-
niers temps de la vie du comte Lambert (ch. x, p. 29-30).
D'ailleurs, ces annales du ixe siècle ne sont pas les seules que
notre auteur ail eues à sa disposition. Il a connu d'autres textes
narratifs ayant trait à l'histoire de Bretagne pendant le xe siècle.
Il y fait allusion à propos de l'invasion des Normands dans la
Loire en 919. « Je veux, dit-il, faire savoir à la postérité, ainsi
« que je l'ai appris par plusieurs relations1, la façon dont les
« Normands se sont alors emparés de Nantes, d'Angers et d'Or-
« léans, dévastant les églises et incendiant les monastères, les
« bourgs et les châteaux. »
Il est actuellement impossible de dire au juste quelles étaient
ces relations mises à contribution par le chroniqueur de Nantes.
Cependant je ferai observer qu'il existait encore à la fin du
xve siècle, dans les archives et les bibliothèques de Bretagne,
diverses annales, où étaient consignés certains faits véridiques
remontant jusqu'au xe siècle. Ces annales ont été compulsées par
Pierre Le Baud, qui les désigne dans son Histoire de Bretagne
sous le titre générique de Chronicques annaux2. Je ne prétends
1. Sicut in pluribus relationibus didicimus (ch. xxvn, p. 83).
2. Le Baud désigne certainement sous ce nom de chronicques annaux
plusieurs œuvres distinctes. En différents endroits de son Histoire de Bre-
tagne, il se réfère aux annaux des églises deDol, de Redon, de Nantes, d'An-
gers, etc. Ces annales, qui sont toutes perdues aujourd'hui, ont été peut-être
en majeure partie composées postérieurement à la Chronique de Nantes •
mais il est légitime d'admettre qu'elles ont emprunté à des annales plus an-
ciennes le récit d'événements relatifs aux ix(> et xc siècles. — Dora Lobincau
s'est efforcé de reconstituer, d'après la Vêtus collectio manuscripta ccclc-
siae Namnetensis, le texte des chronicques annaux; mais il n'est arrivé à
former ainsi qu une compilation sans grande valeur où entrent des éléments
SOURCES DE LA CHRONIQUE xi.in
pas reconstituer ici La physionomie primitive de ces chronicques
annaux, qui, môme à l'époque où vivait Le Baud, étaient peut-
être déjà défigurées ; mais je voudrais montrer par quelques
exemples que plusieurs fragments d'annales bretonnes, antérieurs
à la chronique de Nantes, ont subsisté jusqu'à nos jours.
L'un de ces fragments se rapporte aux troubles qui survinrent
en Bretagne à la suite de la mort du duc Salomon, et aux disputes
qui s'élevèrent alors entre les comtes de Rennes, de Vannes, de
Léon et de Goëllo1. Les historiens modernes ont à juste titre
ajouté foi à cette relation qui semble dériver d'une source his-
torique fort ancienne.
Un autre texte plus curieux encore a été mis au jour par Le
Baud, qui, suivant sa méthode habituelle, l'a traduit en français,
et, comme ce texte est assez court et que l'ouvrage de Le Baud
se trouve seulement à la portée d'un petit nombre d'érudits, je
reproduis ici le passage en entier. Il s'agit d'une victoire écla-
tante remportée en 931 par les Bretons sur les Normands :
« Juhaël, le comte de Bennes, fils de Bérenger, veant la liberté
« de ses pères troublée par les molestationsdes Normans, assem-
« bla exercite des Bretons, et entreprit les débouter du païs. Si
<( les assaillit à Kan par bataille et premier Flestan leur duc, qui
o avecques grand puissance desdits Normans vint fièrement
<( contre les Bretons espérant les vaincre comme es temps de
« devant ; mais ledit Flestan fut navré dès le commancement de
« l'estrif, et cheut mort entre les siens. Lesquels adonc par celle
« adventurc destituez d'espérance de victoire, cognoissants l'ini-
« mitié de leurs adversaires, furent moult angoesseux, etcuidans
0 se retraire en Neustrie à leurs compagnons fuirent au rivage
« de la mer, où ils avoient plusieurs nefs ancrées : mais, avant
empruntés aux œuvres les plus diverses (Voir Histoire de Bretagne, II. col.
B5 ! cl suiv.).
1. Ce fragment commence ainsi : Hic Salomon rex, etc et se termine
par les mois solitudinem redacta sit (('A', dora Lobineau, Uist. de
tagne, 11. col. 42). Dom Lobineau a trouvé ce récil dans la Vêtus coll. ms.
ceci. Namn.,e\ il L'a inséré dans sou édition de la Chronique de Nantes
mais la découverte du manuscril de la Chartreuse du Val-Dieu a prouvé que
pom Lobineau s'était mépris sur l'origine de ce fragment. IV 1.'- Baud, dit
d'ailleurs (Hist. dr Bretagne, p. 122 et \::\) qu'il a extrait le passage en
question des Chronicques annaux, cl ce témoignage aurait dû avertir dom
Lobineau de sou erreur.
xliv INTRODUCTION
« qu'ils peussent entrer dedans, ils furent rattains par les Bre-
« tons qui s'en vengèrent cruellement : car les uns navrez de
a plusieurs playes mortelles se précipitèrent dedans la mer sallée,
« et les autres détranchèrent sur les bords de leurs dits navires,
« et tant que de merveilleuse multitude desdits Normans, qui
« s'estoient assemblez contre Juhaël Bérenger, n'en demoura que
« peu en vie que les Bretons gardèrent pour en avoir rançon. Et
« de ceste victoire survint autre misère aux autres Normans,
« qui au païs estoient demourez : car les Bretons qui avoient
« vaincu Flestan prindrent audace d'envahir le demourant, et
« s'espandirent par la région : et, selon les Ghronicques annaux,
« le jour de Saint Michel en Tan de Nostre Seigneur 931 occirent
« tous les Normans qu'ils peurent trouver en Bretagne après
« Flestan leur duc. Après laquelle occision, le surplus desdits
« Normans qui eschappèrent, effrayez par le péril de leurs com-
« pagnons, se retraïrent es forts qu'ils tenoient, et par l'aide
« d'autres Normans qu'ils mandèrent quérir en Neustrie les def-
« fendirent contre les Bretons l. » — Flodoard, dans ses annales,
parle de ce massacre des Normands et de la mort de Flestan,
qu'il appelle Félécan -. La concordance de son témoignage avec
celui du récit traduit par Le Baud montre que ce récit lui-même
a été composé à une époque voisine de l'événement.
Enfin, comme dernier exemple, je signalerai un fragment de
chronique bretonne, dont le texte latin s'est conservé dans di-
verses compilations du xve siècle et que Le Baud a également
traduit en français d'après les Chronicques annaux (Hist. de
Bretagne, p. 138). Il y est raconté comment le comte de Rennes
Conan parvint vers l'an 965 à se soustraire à la domination
qu'exerçait sur lui et les siens l'archevêque de Dol, Wicohenus3.
1. Histoire de Bretagne, p. 132.
2. Interea Britlones, qui remanserant Nordmannis in Cornu Galliae
subditi, consurgentes adversus eos qui se ohtinuerant, in ipsis sollein-
niis Sancti Micliaelis omnes interemisse dicuntur, qui inter eos niora-
bantur, Nordmannos, caeso primum duce illorum nomine Felecan
(Flodoard, Annales ad ann. 931).
3. Voici, d'après la Chronique de Saint-Brieuc (ms. lat. delà bibl. natio-
nale, n° 6003, f° 85 r°, col. 1), le texte de ce fragment: Iste vero Conanus
primo pâtre m suuni et inatrem cum exigua familiola eoruni a mensa et
tutela Wichoeni Dolensis archiepiscopi retraxit, deinde patrimonia
eoruni et sua sibi viriliter vindicans , eumdem arc/iiepiscopum ad sedeni
SOURCES DE LA CHRONIQUE xi.v
Ces quelques récits, indépendants de la Chronique de Nantes,
suffisent, je crois, à prouver que celle-ci n'est point le premier
essai historique qui ait été tenté en Bretagne, et que le chanoine
de Nantes du xi° siècle put mettre à profit plus d'une relation
écrite par des devanciers. Nous ne possédons plus que des frag-
ments épars de ces relations, qui, à l'époque où fut rédigée la
Chronique de Nantes, devaient être nombreuses encore, et, sui-
vant toute vraisemblance, notre auteur se réfère à ces œuvres
disparues, lorsqu'il dit au chapitre xxvn, .sicut in plurihus rela-
tion il) u. s didic in i u s .
Il me reste à passer rapidement en revue dans la Chronique
de Nantes les principaux passages qui me semblent ne pouvoir
dériver que de ces annales bretonnes, dont je me suis efforcé de
saisir la trace. En première ligne, je noterai l'invasion des Nor-
mands dans la Loire en 919, la prise et la dévastation des villes
de Nantes, d'Angers et de Tours, le siège d'Orléans, tous événe-
ments, qui, au dire de l'auteur lui-même, se trouvaient relatés
de son temps dans plusieurs écrits (ch. xxvm, p. 84-86). Je
citerai encore les divers combats qui forcèrent les Normands à
évacuer la Bretagne (ch. xxix, p. 89), la prise de possession et
la restauration de la ville de Nantes par le duc Alain Barbetorte
(ch. xxxi, p. 92), le traité de paix entre Alain et le comte de
Poitiers, Guillaume Tête d'Etoupes (ch. xxxn, p. 96), le mariage
du duc de Bretagne avec la sœur de Thibaut le Tricheur, comte
de Blois (ch. xxxiv, p. 102 et 103), les derniers instants d'Alain
Barbetorte (ch. xxxvi, p. 105), la régence de Bretagne, confiée à
Thibaut le Tricheur et à P'oulques d'Angers pendant la minorité
de Drogon, Bis du duc Alain ch. xxxvn, p. 107-109), le siège de
Nantes par les Normands en 960 (ch. xxxvin, p. 111;, les guerres
des comtes de Xanles, Iloël et Guéreeh, contre Gonan, comte
de Bennes (eh. xxxix et xi., p. 113, 1 L8 et 1 19 , et enfin la Lutte
propriam remisit, Nec his contentus, omnes aliosconsules, tune propter
divisionem procerum regionis quasdam portionesseu portes Britanniae
occupantes, debellavittpatriamque suae ditioniposuit, excepta comitatu
ffamnetensi, quem Geaecaelus cornes post Guerech contra ipsum Cona-
numet contra Gaufridum^ filium dicté Conani, défendit. Ce même texte i -i
transcrit dans la compilation «lu \v siècle, dont M. de La Borderie possède le
manuscril .lia été déjà édité par dom Morice «laie Les Preuves de -"n Histoire
de Bretagne, l . ;:;!.
xlvi INTRODUCTION
entre Conan, Foulques Nerra et Judicaël de Nantes, lutte qui
se termina par la bataille de Conquereuil en 992 (ch. xlv, p. 127-
132). Tous ces épisodes sont racontés dune façon trop précise et
trop circonstanciée pour qu'il soit possible d'admettre que le
chroniqueur de Nantes en ait eu seulement connaissance par des
traditions orales. Il vivait plus d'un siècle après la plupart de
ces événements, à une époque où la légende s'était déjà emparée
de la vie d'Alain Barbetorte et de ses descendants, et la mémoire
des faits authentiques que je viens d'énumérer aurait été alors
très affaiblie ou même se serait tout à fait évanouie, si elle n'eût
été fixée en quelque sorte dans des documents écrits par de plus
anciens annalistes.
Je ne conclurai pas néanmoins de ce qui précède que tout dans
la Chronique de Nantes doive être accepté comme vérité histo-
rique. Vers le milieu du xie siècle, il circulait à Nantes, comme
ailleurs, une foule de traditions populaires et religieuses. Notre
auteur n'a eu garde de négliger cette source de renseignements,
particulièrement appréciés par ses contemporains. Les récits,
recueillis par lui soit dans le peuple soit dans le clergé, se
distinguent en général aisément du reste de l'ouvrage grâce
aux détails imaginaires, aux prodiges ou aux miracles qu'ils
contiennent.
Il en est ainsi du combat singulier entre Alain Barbetorte et
un guerrier saxon sous les murs de Paris, combat dont Alain sortit
vainqueur et dont l'heureuse issue aurait motivé la retraite de
toute une armée allemande (ch. xxxiv, p. 99-102). Gomme l'a
montré M. F. Lot, on récitait au xie siècle, dans l'ouest de la
France, des poèmes épiques où ce combat occupait une grande
place : toutefois, les Français attribuaient au comte d'Anjou,
Geoffroy Grisegonelle, l'honneur d'une victoire que les Bretons
reportaient à leur duc Alain Barbetorte l.
Ces sortes de contes dramatiques et peu vraisemblables se ren-
contrent dans quelques autres chapitres ; 1° le chapitre xxxvn
(p. 109-111), où Foulques d'Anjou, tuteur de l'héritier du duché
de Bretagne, enseigne à la nourrice du jeune Drogon le moyen
de faire périr l'enfant en lui versant sur la tête, tandis qu'il serait
1. Voir plus loin, p. 99, note 1
SOURCES DE LA CHRONIQUE ilvii
au bain, un vase rempli d'eau bouillante ; 2° le chapitre xi.
(p. 111-117), où l'on voit le chevalier Gai uron assassiner, pen-
dant une partie de chasse, le comte de Nantes Iloël, à un mo-
ment où celui-ci était demeuré seul avec son chapelain qui lui
récitait les vêpres ; 3° le chapitre XLin(p. 124-126), où est raconté
comment Iléroïc, abbé de lîedon, empoisonna le comte Guérech
à l'instigation de Conan de Rennes. Il suffit de lire ces passages
pour s'apercevoir du caractère épique et fabuleux qu'y revêt la
narration. Ce sont là des produits de l'imagination populaire.
Mais le chroniqueur de Nantes ne s'est pas seulement inspiré
de traditions épiques ; il a utilisé aussi un certain nombre de tra-
ditions religieuses. Tels sont les récits miraculeux qu'il a réunis
en un recueil spécial [Miracaln, ch. i à iv, p. 1 13-1 1 H ) . Telle est
encore l'histoire de l'évêque Hesdren, forcé d'abandonner la ville
de Nantes où l'on se moquait de lui, parce qu'il aurait, soi-disant,
fait abattre un clocher pour avoir une pomme qui était au haut
el qu'il croyait être en or, tandis qu'elle n'était qu'en laiton
(ch. xxxv, p. 103-101). Cette histoire invraisemblable se racontait
dans le clergé nantais cent ans après la mort d'IIesdren, et l'on
ne peut rien en conclure si ce n'est qu'IIesdren avait laissé de
ion séjour à Nantes un souvenir peu favorable. C'est également
de traditions religieuses que dépendent la légende de la fontaine
Notre-Dame prés de Nantes (ch. xxix, p. 90), et celle de l'ense-
velissement du duc Alain Barbelorte (ch. xxxvi, p. ldG-107).
Parfois certains traits légendaires se trouvent mêlés à des faits
véridiques, puisés à bonne source. Les chapitres xxix, xxxvm et
xi. ii demandent à être étudiés à ce point de vue. Ils paraissent
dériver en partie de documents écrits, mais certaines phrases y
révèlent l'influence de L'imagination populaire. Ainsi ce portrait
d'Alain Barbetorte (ch. xxix, p. Sn) : « Il était fort de corps,
« hardi et courageux, et, lorsqu'il était à la chasse, il dédaignait
h de tuer les sangliers et les ours avec sa lance, et les attaquait
« armé seulement d'un bâton pris dans la forêt. » — Telle aussi
celte phrase, où la veine d'Alain lîarbctorle compare la mort de
son mari « à la chute d'un grand pieu, qui, fiché à l'embouchure
i de la Loire, était un épouvantai! pour les Normands1 »
!. Le Baud a l'ail un contre -sens en traduisanl cette phrasé (Voir |>. 112,
XLViii INTRODUCTION
(ch. xxxviii, p. 112). — L'épisode, où Guérech, comte de Nantes,
rencontre Renaud Torench, poursuivant avec sa meute les ours,
les sangliers et les cerfs dans les forêts du pays de Mauge, me
paraît avoir aussi une couleur quelque peu légendaire (ch. xlii,
p. 122). Néanmoins il est bon d'observer que, pour les événements
voisins du xic siècle, les traditions recueillies par le chroniqueur
de Nantes prennent une certaine apparence de véracité, et elles
ne doivent plus sans examen être rejetées dans le domaine de la
fable.
A dater de l'an mil environ, le récit de la Chronique de Nantes
change de caractère. L'auteur ne s'occupe plus de l'histoire
générale de la Bretagne. Ce qui concerne la ville de Nantes et
en particulier les démêlés du comte et de l'évêque attirent toute
son attention. Dès lors, ses informations personnelles le dispen-
sent de recourir à d'anciennes annales ou à des traditions plus
ou moins vraisemblables: il témoigne en effet connaître des per-
sonnes qui ont vécu à Nantes sous le gouvernement du comte
Judicaël (992-1004) * ; lui-même faisait sans doute partie du clergé
nantais, alors que Budic et Gautier étaient évêques de la cité.
En un mot, ce qu'il dit de l'histoire de Nantes au xie siècle
(ch. xlvi-xlviii), il a pu le voir par lui-même ou l'apprendre par
ses concitoyens.
Si, après ce coup d'œil d'ensemble jeté sur l'ouvrage, on ana-
lyse le texte en détail, on y distingue un certain nombre d'em-
prunts faits à des sources mieux connues que celles dont je me
suis occupé jusqu'ici. Il y a un chapitre entre autres, qui mérite,
à cause de son importance, d'être l'objet d'une analyse minu-
tieuse, c'est celui où est exposée l'origine du différend survenu,
au temps du duc Nominoé, entre les évêques de Bretagne et
l'archevêque de Tours ^ch. xi, p. 31-39). On admet généralement
que ce chapitre a été composé tout entier au moyen de deux
opuscules distincts, les Gesta Sanctorum Rotonensium et Ylndi-
culus de episcoporum Britonum depositione. Pour le premier de
ces opuscules le fait est certain, mais il n'en est pas de même
pour le second, sur l'autorité duquel, comme je voudrais le
prouver, on s'est complètement mépris.
1. Sicut videntes illud nobis scribentibus enarraveruni (p. 147).
SOURCES DE I.A CHRONIQUE xi.ix
I / Indien lu s de episcoporam Britonum depositione a été décou-
vert au xvnc siècle par Sirmond dans un manuscrit de l'abbaye
du Mont-Saint-Michel, et publié par lui dans son édition des capi-
Uilaires de Charles le Chauve1. Mabillon et la plupart des éru-
dils qui se sont occupés de l'histoire religieuse de la Bretagne
ont regardé ce document comme l'œuvre d'un auteur bien
informé et digne de foi 2. Je ne sais ce qui a pu valoir à cet auteur
une confiance que rien ne justifie. L'assemblée de Redon, qui fait
le sujet principal du récit, constitue à elle seule une erreur qu'un
écrivain contemporain n'eût pas commise; car une charte authen-
tique de l'année 8i8 nous apprend que le synode, dans lequel
plusieurs évêques bretons furent déposés par Xominoé, ne se tint
pas à Redon, mais dans un château nommé Coitlouh3. Les actes
de cette assemblée sont en outre relatés d'une façon invraisem-
blable. Enfin VIndiculus débute par une phrase, qui se rattache
assez mal à la suite de la narration et contient un anachronisme
grossier. « Xominoé, y est-il dit, homme orgueilleux, envahit les
« cités de Nantes, de Rennes, d'Angers et du Mans jusqu'à la
« Mayenne; devenu maître de ces villes et territoires, il en con-
« eut encore plus d'orgueil, et, méprisant les droits des Francs,
« il songea à usurper le titre de roi. C'est pourquoi il résolut de
(( déposer les évêques de Bretagne et de leur substituer d'autres
« prélats qui seraient à sa dévotion4. » Ces assertions sont abso-
1. Karoli Calvi capitula, Paris, 1623, in-8, notae ad cajJltula,j*. 132.
— Sirmond s'exprime ainsi (ibidem, p: b'i) : Narrât de ea controversia
inter Turonensem et Dolensem archiepiscopum vêtus indiculus quem
in Sancti Michaelis m Mari bibliotheca viai. Ce document a été réédité
plusieurs fois: je citerai seulement la réédition qu'en a donnée dom Bouquet
dans le tome VII du Recueil des hist. des Gaules et de la France, p.
288 289.
2. Cf. Mabillon, Aria SS. ord. S. Benedicti, sacc. IV, pars. 2. p.
ish-is:.
'A. Cartulaire de Redon, p. 87.
'i . Nomenoius valde superbus urbem Namneticam, Redonicam ac
etiam Andegavense territorium et Cenomannense usque Meduanam
invasit, flis autem urbibus et territoriis nominatis in sua ditione ad-
suint is. superbior exstitit et potentior, contemptoque jure Francorum
regio, regem se fieri posse existimavit, multisque artibus, ut dolasus
et fraudulentus, perquirens qui bus id modis adsequeretur, reperit ut
episcopos /otius suae regionis aliqua seditione expelleret et alios con*
cessione sua constitutos m locis illorum subrogaret, sicque facile con-
ceptam tyrannidem passe perficere excogitavit (dom Bouquet, livre cité,
VU. 288).
L INTRODUCTION
lument fausses et telles qu'elles n'ont pu être imaginées qu'à une
époque où on avait perdu tout souvenir exact des entreprises
politiques et religieuses de Nominoé. Lorsque Nominoé opéra
une sorte de révolution dans le personnel épiscopal de Bretagne,
il n'avait en son pouvoir aucun des territoires sus indiqués ;
bien plus, il n'en eut jamais la paisible possession, car il mourut
au moment même où il cherchait à les conquérir. Le synode de
Coitlouh, où furent déposés les évêques bretons est de 848, et
ce ne fut que pendant l'hiver 850-851 que Nominoé envahit les
pays de Rennes, de Nantes, d'Anjou et du Maine1.
L'Indiculas de episcoporum Britonum dépositions n'est donc
pas, comme on l'a cru souvent, une œuvre composée à une époque
voisine de celle où vivait Nominoé. C'est une production tardive,
mise sans doute en circulation vers le milieu du xie siècle, dans
le temps où fut repris en cour de Rome le procès entre les arche-
vêques de Dol et de Tours. Si l'on observe d'autre part que ce
récit n'est qu'une paraphrase de la dernière partie du chapitre xi
de la Chronique de Nantes (p. 36-39) ; que la mention relative
aux conquêtes de Nominoé a été extraite presque mot à mot de
la première partie (p. 32-33) de ce même chapitre, où elle a sa
place naturelle, tandis que sa présence s'explique mal au début
de Ylndiculus, qui traite d'une dispute religieuse et non pas de
l'histoire des guerres de Bretagne, on arrive à cette conclusion
que ce n'est point le chroniqueur de Nantes qui a utilisé Ylndi-
culus, mais que c'est Ylndiculus qui a été pour ainsi dire copié
sur la Chronique de Nantes^. L'auteur de cet opuscule s'est à
peine préoccupé de modifier le style du chroniqueur nantais,
dont on retrouve la marque dans des expressions comme celle-ci,
1. R. Merlct, Guerres d'indépendance de la Bretagne dans la Revue de
Bretagne, de Vendée et d'Anjou, année 1891.
2. Dom Lobincau a inséré le texte môme de Ylndiculus dans son édition
de la Chronique de Nantes, comme si cet opuscule faisait partie intégrante de
la chronique. Une note marginale, placée par lui dans le tome Ier de son His-
toire de Bretagne (p. 43), explique le motif de son erreur. Cette note, rela-
tive kVIndiculus, est ainsi conçue: Fragment, tiré du Mont-Saint-MicJud
par le P. Sirmond et cité par Le Baud comme de la Chronique de
Nantes. D. Lobineau a donc cru que Le Baud n'avait fait que traduire Yln-
diculus : mais il s est trompé sur ce point comme sur plusieurs autres. Le
Baud, en eflet, a traduit le récit de la Chronique de Nantes, qui est beaucoup
plus détaillé que celui de Y Indiculus.
SOURCES DE LA CHRONIQUE U
multisque artibus, ut dolosus et fraudulentus, perquirens quihus
id modis adscquerctur, rcperil ut, etc. ' II faut donc, à mon avis,
retrancher V Indiculas du nombre des documents dont dérive le
chapitre xi de la Chronique de Nantes.
Ce chapitre se divise, au point de vue des sources, en deux
parties : la première est presque entièrement fondée sur des titres
dignes de foi, la seconde n'est à proprement parler qu'une œuvre
d'imagination.
Au commencement sont racontés la campagne de Nominoé au
sud de la Loire, la destruction du monastère de Saint-Florent-le-
Vieil et l'envahissement par l'armée bretonne des pays de Nantes,
de Hennés, d'Angers et du Mans (p. 31-32). On a là un résumé
exact des expéditions militaires de Nominoé depuis l'an 845 jus-
qu'en (S51. La notion de ces faits authentiques n'a pu être em-
pruntée qu'aux anciennes annales dont j'ai précédemment parlé.
L'entrevue de Convoion, abbé de Redon, avec Nominoé (p. 33-
34), le voyage de Convoion à Rome (p. 34), sa réception par le
pape Léon IV (p. 34-36), son retour en Bretagne (p. 36) sont
autant d'événements relatés en détail par l'auteur contemporain
des Gesta sanctorum Rotonensium*. Mais au récit des Geste
l'auteur de la Chronique de Nantes a ajouté l'analyse d'une lettre
adressée par le pape Léon IV à Nominoé (p. 34-35). Cette lettre,
qui fut remise par Convoion à Nominoé lui-même3, est aujour-
d'hui perdue. L'analyse que nous en a conservée le chroniqueur
a donc une réelle valeur historique.
La seconde partie du chapitre xi (p. 36-39) est loin de contenir
des renseignements aussi véridiques : elle n'est pas cependant
dénuée d'intérêt. Llle nous fait connaître en effet les idées reçues
à Nantes et à Tours vers le milieu du xie siècle au sujet des pro-
cédés ([n'aurait employés Nominoé pour soustraire les évêques de
1. Cette tournure de phrase m1 rencontre fréquemment dans la Chronique
de Nantes: je cite ici quelques exemples qu'on pourrai! multiplier. Salomon
Herispogium furtive aggrediens, u1 Lniquus cl dolosus, interfecit (p. 50);
Nomenoius exposuit iili fabulose, ut erat alloquax (p. ;;;>): [Lambertus],
itérai aflabilis, et pro tune fuit inventor malorum,alîoquens induxit
n! , etc. ( p. 12).
2. Cl'. Mabillon, Acta SS. ord. s. Benedicti, saec. IV. pars 2. y. 2W-
113.
:>. Conoveus abbas referons Nomenoio de ejus mandatis Leonis papae
responsionem (voir plus loin, p. 36).
lu INTRODUCTION
Bretagne à la juridiction de l'archevêque de Tours. Ces idées,
les adversaires des Bretons se les étaient formées en interprétant
à leur guise quelques documents du ixe siècle récemment décou-
verts dans les archives ecclésiastiques de la province. Le chroni-
queur de Nantes cite, comme les plus importants de ces docu-
ments, la lettre du pape Nicolas Ier au duc Salomon et celle des
pères du concile de Soissons au pape Nicolas Ier. Ce sont ces deux
lettres qui ont servi de point de départ à la composition quelque
peu fantaisiste, mise au jour par le chanoine nantais.
Le pape Nicolas Ier, en écrivant au duc Salomon, lui rappelle
que les prélats, chassés de leurs sièges par Nominoé, n'avaient
pas été condamnés dans un concile d'évêques, mais dans une as-
semblée composée presque entièrement de laïques1. A la vérité
ces prélats avaient avoué être coupables, mais c'était de force et
par intimidation. Qui, etsi crimen aliquod confessi esse dicun-
tur, potest credi quod vi vel formidine fassi tantum, et non con-
fessi fuerint quod non fecerant, quia videhant laicos et saecula-
res quosque una cum rege contra se conspirantes2. Cette der-
nière phrase laisse soupçonner l'existence d'intrigues machinées
par Nominoé contre les pontifes qu'il voulait perdre. — Le chro-
niqueur de Nantes s'est manifestement inspiré de ces allusions
assez vagues aux agissements du duc des Bretons. Il a imaginé
toute la trame d'un complot, ourdi entre Nominoé et l'un de ses
courtisans (ch. xi, p. 37). La pseudo-assemblée de Redon, la con-
fession arrachée par violence aux évêques accusés, leur condam-
nation etleur fuite, tout cela se trouvait en substance dans la lettre
du pape Nicolas Ier. Notre auteur s'est contenté d'inventer quelques
incidents secondaires, afin de donner à son récit une plus grande
apparence de réalité. Mais il ne s'est pas montré très habile
dans le choix de ces incidents, car, par exemple, le rôle qu'il a
attribué au courtisan de Nominoé n'a même pas le mérite de la
vraisemblance.
Après avoir ainsi raconté l'expulsion des prélats bretons, il ex-
pose comment Nominoé créa trois nouveaux diocèses en Breta-
gne, ceux de Dol, de Saint-Brieuc et deTréguier, et comment il
1. Non ah episcopis, sed alaicis episcopos inregione tua esse dejec»
tos (voir plus loin, p. 59).
2. Voir plus loin, p. 60.
SOURCES DE LA CHRONIQUE Lin
institua à Dol un siège métropolitain auquel il soumit tous les évê-
chés de la région (ch. xi, p. 38-39). — Dans aucun titre du
ixc siècle il n'est fait mention de cette création de trois évêchés par
Nominoé. La Chronique de Nantes est le plus ancien texte où soit
relatée cette prétendue révolution, opérée par le duc breton dans
l'organisation de l'Église de Gaule. On peut et l'on doit se de-
mander à quelle source notre auteur a puisé ses informations sur
ce point d'histoire ecclésiastique.
Et d'abord, comment a-t-il connu les noms des quatre évêques
chassés par Nominoé? Suivant lui, ces évêques sont: Susan
Venelcnsis, Félix Corisopitensis, Salocon Dialetensis et Libéral
Ocismorensis, c'est-à-dire les évêques de Vannes, de Quimper,
d'Alcth et de Saint-Pol-de-Léon. Ces noms aflectent une forme
archaïque qui attire l'attention. Il était d'usage au xic siècle de
désigner les évêques de Saint-Pol-de-Léon sous le titre d'episcopus
Lennensis ou Sancfi Pauli Leonensis, et ceux d'Aleth sous celui
à'episcopus Aletensis ou Sancti M&cuti. L'antique appellation
à'episcopus Ocismorensis était depuis longtemps tombée dans un
Complet oubli. Quanta l'évêque d'Aleth, jamais il ne s'intitula
episcopus Dialetensis. Cette dernière dénomination est une inven-
tion du chroniqueur de Nantes. — Il y avait des siècles que la
cité des Ossismes (civitns Ossismoram) était disparue, et il est
Certain que, des le i\' siècle, le diocèse de Saint Pol-de-Léon ne
représentait plus que très imparfaitement ce territoire gallo-
romain. La civitas Ossismorum est inscrite dans la Notice des
Gaules, et c'est, grâce à ce fait, que le souvenirde cette circons-
cription administrative a pu se perpétuer d'âge en âge et parvenir
à la connaissance des clercs du xic siècle qui se piquaient de
quelque érudition.
A l'époque même où fut rédigée la Chronique de Nantes, la
Notice des Gaules dut être soumise à un examen attentif de la
pari du clergé de la province de Tours. On sait en effet <pie cette
Notice, dont la composition date de l'an 100 environ, présente,
pour diverses raisons qu'il serait superflu de rappeler ici, le ta-
bleau assez exa et de l'organisation primitive de l'Eglise de Gaule.
Lors donc qu'on voulut à Tours vers l'an 1050 établir la preuve
(pie l'archevêque de Dol n'avait aucun droit au titre de métropo-
litain et que jamais la Bretagne n'avail formé une province ecclé-
siastique indépendante, le premier document ([non songea à con-
Liv INTRODUCTION
sulter fut la Notice des Gaules, qui faisait loi en cette matière.
On crut, sur la foi de ce texte, que de toute antiquité l'évêque de
Tours, comme métropolitain de la troisième province lyonnaise,
avait exercé sa juridiction sur les huit cités de cette province, à
savoir les cités du Mans, de Rennes, d'Angers, de Nantes, de
Quimper, de Vannes, et celle des Ossismes et des Diablintes. Ces
huit cités étaient les seules inscrites dans la Notice des Gaules;
on en conclut que Dol, Saint-Brieuc et Tréguier, qui ne figuraient
pas sur cette liste, n'avaient point été, à l'origine, siège d'un
évêché, et Ton en arriva tout naturellement à supposer que la
création de ces trois diocèses remontait au temps où Nominoé
avait bouleversé l'ancienne organisation delà province. Quantaux
deux cités à peu près inconnues des Ossismes et des Diablintes,
on les identifia, la première avec l'évêché de Saint-Pol-de-Léon,
ce qui était en partie exact; l'autre avec l'évêché d'Aleth, ce qui
était une erreur.
Le chroniqueur de Nantes, qui s'est fait à ce sujet l'interprète
des opinions du clergé de Tours, n'a pas hésité à tirer de la No-
tice des Gaules les conclusions que je viens d'indiquer. Parmi les
cités de la troisième Lyonnaise, il y en avait une, celle des Dia-
blintes, qui était disparue de bonne heure et avait été annexée
tout entière au diocèse du Mans1. On ignorait complètement au
xie siècle ce qu'était devenue cette cité, et personne ne se serait
alors avisé d'en placer le chef-lieu à Jublains. Mais une certaine
analogie entre les noms fit qu'on s'imagina que la civitas Diablin-
tum n'était autre que la cité d'Aleth. Pour rendre cette analogie
plus frappante et pour témoigner en même temps de son érudi-
tion, le chroniqueur de Nantes donna constamment dans son récit
à la ville et aux habitants d'Aleth le titre de Dialetensis, Diale-
tenses^. De ce fait il semblait résulter qu'antérieurement aux
entreprises de Nominoé, il n'y avait que quatre diocèses en Bre-
tagne, celui de Quimper répondant à la civitas Coriosopitensis d°
la Notice des Gaules, celui de Vannes, civitas Venetensis, celui
de Saint-Pol-de-Léon, civitas Ossismorum, et celui d'Aleth, civitas
1. Cf. abbé Duchesne, Catalogues épiscopaux de la province de Tours,
p. 83.
2. Voir plus loin, p. 10, note 5.
SOURCES DE LA CHRONIQUE i.v
Diablintûm. Restait à découvrir quels étaient les pontifes qui
administraient ces diocèses au temps deNominoé.
Le chroniqueur de Nantes savait, d'après le récit des Gesta
sanclorum Iiolonensium1, que Susan et Félix étaient alors
évoques, l'un de Vannes, l'autre de Quimper. Quelque ancienne
souscription de concile2, ou peut-être sa propre imagination, lui
aura fourni le nom de Libéral, évêque des Ossismes. Enfin la lettre
du concile de Soissons lui apprit que Salocon, évêque de Dol,
avait été aussi chassé de son siège par Nominoé3. Mais cette der-
nière source contredisait formellement la théorie, suivant laquelle
l'évêché de Dol aurait été créé par Nominoé lui-même. Il fallait
tourner la difïiculté. Notre auteur se tira d'affaire en supposant
que Salocon était évêque d'Aleth, et qu'en cette qualité il avait
soi. s sa juridiction l'église de Dol, qui n'aurait été alors qu'un
simple monastère4. Cette hypothèse lui sembla suffire sans doute
à expliquer comment Salocon avait pu, en 8GG, être qualifié
p'évêque de Dol par les pères du concile de Soissons.
Tout ce système, que je viens d'exposer aussi brièvement que
possible, peut paraître ingénieux, mais il n'en est pas moins vrai
qu'il a pour unique fondement quelques documents, qui tous,
aujourd'hui encore, sont entre nos mains, à savoir les lettres du
bape Nicolas [M et du concile de Soissons, les Gesta. sanclorum
Rotonensiumetla Notice des Gaules. Ce système ne vaut donc
nue par la façon dont ces documents ont été interprétés au xi€
siècle par les adversaires de l'archevêque de Dol. Or, quelle que
soit l'habileté qu'on suppose à ces interprètes, on sera toujours
en droit de se méfier de l'opinion qu'ils se sont formée sur une
question où leur intérêt personnel était en cause, et, si l'on re-
marque que dans aucun des textes précités, il n'est fait la moindre
allusion à la création par Nominoé des trois évêchés de Dol, de
paint-Brieuc et de Tréguier, on sera tenté d'admettre que toutes
tes hypothèses, présentées à cet égard comme certitudes par le
I. \ <>s. Maliillon, Jeta ss. ord. s. Benedicti, saec, IV. pars 2,d.
|p i — «
■J. Cf. abbé Duchesne, Cat, épisc, delà prov. de Tours, p. 84, note 1.
:>. Salacone Dolensi, adhuc quidem, licet expulso, superstite (voir
plus loin, |>. 54).
i. Monasterio Doli, quod tune temporis crut ex diocesi Dialetensis
ëcclesiae (voir plus loin, p, 39).
lvi INTRODUCTION
chroniqueur de Nantes et ses contemporains, sont non seulement
douteuses, mais peut-être même erronées.
Les titres authentiques, relatifs aux réformes religieuses de
Nominoé, permettent d'affirmer seulement trois points. Nominoé,
pour des motifs d'ordre politique, a proclamé de sa propre auto-
rité dans rassemblée de Coitlouh l'indépendance de l'église de
Bretagne vis-à-vis de l'archevêque de Tours. Il a, dans la même
assemblée, déposé de leurs sièges les évêques Salocon de Dol et
Susan de Vannes, qui étaient sans doute opposés à ses projets. A
la même époque, il a érig-é l'évêché de Dol en archevêché et a
soumis à la juridiction de cette nouvelle métropole tous les dio-
cèses compris dans ses états. Ce n'est que dans le courant du
xie siècle et très probablement après le concile qui se tint à Reims
en 1049, que le clergé de la province de Tours prétendit, appuyant
ses assertions sur l'autorité delà Notice des Gaules, que Nominoé
avait encore de son initiative privée transformé en évêchés les
trois monastères de Dol, de Saint-Brieuc et de Tréguier. Cette
opinion, consignée dans la Chronique de Nantes, propagée par
Y Indiculus de episcoporum Britonum depositione, et admise de-
puis par la plupart des historiens, est, comme on l'a vu, contre-
dite en partie par la lettre du concile de Soissons. De plus, les
papes et les évêques du ixe siècle, qui ont sévèrement apprécié
dans leurs correspondances et dans les actes des conciles, les di-
verses entreprises religieuses de Nominoé, n'ont jamais dit un mot
de cette prétendue érection de trois nouveaux sièges en Bretagne,
et ce mutisme inexplicable enlève presque tout crédit à la thèse,
soutenue au xie siècle par le clergé de Tours et à laquelle on a
trop longtemps, à mon avis, accordé une confiance imméritée '.
J'ai eu précédemment l'occasion de citer à plusieurs reprises
deux lettres du ixe siècle, qui ont été publiées in-extenso par le
chroniqueur de Nantes. L'une, celle du pape Nicolas Ier, avait été
1. Cette thèse a été récemment adoptée par M. l'abbé Duchesne ; mais ce
savant critique a pu être induit en erreur par la croyance où il était de lauto-
rité indiscutable de la Chronique de Nantes. M. l'abbé Duchesne regarde
Fauteur de la Chronique de Nantes comme un contemporain de Nominoé
(Catalog. épisc. de laprov. de Tours, p. 96, note 1). — Comme je l'ai
déjà dit, on a pu jusqu'aujourd'hui se former les opinions les plus diverses
sur l'âge et la valeur réelle de la Chronique de Nantes, parce que cette œuvre
historique n'a jamais été l'objet ni d une édition critique ni même d'une étude
spéciale.
SOURCES DE LA CHRONIQUE i.vu
récemment découverte à Tours (voir plus loin, p. 57-62); l'autre,
celle du concile de Soissons (p. 51-57), avait été probablement
trouvée à Nantes. Notre auteur a donc fait des recherches dans
les archives des églises de Tours et de Nantes ; il en a fait égale-
ment dans celles de l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon. C'est
en ell'et grâce aux chartes conservées à Redon qu'il a su, comme
il le dit lui-même, que Foucher, évoque de Nantes, parvint à
recouvrer ses droits sur le territoire de Guérande1. Ce doit être
aussi dans la bibliothèque de ce monastère qu'il a vu le manus-
crit des (ic.sfn sstnetorum Rotonensium, source de ses informa-
tions sur l'abbé Convoion (p. ,33-36) et sur le combat de l'île de
Liesse (p. 86-87). Les moines de cette abbaye lui auront peut-être
raconté la légende relative à l'abbé Iléroïc, et ils lui auront ap-
pris que (iuérech, comte de Nantes, était enseveli dans leur
('■-lise (p. 124-126).
A Tours, le chroniqueur de Nantes a eu communication non
seulement de la lettre du pape Nicolas Ier, mais encore des canons
promulgués en 857 par l'archevêque Ilérard (p. 64), ainsi que du
catalogue épiscopal de cette métropole. Ce dernier document a
été récemment mis au jour par M. l'abbé Duchesne2. C'est une
simple liste des prélats qui se succédèrent sur le siè^e de Tours,
avec des indications chronologiques touchant la durée de chaque
épiscopat. Le chroniqueur de Nantes a emprunté à ce catalogue
ce qu'il sait de la chronologie des archevêques de Tours, Amauri,
Ilérard et Aetard ;!.
Enfin il est hors de doute que notre auteur, en sa qualité de
chanoine, d'érudit et de lettré, eut pleine liberté de consulter,
dans le trésor des lettres de l'église cathédrale de Nantes, les
manuscrits et les chartes qui y étaient réunis. Il parle lui-même
en certain passage d'une bible antique qui existait de son temps
dans la bibliothèque capitulaire \ et l'on se demande en quel
endroit, si ce n'est dans les archives du chapitre, il aurait pris
copie de^ privilèges accordés par les ducs de Bretagne aux pon-
I. Sicutin cartis Sancti Salvatoris reperitur (fch. jcxvi, [». 7*J).
_. Catal.episcop.delaprov.de Tours, p, 11-17.
:!. Cf. cli. xv, p. ^9, ch. \i\. p. 64, note 2, ch. \\. p. 65.
'i. Bibliothecam, quae usque hodie in ecclesia Namnetensi habetur
(ch. vu, p. |«.i).
lviii INTRODUCTION
tifes et chanoines nantais . C'est à Nantes même qu'il a dû recueillir
la presque totalité des notes qu'il nous a transmises sur les
évêques de cette cité depuis Félix jusqu'à Hervé (ann. 570 à 1004
environ).
Le catalogue épiscopal de l'église de Nantes lui a fourni la liste
complète des prélats qui administrèrent le diocèse pendant les ixc
et xe siècles. Cette liste a été, comme celle des archevêques de
Tours, publiée par M. l'abbé Duchesne l, qui a justement signalé
la concordance absolue existant entre la série épiscopale du cata-
logue et celle que l'on peut reconstituer d'après la Chronique
de Nantes2. — Le chapitre premier, qui contient la description
de la basilique construite au vie siècle par l'évêque Félix, a été
extrait d'un livre liturgique de la cathédrale, bréviaire ou légen-
daire. Mgr Richard a retrouvé ce récit presque tout entier dans
un bréviaire du xve siècle à l'usage de l'église de Nantes3. L'édi-
tion qu'il en a donnée ne présente avec le texte de la Chronique
de Nantes que des variantes de peu d'importance.
Il est plus difficile de déterminer à quelles sources a été puisée
l'histoire de l'épiscopat d'Actard (843-871). Certains détails à
peu près ignorés de la vie de ce prélat nous ont été transmis par
la Chronique de Nantes, tels que ses disputes avec le comte
Lambert, ses relations avec les archevêques de Tours, Amauri et
Hérard, ses démêlés avec l'évêque intrus Gislard, son interven-
tion en diverses circonstances auprès du roi Charles le Chauve,
ses voyages à Rome auprès des papes Léon IV, Renoît III et
Nicolas Ier. Tous ces faits paraissent exacts dans l'ensemble, mais
ils sont racontés confusément et généralement mal datés4. De
plus, il est à remarquer qu'Actard, en ces occasions, est toujours
présenté comme agissant personnellement : il implore contre ses
ennemis la protection d'autorités supérieures5 ; il transmet au duc
de Rretagne les lettres qu'il a obtenues du roi, il lui écrit même
directement6; tantôt il adresse des requêtes auxquelles on ne
1. Catal. épisc. de la prov. de Tours, p. 65-66.
2. Ibidem, p. 74.
3. Etude sur la légende liturgique de saint Clair, premier évêque de
Nantes, Nantes, 1885, in 8°, p. 47-48.
4. Sur ces faits mal datés, voir plus loin ch. x, p. 27, note 1; ch. xn, p.
40, note 1, p. 41, n. 1; ch. xiii, p. 43, n. 3; ch. xv, p. 50, n. 3.
5. Voir plus loin, p. 28, 40, 49, 50, 57 et 63,
6. Rex Britannorum principi mandant per [Actardum] ut si [Lam-
SOURCES DE LA CHRONIQUE i.ix
répond pas1, tantôt au contraire ses eil'orts sont couronnés de
succès-. Notre chroniqueur avoue qu'il n'a pu retrouver aucune
des lettres confiées à Actard par les souverains pontifes; mais il
connaît les suppliques envoyées au Saint-Siège par l'évêque de
Nantes1. — Il semble, en un mot, que notre auteur ait eu entre
les mains une partie de la correspondance privée d'Actard. Seule
cette hypothèse peut l'ait comprendre d'une part pourquoi ses
informations sur ce prélat sont conformes à ce que nous savons
de source certaine, et d'autre part pourquoi l'ordre chronolo-
gique des événements est présenté d'une façon aussi défectueuse.
Au moyen âge l'usage était de ne pas dater les lettres, et il est
souvent impossible, môme aujourd'hui, d'établir la véritable
classification des anciens recueils épistolaires ; aussi n'y a-t-il rien
d'étonnant à ce qu'un historien du xic siècle ait complètement
échoué dans une tentative de ce genre.
Je pense donc que le chroniqueur de Nantes a dû extraire de
la correspondance d'Actard ce qu'il dit dr> démarches faites par
cet évêque pour rentrer en possession de son siège, lorsqu'il en
eut été chassé par Nominoé en 8504, ce qu'il dit aussi de Gislard,
ce prêtre vannetais, illégalement installé à la place d'Actard et
qui, un peu plus tard, forcé de s'enfuir de Nantes, s'empara par
violence du territoirede Guérande, s'y constitua avec l'appui des
Bretons un diocèse indépendant et s'y maintint jusqu'à la fin de
sa vie, en dépit des excommunications lancées contre lui par les
papes et tous les évèques de Gaule5. Le court séjour d'Actard a
Thérouanne, bien qu'il soit cité à contre-temps B, la consécration
du doyen Hermengaire comme évêque de Nantes, et l'élévation
d'Actard au siège métropolitain de Tours7, sont autant d'événe-
bertum] a se expelleret, offensas sibi ab Mo factas dimitteret. Ad haec
quoque episcopus ex parte sua addidii quod, etc., p. 28.
1 Nullum mde auxilii responsum habere potuit, p. i11
2. Rex petitioni libenter annuens,ip. 50.
.'!. Jam saepe Actardus episcopus />ro his rébus reclamandis Romani
petierat; jam Leoni papae atque Benedicto, ejus successori, de his
querelas magnas fecerat : sed de responsionibus, quas ab Mis scriptas
a tl il lit, ru/ (la apud nos niemoria rrprritur (p. 57).
4. \ OÎr plus loin. p. 10-43.
5. Noir eh. xii, p. 'M et ch. \in. p. 42 et (3.
6. Voyei p. 12 et 13, a. I ei 3.
7. Ch. w, p. 65.
lx INTRODUCTION
ments auxquels il était sans doute fait allusion dans les lettres
aujourd'hui perdues du pontife nantais.
Sur les successeurs immédiats d'Actard et d'Hermengaire, le
chroniqueur de Nantes ne sait guère que ce que lui ont appris les
chartes de l'évêché et du chapitre. C'est un diplôme du roi
Charles le Gros qui l'a instruit de la fuite de l'évêque Landran à
Angers1 ; c'est également dans les archives de la cathédrale qu'il
a trouvé l'acte de donation du village de Canisy (?) à Landran
parle duc Alain le Grand2. L'épitaphe, gravée sur le tombeau
de Landran dans l'église de Saint-Donatien, lui aura fait con-
naître le jour du décès de ce prélat et la durée de son épiscopat3.
— Il nous a tracé un portrait flatteur de Foucher, qui administra
le diocèse de Nantes de 897 à 910 environ. Cet évêque déploya
la plus grande activité pour subvenir aux besoins de son église
presque entièrement ruinée par les dévastations des Normands.
Un grand nombre de chartes et de privilèges lui furent octroyés
par les évêques, les comtes et les seigneurs des pays voisins4.
Notre auteur a publié in-extenso l'un de ces privilèges émané
du duc des Bretons 5. Foucher fut comme son prédécesseur
enterré dans l'église de Saint-Donatien. Peut-être son épitaphe
est-elle la source où a été puisée la mention relative à la recons-
truction de la cathédrale et du castrum6. La phrase élogieuse,
qui termine le chapitre xxvi, est conçue en termes analogues à
ceux qu'on rencontre vers cette époque dans les notices nécro-
logiques7.
Les renseignements, qui ont trait aux épiscopats d'Adalart,
d'Hesdren et de Gautier (915 à 980 environ), proviennent en
majeure partie de notes annalistiques. Pantin, le passage où est
1. Landramnus episcopus, régis Kavoli celsitudineni adiens — , qui
in urbe Andegavina dédit ei refugium et de regalibus proprietatibus,
quos ibi fiabebat, sibi et clevicis suis jussit dari stipendia (p. 66 et 67).
2. Ch. xxii, p. 68-72.
3. Ch. xxiii, p. 72, n. 3
4. Vicinis episcopis, ac etiam cnmitibus et proceribus vicinarum re-
gionum de hac vastitate magnam querelam faciens qui vero. Jus
querimoniis auditis, onines suae miseriae condolentes de proprietate
sua plurima administraveruiit (p. 74).
5. Ch. xxv, p. 74-77.
6. Ch. xxvi, p. 78.
7. Cette phrase commence ainsi: sicque iste vit' venera/idus, et se termine
à féliciter pervenit (p. 79-80).
CONCLUSION LXi
exposée en quelques mots la gestion de l'évêché de Nantes par
Guérech de 981 à (.)<Stt environ, semble avoir été emprunté à un
nécrologe de la cathédrale '.
En résumé, malgré le silence que notre auteur a généralement
observé au sujet des documents par lui mis en œuvre, et malgré
la disparition de presque tous ces documents, on peut tenir pour
certain qu'il a utilisé, pour composer son ouvrage, d'anciennes
annales et de nombreux textes liturgiques ou diplomatiques,
tels que recueils épislolaires, vies de saints, catalogues épis-
eopaux, nécrologes, diplômes, bulles et chartes de toutes sortes.
Oltc énumération n'est sans doute pas complète; mais elle sulïil
.1 donner une idée du degré de confiance que mérite dans ses di-
verses pai'ties le récit du chroniqueur nantais.
V.
CONCLUSION.
Après avoir exposé la méthode que j'ai cru devoir suivre pour
reconstituer le texte de la Chronique de Nantes, après avoir
cherchée établir que cette chronique fut rédigée entre les années
1050 et 1059 par un chanoine de la cathédrale de Nantes, et
après avoir indiqué, autant que faire se pouvait, les matériaux
employés par l'auteur, je voudrais dire quelques mots de l'ou-
vrage considéré en lui-même, de son originalité et de son intérêt
historique.
Je ne m'arrêterai pas longtemps à parler du style de notre
chroniqueur. Il est de ceux qui, par leur peu d'éclat, n'attirent
pas l'attention. D'une latinité qui n'est point élégante ni toujours
1. On peut rapprocher la phrase, a fundamentis hujus ecclesiae capui
destructum reficiens, illud refectum cooperire procuravit, pluraque
'i/iti quae usque hodie apparent restitua, et multa alia bona fecit
(p. 121), de cette notice du aécrologe de Chartres, consacrée à I évèque Ful-
bert niori en 1028, ad restaurationem lutins sancti templi, </t<<></ ipse
post incendium a fundamento reedificare repérât, honam partent auri
sut et argenti re/it/uit. et disciplinae ac sapirtittar radiis hune locum
Uluminavit, et clericis suis multa bona fecit. Cf. H. Merlel el al»l»é
Glerval, Un manuscrit chartrain du xi* siècle, Chartres, 1893, in-»",
p. 159.
lxii INTRODUCTION
correcte, il a du moins la qualité d'être habituellement clair et
de ne prêter que rarement à l'équivoque. Cette qualité n'est pas
commune à tous les historiens du xic siècle : certains d'entre
eux, sous un style diffus et affecté, ne laissent que difficilement
deviner leur pensée. Dudon de Saint-Quentin, l'historien de la
Normandie, peut être présenté comme le modèle de ces écri-
vains, qui, pour vouloir faire montre de talent, sont trop fréquem-
ment tombés dans l'emphase et l'incohérence. Notre auteur ne
paraît pas avoir eu des visées aussi ambitieuses ; il ne cite ni les
poètes ni les grands littérateurs de l'antiquité, il ne cherche pas
à les imiter ; il se contente le plus souvent de raconter les choses
comme, on les lui a rapportées à. lui-même ou comme il les a
trouvées relatées ailleurs. En cela, il a fait preuve de prudence,
et l'on ne saurait l'en blâmer.
Le caractère général de sa narration est d'être concis et nourri
de faits. Il s'est proposé d'écrire l'histoire de la ville de Nantes,
et il ne s'est jamais lancé dans des digressions inutiles l'éloignant
du but qu'il voulait atteindre. Le plan qu'il a adopté est logique
et tel qu'un critique moderne ne dédaignerait peut-être pas de le
suivre. Dans le chapitre précédent, j'ai montré qu'il a puisé la
plus grande partie de ses renseignements à des sources écrites.
Bien qu'il vécût à une époque où l'usage était de faire remonter
l'histoire des peuples et celle des cités jusqu'aux temps les plus
reculés et d'admettre sur ces périodes fabuleuses les légendes les
plus invraisemblables, il s'est tenu en garde contre cette absurde
tendance de ses contemporains. Les traditions qu'il a recueillies
ne portent sur aucun épisode ayant plus d'un siècle de date, et
lors même qu'elles ne pourraient pas dans leur ensemble être ac-
ceptées comme véridiques, elles n'en ont pas moins à nos yeux
l'intérêt d'avoir été consignées à un moment où le souvenir des
faits qui leur ont donné naissance était encore vivant parmi le
peuple. L'ordre qu'il a choisi pour son récit est l'ordre chronolo-
gique. Il s'y est rigoureusement conformé, et, s'il est possible de
le prendre en défaut sur ce point, la cause en est l'insuffisance de
ses moyens d'information. Il n'avait point à sa disposition les ins-
truments de travail qui sont actuellement entre les mains des éru-
dits, et il était exposé à commettre certains anachronismes en in-
terprétant des textes qu'on ne pourrait peut-être pas aujourd'hui
même dater avec précision . C'est ce qui lui estarrivé, par exemple,
CONCLUSION i.xm
quand il a voulu retracer L'histoire de L'épiscopat d'Actard. Mais,
sauf en deux ou trois circonstances, il a su placer tous les événe-
ments à leur véritable rang, et cette exactitude dans le classe-
ment des faits ajoute à la clarté de l'ouvrage.
Membre du clergé, et, comme nous l'avons vu, serviteur dévoué
de Févôque et du pape, il n'a point approuvé de parti pris tous les
actes des pontifes nantais. Lorsqu'il a l'occasion de parler des
disputes ou des démêlés qui, à différentes reprises, surgirent entre
les comtes et les évoques de Nantes, il le fait sans passion et
laisse même soupçonner au besoin que le bon droit n'était pas
toujours du côté du pouvoir religieux. Il y a là de sa part une
garantie d'impartialité. Toutefois, à l'égard du duc de Bretagne,
Nominoé, il s'est montré moins équitable. Il semble qu'il n'ait pu
pardonner à ce prince, qui fut cependant, autant qu'on en peut
juger aujourd'hui, un grand capitaine et un habile politique,
d'avoir tout d'un coup brisé les liens qui rattachaient l'église de
Bretagne à l'église de Gaule. Cette sorte de coup d'état était ca-
pable, à deux cents ans d'intervalle, de l'irriter au point de troubler
son jugement. De là, ses appréciations souvent injustes sur No-
minoé et sur le comte Lambert, puissant auxiliaire du chef breton;
de là aussi l'exagératiou de ses attaques contre la nation bretonne
tout entière, et la fausse opinion qu'il s'est formée sur l'origine
des trois évêchés de l)ol, de Saint-Brieuc et de Tréguier.
S'il n'a pu se débarrasser entièrement de tout préjugé politique
ou religieux, il a du moins- été consciencieux dans ses recherches.
Il critique en certain endroit les historiens, ses devanciers, pour
avoir passé sous silence tant de choses clignes de mémoire, tan ta
necessaria memoriae dit/un oblivioni data sunt (p. 18). Il a
eu à cœur de ne pas encourir le même reproche et de ne laiss
tomber dans l'oubli aucun des faits qui, parvenus à sa connais-
sance, lui oui paru n'être pas étrangers à son sujet.
Il s'est efforcé de consulter tous les documents qui étaient à sa
portée et d\'\\ extraire le plus de renseignements possible sur Les
(■«miles et les évêques de Nantes, sur les désastre s que celte ville
eut à subir, sur les embellissements ou agrandissements dont elle
fui L'objet, sur la ruine ou la restauration de ses monuments, sur
les sièges qu'elle soutint et les batailles qui furent Livrées sous
ses murs.
Toul en se plaçant à ce point de vue exclusivement local, il a
lxiv INTRODUCTION
été forcé de temps à autre de porter ses regards sur la marche
générale des événements ; car les crises et secousses politiques,
éprouvées par la nation franque sous le règne des successeurs de
Charlemagne, se sont souvent répercutées en Bretagne et à Nantes
même. Malheureusement il est loin de connaître aussi bien les
affaires du royaume franc que celles de sa province. Son ouvrage
n'apprend presque rien de nouveau sur les faits et gestes des rois
carolingiens; mais, en revanche, il fournit de précieuses indica-
tions sur la vie et les actes de plusieurs chefs bretons.
Lorsque Nantes eut été définitivement réunie à la Bretagne en
851 , les ducs Erispoé, Salomon et Alain le Grand entretinrent avec
cette cité de fréquentes relations, et ils ne négligèrent aucune oc-
casion de se concilier la sympathie des évêques et de la population
d'une ville qui était très probablement la plus grande et la plus
riche de leurs nouveaux états. Vers Tan 940, le duc Alain Barbe-
torte transporta même à Nantes le siège du gouvernement. A
dater de cette époque, jusque vers la fin du xe siècle, l'histoire de
Nantes se confond en quelque sorte avec celle de la Bretagne.
Pour cette période, le récit de notre chroniqueur offre l'intérêt
d'être seul à nous révéler une série d'événements dont l'impor-
tance n'échappera à personne. Les autres annalistes, en effet, ne
savent ou ne disent que peu de choses du duc Alain Barbetorte ; à
peine semblent-ils faire attention aux révolutions qui se produi-
sirent en Bretagne pendant la minorité de Drogon et les règnes
d'Hoël et de Guérech, et il faut reconnaître que l'histoire de ce
pays, durant la seconde moitié du xe siècle, présenterait bien des
lacunes impossibles à combler, si les informations du chanoine
nantais ne suppléaient au mutisme des écrivains contemporains.
Mais notre auteur n'a pas été contraint seulement à s'occuper
des affaires de Bretagne, il s'est trouvé entraîné incidemment à
parler de la situation politique ou religieuse des provinces envi-
ronnantes, telles que le Poitou, l'Anjou, la Touraine, le Maine, le
Blésois et la Normandie. Il serait trop long de citer tous les pas-
sages ayant trait à l'histoire de ces diverses provinces ; je veux
signaler cependant les récits relatifs aux guerres et hostilités de
toutes sortes qui, dès le principe, furent comme la marquedis-
tinctive des rapports de voisinage entre les Bretons et les Nor-
mands. Ces récits éclaircissent plus d'un point obscur des annales
de ces deux peuples.
CONCLUSION j.xv
Ce que nous savons de plus certain sur les origines de l'établis-
sement des pirates danois en France et sur les premiers temps de
l'existence du duché de Normandie, nous le tenons de Dudon de
Saint-Quentin qui, vers Tannée 1015, publia, à l'instigation du
duc normand Richard II et de Raoul d'Ivry, son De moribas et
acti.s primorum Normanniae ducum. Depuis qu'a paru l'excellente
étude, consacrée par M. J. Lair à cet écrivain1, il n'est plus per-
mis de douter que Dudon n'ait été assez exactement informé des
actions et des mœurs du peuple normand. Ce n'est donc pas par
ignorance, mais de propos délibéré, qu'il a exagéré certains faits el
qu'il en a passé d'autres sous silence. Son œuvre est un panégy-
rique, et rien n'y est relaté qui puisse porter une sensible atteinte
a la gloire des ducs de Normandie. Cette façon d'envisager les
choses a trop souvent conduit Dudon à ne dire qu'une partie de
la vérité. Ainsi, il fera de continuelles allusions à l'envahissement
et à l'occupation de la Bretagne par les Normands; mais il se
gardera de nous apprendre à quelle époque et comment cette oc-
cupation a pris fin. Si l'on s'en fiait à son livre, on croirait que,
bien loin d'avoir été chassés de Bretagne, les Normands ne cesse-
rait jamais d'exercer librement leur domination sur ce pays, et
l'on se ferait la plus fausse opinion de la condition politique des
Bretons pendant la majeure partie du \c siècle. Pour tout ce qui
touche aux premières luttes entre ces deux peuples ennemis, le
récit du chroniqueur nantais apporte à l'ouvrage du doyen de
Saint-Quentin un complément indispensable. Il nous fait connaître
ce que Dudon nous a volontairement caché: en particulier, la vie
et les exploits d'Alain Barbetorte, ce héros de la Bretagne, ad-
versaire redouté des Normands, qui, après plusieurs victoires
éclatantes remportées à Dol, à Saint-Brieuc et à Nantes, délivra à
tout jamais le territoire armoricain du joug de ceux qui l'avaient
envahi, et, depuis vingt années (919-939), y gouvernaient en
tnaîtres. On pourrait signaler encore d'autres aventures qui ne
tournèrent point à l'avantage des Normands, et auxquelles Dudon
de Saint-Quentin n'a même pas fait allusion, telle que cette tenta-
tive infructueuse de la flotte danoise en 960 pour mettre la main
sur la ville de Nantes-.
1. Introduction à la nouvelle édition «le Oudon de Saint-Quentin par M
J. Lair, Gaen, 1865, in ï". p. 1 à 114.
2. Sur cette dernière phase de la lutte (Mitre la Normandie el la Bretagne
lxvi INTRODUCTION
Mais, sans insister davantage, je pense pouvoir conclure des
remarques précédentes que la Chronique de Nantes, au point de
vue historique, présente un double intérêt: d'une part, elle
éclaire d'une lueur assez vive l'histoire non seulement d'une
ville et d'un comté, mais encore de toute une province et même
d'une région importante de la France ; d'autre part, la lumière
qu'elle répand tombe sur l'une des périodes les plus obscures de
notre histoire nationale.
Avant de terminer ces considérations préliminaires, qui m'ont
été inspirées par une longue étude et par le désir de dire vrai, il
me reste à adresser mes remerciements à M. A. Giry, qui a pris
la peine de revoir avec soin toutes les épreuves de ce livre, et
m'a fait part de plusieurs observations qui m'ont été profitables.
— En dédiant cette édition à M. A. de la Borderie, j'ai voulu à la
fois rendre hommage àl'éminentérudit, auquel l'Histoire de Bre-
tagne est redevable d'être aujourd'hui l'une des mieux connues de
toutes celles des provinces de France, et lui témoigner ma recon-
naissance pour ses conseils éclairés et ses encouragements, grâce
auxquels j'ai pu mener mon entreprise, je n'ose pas dire à bien,
mais du moins à terme.
au xe siècle, R. Merlet, Origines du monastère de Saint- Magloire de Pa-
ris, dans la Biblioth. de V Ecole des Chartes, année 1895, t. LV.Ï.
SOMMAI 11 E
I.
CHRONIQUE DE NANTES.
I. — Description de la cathédrale construite à Nantes par l'évêque Félix ;
dédicace de cette basilique, qui subsista pendant près de trois siècles (570
cnviron-S't.'l), pp. 1-3.
II. — Révoltes des fils de l'empereur Louis le Pieux contre leur père ;
mort de Louis le Pieux; guerre entre les quatre frères, Lothaire, Louis,
Pépin et Charles le Chauve ; les habitants de Ncustrie prennent parti pour
Charles le Chauve (821 cnviron-840), pp. 4-5,
III. — Lambert de Nantes et Renaud de Poitiers viennent au secours de
Charles le Chauve. Tableau de la triste situation de la Gaule; ravages des pi-
rates danois; incursions du chef des Bretons, Nominoé, dans les pays de
Nantes et de Rennes (vers mai 841); bataille de Fontenoy où Charles le
Chauve est vainqueur de ses frères (25 juin 841), pp. 5-8.
IV. — Mort de Richuin, comte de Nantes; compétition entre Lamheii de
Nantes et Renaud de Poitiers pour obtenir la succession de Richuin. Le roi
Charles le Chauve donne Le comté de Nantes à Renaud; Lambert, mécontent,
se retire en Bretagne auprès de Nominoé. Lambert el Nominoé attaquent
Renaud, qui est tué au combat de Blain(24 mai 843), pp. 8-11.
\ . - Les Normands, à 1 instigation de Lambert, pénétrent dan- la Loire,
s'emparent de Nantes et détruisent la cathédrale construite au vi(' siècle par
l'évêque Félix (juin 843), pp. 11-13.
\ I — Récit d'un annaliste contemporain, relatif à la prise de la ville «le
Nantes par les Normands. Massacre de I évêque Gohard el d'une multitude de
prêtres el de Laïques qui s étaient réfugiés dan- la cathédrale (24 juin 843).
Retraite de la Hotte normande qui incendie le monastère d Indre (29 juin
843), pp. 1.-17.
^ II. — Les Normands, après avoir dévasté les pays de Mauge, de Tiflfa
lxviii SOMMAIRE
et d'Hcrbauge, se retirent dans l'île de Noirmouticr, emmenant avec eux un
grand nombre de captifs; expédition des pirates danois en Gallice et en Aqui-
taine (843-845). Réconciliation de la cathédrale de Nantes par lévêque de
Vannes, Susan (30 septembre 843), pp. 18-22.
VIII. — Prise de possession du comté de Nantes par Lambert. Charles le
Chauve nomme Bégon duc d'Aquitaine. Guerre entre Lambert et Bégon, qui
périt dans une bataille livrée près de la rivière du Blaison(fin de l'année 843),
pp. 22-25.
IX. — Election d'Actard, prêtre de l'église de Tours, comme évêque de
Nantes (843 ou 844), pp. 25-27.
X. — Dissensions entre le comte Lambert et lévêque Actard. Le duc des
Bretons, de concert avec Charles le Chauve, force Lambert à abandonner le
comté de Nantes. Lambert se retire à Craon ; il met en déroute Gui, comte
du Maine, et se constitue un état indépendant entre les frontières de Bretagne
et le cours de la Mayenne (851-852). Mort de Lambert (1er mai 852),
pp . 27-30.
XI. — Résumé des guerres du duc de Bretagne, Nominoé, contre Charles
le Chauve (845-851). Histoire des réformes religieuses opérées en Bretagne
par Nominoé (848 ou 849), pp. 31-39.
XII. — Nominoé expulse de Nantes lévêque Actard et nomme à sa place
Gislard, prôtre vannelais (850-851), pp. 39-41.
XIII. — Mort de Nominoé (7 mars 851) ; son fils Erispoé lui succède.
Traité de paix entre Charles le Chauve et Erispoé (fin de l'année 851). Ac-
tard reprend possession de 1 évèché de Nantes ; Gislard se retire à Guérande
et retient en son pouvoir jusqu'à sa mort la partie septentrionale du diocèse
de Nantes. Actard se rend à la cour du duc Erispoé (857), pp. 42-44.
XIV. — Charte par laquelle Erispoé, à la prière d'Actard, restitue aux
évoques de Nantes la moitié du tonlieu de la cité (857), pp. 44-48.
XV. — Démarches d'Actard auprès de l'archevêque de Tours, Hérard, et
du roi Charles le Chauve pour recouvrer son autorité sur le territoire de Gué-
rande. Assassinat d'Erispoé par son cousin Solomon ; élection de Salomon
comme duc de Bretagne (novembre 857). Convocation du concile de Soissons
.(866), pp. 48-51.
XVI. — Lettre des pères du concile de Soissons au pape Nicolas Ier. tou-
chant la séparation qui s'était produite entre les diocèses de Bretagne et la
métropole de Tours (18 août 866), pp. 51-57.
XVJI. — Voyages d'Actard à Rome et pétitions par lui présentées aux
papes Léon IV, Benoît III et Nicolas Ier, (850-866). Les réponses, confiées à
Actard par les souverains pontifes, ont toutes disparu pendant l'occupation
de la ville de Nantes par les Normands sous le règne de Charles le Simple :
une seule de ces lettres s'est conservée dans les archives de l'archevêché de
Tours, pp. 57-58.
XVIII. — Lettre adressée au duc de Bretagne Salomon par le pape Nico-
CHRONIQUE DE NANTI - lxix
las Ier, blâmant les entreprises religieuse! d Nominoé et invitant Salomon .'i
rétablir I église de Bretagne dans boii étal primitif (866), pp. 58-02.
MX.. — Salomon, comme ses prédécesseurs, refuse d'obéir aux conseils du
bape. Invectives du chroniqueur de Nantes contre le peuple breton. Mort
d llérard, archevêque de Tours; Actard lui succède ( 171), pp. 63 65.
\\. — Consécration du doyen Hermengaire comme évéque de Nantes par
Actard. Morl d Actard (875), et d Hermengaire (vers 880) ; Landran esl
nomme évoque de Nantes, p. 65.
\\l. — Assassinat du duc Salomon (25 juin 874). Invasion des Normands
lans la Loire (886); l'évêque Landran s'enfuit de Nantes à Angers, où le roi
Charles le Gros lui fournit ainsi qu'à ses clercs un asile. Election d Alain le
Grand comme duc de Bretagne (888); Landran retourne à Nantes ; il se rend
à la cour du duc Main (889), p. G6-68.
XXII. — (marte de donation à l'église de Nantes par Alain le Grand du
pliage de Canisy (?) en Cotentin (889). pp. 68-72.
\\lll — Morl de L'évêque Landran; il est enterré dans la basilique de
Saint-Donatien et Saint-Kogaticn (5 février 897), p. 72.
XXIV. — Foucher, successeur de Landran, restaure et agrandit la cathé-
drale de Nantes; il obtient, pour son église ruinée par les Normands, de nom-
brenses donations de la part des seigneurs des pays voisins (897-vcrs 900),
pp. 73-74.
XXV. — Privilège du duc Alain le Grand, concédant à Foucher et i
successeurs l'abbaye de Saint-André, sise à Nantes près de la rivière d'Erdre
jrers 900), pp. 74-77.
WVI. — Construction par Foucher d'une enceinte fortifiée autour de la
cathédrale de Nantes. Relations amicales de Foucher avec le duc de Bretagne.
Ce prélat parvient à recouvrer ses droits Bur h partie du diocèse de Nantes,
usurpée autrefois par Gislard, puis par losévêques de Vannes. .Mort d- i
cher (vers 910). [saias lui succède et meurt peu de temps après (vers 915).
pp. 77-80.
\\\I1. — Adalart est ordonné évêque de Nantes de son temps. Les Nor-
mands, après s être* emparés de la province de Rouen, dévastent toute la Bre-
tagne . les seigneurs bretons émigrenl à L'étranger ; grande invasion de la flotte
normande dans la Loire (vers 912-919). pp. 80-8. i.
\\\lll. — Siège de la ville de Nantes par Les Normands; L'évêque \da-
larl -enfuit en Bourgogne avec ses clercs. Incendie et destruction de la cathé-
drale ol de l'enceinte fortifiée construite par Foucher; prise et pillage des
villes d Angers et de Tours par les pirates danois. Orléans esl aussi assiégé,
mais achète sa délivrance à prix d'argent. Les Normands, chargés de butin,
redescendent jusqu'à Nantes (919), pp. 84-87.
XXIX. - Occupation de la ville de Nantes et de la Bretagne par tes x r
naands (919-937). Histoire d Main Barbetorte ; son exil en Angleterre, son
retour en Armoriquc : il remporte plusieurs victoires sur les Normands; illc>
lxx SOMMAIRE
chasse de Bretagne. Son élection comme duc de la nation bretonne tout en-
tière. Expulsion des troupes normandes qui s'étaient établies à Nantes (936-
937), p. 87-91.
XXX. — Nantes devient la capitale des états bretons. Restauration de la
ville par Alain Barbetorte; érection d'un donjon dont Alain fait sa demeure
(939-vers 940), pp. 91-93.
XXXI. — Les seigneurs bretons émigrés rentrent en Bretagne; parmi eux,
Hesdren, évêque de Saint-Pol-de-Léon. Alain Barbetorte nomme Hesdren
évêque de Nantes. Etat lamentable de l'église de Nantes après l'expulsion des
Normands (vers 940), pp. 93-96.
XXXII. — Traité de paix entre Alain Barbetorte et le comte de Poitiers,
Guillaume Tête d'Etoupes, fixant les limites respectives des duchés de Bre-
tagne et d'Aquitaine et reconnaissant les droits d'Alain Barbetorte sur les
pays de Mauge, de Tiffauge et d'Herbauge (vers 942), pp. 96-97.
XXXIII. — Légende relative au siège de Paris par le roi de Germanie,
Otton Ier, et au combat singulier entre Alain Barbetorte et un guerrier saxon
de l'armée d'Otton (946), pp. 97-101.
XXXIV. — Le roi Louis d'Outremer, à la prière d'Alain Barbetorte, con-
firme l'abolition du servage en Bretagne. Entrevue d'Alain avec Thibaut le
Tricheur, comte de Blois. Séjour d'Alain à Blois ; ses fiançailles avec la sœur
de Thibaut; célébration de son mariage à Nantes (946), pp. 101-103.
XXXV. — Impopularité de l'évêque Hesdren; il abandonne l'évèché de
Nantes et retourne à Saint-Pol-de-Léon; Gautier, fils de l'archevêque de Dol,
Wicohen, succède à Hesdren (vers 960), pp. 103-104.
XXXVI. — Maladie d'Alain Barbetorte, qui convoque à Nantes tous les
grands de Bretagne et leur fait prêter serment de fidélité à son fils Drogon et
au comte Thibaut le Tricheur, son beau-frère, auquel il confie la tutelle du
jeune Drogon. Mort d'Alain Barbetorte; il est enseveli dans l'église de Notre-
Dame de Nantes, par lui réédifiée et dotée (952), pp. 105-107.1
XXXVII. — Thibaut le Tricheur donne sa sœur, veuve d'Alain Barbetorte,
en mariage à Foulques le Bon, comte d'Angers, et abandonne en même temps
à Foulques la garde de Drogon, l'héritier du duché de Bretagne. Partage du
gouvernement de la Bretagne entre Thibaut et Foulques ; administration pro-
visoire delà ville et du comté de Nantes par le comte d'Anjou, qui fait périr
clandestinement à Angers le jeune Drogon (952-vers 958), pp. 107-110.
XXXVIII. — Attaque de la ville de Nantes par une (lotte de Normands qui
font prisonniers 1 évêque Gautier et un certain nombre de Nantais. Les autres
habitants demandent aide à Foulques d'Anjou, mais, après avoir en vain at-
tendu pendant huit jours les secours promis, ils font une vigoureuse sortie et
mettent les Normands en déroute. Rachat de l'évêque Gautier et des autres
captifs (960), pp. 111-112.
XXXIX. — Les Nantais, au mépris du comte d'Angers, se choisissent,
comme seigneur et maître, Hoël, fils bâtard d'Alain Barbetorte. Tentative
CHRONIQUE DE NANTI - lxxi
d'Hoël pour se faire reconnaître duc de Bretagne ; il déclare la guerre à
Conan, comte de Rennes, qui se prétendait vassal du comte de Blois, Thibaut
le Tricheur (960-vers 975), pp. 112-11'..
XL. — Mort de Gautier, évêque de Nantes; Guérech, frèred Hoël, est élu
évêque en remplacement de Gautier par le peuple et Le clergé nantais. Dépari
de Guérech pour Tours afin de se faire consacrer par 1 archevêque. Sur ces
entrefaites, Hoël est assassiné par un émissaire de Conan, comte de Rennes.
Guérech revient aussitôt à Nantes (vers 981), pp. 114-117.
XLI. — Election de Guérech comme comte de Nantes; il retient en son
pouvoir l'administration de l'évêché. Guerre de Guérech contre Conan de
Hennés ; bataille de Conquereuil (981). Traité de Guérech avec Guillaume
Fièrchracc, comte de Poitiers, au sujet des limites des pays de Mauge, de
Tiffauge etd'Herbauge (vers 983), pp. 118-120.
XLII. — L'évêché de Niantes reste pendant sept ans entre les mains de
Guérech (981-988 environ) ; reconstruction du chevet de la cathédrale de
Nantes par Guérech. Voyage de Guérech à la cour du roi Lothaire ; à son
retour, il est fait prisonnier par le comte d'Anjou, Geofïroi Grisegonelle ; il
est forcé de se reconnaître vassal du comte d'Angers. Démêlés de Guérech
avec Renaud Torench, puissant seigneur du pays de Mauge. Construction
du château d'Ancenis. Recommencement des hostilités entre Guérech et Conan
de Rennes (981-987 environ), pp. 120-124.
XLIII. — Iléroïc, abbé de Redon, à l'instigation de Conan, empoisonne
Guérech (vers 988). Alain, fils de Guérech, lui succède comme comte de
Nantes; il meurt lui-même bientôt (990), pp. 124-127.
XLIV. — Conan, comte de Rennes, s'empare de Nantes : il se fait procla-
mer due de liretagne (990). Il construit dans Nantes, près du conlluent de la
Loire et de l'Erdre, un nouveau château, nommé Le Bouffay. Le vicomte
Ilaimon, oncle de Judicaël, fds bâtard du comte de Nantes Hoël, impion1
laide de Foulques Nerra, comte d'Angers, pour enlever à Conan l'héritage
de Judicaël. Guerre de Foulques Nerra contre Conan ; siège de la ville de
Nantes par les Angevins (juin 992); combat de Conquereuil où Conan perd
la vie (27 juin 992), pp. 127-132.
XLV. — Prise d( Nantes par l'armée angevine; Judicaël est élu comte de
Nantes (992). Guerre de Geoll'roi de Rennes, fds de Conan, contre Judicaël ;
celui-ci est contraint de se reconnaître vassal de GcolTroi, devenu duc de Bre-
tagne (vers 995). pp. 132-134.
XLV1. — Morts du comte Judicaël et de l'évèque de Nantes, Hervé (vers
1004). Budic, fds bâtard de Judicaël, est élu comte de Nantes ; Gautier. Ren-
nais d'origine, succède à Hervé comme évêque de cette cité. Hostilités entre
le comte Budic et l'évèque Gautier ; les biens de l'église de Nantes sont mis
au pillage. Traité de paix entre les deux adversaires (1004-1010 environ),
pp. 134-137.
NIA 11 — Voyage de l'évèque Gautier à Jérusalem : pendant son absence.
lxxii SOMMAIRE
le palais, qu'il s'était construit près de la cathédrale, est renversé de fond en
comble par l'ordre de Budic. De retour à Nantes, Gautier excommunie le
comte et tous les Nantais ; il appelle à son secours Alain, duc de Bretagne.
Guerre entre Alain et Budic ; la paix est signée par l'intervention de Jun-
guenée, archevêque de Dol (vers 1033). pp. 137-140.
XLVI.II. — Après la mort de Budic, comte de Nantes (1038), l'évèque
Gautier prend lui-même pour successeur son fils Budic ; il obtient à prix
d'argent l'assentiment du nouveau comte de Nantes, Mathias, à cette nomina-
tion illégale (vers 1040). Bonnes relations de l'évèque Budic et du comte
Mathias. Accusé et convaincu de simonie, Budic est déposé par le pape Léon
IX au concile de Reims (1049), pp 140-141.
II.
MIRACLES DE L'ÉGLISE DE NANTES.
I. — Ravages exercés par la flotte normande sur les cotes occidentales de
la Gaule, dans les premiers temps du règne de Lothaire, fils de Louis d'Outre-
mer. Invasion de cette flotte dans la Loire ; prise de Nantes ; captivité de
l'évèque Gautier. Récit relatif à un habitant de la ville de Nantes échappé par
miracle aux poursuites des Normands. Les pirates se retirent jusqu'à Gué-
rande emmenant avec eux leurs prisonniers (960), pp. 143-145.
II. Peu de temps après, les mêmes Normands reviennent à Nantes; comme
ils se disposaient à piller léglise de Saint-Donatien et Saint-Rogatien, ils sont
tout d'un coup frappés de cécité. Guéris par miracle, ils se sauvent épouvantés
et plus jamais on ne les revit à Nantes (960), pp. 145-146.
III. — Miracle arrivé dans le cimetière de Saint-Cyr de Nantes (xc ou
xi° siècle), pp. 146-147.
IV. — Autre miracle, survenu à Nantes le jour de la fête de saint Jean-Bap-
tiste, sous le gouvernement du comté Judicaël (1000 environ), pp. 147-148.
CHRONICON NAMNETENSE
i.
Sciendum est ' quod altaria
marmorea in ecclesia Namne-
lcn<.i Félix3 episcopus talia
Constituât qualia usque Ro-
mani non Invenitur. Colum-
nas fecit plurimas cum capi-
tcllis, ex vario marmore sculp-
tas, ad arcus sustinendos, et
m utrisque parietibus mu-
séum miro opère fabricatum,
v\ m arcubus gipseos (hues
variis coloribus distinctos, et
■nte altaria coronas aureas
(•uni phiiilis argenteis. lu me-
Iio vero ecclesiae statuit co-
lumnam marmoream susti-
ùentem crucifixum aureum,
[Et, jasoit que ledit Fortu-
nat de la qualité de la devant
dicte église de Nantes et de
sa beaulté et mesmes à la
loenge d icelui débonnaire
Félix maintes ehoses a des-
criptes, toutesfois en teut-il
aucunes dignes de mémoire
([uc dempuix autres acteurs
reeuillirent, ainsi comme es
anxiennes croniques d'elle
est trouvé.]
Les aultiers marbrins en
celle église4 constitua ledit
Félix, évesque, telx cl si
sumptueux que jucques à
Rome a'estoienl t rouvez les
t. A F.
1. Le chroniqueur de Saint-Brieuc, qui, seul avec Le Baud, noua a con-
servé ce premier chapitre de la Chronique <!<• Nantes, l'ait suivre les mots
teiendum es/ du moi enim. (!<• qui semble prouver que ce premier chapitre
était précédé »1 une ou de plusieurs phrases dont le texte esl perdu.
2. Félix, évêque de Nantes de 549 a 582. Gf abbé Duchesne, Les anciens
Catalogues épiscopaux de lu f>ro\inr<- de Tours, je 7*J.
2 CHR0N1C0N [c. 1, an. 570 circa]
habentem lumbare pretiosis semblables. Pluseurs col-
lapidibus intextum, cum ca- lompnes y fist avecques chap-
tena argentea sursum a trabe piteauxde divers marbres en-
ligata, et omne pavimentum taillez à soustenir les arcs, et
ex vario marmore mirabiliter es voultes fleurs plastrines de
factum, vasa quoque aurea et diverses coleurs ; et davant
argentea et magnamornamen- l'autier mist coronnes dorées
torum copiam. Carbunculus avecques maintes fialles ar-
etiam® erat ibi positus supra gentées. Ou milieu de l'église
columnam marmoream, ad- establit une collumpne de
latus ' Alexandria, qui nocte marbre soustenant ung cru-
illuminabat ecclesiam i. Sic- cifis d'argent, qui avoit le
que de talibus et de aliis plu- lumbare doré et de précieuses
ribus , quae non sunt hic pierres couvert et tenoit
scripta, ecclesia Namnetica au hault es trefs de l'église
super omnes ecclesias Bri- avecques une chayne d'ar-
tanniae et totius Galliae exal- gent, et fist tout le pavement
tata fuit. Pridie Kalendas de différent marbre merveil-
octobris fuit dedicata a prae- leusement ouvrer ; les riches
latis subsequentibus, videli- vesseaux d'or et d'argent et
cet ab Eufronio, metropoli- grant habundance de ourne-
tano Turonensi2, Domnolo mens précieux à laditte église
Cenomannensi 3, Domitiano donna. Une escarboucle aussi
Àndegavensi4, FortunatoPic- y estoit assise sus une col-
I. — a) enim A, corrigendum esse videtur etiam ex F.
1. Il est intéressant de rapprocher de cette description de la cathédrale de
Nantes construite par Félix celle du poète Fortunal (I. III, c. vu). — La lé-
gende de l'escarboucle, qui illuminait l'église pendant la nuit, a probablement
pour origine deux vers de Fortunat, où ce poète, parlant des rayons de la
lune qui passaient à travers les larges fenêtres de la basilique, s'exprime ainsi:
« Tempore quo redeunt tenebrae, mihi dicere fas sit,
« Mundus habet noctem, detinet aula diem. »
2. Eufronius, archevêque de Tours de 556 à 573. Cf. abbé Duchesne, livre
cité, p. 26.
3. Domnolus, évêque du Mans de 559 à 581. Ibidem, p. 51.
4. Domitïanus, évêque d'Angers, souscrivit les actes du concile de Tours
en 567.
[c i, an. 570 cirea] na.UNKTKNH. i
tavensi1,VictorioRedônensi*, lurapne de marbre, qui ap-
Romachario Constântiensi'. porté y avoit esté de Alexan-
Atque in tali honore et décore drie, et par nuit toute L'église
sine alla corruptione a tem- ènluminoit. Et ninsi par les
poreClotarii primi* usquead davant dittes choses et plu-
annum quartum post mortem seurs autres, qui ne sont pas
Ludovici imperatoris per- cy escriptés, lut l'église de
mansit. Nantes par le benoist Félix
âhoblie et exaulcée sur toutes
les églises de Gaule. Le be-
noist Félix, à célébrer la dé-
dieation de la dessusdite église de Nantes, curieusement
assembla le joui' de (lavant les kalendes d'octobre vénérables
el révérends pères, Aufronius, ai et ro polie de Tours, Don-
nollus du Mans, Doniician d'Angiers, Fortunat de Poitier,
Victor de Rennes el lioinaearius de Coustanccs, évesques,
avecques très grant tourbe du peuple de la cité. Laquelle
1. Fortunat assista suis doute à la dédicace de 1 église de Nantes, car il a
décrit cette cérémonie dans une de ses poésies (livre III. c. vi. — Cf. Mon.
Germ. hist., A uc tores antiquissimi, t. IV. p. 55). Mais. lors de là célé-
bration de cette dédicace, il n'était pas encore évèque de Poitiers; il ne le
devin 1 que près de trente ans plus lard, dans les dernières années du VIe siècle.
'J. Victorius, évèque de Rennes; assista au concile de Tours en 567.
:!. Romacharius, évèque de Goutances, l'ut en effel présent à la dédicace de
féglise de Nantes. Fortunat , dans la poésie citée plus baut (livre III, c. vi),
mentionne comme avant pli-- pari à «rite cérémonie les évêques Euphronius,
pomitianus, Victorius, Domnulus et Elomacbarius, sans indiquer à quelles
cités appartenaient ces prélats. Ou a cru longtemps que Domitianus "'tait un
évèque de dilatons et Victorius un éVêque de Troyes. Quant à Roinacharius,
une mauvaise leçon des manuscrits l'avait tait confondre avec Maracharius,
évèque d V.ngoulème. M. I- Delisle, dans un manuscrit de I l niversité de
Le\de. a trouvé le texte de la poésie de Portunal avec des gloses interlinéaires
dt l'époque carolingienne indiquant les sièges respectifs île chacun de ces évê-
ques {Littérature latine et histoire du M. A. — Instructions adress
jxtr le comité des traçait. f historiques au i correspondants du Minis-
tère de l'Instruction publique, p. 1-5). Le récit de la chronique de Nantes
continue de tous points les gloses du manuscrit de Leyde, et lève définiti-
vement les doutes qu'on aurait encore pu avoir mu- 1 interprétation du texte
de l'orlunal .
'i. Clotaire l,r, roi des Francs, mourut eu 561. Ce ne tut point de son
temps qu'eut lieu la dédicace de I église de Nantes, dont la date se place entre
le ;ill septembre 567, année où Fortunat se fixa à Poitiers, et le i!i» sep-
tembre r>7;?. année où mourut EufroniuS, arcliex è.pie de Tours.
4 C1IR0NIC0N [c. ii, an. 821-840]
dédication ainsi faitte très sollempiiellement, icelle église
demoura en tel honneur et sans nulle corruption dempuix
celui temps jucques au temps que les Normans encore païens
vindrent par navire et la destruisirent du tout (F, f° 92 r°).
II.
Quo tempore crevit grande
malum in regno Francorum.
Namque iste Ludovicus, fi-
lius Karoli magni, quatuor
filios genuit, scilicet Clotha-
rium, Pipinum8, Ludovicum
et Karolum Calvum, quos in
vita sua reges instituit, dere-
licto Karolo adhuc puerulo,
et eis omne regnum distri-
bua, retenta tamen in domi-
natu suo Neustria solum-
modo. Unde mater valde
tristis, plus diligens Karolum
Calvum quam alios, precibus
assiduis deprecata est patrem
ut, antequam morti obiret,
illum in regem sublimaret.
Pater vero, monitis matris
commotus, hune Karolum,
aliis filiis nolentibus et calum-
niam imponentibus, in regem
levavit, et Neustriam sibi re-
gnum concessit, ac etiam
Aquitaniam, quamvisPipinus
jam invaserat, tune addidit.
En celui temps sourdirent
et s'esmeurent grans maulx
et divisions ou royaume de
France. Pour la cheson des-
queulx cognoestre plus piai-
llement est asavoir que l'em-
pereur Loys, filz de Charles
le Grant, engendra quatre
filz, savoir Clotaire, Pépin,
Loys et Charles le Chauve,
desquelx il institua les troys
ainsnez roys en sa vie, et leur
distribua tout son royaume,
fors la contrée de Neustrie
seullement, laquelle il retint
à lui. Mais laroyne, sa femme,
qui mieulx amoit Charles le
Chauve que les autres, très
dollente de ce qu'il ne lui
avoit ordonné une porcion du
règne ainsi qu'à ses frères,
pria le roy son mari par re-
questes ententives que, anc-
zois qu'il mourut, il eslevast
Charle, leur moindre filz,
en majesté royalle. Lequel
II. A F. — a) primum A, corrigendum est Pipinum ex F.
fc. m, an. 810-8'd] NAMNETENSE o
Mis itaque pactis, nec multo Loys l'empereur, tneu par les
post tempore, vitam finivit1. amonnestemensde sa femme,
Post cujusb mortem, Clotha- concéda audit Charles le
rius, Ludovieus2 et Pipinus Chauve le royaume de Neus-
simul foederati in fratrem trie oultre le gré de «es frères,
simm Kai'olum iusurgunt, vo- et oultre plus lui adjousta
lentes eum deponere et de toute Aequittaine, combien
regno abjicere. Sed Neus- que Pépin l'eust desjà oceup-
trienses, sumptis viribus, ut pée. Peu après finit le roy
meliores totius Galliae mili- Loys sa vie. Après la mort
tes, dominum suum Karolum duquel, Clotaire, Loys et Pé-
ri partem sibi eonecssam, pin ensemble alliez s'esle-
certantes0 magna bella, for- vèrentcontre leur frère Char-
titudine defendere8. les, voullans le depposer et
le chacer hors du royaume :
mais les Xeustriens prindrent
les armes, et, corne les meil-
leurs chevalliers de toute France, par grant force de batailles
dépendirent (maries, leur seigneur, et la porcion lui concé-
dée. [F, f° I 10 v°).
III
Quorum enim auxilio ex [De quov, dit l'acteur de la
utraque parle multi nobiles Chronicque de l'église de
II. — h) quorum ./ corrigendum est cujus ex /•'. — c) ccrtavcrunt J.
corrigendum esse videlur rortantcs.
ni. a /) /•; f.
1. L'empereur Louis le Pieux mourut le '20 juin 840.
2. Louis, après la mort de Bon père Louis le Pieux, ne s'allia point avec
Lothaire et Pépin contre Charles le Chauve, mais au contraire il s'unit à
Charles pour lutter contre Lothaire.
3. Ce chapitre n'est pas très exact au point de vue historique, mais il est
intéressant parce qu'il l'ail connaître quelles étaient les notions générales •! Iii>-
loire île fiance, qui avaient cours à Nantes dans la seconde moitié du
\i'- siècle. ()n était alors beaucoup mieux informé sur l'histoire locale et pro-
vinciale que sur l'histoire générale du royaume.
6 CHRONICON [c. in, an. 840-841]
milites et fortes ex plu ri bu s Nantes, que,] en l'aide de
regionibus occurrerunt, in- l'une et de l'autre part, s'as-
ter quos Lambertus l, ex ter- semblèrent maints nobles
ritorio Namnetensi ortus et ehevaliers de plusieurs ré*
bene eallidus, et Rainaldus2, gions, et que entre les autres
Pictaveusis nobilis miles et alla au rov Charles le comte
magnae potentiae homo, ad Lambert qui estoit du terri-
adjuvandum Karolum vene- toire de Nantes, homme ma-
runt, requirentes ab illo ho- lieieux et eault à faire batail-
nores et praemia8, sib bella les. Aussi y alla Rainaldus de
a fratribus sibi illata viucere Poietou, noble chevalier et
posset. His autem contentio- homme de grand puissance,
nibus mediantibus, Francia requérants lesdits Lambert et
est devastata et etiam Neus- Rainaldus honneurs et lovers
tria ac Aquitania, ac raonas- audit Charles, si par leur aide
teria remanserunt déserta et il vainquoit les assauts de ses
terra vepribus et spinis oecu- frères. Si furent par ces
patac. In his autem tempori- contentions gastées France,
bus Normanni et Dani, pi i- Xeustrie et Acquitaine [E, p.
muni per mare Oceanum ut 99), et aussi les moustiers
III. — a) prima A. — b) sibi A. — c) ac monasteria remanserunt déserta
et terra vepribus et spinis occupata désuni D.
1. Lambert, nantais d origine, était certainement parent et peut-être fils
d'un autre Lambert, qui fut comte devantes sous lempereur Louis le Pieux,
et qui, disgracié pour cause de rébellion en 834, mourut en Italie en 836.
Ces deux comtes appartenaient à la puissante famille des ducs de Spolète. Cf.
Wûstenfeld, Ueber die Herzoge von Spoleto ans dem Hanse der Gui-
donen dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, année 1863.
2. Renaud était comte du pays d Herbauge et non pas simple chevalier. Il
apparaît comme comte d Herbauge en 835 et 839 (Chroniq. d'Angoule/ne
et Adémar de Chabannes, dom Bouquet, VI, 223, 224, 241 et 308. note e).
— Son origine poitevine semble certaine. En 839, Bernard, frère d Emenon
comte de Poitiers, chassé par lempereur Louis le Pieux, se réfugia en Her-
bauge auprès de Renaud. En 853, un autre Renaud, comte d'Herbauge, fils
sans doute de celui dont il est ici question, est signalé comme cousin de Ram-
nulf, comte de Poitiers (Adémar de Cliabannes, dom Bouquet, MI, 226).
Renaud était donc allié, suivant toute vraisemblance, à la famille d Emenon
et à celle de Ramnulf. Sur ces deux familles, voir dom Yaissèlc. Histoire de
Languedoc, éd. Privât, t. H, p. 279 et suiv.
[c. m. an. 840-8ii] KAMNETENSE 7
antiqui piratae navigante», demonrèrent désers et la terre
oras Francorum et Neusl rio- occupée d'espines et de huis-
rum nraritimas depraedari sons (F, f° 111 r° . Car en
coeperunt1. Necnon etNome- celuy temps les Norwégiens
aoius, pro tune Britonum et les Danois, nageans par
princeps, territorium Nam- l'Océan en manière d'anciens
neticum et Redonicum devas- pyrathes, pilloient les région s
tare coepit, nulli regum in maritimes des François el
hoc hello dignans lacère au- des Neustriens. Et Nenie-
Xtlium*. Sed, quuni isti in sa ni noius, le prince de Bretagne,
reges, terrain dévastantes et gastoit les territoires de Ren-
vicos ac castella ineendentes, nés et de Nantes, et ne daigna
de contentione sua, variis faire aide a nuls desdits rois.
eventibussatiscrudeliterpro- [selon ladite Chronieque] (E,
tracta, ad nullum finem vie- p. 09). Mais, corne ces roys
toriae possenl pervenire, de France for ce nez, dégas-
eongregaverunt utrique Im- tants la terre et ambrasans
mensumexercitumapudFon- villes et chasteaux, de leur
Lanetumd, Pictavii territorii contencionse feussent cruel-
vicum8; exquibus très proe- letnenl maintenu/, par diver-
liantes adversus Karolum* ses adventures, ne encores
speraverunt per potentiam ne fussent parvenus à nulle
gentis suae illuni vincere. At fin de victoire, ilz assemblè-
ille, lortium virorum et helli- rent l'un et l'autre innum-
III. — cl) Fontaneum /).
1. Depuis l'année 820 1rs Ilot tes dos Normands avaient à diverses reprises
ravagé les côtes occidentales de la Gaule; mais ce fut en S '*;> que ces pirates
pénétrèrent pour la première fois dans 1«' cours d<- la Loire. Cf. Malùlle. Les
invasions normandes dans la Loire, litbl. de V École dos Chartes,
1869, p. 168-169
2. Cette incursion de Nominoé eul lieu entre les mois d'avril si de juin
S'il. Cl'. \. de la Borderie, Examen ehronol. des chartes du Cartul, de
Bedon, liihl. de l'École des chartes, 1864, p. 277.
:! Erreur du chroniqueur de Nantes, quia confondu Fontenoy-en-Pui-
Hye, près d'Auxerre, avec Fontenaj le-Comte, en Poitou. — La bataille de
Fonteno) eul lieu !<■ 'J.'i juin S'il.
i. \ oir plus haut, p, ."). il. 2.
8 CHRONICON [c. iv, an. 841-843]
geratorum manum validam brable exercite de gens d'ar-
secLim habens quamvis mo- mes à Fontenay, une ville du
dicam, tamen acriter eis res- territoire de Poitou. Entre
titit et fortiter pugnans fuga- lesquelx eut dure bataille et
vit eose, victorque existens espérèrent les troys comba-
Karolus se adjuvantibus do- tans à l'encontre de Charles
nariaf distribuit. vaincre par la puissance de
leur gent ; mais ledit Charles,
ayant avecques lui main val-
lable, combien que elle feust
petite, toutesfoiz leur résista il aigrement, et les en chacza
par vertueusement combatre [F, f°lll r°). [Et après recouvra
Nemenoius la cité de Nantes, et la manière comment ce fut
rapporte l'acteur de la dessusdite Chronicque de l'église de
Nantes, et dit que,] quand Charles fut ainsi demouré victeur
de ses frères, il distribua plusieurs dons à ceux qui luy
avoient aidé [E, p. 99).
IV.
Lambertus vero valde ex Et adonc Lambert, lequel
longo tempore in comitatum désiroit de long temps avoir
Namneticum inhians, petiit a la comté de Nantes, demanda
regeutillumsibiconcederet: au roy Charles qu'il la luy
Richowinus1 enim, qui eum donnast: car le comte Richo-
antea regebat, ceciderat in vvinus, qui par avant la gou-
proelio". Sed rex, timens ne noit, avoit esté occis en celle
III. — e) ex quibus très proeliantes, etc. usque ad fugavit eos desunt D.
— f) admirantibus donativa A.
IV. A D E F. — a) Richowinus enim, qui eum antea regebat, ceciderat in
proelio desunt A.
1. Richowinus succéda à Lambert comme comte de Nantes en 834. Dès 835,
il apparaît en cette qualité dans une charte du cartulaire de Redon, tenento
Richovino comptatiun Namneticum {C art. de Redon, p. 357). Il fut tué à
Fontenoy le 25 juin 841.
[c. iv, an. 841-843 NAMNETEKSE 9
Qonfîdelis sibiexisteretprop- bataille. Mais Charles, crai-
ter Britannorum vicinitatem, gnant (jn'il ne luy fust pas
;ic ne illis associaretur, quum lovai pour la vici[ni]té des
etiam secundum mores eorum Bretons qui luyestoienl con-
iiuiritiis essetb, o m ni no illi traires, et qu'il s'associast à
dareprohibuit. Rainaldovero eux, mesmemenl comme il
Pictavensi dédit comitatum eust été pourry et instruit
NamneticumetPictavensem1. selon leurs mœurs, refusa la
Ob quam causam Lambertus luy donner: et donna a Rai-
Namneticus, alia donariac naldusde Poictou ladite com-
minime curans accipere, a té de Nantes et celle de Poic-
rege d recessite, el ad Nome- tiers. Pour Laquelle chose
noium,Britanniaeprincipem, Lambert se départit de luy,
accessit. PrimumitaqueLam- et n'eut cure de prendre
bertus, vituperans Karolum autres dons du roy, mais vint
regem et multa ei adjiciens à Nemenoius, le prince de
opprobria, ipsum etiam No- Bretagne. Et premièrement
menoium prineipem et snos Lambert, vitupérant celuy roy
Britones callidissime docuit Charles et luy adjoustant plu-
et instigavil adversus urbem sieurs opprobres, excita celuy
Namneticam el territorium prince Nemenoius et les Bre-
ejns. ///, per potentiam pâli- tons en ire contre la cité de
dameamaggredientes9Karoh Nantes et le territoire d'elle,
régi auferrent, ac etiam in- afin qu'ils l'assaillissent par
colas ej us des tr lièrent {> Qui- puissance vallable et qu'ils
bus auditis, Rainaldo manda- Postassent audit roy Charles
lunt Xamnetiei ut ipsosdeten- et qu'aussi ils destruissen!
IV. — b) quum etiam Becundum mores eorum nutritus essel désuni A.
c) donativa ./. — d) A addit Gallorum. — e) excessil I). — f) ut per
potentiam etc. usque ad destruerenl désuni A h: hure restituenda
videntur ex E.
I. Renaud fui comte de Nantes de 841 au J'i mai 843, jour où il fut tué à
Blain dans un combat contre Lambert. Geai à tort que le chroniqueur de
Nantes dit que Charles le Chaîne donna à Renaud en S 1 1 le comté de Poitou.
Ce comte depuis 839 appartenait à Ramnulf qui le conserva jusqu'en 866,
date de sa mort
10 CURONIGON [c. iv, an. 8il-8i3]
deret : qui, collecta magna les habitans d'elle. Si fut celle
militum Namnetensium et chose bien cogneùe par les
Pictavensiummultitudine, ad Nantois, qui mandèrent à Rai-
Meciacumg usque, territorii naldus, leur comte, qu'il les
Namnetici vicum1, pervenit, deffendist; lequel Rainaldus
ubi dimidium exercitum Bri- assembla grand multitude de
tannorum, qui jam Viceno- chevaliers des Nantois et des
niam 2 transierat, reperiens, Poictevins, et vint jusques à
pugnavit contra eos. Qui Rai- Meczac, une ville dudit ter-
naldi impetum sustinere non ritoire nantois sus le fleuve
valentes, in fugam conversi de Villaigne, où il trouva la
sunt. Talique eventu illis lu- moitié de l'exercite des Bre-
gatis seu caesis, reversus est tons, qui avoient passé ledit
Rainaldus cura brevi laude fleuve, contre lesquels il fist
victoriae usque Blanii3 vi- bataille, et ne peurent sons-
cum h ; ibique omnino securus tenir assaut, mais tournèrent
et de Britannorum minis mi- en fuite. Et, après que Rai-
nime timidus cum suo exer- naldus eut ainsi desconfit les
citu super Isarvi4 ripas flumi- Bretons par celle adventure,
nis in herbis pi'atorumviren- il s'en retourna avecques
tibus requievit. Lambertus briefve loenge de victoire
autem, exspectans Britannos jusques à Bleign, et là du tout
Dialetenses% minime in pri- asseuré et peu craintif des
IV. — g) Messiacum D. — h) burgum de BleigniJ, Bleing D, corrigea-
dum esse videtur Blanii vicum. Cf. inferius.
1. Messac. Ille-et-Vilaine, arr. Redon, canton Bain.
2. La Vilaine, rivière qui servait de limite aux pays de Nantes et de Vannes.
3. Blain, Loire-tnférieure, arr. Saint-Nazâire. chef-lieu de canton. — Ce
combat de Blain est du 24 mai 843. Les Annales de Saint-Serge d'Angers
(voir plus loin, c. vi) rapportent que la bataille fut livrée trente jours avant
la prise de Nantes par les Normands. Or Nantes fut pris le jour de la saint
Jean-Baptiste, 24 juin 843. Cette date est confirmée par la Chronique d'Aqui-
taine : Rainaldus, IX Kalendas junii a Lamberto perimitur (dom Bou-
quet, VII, 223).
4. L'Isac, rivière qui prend sa source non loin de Blain et se jette dans la
Vilaine auprès de Rieux.
5. Le chroniqueur de Nantes emploie habituellement l'expression Britannot
Dialetenses au lieu de Britannos Aletenses pour désigner les Bretons du
[c. v, an. 843] NAMNETENSE 11
mohuiusbellicongressu esse menasses des Bretons se re«
potuit. Sed postea, audita posa avec tout son exercite
Britonum stràge, per Redo- sur les rives du fleuve de Ysax
oense territorium cum ilhs et herbes des prez verdo-
festinanter equitans, prose- yants. Le dessus dit Lambert,
ciiius est Rainaldum usque parce qu'il attendoit les Bre-
Blanii ' vicum ; ibide nique, ex tonsAlethenses, ne peut estre
improvisoillumetomnes-suos au premier conflit d'icelle
inermesaggrediens, si no ni la bataille : niais après, quand il
misericordia occidit et de- oit la desconfiture des Bre-
truncavit. tons, chevaucha hastivement
avecques ceux qu'il avoit as-
semblez par le territoire Ren-
nois, et suivit Rainaldus jus-
ques à Bleign, où il l'assaillit en despourveu lny et les siens
sans armes et sans ordonnance, lesquels il oeeist et détran-
cha sans nulle miséricorde [E, p. 99 et 100).
InteiTccto itaque Rainaldo Et le comte Rainaldus ainsi
cum suis, Lambertusade tali occis et toute la noblesse des
triumpho gloriosus cum ma- Nantois et des Poictevins,
gna victoriae b lande ad No- Lambert s'en retourna ii Ne-
IV. — i) Blaing D
\ A I) /: /•'. — a) deest !) — I») superbie D.
pays »1 Ueth. ( '.«((»» forme Dialetenses, qui ne se rencontre jamais chea les
écrivains plus anciens, a <lù prendre naissance au t* «>n xr siècle par suite
«I une identification tardive faite entre la civitas Diablintum de la Notitia
Galliaruin el l'évèché d'Alelh. On »nit que la civitas Diablintum, la
9* cité de la III1' Lyonnaise, fui supprimée dassea bonne noure, vers le mi -
lieu du \ ■*' siècle probablement Les écrivains postérieurs, se piquant de
quelque érudition, voulurent retrouver dans les circonscriptions civiles ou
religieuses existant de leur temps la trace de I ancien territoire ^.il I- >-
romain indiqué par la Notitia Galliarum. Cette préoccupation se mani-
feste à partir du v siècle dans les variantes ajoutées au texte «le la y<>titi'i
12 CHRONICON [c. v, an. 8i3;
menoium reversus est, qui menoius, glorieuxdecetriom-
adhuc de tantae caedis san- plie, et avecques très grand
guine minime satiatus, pejus loenge de victoire. [Et de
et gravius malum contra ur- ceste bataille rapportée par
bem Namneticam proeuravit. l'acteur des Chronicques de
NamqueNormannosetDanos, l'église de Nantes...] Après
quos superius diximus, fines laquelle bataille [selon ladite
Gallorum et Neustriensium Chronicque de Nantes], le
maritimos navigando saepe dessusdit Lambert ne fut pas
depraedantes c, ut erat affa- encores content, mais pro-
bilis et pro tune fuit inventor cura la prise de la cité de
malorumd, alloquensinduxit, Nantes et (E, p. 100), ainsi
ut, per mare Oceanum navi- comme il estoit bien emparlé
gantes, Britanniam novam et inventeur de maulx (F,
circumirent, et per alveum f ° 1 1 1 v°), induisit celéement
Ligeris tutissime ad urbem les Danois et Norvégiens,
Namneticam capiendam per- qui souventes fois pilloient
venirent. Mortui enim et in- les contrées maritimes des
terfecti erant omnes quorum François et des Neustriens,
defensione illa innitebatur e. afin que, nageans parla mer
Addidit quoque eis, ut ca- Occéane, ils environnassent
piendi spolia, aurum et ar- la neufve Bretagne et par-
gentum valde cupidis, et pro- vinssent hastivement a pren-
posuit quod templum in hac dre ladite cité : car tous ceux
V. — c) depraedatos D. — d) ut erat affabilis et pro tune fuit inventor
malorum desunt D. — e) imminebatur A.
par plusieurs copistes, qui interpolèrent à la suite de la simple mention
civîtas Diablintum les mots id est Carifes, ou bien quae alio nomine
Aliud vel Adalia vocatur. Cf. Mommsen, édition de la Notitia dans les
Monumenta Germaniae, section in-4°, Auctores Antiquissiini, IX, 587.
Il est assez naturel que l'on ait songé à considérer le territoire de lévèché
d'Aleth comme répondant à celui de la cité disparue de Diablintum, et c est.
je crois, pour donner quelque force à cette hypothèse que 1 auteur de la chro-
nique de Nantes applique aux habitants d'Aleth ainsi qu'aux évèques de cette
ville le titre de Dialetenses, dont la forme se rapproche sensiblement de
Diablintum. Mais il ne faudrait pas prêter trop d importance à cette opinion
d'un écrivain du xie siècle pour déterminer remplacement réel de 1 ancienne
cité gallo-romaine.
[c. v, an. 843] NAMNETENSE 13
eadem urbe auro et argento estoient morts par lesquels
tegebatur \ Illi autem, auditis elle avoit esté garnie de def-
sermonibushujuseemodi, ma- fense. Et, pourtant que les-
gno desiderii affectu corn- ditsNorwégicnsestoient con-
moti, ingentem navium co- voiteux de prendre et ravir
piam ex multis regionibus despouïlles et richesses, il
congregaverunt, et impleve- leur fist entendre que le tem-
runt eas de turbis crudelis- pie d'icelle cité estoit tout
simorum virorum, et acci- couvert d'or et d'argent, dont
pientes iter cum magna classe ils furent moult esineus, et
navigii, sicut ipse Lambertus par grand désir assemblèrent
indicebatf, qui semper eis, de plusieurs régions abon-
([uumper angulos Britanniae dance de navires, lesquelles
navigabant, primus erat, ils remplirent de tourbes de
usque insulam Bas2 perve- très cruelles gens. Et, pre-
nerunt. Et deinde urbem nans le chemin ainsi que
Namneticamceperunt ettem- celuy Lambert leur ensei-
plum in illa mirabiliter lac- gnoit, qui toujours estoit le
tu m destruxerunt, et virum premier comme ils nageoient
sanctum Gunhardum* épis- par les anglets de Bretagne,
copum3, ante altare «Sursum parvindrent iusques à Bas,
corda » dicentem, decollave- une isle du territoire de Nan-
runl et omnem populum ju- tes (E, p. 100 et 101).
gulaverunt, ut sequitur:
V. — f) indicaverat A. — g) Guichardum . /.
1. Ce récil de l'intervention de Lambert auprès des Normands n'esl pas
vraisemblable el esl contredit par un passage extrait d'annales contempo-
raines (voir plus loin ch. vu). Le chroniqueur de Nantes s'est l'ait ici l'écho
(lune légende qui semble être le résultai de la haine conçue par certains
Nantais contre Lambert.
2. Hat/, Loire-Inférieure, arr. Saint-Nazaire, canton Le Croisic
'A. Gunhardus, appelé vulgairement Gohard, esl signalé comme évêque de
Nantes le Ier avril 837 dans le testament d'Aldric, évéque du Mans; il fut
assassiné par les Normands le 24 juin 843. Voir au chapitre Buivant le récit
de sa mort.
14 CHRONICON [c. vi, an. 843]
VI1.
Annales S. Sergii Anno ab incarnatione Salvatoris DGCGXLIII, ab urbe autema condita
Andegnv. ,
MDXC\ b, qui est annus Karoli trierarchac c tertius, Rainaldus, eximius Ka-
roli aux, génère Aquitanicus, Namneticae d urbis cornes, contra Britones,
multa amicorum et propinquorum manu collecta, super fluvium Vicenoniam,
in loco qui dicitur Meciacus e, dimicat, et primo quidem congressu Britones
fortiter pressi terga vertunt f ; demum S, Lamberto suppetias ferente, adeo
persequentibus acriter resistunt, ut ante h quos prius fugiebant, fugere com-
pellant * , tantaque eos caede bacchantur, ut, ingenti multitudine cum duce
prostrata, copiosas domum manubias reportarint, non modica ob commercium
turba servata2. Praefuit autem Britannorum bello Herispogius 3, pâtre No-
menoio i gravi langore detento, habens secum praedictum Lambertum trans-
fugam, qui in Namneticae urbis comitatum inhians, stragis hujus ductor et
incentor exstitit. Quibus patratis, Lambertus diu exoptato potitur voto, non
diu, nam, exortis utrimque simultatibus, idem mox ab urbe ac regione pcl-
litur4.
VI. A B D F. — a) vero G. — b) DXGV G, porro ab orbe condito
juxta bebraicam verilatcm IVMDCCXCV, juxta LXX interprètes VP'CLXIII
addunt A B, indictione VI addit B. — c) triarchae B. — d) Namnetis G.
— c) Metiacus, Namnetici territorii B. — f) vertcrunt B. — g) deinde B. —
li) dcest B. — i) compellerent G. — j) Nomengio G.
1 . Tout ce chapitre VI est la reproduction intégrale d'un récit composé
vers 860 par un témoin oculaire, semble-t-il, de la destruction de la ville de
Nantes. Ce récit a été trouvé par d Argentré dans un manuscrit de l'abbaye
de Saint-Serge d'Angers, publié par lui dans son Histoire de Bretagne,
p. 165, et réimprimé par Mabille et Marchcgay (Chroniques des églises
d'Anjou, p. 129-132). Je désigne par la lettre G le manuscrit de Saint-Serge,
qui ofTre quelques variantes avec A, B et D.
2. Un auteur contemporain signale la façon dont les Bretons se compor-
taient vis-à-vis de leurs prisonniers ; ils envoyaient en Bretagne les seigneurs
pour en tirer rançon, et se contentaient de dépouiller de leurs armes les autres
captifs. Seniores capti in Britanniam directi sunt, reiiquis populis iner-
mibus reversis (Chron. Fontanelle use, ad annum 850, dom Bouquet,
VII, 42).
3. C'est la première action d éclat à laquelle Erispoé semble avoir pris
part. Ce prince devint duc de Bretagne à la mort de son père Nominoé
en 851.
4. Lambert, après s'être emparé du comté de Nantes en juin 843. le retint
en son pouvoir jusque vers le mois de juillet 846, époque où le roi Charles le
Chauve, ayant fait la paix avec Nominoé, enleva à Lambert le gouvernement
du pays nantais et lui donna en échange le comté d'Anjou. Cf. Guerres d'in-
[c. vi, an. «13] NAMNETENSK
Trigintak autem posl btoc elapsis
(licl)us, m en se junio ' , Normanno-
rum fcrox natio, numerosa classe
advecti, Ligerim fluvium, qui rater
novarn Britanniam ' etultimos \i|ui-
taniac fines '" in occiduum mergitur
Ooeanum, ingrediuntur. Deinde,
<l;ito classibus zephiro0, ad urbem
Yunneticam, impiissimo Lamberto,
crebro explora tore °, praecognitam,
oeleri carbasorum volalu pariter et
pemorum impulsu oontendunt ; quatn
inox navibus cgrcssi undique val-
lanli*, et sine mora, nullo propugna-
tore, capiunt, vastant, diripiunt. Alii
quippe scalis murum subeunt, alii op-
pilatum olim adilinn ofïendentes '1,
infringunt et pénétrant. Porro* ci-
vitatis episcopus, vocabulo Gunliar-
diis \ vit innooens et omni pietatc
repletus1, et clerus omnis cum nio-
nachis, qui ei vicino coenobio, cnjns
vocabuluin est Antnnn n, quod ante-
fati anmis ictilero gurgite undique
cingilnr v, ad urbem, copiosum ec-
clesiac tbesaurum secum x babentes,
eonfugerant2, cumque reliqua vulgî
15
Trente jonrs après Ja bataille des-
susdite, icelie cruelle nation dei Nor-
mans, saillans subitement d< M fins de
la région de Danucinarchc et menani
rie piraticque, après ce qu'ils curent
deslriiicl/ les lieux contigUZ et prou-
ebains de la mer de Bretaigne par le
conseil et aide du très mauvais «lue
Lambert entrèrent ou ileuve de Laire
et, souillant zepliirus, vindrcnl abon-
der leur navire jouxte les murs de la
cité de Nantes, laquelle ilz avironnè-
rent d'un coslé et d autre, après ce
qu'Us furent issuz de leur dit navire :
et. les ungs rampans contre mont les
murs par escbielles, les autres des-
froissans et pénétrans les clostures,
nul ne leur dényant l'entrée, entrè-
rent en despourveu en laditte cité le
sollempnel jour de la Nativité sainct
Jehan- Baptiste. De celle cité de
Nantes estoit lors évesque Gobardus,
homme simple, débonnaire et crei-
gnant Nostre-Seigneur, auquel tout
le clergié estoit afï'uy avecques les
moinnes d'un moustier, appelle la
Fosse, voisin de la cité, lequel est de
VI. — k) tribus addit G. — 1) junii A B D. — m) vcl cpiasi addunt A D.
— n) zephiro classibus apto A 1). — ■ o) crebro exploratore, td est Lamberto
Al). — p) volant A. — (j) effodientes ./. — r) Namneticae addunt A P.
— s) Guihardus ./ G, — t) et prac ceteris laudabilis addit li. per cuncta
laudabilis addunt AD. — u) vocato Eindre A. — v) juxta fluvium Ligeris
litualo cl ex gurgite ejusdem lluvii circumdato addunt A /). — x) deest G.
dépendance de la Bretagne sous Nominoé et Erispoé, dans la Revue de
Bretagne et de Vendée , année 1891.
1. Cette expression novam Britanniam doit s'entendre, je crois, des nou-
velles limites données à la Bretagne par le traité d Angers conclu en S'il entre
Charles le Chauve el le duc Erispoé. \u\ termes de ce traité, les frontières
de la Bretagne furenl étendues au sud jusqu'à la Loire, Cf plus haut. p. 12,
la même expression, employée par le chroniqueur de Nantes, qui la em-
pruntée vraisemblablement à l'auteur de ce récit.
2. Indre, Loire-Inférieure, arr. et canton de Nantes* — Le monastère
d Indre a\ail été fondé Vers <>7(.' par saint llerinelaud dans une île de la Loire
16
multitudine, quos vel metus hostis
incluserat, vel Praecursoris quae ine-
rat nativitas [ non solum ex vicinis
regionibus et vicis, sed etiam ex pro-
cul positis urbibus, attraxerat, cer-
nentes intra moenia hostem, certatim
cuncti ad templum apostolorum Pétri
et Pauli. quod in urbe nobilius et
pulchrius erat, utpote ignari certa-
minis, concurrunt, obseratisque >r os-
tiis aedis, solum quod supererat coe-
litus auxilium anxie flagitabant. At
gentiles, effractis ostiis fenestrisque
propulsis, templum feraliter irrum-
punt, imbellem pariter et inermem
multitudinem gladio feriunt, tanta-
que crudelitate in Christi gregem
saeviunt z , ut, praeter quos sive cap-
tivandi sive distrahendi gratia in na-
ves transtulerunta , omnem multitu-
dinem sacerdotum, clericorum atque
laicorum eu m praedicto antistite intra
ecclesiam gladio sternerent 2. Mona-
chorum vero quosdam extra, alios
OIIRONICON [c. vr, an. 843]
toutes pars avironné de l'eau du
fleuve de Laire, et avoient iceulx
moinnes avecques eulx porté le thré-
sor de leur église ; mesmementy avoit
en la cité autre grant multitude de
peuple, non pas des régions voisines
seullement, mais auxi des loingtaines
citez qui se y estoient encloz, les
ungs pour la peur de leurs ennemis,
les autres pour la sollemnité de la
feste, lesqueulx touz, regardans leurs
ennemis entre les murailles, couru-
rent ensemble estrivement au temple
des appostres Saint-Pierre et Saint-
Paul, lequel estoit en la cité très bel
et très noble, et les huys et portes
dicelui barrèrent contre l'impétuosité
des persécutans, demandans le divin
aide de leur délivrance, quelle chose
ilz ne povoient par eulx faire humai-
nement. Mais, comme les péans fu-
rent arrivez jucques davant celui
temple, ilz en froissèrent les huys et
arrachèrent les fenestres en le débri-
VI. — y)observatisque D, obscecratisque A. — z) in Christi saeviunt gre-
gem B G. — a) transferunt A B D.
en aval de Nantes. Le fleuve tout autour de cette ile était réputé dès le
vne siècle pour être abondant en poissons (cf. Vie de saint Hermeland, Acta
S S., 25 mai, § 15).
1. La fête de saint Jean -Baptiste attirait alors à Nantes une foule considé-
rable. C'était 1 église de Saint-Jean, qui était le rendez-vous principal des pè-
lerins. Voir plus loin, Miracula ecclesiae Namnetensis, ch. iv.
2. Gunhard fut assassiné par les Normands sur l'autel de saint Ferréol, qui
se trouvait dans l'aile gauche de la cathédrale de Nantes (cf. dom Bouquet,
VII, 369). Il fut honoré dans la suite comme un martyr, et on montrait jus-
qu'au siècle dernier dans la crypte de la cathédrale de Nantes la pierre d'autel
sur laquelle son sang avait rejailli. Ses reliques furent conservées pendant tout
le moyen âge dans l'église de Saint-Pierre d'Angers. Elles étaient accom-
pagnées de deux plaques de plomb sur l'une desquelles était écrit: In hac se-
pultura quiescit Itumilis Gunhardus, Namnetensium, et sur l'autre,
pater et martir (Lobineau, Vie des saints de Bretagne, p. 180, et Acta
SS., t. VI de juin, p. 246).
[c. vi, an. 843]
[ntra ecclesiamb\ plerosque autem
Buper ipsam templi aram instar hos-
tiae trucidant, reliquos vero noctis
crepusculo secum abducunt classi<|u«-
[raponunt. Quis, j>roli dolor! illius
diei dolorem6' explicare, quis expli-
cando a lacrimis valcat tcmpcrarc,
quando mortuarum înatrum cruorem
pro laclc suggentes pcndebant ad
ubera nati, quando sanctorum san-
guine, hostili nmerone fuso, templi
pavimenta madent, altaria sacra in-
nocentium cruore oblita ûuunt? Post
baec, erasis omnibus opibusd', cum
gregibus captivorum utriusque or-
< I î 1 1 i - sexus e', aetatis ad naves rc-
meant. \«l quorum postmodum re-
demptionem plurimum a cladis su-
perstttibus collatum est. Quibus per-
actis, coenobium Insularum, cujus1'
supra meminimus, natalitio aposto-
porum Pétri et Pauli, scaphis adeunt,
restant, incendunt*. Quos ex tune,
praeter intestinos, usque in praesen-
Irm antedicti régis annum, nullo
propugnatore, utpote studiis in di-
rersa imo in perversaS tendentibus,
terra marique externos hostes assidue
patimur -.
NAMNETENSE
17
gant cruellement, tant que à force
entrèrent dedans, et celle multitude
de peuple que il/, y trouvèrent fï-ri-
rent de leurs glaives -ans espargner
à asge ne à sexe ; par si grant cruaulté
se forcennoient contre eulx que le
dessusdit Gohardus, prestre et éves-
que, célébrant la sollemnité de la
messe et disant, Sursum corda, oc-
cirent cruellement, et aucuns des
moinnes dessusdietz hors 1 église, les
autres dedans et pluseurs sus les au-
tcilz, avecques grant multitude de
prestres, de clercs et de laiz, occirent
par fer et leur transchèrent les en-
trailles, si que nul ne pourroit ex-
primer par parolles la callamîté et
pestillence d iccllui jour doloreux, ne,
en L'exprimant, de lermes se abste-
nir: car les enflons des mères mortes
pendoient à leurs mammelles, suc-
zans leur sang en lieu de lait, les pa-
vcmens du temple rougissoient du
sang des saints hommes espandu par
l'espée hostille, et les saincts aultiers
esloient souillez et découloient du
sang des innocens. Et. après ces
choses, dégastèrent les péans toute la
cité et la desgarnirent de toutes ses
richesses, puix embrasèrent le tem-
ple, cl avecques grant multitude de
cbiettifs de l'un et de l'autre sexe et
W. — h") quosdam extra ecclesiam, alios intus /i D, alios penitus A. —
c) maestitiam II. dampnum A. — d) deest G. — e) deest G. — f) de
quibus G. — g") perverse (i .
1. Le monastère d Indre, complètement détruit par le> Normands le
'.)(.i juin S'ii!. ne se releva jamaisde Bes ruines. Gf Mabillon, Annales S. Be-
nedicti, II. 640.
2. L'auteur de ce récil écrivait ces lignes après la seconde invasion des Nor-
mands dans la Loire en S;j;>, mais probablement peu de temps après, et certai-
nement avant la mort de Charles Le Chauve, arrivée en S77. connue en té-
moigne L'expression usque in praesentem antedicti régis annum.
•>
18 CflRONICON [c. vu, an. 843-845]
de ordres différentes, lesquek ilz avoient espargne à occire pour en avoir
loier, remontèrent en leurs nefs. Et ne se oblians pas de leur cruauté, le jour
de la feste Saint Pierre et Saint Poul ensuivante, allèrent par petit navire au
moustier des Islcs, de quoy a esté parlé dessus, lequel ils asségèrent et
prindrent à force (F, f° 112, r° et v°).
VII
Notarii autem8, qui hujusmodib annalia scripta descrip-
serunt1, minime narrationem rerum cunctarumc curaverunl
per ordinem referre, sed, sicut quaeque singuiaria a refe-
rentibus eis adnuntiabantur, sub nimia brevitate denotavere.
Et, quia illorum inertia aut incuria tanta necessaria memo-
riae digna oblivioni data sunt, nec satis laudandid sunt nec
vituperandi6.
Igitur, quum isti crudelis- [Et dit l'acteur de la des-
simifNormannisNamneticam sus nommée Chronicque de
urbem et territorium ejus, Nantes que] les Danois, quant
vicosh et castella Metallicae ils eurent destruit la cité et
regionis et Theophalgiae1 et le territoire de Nantes, avec-
Herbadillicae2 dissipassent, ques les villes et chasteaux
oneratis navibus suisplurima de Maulge, de Thiffaulges et
multitudinecaptivorumatque d'Erbauges, ils chargèrent
magna congerie auri et ai- leurs nefs d'or, d'argent et
VII. A B D E F. — a) deest B. — b) bec B. — c) certain B. — dj
laudandayl. — e) vituperanda A. — f) deest D. — g) pagani A. — b) ejus
lerritorii vicos AD. — i) Tbeolfagiae B D.
1. Sur ces Annales, dont a fait usage le Chroniqueur de Nantes et qu il a
cru bien à tort devoir arranger à sa guise, voir ce que j'ai dit dans 1 Intro-
duction.
2. Les pays de Mauge. de Tiffauge et d Herbauge étaient limitrophes du
cours inférieur de la Loire et s'étendaient au sud de ce fleuve jusqu aux ri-
vières du Lay et du Thouaret. L'invasion des Normands dans ces pays en 843
est signalée par l'auteur contemporain des Miracula S. Martini Vertavensis
(dom Bouquet, VII, "369). Pendant près de cent ans, cette région fut de
toutes les contrées occidentales de la Gaule la plus dévastée par les Normands
qui s'étaient établis à l'embouchure de la Loire.
v. vu, an. 843-845] NAMNBTENSE 10
genti et ornamenti, per al- d'autres despouilles, et avec-
veum Ligeris navigantes, us- ques très grande abondance
que Herio insulam1 regressi de captifs retournèrent na-
suni. Et, capta illa, placuit geani par Loire jusques en
eis suac rapinae congestum l'isle Hério, laquelle ils prin-
dividere ; qua in presentia tirent, et leur pleul là diviser
major uni el juniorum^ ad ri- l'assemblée de leurs rapines.
pain delata, illi, visa immen- Mais, quand elle fut apportée
sitate pecuniae, omnis timo- au rivage en la présence de
ris principal us sui obliti, ut tous etqu Ils virent l'immen-
canes ad carnes devorandask, site de leur pécune, ils ou-
coeperunt omnia1 violenter blièrent la peur de leurs
iterumm arripere11. Unde in- princes, et commencèrent
1er eos magna seditiono coin- derechef à la s'entreravir vio-
mota, in illa die multi ex lentement, dont entre eux
dielis Normannis0 voluntate s'esmeut grand sédition, par
divina perierunt interfecti. laquelle périrent plusieurs
Captivi vero christianip, vi- celuv jour, occis par la vo-
dentes hune turbinem, per lonté divine. Et les captifs,
abdita insulae omnes luge- véants celle sédition, s en-
runl ; allamen ex his fuit fuirent par les lieux secrets
iiims magnae invasionis au- de l'isle (E, p. 101). Toutes-
dax, qui bibliothecam, quae foiz entre elx en fut ung hardi
asque hodie in ecclesiaNam- et de grand invasion qui print
nelensi'1 hahelur, ineollo suo en son coul l'armaire où es-
aceipiens fugit, ut se sicut toit gardée la bible et les
alnl* latitaret8. Pacificantes- autres livres, laquelle juc-
<|iie se tandem ipsi diabolici ques au jour de huv est gar-
viri'de tanta discordia cum dée en l'église de Nantes, et
\ II. — j) minorum ./ /> — 10 \it canes ad carnés devorandas désuni D.
— 1) deest II. — m) deesi /i. — n)abripere />. — <>) ei dictia Normannis
désuni /l — |)"i deest />. — (|) Namnetis A. — r) miseri addit A — s)
attamen ex lus fui! unus, etc. usque ad latitarel désuni D. — l) ipsi Nor-
manni h.
1. L'Ile de Noirtnoutier. Vendée, arr. Sables-d'Olonne.
20 UIRONICON [c. vu, an. 8i3-84o]
luctu et doIoreu naves àscen- s'enfuit, affin qu'il s'émuc-
derunt. Captivos vero qui zast entre les autres miséra-
inde fngerant, Dei virtute et blés chiettifs. En la par fin
timoré Lambertiv, minime iceulx homes dyabolicques
ausi fueruntpersequi1: timor pacifiiez de si grant discorde
etenim magnus invaserat il- remontèrent en leurs neffs
los. Et volentes inde ad re- avecques pleur et doleur, ne
gionem suam navigare, ven- onques n'osèrent ensuir les
tus Aquilox violentiay coactos chiettifs, qui d'illecques es-
usque adz Galliciam dedu- toient fuiz et par la vertu de
xita. Gallicii vero, se ab eis Dieu délivrez de leurs mains,
in fortitudine magna defen- Car grand crainte les avoit
dentés, omnes, exceptis tri- espouvantez, et de illecques
ginta navibus, interfecerunt. en après ceulx Dannoys et
Quibusb inde fugatis, ipsi- Normans, voulans nager vers
met a zephiro dedueti0 re- leur région se mirent en mer.
dierunt Burdegalam ; qua Mais le vent de Acquilée les
devastata, navigaverunt us- pourforcza, et par la violence
queSantonas2,ibique, magnis de ses sifïleis les mena juc-
rapinis captis, ad suam inde ques en Gallice. Contre les-
patriam valde desideratamd queulx les Galliciens assem-
remeaverunt, satis ditissimis blèrent leurs forces et en soy
spoliis oneratie . Praefati au- deffendant d'eulx par grant
tem captivi, mare retracto, vertulesoccirenttouz excepté
de Herio insula exeuntes3 et xxx neffs; lesquelx d'illec
VII. — u) cum luctu et dolore desunt D. — v) Dei virtute liberati A; Dei
virtute et timoré Lamberti desunt D. — x) deest B. — y) violentus B,
violenter D. — z) usque ad desunt B. — a ) redux.it AD. — b ) qui D. —
c') inde fugatis ipsimet a zephiro dedueti desunt D. — d) valde desideratam
desunt D. — e ) satis ditissimis spoliis onerati desunt D.
1. Cette crainte, inspirée par Lambert aux. Normands, prouve que ce
comte n'avait point fait alliance avec les pirates danois et contredit le récit
légendaire rapporté plus haut (p. 13, note 1).
2. C'est en l'année suivante 844 que les Normands parvinrent en Gallice
éï en 845 qu'ils arrivèrent à Saintes, après avoir dévasté 1 Aquitaine et la ville
de Bordeaux {Annales Bertin., dom Bouquet, VII, 63 et 64).
3. Il paraît certain que les Nantais, emmenés prisonniers dans 1 île de Noir-
[c. vu. an. 8*3-845] NAMNETENSE 21
de tam praeclarissimis rébus enchacez retournèrenl àBor-
perditis, scilicet vasis aureis, deaux et dégastèrent la pro-
ttrgenteis coronis, aureis or- vince, puix nagèrent jucqueg
namentis, pretiosis libris1 et à Seinctes, et d'iilecques,
regalibus testamentis*', so- prinses grandes ra j)i im-s , re-
lummodo secum11 bibliothe- tournèrent à leur pays lon-
ciiiii afférentes, et quasi a guement désiré, assez char-
morte résurgentes, eum gau- gez de richesses et de des-
dio inenarrabilis exultationis pouilles. Et les davant dittz
ad urbem Namneticam deso- chiétiffs, quant la mer fut
latam, devastatam, ad nihi- retraitte, issirent de Tisle
lum redactam, nullum gu- Hério, et de toutes leurs ri-
bernatorem habentem, e1 ad ehes choses qu'ilz avoient
domum Dei violât a m, conta- perdues, comme vesseaux
minatam, omnique dedecori d'or et d'argent, coronnes
dcditam venerunt* . Congre- d'or, aournemens précieux,
gatisque undique Superstiti- livres et royaux test amen s,
bus, qui a clade remanseranl , avecques eulxtantseullement
templum sanctum, a paganis apportèrent la librairie des-
corruptum e1 sanguine sanc- susditte, cl ainsi, comme se
torum infectum, lacrîmabili- résucitans de mort avecques
ter expurgantes, mandave- j°yc et liesse, vindrent en la
ru ii 1 venerabili Susannoj, cité de Nantes désolée, dé-
Venetensium episcopo1, ut, gastée et ramenée à néani el
fraterna dilectione ad eus <|ui n'avoil nul governeur;
veniens, î 11 ml reconciliaret. puix allèrenl à la maison
\claque fuit haec reconci- Dieu viollée, souillée et pri-
\ II. — 1') deest II. — g) libris addit B. — h) deest II. — V) Haec
yaucis ver bis abbreviai D, — j ) advocarunl Susannum />.
moutier, se sauvèrenl par le passage du (lois. seul endroit de 1 il»* paroù l <>n
puisse gagner la terre Ferme à marée basse. Ge passage, qui n'a que quatre kilo-
mètres de largeur, se découvre complètement lorsque la mer s'est retirée et les
piétons venant de Beauvoir utilisent encore cette route pour aller à Noirmoutier
1. Susan, év. de Vannes de S:iK a 848, année où il fut déposé parNominoé
(v. La Bordçrie, Examen du Cartul. de Redon, />//>/. de l'Ee. des
eh.. \W . 1863-64, p. 415).
22 CHRONICON [c. vin, an. 843]
liatio pridie kalendas octo- vée de toute sa beauté accous-
brisk', in ipsa die qua ejus- tumée, et là s'assemblèrent
demtempli prima consecratio les demourans qui de la pes-
fuit1. Ex quo tempore urbs tillance estoient demourez,
Namnetica mala semper us- qui le saint temple corrompu
que nunc frequentia passa par les païens et infait par le
est habere, sicut in série hu- sang des sains, nettoièrent en
jus relationis continetur1 . pleurs et en lermes, et man-
dèrent à Susan, évesque de
Yennes, que par dilection
fraternelle il veneist à eulx
pour icelui temple réconcilier. Lequel Susan très volentiers
se octria à leur requeste, et fut ceste réconciliacion faicte le
jour devant les kalendes d'octobre, en celui jour que la pre-
mière consécration d'icelui temple avoit esté faitte [F, f° 113
r° et v°).
VIII
Lambertus vero ille, qui Et adonc Lambert, qui
haec omnia superius dicta avoit perpétré toutes ces cho-
peregita, comitatum Namne- ses, print la comté de Nantes,
ticum impudenter b inva- et la distribua à ses cheva-
dens 2, militibus suis distri- liers, c'est à scavoir à Gun-
buit, scilicet Gunferioc, ne- frov, son neveu, la région
VIT. — k ) anno post incarnationem Domini DCCGXLTII, quo fuere
kalendae januarii II feria, rogationes V kalendas junii, anno IV post obitum
Hkidovici serenissimi imperatoris addit D. — 1 ) habetur B.
VIII. A B D E F. — a) qui haec omnia perpetrarat D. — b) deest D. —
c) Gueferio AD.
J . Cette consécration eut lieu le 30 septembre 843.
2. L'antipathie manifeste du chroniqueur de Nantes pour Lambert montre
que plus d'un Nantais au xie siècle considérait comme un crime 1 infidélité au
roi de France, fût-ce au profit du duc des Bretons.
[c, vin, an. 843 SAMNETENSE ft
poti suo, regionem Herba- d' Er bauges , à Rainarius
dillicam, Raineriod Metalli- Maulge et à Girard Thiffaul-
cam, Girardo0 Theophal- ges, et toutes ces choses leur
giam 1 , quae omnia illis concéda par droict héritel.
hereditario jure eoncessit. Après la mort Rainaldus,
Adversus quos Bego, postf constitua le roy Charles un
in ter i tu m Rainaldi (lux Aqui- autre duc en Acquitainc pour
taniae Cactus, qui supra lipam dcfFendre la province, appelle
Ligeris reconter non longe Bégo, lequel, [selon la Chro-
al> urbe Namnetis castellura nicque de Nantes], forma un
construxerat et nomen suum chastel sur la rive du fleuve
Imposuerat, insurgens, ah de Loire, assez près de la cité
his regionibus voluit eos om- de Nantes, auquel chastel il
binoabjicere8. Qui ex impro- imposa son nom. Et voulant
visoprimumin Ilerhaclillieain celuy duc Bégo chasser et
cum multitudine militum in- débouter les dessusdits nom-
grediens'1, Gunferium mi- me/ Gunfroy, Rainarius et
aime potuit invenire ; res Girard de celles régions, vint
etenim illa sihi bene inno- en despourveu premièrement
tuerat. Post cujus reditum, en Ilerbaulge aveequos mul-
Gunferius, advocatis sociis titude de chevaliers cuider
suis Rainerio ' et Girardo sihi assaillir Gunfroy, lequel il ne
in auxilium, furtive equitans, trouva pas, car il avoit eu co-
consecutus est illum jam1 gnoissance de sa venue, et
vada Blesonis fluminis tran- s'estoit absenté. Mais, ainsi
\\\\. — il) Uamcrio /). — o) (îiraldo A. — 1) Begopus A D. pro Bégo
post. — g) abi^erc I). — li) aggrediens A I). — i) Ramerio D. — j) juxta I>.
I. (le chapitre NUI a un réel intérêt au point de sur historique; car il
renferme le récil d'événements qui ne sont rapportés nulle pari ailleurs, Il
offre (tailleurs de grandes garanties d'exactitude, car il n'es! guère douteux
(|u il ne soit la reproduction presque intégrale d'une de ces notes annalistiques
d origine contemporaine dont parle le chroniqueur de Nantes au commen-
cement du chapitre précédent. L'existence de Renier el de Girard, lieutenants
de Lambert, n'est connue que par ce récit. Quant à Gonfier, neveu de Lam-
bert, la lin de ce même chapitre nous apprend qu il m' maintint au moins (US
<|u eu 853 eu possession d'une partie du pays d Herbauge
24 GHRONICON [c. vin, an. 843
seuntem1 ; et, cumjam média que Bégo s'en retournoit,
pars militum vada transierat, Gunfroy appella ses compa-
cucurrit Gunferius eu m ma- gnons Rainarius et Girard
gno impetu super ultimam en son aide, et chevaucha
aciem, et, plurimis in illo celéement tant qu'il accon-
certamine interfectis, fugavit suivit Bégo ainsi qu'il passoit
omnes. Inter quos Bego, dux lesguésdeBléson. Et, comme
Aquitanorum, fugientes ceci- jà la moitié des chevaliers eus-
dit interfectus 2. Cujus corpus sent trespassé lesdits gués, il
sepultumestapudDurenumk, courut sus impétueusement
Theophalgiae vicum3. Gunfe- à la dernière compagnie,
VIII. — k) Durenium A, Dureium B.
t. Le Blaison, affluent de la Maine, qui elle-même se jette dans la Sèvre-
Nantaise. M. Dugast Matifeux croit que les gués dont il est ici question sont
ceux de la Guérinière (Congrès archéologique de France, tenu à Fon-
tenay-le- Comte, Paris, 1865, in-8, p. 63).
2. La mort de Bégon se place dans les derniers mois de l'année 843. — Cf.
Guerres d'indépendance de la Bretagne sous Nominoé et Erispoé, livre
cité. — On ne sait de Bégon que ce qu'en dit ici le chroniqueur de Nantes.
Il est probable que Bégon n'eut jamais le titre ni les fonctions de duc d Aqui-
taine. Le duché, qui lui fut confié par Charles le Chauve, venait d'être con-
stitué en faveur de Renaud pour faire obstacle aux invasions des Bretons ; il
s'étendait certainement sur les pays d Herbauge et de Nantes et peut-être sur
ceux d'Angers et de Rennes. Renaud, prédécesseur de Bégon, portait déjà le
titre de duc; c'est ainsi qu'il est désigné par le chroniqueur contemporain de
Fontenelle et par l'auteur des annales de Saint-Bertin (dom Bouquet, Vil,
41 et 62). Bernard et Hervé, successeurs de Bégon, sont appelés markiones,
marquis, par un auteur du temps: ce qui contribue à prouver que le duché,
auquel ils étaient préposés, était marche de Bretagne et par conséquent
distinct du duché d'Aquitaine.
3. Durin est aujourd'hui Saint-Georges de Montaigu (Vendée, arr. La
Roche-sur-Yon, canton Montaigu). Le village de Durenum est mentionné
dans la vie de saint Martin de Vertou, qui y fonda un monastère. Au ixe siècle,
ce monastère devint, comme Vertou, un prieuré dépendant de Saint-Jouin de
Marnes. Cf. Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened. saec. I, p. 374, note c.
La situation bien déterminée de Durin, village de Tiffauge, sur la rive droite
du Blaison, prouve qu'au ixe siècle le Blaison servait de frontière commune
aux deux pays d'Herbauge et de Tiffauge, comme plus tard aux deux diocèses
de Nantes et de Poitiers. En effet, Gonfier, chargé par Lambert de la défense
du pays d'Herbauge et poursuivant Bégon et son armée pour les chasser de la
région, les rejoignit lorsque déjà ils s'apprêtaient à traverser les gués du Blai-
son. Cette expression indique que Bégon était sur le point de sortir d'Her-
bauge, et, de fait, ayant été tué en cette rencontre, il fut enterré, à quelques
kilomètres plus loin, à Saint-Georges de Montaigu, village du pays de Tiffauge.
[c. ix, an. 843-844[ NAMNETENSE 25
rius vero, veniens ad castrum donl il occist plusieurs en
Begonis l, cepit illud, ethabi- l'estrif, ci les autres enchâssa,
tavit ihi, douce Normanni, entre lesquels fuyants Bégo,
iicc multo post tempore1, ite- duc des Acquitains, lut occis
m m per Ligerim remeantes el ensevely à Durenum, une
ad urbes, ripis ejus" finiti- ville de Thiffaulges. Et lors
mas, devastandas, longa sta- vint Gunfroy au chastel Bégo,
tione castrorum captum vio- lequel il print et l'habita jus-
lenter concremaverunt 2. ques à ce que les Norwégiens
peu après retournèrent par
Loire à gaster les citez voi-
sines des rives diceluy fleuve,
qui par long siège prindrent violentement ledit chastel (E9
p. 101 et 102).
IX.
Mis itaque peractis, ille Et ces choses ainsi par-
miser populus Namnetensis, faictes, le meschanl peuple
a pastore orphanus el in de- de Nantes, orphelin de pas-
solationein oinnino derelic- leur et du tout en tout dé-
tns, misii tamen de clericis a laissé en désolacion, envoiea
tanta caede superstitibus, ad des clercs qui de loccision
domnum Amalricum, hono- estoienl demorez à Amauri,
rabilem virum , Turonicae archiévesque du siège de
NUI. — L) secunda vice addunt AD. — m) deest AD.
i \ . . / /; / •'.
1. Le château de Bégon, castrum Begonis, doit être identifié avec la
motte de Bougon, située sur la rive gauche de la Loin-, tout près de Nantes,
dans la paroisse de Saint- Pierre de Bouguenais. Sur cette motte, voir Con^
archéologique (!<■ France tenu <i Nantes eu Î856 (Caen, 1857, in-8),
i». ;'. ci i o.').
2. I- invasion des Normands, dont il est ici question, esl celle de 853, au
cours <lc laquelle ils ravagèrent Nantes el loua les pava avoisinanU
'26 CHRONICON [c. ix, an. 843-814]
sedis archipraesulem1, ut ec- Tours, afïîii qu'il leur don-
clesiae Namnetensi miser-
rimae consilium claret, quo-
modo gubernatorem recupe-
raret.Qui,exclericisecclesiae
suae, voluntate et conces-
sione Karoli régis, juvenem
eligens nobilem, Actardum
nast conseil, comme la misé-
rable église de Nantes peust
recouvrer son gouverneur :
lequel Amauri archevesque
esleut entre les clercs de son
église ung noble juvenceau,
appelle Attardus, sage et
nomine, sapientem et omni- aourné de toutes bonnes
bus bonis moribus ornatum, meurs, et le consacra éves-
Namneticae urbi desolatae
consecravit episcopum ~ ; et
mittens illum diligentissime
doctum ad urbem Namneti-
cam desolatam consolandam
que de la cité de Nantes, à
laquelle il le envoiea pour la
consoller, par le consente-
ment du roy Charles le ChaufF
de France. A l'advénement
eta ad illam paterna erudi- duquel, tout le peuple nan-
tione erudiendam et recto tais receut grant fiance de
tramite gubernandam, prae- seurté, combien que pluseurs,
cepitb ut, bonus pastor su- encore espouventez par la
perc eam vigilansd, pro- rage des Normans, se fussent
videntissime observaret et loign fuiz [F, f° 114 r°).
audacissime intenderet de-
fendere. Ad cujus adventum
omnis populus occurrens ,
quamvis multi, adhuc rabie Normannorum pavidi, longe
IX. — a) deest A. — b) praecipit B. — c) sic B. — d) vigilet A.
1. Il y a là une erreur. Amauri ne devint archevêque de Tours que vers le
mois de février 851. A cette date de 843, c'était Ursmar qui gouvernait
l'église de Tours.
2. Actard était certainement d'origine tourangelle: il avait été baptisé,
élevé et ordonné prêtre dans l'église de Tours (Migne, P. L., t. 124, col. 880).
De plus, avant d'être élu évêque de Nantes, il avait gouverné un monastère
en Touraine (dom Martcne, Thésaurus novus anecdotorum, III, col.. 866).
Sa nomination comme évêque de Nantes est postérieure au 30 septembre 843,
puisqu à cette date les Nantais eurent recours à Susan, évêque de Vannes,
pour faire la dédicace de leur cathédrale. L élection d Actard doit être des
derniers mois de 843 ou du commencement de 844.
c. x, an. 8U-852] NAMNETKNSE -■
diffugissent, val de gavisus est, et per ejus consolationem
magnae securitatis fiduciam recepit. Quae autem in episco-
patu adversitatis cl détriment! sustinuit, salis in futuro
uarrabitur, sicul séries hujus relationis exiget.
X.
Nune vero primum est ré-
férendum8 quomodo Actar-
diis episcopus Lambertum
perfidum et comitatus urbis
Namneticae invasorem ab illa
regione dejecit et expulit1.
Nam Lambertus, semper
Namnetensibus infestus et
vaille odiosus, voluit domum
luam in principal] arce hujus
urbis aedificare et per hoc
Adonc, [selon ladite Chro-
nicque,] voulut Lambert édi-
fier sa maison en la souve-
raine tour de la cité de Nan-
tes, et seigneurier à Àctardus
et à tous les citoyens et y
avoir principauté, laquelle
ebose tous d'un commun ac-
cord luy prohibèrent. Pour
quoy Lambert, meu dire con-
tre eux, fist maintes oppres-
\. A 11 I) E F. — a) nobis addit />'.
1. Certains détails historiques et dignes de foi, rapportés dans ce chapitre,
ont été mêlés au récit d'événements qui ont été certainement dénaturés. 11
tsl vraisemblable que le chroniqueur de Nantes aura remanié à sa guise d'an-
ciennes annales, dont il faisait usage et qui, comme il le dit (ch. vu),
avaient, à son avis, interverti l'ordre des temps. Pour donner plus de clarté
au récit, il l'a complètement obscurci; de telle sorte qu il esl devenu au-
jourd'hui à peu près impossible de dire quel rôle l'évèque Ictard a pu jouer
au Bujel de l'expulsion de Lambert du comté de Nantes. Le plus probable
cependant esl que l'intervention d Retard auprès de Charles le Chauve date
de l'année 851. V celle époque, lors du traité d'Angers, il est certain que le
roi obtint du duc de Bretagne que Lambert ne conserverait pas la possession
du pays de Nantes. Mais alors le duc de Bretagne n'était pas Nominoé, mort
depuis quelques mois; c'était son fils, Erispoé. Notre récit renfermerait d »nc
une cireur, imputable sans doute au chroniqueur de Nantes Au lieu de No-
îninoé. il faudrait lire Erispoé, et en conclure qu'Actard Bervil d intermé-
diaire entre Charles le Chauve et Erispoé, avant la signature du traite
d Vngers (fin de 851), et qu'il obtint du duc breton la promesse d ! cfa
Lambert de Nantes. ( le serait alors que Lambert se serait enfui jusqu à ( iraon
La fin du récit est pleinement continuée par le- autres chroniques con-
temporaines.
28 CHRONICON [c. x, an. 844-852]
episcopo et civibus canctis sions, et lors l'évesque Ac-
dominari et prineipatum ha- tardus alla au roy Charles, et
bereb. Quocl episcopus .et alii luy remonstra les maux que
omnes, Lamberto c coutradi- Lambert faisoit à luy et aux
eentes, modis omnibus pro- citoyens de Nantes. Sur la-
hibuerunt fieri. Qua de re quelle complainte ledit Char-
Lambertus d, adversus eose les print conseil, et manda
in iramf accensus, coepit illis par celui mesme Actardus à
multa mala agere. Sed épis- Nemenoius, prince des Bre-
copus Actardus sapienter pro- tons, par l'aide et confiance
videns g quomodo malitiam duquel Lambert avoit occupé
ejus tanto tempore continua- le droict de la cité de Nan-
tamh exstinguere posset, ad tes, que, s'il le mettoit hors,
Karolum regem perrexit, et il luy pardonneroit toutes les
ostendit ei quanta mala sibi offences qu'il luy avoit faites,
et civibus Namnetensibus fe- Et à celles choses adjousta
cerat Lambertus1. Unde rcx, l'évesque Actardus de sa part,
consilium accipiens, Nome- que si Nemenoius n'obéissoit
noio, Britannorum principi, audit Charles en déboutant
cujus fi du ci a et auxilio Lam- Lambert, lesdits Charles et
bertus jus regiumj Namne- Lambert feroient paix ensem-
ticae urbis invaseratk, man- ble, et luy seroient tous deux
davitper hune episcopum ut, contraires. Laquelle chose
si hune perfidum a se expel- oye par Nemenoius, com-
leret, offensas sibi ab illo bien qu'il craignist peu les
lactas dimitteret. Ad haec menaces dudit Charles, tou-
quoque episcopus ex parte tes fois pour ce qu'il lut
sua addidit quod si Nome- reprins par ses gens, il manda
noius reginonobediret,Lam- à Lambert que s'il ne se dé-
bertus cum rege concordiam partoit de la comté de Nan-
faceret et sibi postea omnino tes, il luy courroit sus par
contrarius esset. Quo audito, armes. Si lut Lambert espou-
Nomenoius, quamvis régis vanté de ces maudemens, et
X. — b) sed A. — c) sibi B. — d) deest D. — c) omnes D. — f) illiun
J). — ■ g:) praevidens B. — b) continuam B. — i) deest B. — j) deest D.
— 10 sibi attribuebat A D.
[c. x, an. 844-852] NAMNETENSE 2$
timorem pàrvipenderet, ta- s'enfuit à Craon, une ville,
mena suis reprehensus, Lam- qui lors estoil du territoire
berto mandavit ut, si jura de Nantes, y appartenant par
régis el comitatum Namne*- le droict de Saint-Clément,
licum1 non «I i m i ttcrct rn, ipse un monastère de la cité, au-
equidem armatus illi" occur- quel la sœur d'iceluy Lambert,
reret.Quibus mandatis,Lam- nommée Doda présidoit. Et
bertus nimis pavefactus ti- <le là fist Lambert maints
mini ni rex et Nomenoius in assauts aux régions voisines,
iiiiuin conglobati illum ex contre lequel plusieurs s'es-
tmproviso confoderent0. Di- levèrent, qui s'en retournè-
mittens autem comitatum, rent desconfits. Ht entre au-
fugil usque p Credonem l, très Guy, comte du Maine,
lune temporis Namneticiter- espérant le vaincre, l'assaillit
ritorii vicum,jureSanctiCle- avecques grand nombre de
mentis civitatis Namneticae chevaliers qu'il mist en fuite,
monasterio pertinentem, cui Et, quand il eut ainsi vaincu
abbatissa, hujus Lamberti ses résistans, il composa un
Boror, nomine Doda2, prae- chastel sur la rive d'Udon;
sidebat ; ac indeqmulta mala et prenant de là en après en sa
vieinis regionibusintulit. Ad- domination le territoire d'An-
versus quem multi, ad eum gers, si comme Mayenne des-
debellandum insurgeâtes, ab cendant en Loire, le tint par
eo vieti recesserunt. Porro sa puissance jusques à la fin
Guido, Cenomannensis co- de sa vie [E, p. 102 et 103 .
mes8, speranseumfortitudine Mais, comme, après ce que
V — I) si jura ecclesiae Namnetensis el civium A. — m) ois in paoe addit
A. — n) Lambertu A D. — o) confunderent A. — p) Ciron, id est addunt
A D. — (|) in dies li.
1. Craon, Mayenne, arr. Château-Gontier, chef-lieu de canton. — L'église
de ( Iraon devint au \i° siècle un prieuré dépendant de la Tri nid' de Vendôme.
Elle et ail nuis le patronage de sainl Clément; ce <[ui témoigne de son an-
cienne soumission au monastère de Saint-Clément de Nantis.
-. On ne >ait rien sur l'abbesse Doda. ni d ailleurs sur le monastère de
Saint-Clément qu'elle dirigeait à Nantes el qui disparut lorsque les Normands
s'' furent au v siècle emparés de cette cité el j eurent établi leur dominatiou.
.'). Gui, comte du Maine, (ils et successeur du comte Gui, lequel avait été
tué en (Sol au service de l'empereur Louis le Pieux, gouvernail la parti
30 CHRONICON [c. x, an. 844-852]
magna militum vincere, in Lambert eut esté trop volun-
fugam versus est. Devictis taire de parolle et d'euvre, et
itaquesibiresistentibus, cas- aussi de son glayve, jamais
trum super ripam Uldonis n'eut cessé d'espandre sang
composuit ', etaccipiensinde humain et eust fait innum-
in dominatu1' suo Andega- brables maulx en terre, en
vense territorium, sicut Me- la parfîn il fut occuppé de
duana in Ligerim descendit2, mort subite, et finit sa vie
ille bellicosus homo tenuit temporelle. Si fut enseveli
illud territorium8 violentia apud Saponarias, une ville
sua usque ad finem* vitae de la comté d'Angeou (F, f°
suae. Quumautem, postquam 1 14 v°).
juvenis factus nimis volun-
tarius verbo, opère ac etiam
gladio suo, de effusione humani sanguinis nunquam cessas-
set ac innumerabilia mala in terra fecisset, tandem a morte
subitanea, tanto tempore exoptata, occupatus, vitam finivit
temporalem et recepit infernalem3, sepultusque est apud
Saponarias, Andegavensis territorii vicum4.
X. — r) dominicatu B. — s) deest B. — t) fîdem B.
cidenlale du Maine limitrophe de la Bretagne. Il y avait à la même époque
un autre comte du Maine, Gauzbert, qui administrait la partie orientale de
ce vaste comté.
1. Il s'agit probablement ici du château de Craon, bâti sur l'une des rives
de l'Oudon, affluent de la Mayenne.
2. La partie de l'Anjou, dont Lambert s'empara, fut après sa mort cédée
par Charles le Chauve au duc Erispoé, comme le prouve une charte du
25 août 852, postérieure de quatre mois seulement à la mort de Lambert, où
on lit : Dominante Erispoe in totam Britanniam et usque ad Medanam
fluvium (Cartul. de Redon; p. 367).
3. Lambert fut tué ou plutôt assassiné le 1er mai 852 par Gauzbert, comte
du Maine. Il y avait alors dans 1 ouest de la Gaule un puissant parti favorable
à Lambert. Le roi Charles le Chauve lui-même semble avoir regretté la mort de
son ancien auxiliaire. Car les Nantais s'étant emparés par ruse du comte
Gauzbert et l'ayant livré à Charles le Chauve, ce prince le ht décapiter
(mars 853). Cet ac!e de représailles occasionna un soulèvement contre le roi
en Aquitaine. Cf. Annales Fuldenses , Chron. Aquitanie., Adémar de
Chabannes (dom Bouquet, VII, 165, 223 et 226).
4. Savennières, Maine-et-Loire, arr. Angers, canton Saint-Gcorges-sjr-
Loire.
[c. xi, an. 845-8 iô
NAMNETENSE
•I
XI
Sicque infelice Lamberto
defuncto, Nomenoius1, lune
temporis propter Britonum
multitudinem superbus, ac
régis Ivaroli principatum pro-
pter fratris sni Lotarii defen-
sionem, volentis totum re-
gnum Francorum, sicutprius
pteterat, in iiiniin admittere,
pêne declinatum providens8,
undique congregata fortitu-
dine sua, Ligerim transiens,
m Aquitaniam ingreditur, et
longius progredicns, popu-
lum per rura repertum înte-
l'cinit , aedificiisque igné con-
sumais, neceeclesiisnee mo-
nasteriis parcens, regionem
devastavil ; primumvero mo-
naeterium Glonnae8 obsedil
destruxitque ; ïndeque lon-
Après la mort Lambert,
qui fui ensevely à Saveniè-
res, une ville du territoire
d'Anjou, Ncmenoius, ^selon
l'acteur des Chronicques de
Nantes], en celuy temps moult
eslevé pour la multitude de
ses Bretons , assembla de
toutes parts ses forées, puis
passa le fleuve de Loire et
entra en Acquitaine, et tirant
Xemenoius plus avant, oceist
le populaire qu'il trouva aux
champs, et gasta le pais en
bruslant les édifices sans es-
pargner église ne monstier.
Et tout premier assaillit celuy
Nemenoius le monastère de
Glonna et le destruisit...,
ai ns procéda plus avant con-
tre les Angevins, et s'efforça
XI. n n i: /
1. Il > a là une erreur. Gomme je l'ai déjà dit, Nominoé moarul avant
Lambert (voir plus haut. p. 27, note 1).
2. L'intervention de Lothaire dans les affaires du royaume de Charles le
Chauve n'est pas mentionnée ii cette date par 1rs chroniqueurs contemporains.
<'.c lait parai I avoir été imaginé par le chroniqueur de Nantes pour expliquer
le peu de difficultés que Nominoé el Erispoé rencontrèrent pour rétablir I in-
dépendance du royaume breton.
;>. Montglonne, abbaye fondée à la lin du vu1, siècle sur les bords de la
Loire par saint Maufon, aujourd'hui Saint Florent-le-Vieil, Maine et Loire,
arr. Cholet, chef-lieu de canton. La destruction de l'abbaye de Ifontgkmne
par Nominoé eut lieu dans le courant de L'été en 845 (cf. K. Merlet. Guerres
32 CHRONÎCON [c. xi, an. 845-849]
gius contra Andecavos pro- dépopuler le païs par fer et
cessit Nomenoius, regionem par flamme. Àllencontre du-
ferro et igni depopulari con- quel vint le roy Charles avec-
tendens. Cm venit obviam ques merveilleux exercite
Karolus rex cum insigni exer- pour luy obvier : et fut faite
citu, datoque interea praelio, bataille entre eux, en laquelle
superatus est Karolus, mul- ledit Charles fut surmonté,
tis Francorum millibus occi- et furent occis maints milliers
sis l. Nomenoius igitur valde des siens [Etraconte l'ac-
superbus8 urbem Namneti- teur de la Chronicque de l'é-
cam et Redonicam, ac etiam glise de Nantes, et dit que],
Andegavense territorium et quand Nemenoius eut prins
Cenomannense usque ad Me- et retenu en sa propriété les
duanam invasit. His autem citez de Rennes et de Nantes
urbibus et territoriis nomi- avec leurs territoires, il des-
natis in proprietate sua as- prisa du tout en tout le droict
sumptis, fuit superbior et royal des François et pensa
excellentior ; contemptoque en son courage qu'il se feroit
jure Francorum regio, in roy. Et, en cherchant en
corde suo cogitavit ut se re- maintes manières comme il
gem faceret2: multisque mo- pourroit celle chose faire,
dis investigans, ut erat dolo- ainsi qu'il estoit cault et sub-
XI. — a) undique congregata fortitudine sua, etc. usque ad valde superbus
desunt B.
d'indépendance de la Bretagne, mém. cité, appendice, note D). Cette des-
truction a été racontée par un témoin oculaire dans une pièce de vers plusieurs
fois éditée ( dom Bouquet, Vil, 306-307).
1. La bataille, mentionnée ici, fut livrée à Ballon, auprès de Redo-.i, le
22 novembre 845. Sur cette bataille, voir A. de la Borderie, Bulletin de l'As-
sociation bretonne, année 1857, p. 125 et 152.
2. Le chroniqueur de Nantes commet ici un grave anachronisme. Ce ne
fut que pendant l'hiver 850-851 que Nominoé s'empara des pays de Rennes
et de Nantes et envahit les comtés d'Anjou et du Maine, deux ans environ
après l'époque où il déposa les évêques bretons simoniaqueset se fit couronner
roi. Cette erreur, qui est reproduite mot à mot dans \ Indiculus de episco-
porum Britonum depositione, montre que ce document n'est qu'un extrait
de la chronique de Nantes et non pas un récit d'ouigine contemporaine,
comme l'ont cru les érudits du siècle dernier. Voir ce que j'ai dit à ce sujet
dans l'Introduction.
, . xi, an. 845-849] SAMNi
sus et fraudulentus, quomodo
lioc abominabile institueret,
reperit ut episcopos totius
suae regionis, manu Franco-
iii ii) regia facto s, aliqua se-
ductionea sedibus suis expel-
leret, et alios, concessione
sua constitutos, in locis illo-
l'iim subrogaret; et, si sic
fieri posset, faciliter per hoc
ad regiam dignitateiti ascen-
derel '. Qiium autem haec
fallacia, tamdiu in corde suo
excogitata,satis reversaretur,
accedens tandem ad Cono-
veum2, monasterii Redoni ab-
I ta Ici u, vi ru m si m pli ce ni et in-
nocentent, etsubspecie veri-
liiatis il 1 ii m seducens, expo-
suit illi fabulose, ut erat al-
loquax, de dignitate regni
Britanniae, et quomodo reges
Francorum injuste invaden-
trs i 1 1 ii il destruxerant, quod
volebal renovare, si siln con-
silium daretur ; et quod illius
episcopi, per pecuniam ordi-
TENSE
33
til, il imagina qu'il mettroil
hors par quelque manière les
évesques de sa région faits
par la puissance royalle des
François, et en subrogeroit
d'autres en leurs lieux cons-
titue/, par son octroy, si pour*
roit par ce moyen plus légiè-
rement monter à la dignité
royalle. Et, comme il eut
celle chose assez longuement
excogitée et reversée en sa
pensée, il appella Convoyon,
abbé de Redon, homme sim-
ple et innocent, et luy exposa,
ainsi qu'il estoit éloquent,
l'antiquité du royaume de
Bretagne, et comme les rois
de France Tassaillans injus-
tement Tavoient destruit ;
pouiquov il le vouloit renou-
vcller si conseil luy en estoit
donné. Et que les évesques
de celle région, ordonnez par
pécune et in faniez d'autres
crimes, indignement traie-
tans l'office épiscopal estoient
I. l'ont Le récit de La déposition des évêques bretons, tel qu il ■ été publié
par dom Lobineau (Hist. de Bretagne, II, col. 39-40), doit être rejeté comme
n'appartenant pas à La Ghronique de Nantes. 1). Lobineau n'a fait que repro-
duire le document connu bous Le nom d'Indiculus de episcoporum Britonum
depositione, qui a été plusieurs fois édité (cf. dom Bouquet, VII, 288). Le
véritable texte de la ( Ihronique de Nantes est fourni par />'. que Le Baud traduit
presque mol à mot, disant que cette narration est l'œuvre de Yaeteur de l<i
Chronicque de l'église de Nantes,
'1. Gonvoion, fondateur de Labb.de Redon, la gouverna de S:>"2 à 868.
^ . La Border ie, Examen... du Cartul. de Redon. Bibl. Ée. des Ck.t \W .
1863-6'*, p. i22.
3i CHRONICON [c. xi, an. 840-849]
nati et Je aliis criminibus à déposer et en ordonner jus-
infamati, indigne officium tement d'autres en leurs
episcopale tractantes, depo- lieux, qui régulièrement fus-
nendi essent, et alii in sedi- sent évesques, moyennant le
bus eorum juste ordinandi, consentement du pape. Le-
qui regulariter fuissent épis- quel Convoyon print la cure
copi. Auditis autem vir Dei de ceste légation et alla à
hujus tyranni locutionibus, Rome devers le pape Léon,
omnis fallaciae ignarus, et auquel il présenta de la part
existimans haec esse pro pa- de Nemenoius un riche vais-
triae certitudine et gentis sa-
lute relata, omnino ei credi-
bilis exstitit, ac etiam auxi-
lium promisit ut efficeretur l.
Acceptisque a Nomenoio ma-
guis auri argentique raune-
ribus, Romam perrexit ; of-
seau d'or, fait de subtil et
merveilleux ouvrage, et luy
remonstra diligemment l'in-
tention Nemenoius de la dé-
position des évesques de Bre-
tagne et de la rénovation du
royaume. Aquoy Léon, pape,
ferensque papae Leoni2 ex respondit, [selon ladite Chro-
parte hujus tyranni aureum nicque de Nantes], que si
vasmirabiliterfactum3, omnia Nemenoius vouloit déjetter
verba ejus diligentissime ei les évesques de sa région et
intimavit, videlicet ut de re- constituer autres en leurs
gno Britanniae renovando et lieux, que premièrement ils
de episcoporum depositione. fussent accusez par vrais tes
Cui papa respondit nunquam moins en la présence de
se audivisse, praedecessorum Amaury, archevesque d<
suorum temporibus , hanc Tours, et de certain nombre
minorem Britanniam reges d'autres évesques : et, s'ils
1. Cette intervention de Nominoé auprès de l'abbé de Redon est contredite
par la vie même de Convoion, rédigée par un moine de Redon, qui vivait au
ixe siècle. D'après cet auteur, ce fut Convoion qui accusa de simonie plusieurs
évêques bretons auprès de Nominoé. Voy. Mabillon, Acta SS. ordinis S. Be-
nedicti, saec. IV, pars 2, p. 212.
2. Léon IV, ordonné pape le 10 avril 847, mort le 17 juillet 855.
3. D'après la vie de Convoion, ce ne fut pas un vase d'or, mais une cou-
ronne d'or, ornée de pierres précieuses, que Nominoé offrit au pape. Voy. Ma-
billon, livre cité, p. 212.
[c. xi, an. 845-819] NAMNETENSE
habuisse, nec in archivis Ro-
manae ecclesiae reperisse ;
praesertim ex quo tempore
Francia primum reges habuit,
[lia semper Britannia usque
nu ne illi subdita fuit : nec
decebal Romanam ecclesiam
contra l'as el patrum statuta
quaerere, ut regnum Franco-
pum, tam valente herede, id
est Karolo Calvo, ae nepote
Karoli Magni, de potentia
sua minueretur. Addidit quo-
que praeterea de episcopo-
i -u ni depositione, ut, si vellet
eosNomenoius a sedibus suis
dejicere, et alios in locis co-
nnu constituere, primum ad-
vocato illius provinciae mé-
tropolitain) Turonensi, id est
domno Àmalrico *, cum legi-
limo episcoporum numéro, a
veridicis testibus accusaren-
tur ; e1 postea, si ici eorum
ludicio comprobarentur, alii
in eorum sedibus compone-
rentur; aliterque minime fie-
pet \ Quibus ita Léo papa
estoient par leurs jugemen-
trouvez coulpables, fussent
autres mis et ordonnez en
leurs sièges, et autrement ne
fust fait. Lesquelles choses
ainsi disposées, donna pape
Léon ii l'abbé Convoyon le
chef sainct Marcellin, pape,
et concéda à Nemenoius qu'il
se fist duc sur le peuple de
Bretagne, et portast cercle
d'or, si comme les autres ducs
par avant, c'est à sçavoir du-
rant l'oppression que les
François leur avoient faite :
et celles responses oves par
l'abbé Convoyon, après ce
qu'il eut receu le chief des-
susdit, il s'en retourna joyeux
à son lieu reporter à Neme-
noius la response de ses de-
mandes. Lequel Nemenoius,
quand il l'eut entendue, pensa
faire autrement ; car, le plus
tost qu'il peut, il assembla
les évesques de la province,
et leur dist que le pape luv
avoit mandé qu'il déposas!
1. V cette date ce n'était pas Amauri, mais Landrafi, qui était archevêque
M Tours.
2. La lettre, adressée par le pape Léon IN au duc Nominoé, est perdue :
mais te chroniqueur de Nantes, qui semble en avoir eu une copie entre les
m. uns, nous en donne ici une analyse qui mérite confiance. Le lait même que
Léon l\ écrivit alors à Nominoé au sujet des évoques simoniaques de Bretagne
est prouvé par le témoignage du pape Nicolas [•* (voir, plus loin, ch. X.\ Il h.
aH) qui cite texlui'IliMUcnt un passade uV ivlto leltiv : « .Xttm Xominoio, consit-
« lenti quid de Spiritus Sancti gratiam venumdantibus oporterei fi cri.
30 CHRONICON [c. xi, an. 845-849]
dispositif venerabili Conoveo les évesques infâmes, et ins-
abbatij suppliciter sibi dari tituast d'autres en leurs lieux;
reliquiaspetenti,caput sancti et aussi qu'il renouvellast le
Marcellini papae porrexit, royaume de Bretagne, et s'en
atque Nomenoio concessit ut fist roy. [Et dit après ledit
dux super populum Britan- acteur que], quand il eut in-
niae fieret, et circulum au- vite au monastère de Redon
reum,sicutalii duces, in festis les évesques qu'il vouloitdif-
diebus deferret. His autem famer, comme il fust douteux
Conoveus abbas responsioni- par quel moyen il peust tirer
bus auditis et praefati sancti son emprinse à effet, l'un de
capite recepto, gaudens et ses familiers dist ausdits éves-
exultans ad locum suum re- ques, qui estoient à déposer,
versus est ; referensque No- par grand secret que s'ils ne
menoio de ejus mandatis confessoient, oyant tout le
Leonis papae responsionem, convent des autres évesques
sancti Marcellini caput se at- et des lavs, estre justement
tullisse ostendit1. Qui super condemnez, ils seroient occis
his auditis valde laetatus, et sans intermission. Laquelle
totis praeceptis papae dimis- chose oye, ceux malheureux
sis, aliter agere excogitavit. évesques, contre les statuts
Namque, quam citius potuit, et ordonnances de saincte
ex aliis provinciis congre- Église, promirent dire toutes
gatis suae fallaciae insciis, choses, plutost que souffrir
narravit quod Léo papa sibi la mort. [Et dit encores ledit
mandaverat utepiscopos Bri- acteur que] le lendemain, ce
tanniae infâmes deponeret, senne assemblé au monstrier
et alios in locis eorum resti- de Sainct- Sauveur, s'eslevè-
« re s pondit, nihîl, inquiens, praeter quod sancti canones super his praeci-
« piunt. » Léon IV en même temps écrivit une seconde lettre aux évèqués
de Bretagne, leur indiquant la marche à suivre pour instruire le procès des
évêques simoniaques. Le texte de ce document nous a été conservé et a été
plusieurs fois édité (v. Migne, P. L., t. 115, col. 667). Ces deux lettres pon-
tificales ont été écrites au plus tôt en 8i7 et au plus tard en 849.
1. Le chef de saint Marcelliu fut déposé solennellement dans l'abbaye de
Redon un dimanche du mois de février de l'année 848 (Cartulaire de Redon,
p. 88).
[c. xi, an. 845-849] NAMNETENSE 37
tueret, et se faciendo regem rent aucuns faux tesmoins
regnum Britanniae rénova- contre ces misérables ot pres-
ret ; invitatisque episcopis ad que désolez évesques, et les
eos infamandos apud monas- accusoient de plusieurs cri-
térium Redoni1, nunquam mes: c'est à scavoir Susan de
iste filins perditionis in cogi- Vennes, Salomon d'Ale-
tationibus suis meditarî po- thense, Félix de Corisopi-
tuit, quomodo eos juste infa- tense et Libéral d'Occis-
mare posset. Quum autcm de mense, constituez esdits sic-
tali molimine ambiguus esset ges par la puissance des
quomodo ad fin cm voluntatis François. Lesquels évesques,
suae pertraheret, fuit unus si comme on dit, moult espou-
ex familiaribus suis, qui pro- ventez n'osèrent respondre.
misit ci facere illos sine ulla Mais, après qu'ils furent assez
purgatione infamatos. No- interrogez par les autres éves-
menoius qualitate promissi ques si les accuseurs disoient
laetusnimisefficitur. Atipse, vérité, confessèrent, oyanl
qui haec promiserat, ape- tout le convent, estre coul-
riens illis episcopis sub ma- pables : si mirent jus leurs
gnae confessionis velamento verges et leurs anneaux, et
quod, nisi reos se esse cras- s'enfuirent de là au royChar-
tina «lie, audiente conventu les le Chauve, et Nemenoius
aliorum episcoporum et lai- constitua d'autres en leurs
corum, infamationibus sibi lieux. [Et dit semblablement
alalsis test ibusimmissis, pro- ledit acteur que] il diminua
fiterentur, et juste se clam- leurs parroesses, c'est-à-dire
oatos conclamarent, certis- leurs diocèses, et institua trois
sime sine ulla intermissione évesques nouveaux : c'est à
decollandi essent. Quo audi- scavoir unau monstier de Dol
•o, episcopi uimis pavefacti qui estoit du diocèse d'Ale-
contra las et statuta sanctae thense ; l'autre au monastère
Dei eeelesiae dieere. anle- de Sainet-Brioue, et le tiers
quam mortem subirent, pro- eu celuy de Sainct-Tugdual
I. Redon, chef-liou d'arrondissement du département •! [Ile-et-Vilaine.
38 CHRONICON [c. xi, an. 845-849]
miseront1. In crastina autem Pabnt : et que eeluy qui fut
die, illa diabolica synodo in évesque de Dol, il l'ordonna
monasterio sancti Salvatoris le plus grand, et, en rescin-
congregata2, insurgentesfalsi dant la province de Tours, le
testes contra hos miseros fist métropolle de tous les
episcopos et prorsus deso- évesques de sa région
latos accusaverunt eos mul- [Dit le souvent nommé acteur
tis criminibus, scilicet Su- des Chronicques de l'église
sannum Venetensem et Feli- de Nantes, que], quand il eut
cem Corisopitensem et Salo- déposé ainsi lesdits évesques,
conem Dialetensem et Libe- il assembla ceux qu'il avoit
ralem Ocismorensem s, in substituez en leurs lieux, et
illis diebus potestate Fran- tous les autres prélats de sa
corum regia constitutos. Illi région, au monastère de Dol,
eqnidem, ut refertur, valde où il se fist oindre en roy
perterriti, minime ad haec [E, p. 103 à 109).
respondere audentes, et re-
quisiti satis ab episcopis, si
accusatores vera dicerent, se
culpabiles esse, toto conventu audiente, prolessi sunt '*: et,
depositis virgis et annulis, fugerunt inde ad regem Ivarolum.
1. Dans sa lettre, adressée en 866 au duc des Bretons, le pape Nicolas Ier
témoigne que les évèques, déposés par Nominoé, furent condamnés par des
laïcs et non par des prélats, et que, s ils avouèrent être coupables, ce fut
contre leur gré et par intimidation. Le chroniqueur de Nantes s'est évidem-
ment inspiré de cette lettre pour composer son récit.
2. Le synode, où Norainoé fit déposer les évèques bretons accusés de si-
monie, ne se tint pas à Redon, mais dans un château nommé Coillouh, dont
l'emplacement exact est inconnu (Cartul. de Redon, p. 87). Les érudils
bretons ne semblent pas avoir encore déterminé la date précise de ce synode
qui parait avoir eu lieu en 848 '(voir ch. xvi).
3. Susan, évèque de Vannes, et Félix, évèquc de Quimper. sont signalés
par l'auteur contemporain de la vie de Convoion comme ayant été accusés et
convaincus de simonie à Rome devant le pape Léon IV. On sait par la lettre
du concile de Soissons (voir plus loin, ch. xvi) qu'en 866 Susan de Vannes et
Salocon vivaient encore et n avaient pu recouvrer leurs sièges respectifs.
Quant à Libéral, évêque de Saint-Pol-de-Léon, son nom n'est connu que par
le récit du chroniqueur de Nantes. D'où il résulte que l'existence même de
ce prélat est douteuse.
4. D après la lettre du pape Nicolas Ier, il est certain que les évèques, cités
en jugement par Nominoé, avouèrent être coupables (voir plus loin, ch. xvjii).
rc xii, an. 850-851 NAMNETENSE 39
Nomenoius vero, hujus falsitatis patrator, omnino laetifica-
ius,iii Locis eorum alios constituit, adminuensque parochias
eorum, videlicet in monasterio Doli, quod tune teroporis
erat ox dioeesi Dialetensis ecclesiae, e1 in monasterio Sancti
Brioci et Sancti Tutualis Pabut, episcopos très usurpativos
instruxit1. [Hum sane, qui apud Dolum fuit episcopus, fecil
sublimiorem et omnium regionis illius episcoporum, pro-
vincia Turonensi recisa, metropolitanum. Ilis itaque omni-
bus cum fraude et cupiditate magnae elationis peractis, omnes
hos episcopos, injuste compositos et sanetae ecclesiae Dei
invasores, apud hoc monasterium Doli" convocans, se regem
irreverenter inungere fecit.
XII.
Porro ActardusNamneten- [Et dit après ladite Chro-
XII. n 1: F.
1. La création des trois évêchés de l)ol, de Saint-Brieuc et de Tréguier
n esl signalée par aucun auteur plus ancien que le chroniqueur de Nantes :
et, comme le récil de celui-ci renferme à ce sujet quelques erreur- évidentes
et qui] a été rédigé plus de deux cents ans après I événement, il j a lieu d en
conclure qu'on manque de preuves certaines pour affirmer que Nominoé soit
I auteur de la division île la Bretagne en neuf évêchés. Ce qui est hors de
doute, e 'est que Nominoé établit un archevêché à Dol et qu il affranchit les
diocèses de Bretagne de la juridiction de la métropole «le l'un- I. autorité du
chroniqueur de Yuiie> serait beaucoup plu- grande, si l'on constatait qu'il ait
mis eu œuvre dans ce chapitre quelque ancien récit d origine breton ue ; mais.
à part la vie de Gonvoion, dont il a l'ait usage eu la remaniant à sa guis
la lettre du pape Léon l\ . dont il nous a conservé l'analyse, il semble n'avoir
utilisé que des traditions ecclésiastiques assez confuses et hostile- à Nominoé
II était dailleurs lui-même partisan déclaré de la suppression tle l'archevêché
de Dol et de fa réunion des évêchés bretons à la province de Tours, et cela
enlève encore quelque crédit à son récit Cette question de L'origine de- trois
évêchés bretons reste donc l'un des points les plu- obscurs de I histoire <\>-
Bretagne, et. pour L'éclaircir, il n \ a, à mou avis, rien à tirer du récit de l.i
Chronique de Nantes. M. l'abbé Duchesne a étudié récemment ce problème
délicat ; mais il parait a\oir accordé beaucoup trop de confiance au chroni-
queur de Nantes, qui n'écrivait pas au iv. mais à la lin du xi* siècle. N .>\
Catalogues épiscopaux de l<t province de /'ours. p. 83-99,
2. Dol, [Ile-et-Vilaine, arr. Saint Malo. chef lieu de canton. La date du
couronnement de Nominoé à Dol comme roi de Bretagne est de s «S ou 849.
40 CHRONICON [c. xn, an. 850-851]
sis, ad hanc institutionem nicque que] Nemenoius avoit
invitatus, moclis omnibus, ve- mandé Actardus, évesque de
nire contempsit. Ob quam Nantes, aller à son institution,
causam a sede sua dejectus, lequel s'en refusa ; pour quov
ad Amalricum, Turonensem il le décréta de son siège, et
archiepiscopum, fugit, refe- s'enfuit Actardus à Amaury,
rens illi quae Nomenoius agi- archevesque de Tours, auquel
taverat1. At ille, hoc rumore il raconta les choses que Ne-
auclito, tristis valde effectus, menoius avoit faites. [Et dit
régis Karoli curiam petiit, encore après que] ledit Amau-
requirensque ab illo quid ry, grandement triste pour la
vindictae de perfido Nome- rescision de son diocèse, s'en
noio,regnumFrancorumtam alla à la court du roy Charles
praesumptive invadente, ac le Chauve luy requérir ven-
etiam coronam regalem ferre geance duclit Nemenoius, di-
audente, fieri posset, nullum sant qu'il avoit présomptueu-
inde auxilii responsum ha- sèment assailly le royaume de
bere potuit. Nam rex, tum France, et osoit porter co-
temporis a bellis fratris sui ronne royalle : mais que ledit
Hlotarii valde constrictus 2, Amaury ne peut avoir aucune
omnem de his vindictam in response d'aide dudit roy
futurum protulit. Attamen Charles, pourtant que en ce
interea episcopos, pro fideli- temps il estoit moult op-
tate sua a sedibus suis dejec- pressé par les batailles de
1 . Ce n'est point pour avoir refusé d'assister au sacre de Nominoé qu' Ac-
tard fut chassé de 1 évêché de Nantes ; car, au moment de son sacre, Nominoé
ne possédait pas la ville de Nantes, que le comte Amauri administrait alors
au nom du roi Charles le Chauve. Ce ne fut que deux ans plus tard, dans la
seconde moitié de l'année 850, que Nominoé s empara de Nantes, fit pri-
sonnier le comte Amauri et rasa les murailles de la cité (Chronic. Fontanell.
et Cliron. Aquitan., ad ann. 850). Actard fut alors forcé de s'enfuir de
Nantes, et Nominoé élut à sa place Gislard comme nouvel évoque. Actard
ne se réfugia pas immédiatement auprès de 1 archevêque de Tours, mais il
partit aussitôt pour Rome, d'où il revint, vers le mois de janvier 851, por-
teur d'une lettre du pape Léon IV pour Nominoé. Quelques fragments de
cette lettre sont parvenus jusqu'à nous (cf. Migne, P. L., t. 115, col. 673 ;
voir aussi plus loin, chapitre xvn, note 1).
2. Charles le Chauve n'était pas alors en guerre avec son frère Lothaire ;
même remarque que plus haut, p. 31, note 2.
[c. xii, an. 850-851] NA.MM
tos, honorifice curavit obser-
vare, douce bella sua ad fi-
iiciii perducere posset. Ac-
tardus equidem Turonis ciun
archiepiscopo remansit, (lo-
uée episcopus Tarvanensis1
defunctus est. Quo defuncto,
concessit illi rex episcopatum
Tarvanensem possidere, do-
uce ad Namnetensem redire
posset. Sieque Actardo eum
aliis episcopis ;i sede sua de-
jecto, Nomenoius, eligcns
Gislardum*, ex urbe Vene-
lensi'' progenitum, in urbe
Namnetica constituit pseudo-
episcopum. Rexit autem iste
usurpative Namneticam ec-
clesiam quinque annis s usque
ab obitum Nomenoii.
TENSE il
son frère Lothaire, et différa
la vengeance de toutes telles
choses au temps à venir.
Toutesfois que ledit Charles
eut en I re huit soin de traicter
honorablement les évesquès,
ci il i pour sa fidélité avoieul
esté déjettez de leurs sièges,
jusques à ce qu'il eust peu
mener ses batailles à fin. Et
ainsi demoura Actard avec-
ques l'archevesque de Tours,
jusques à ce que l'évesque de
Chartres mourut, lequel tres-
piissé le roy Charles donna
audit Actardus l'évesché de
Chartres à posséder jusques
à ce qu'il peust retourner à
Nantes. Et quand Actardus
lut, ainsi que les autres éves-
quès, déjetté de son siège,
Nemenoius esleut Gislard,
nav de la cité de Nantes, et le
\ll. — a) \ enctica D, Nantes /..
1. Le manuscrit do la Chronique de Nantes que Le Baud avait entre les
mains portail ici Carnotensis. La bonne leçon esl certainemenl Tarvanensis.
— Le chroniqueur de Nantes n'était qu'incomplètement informé sur Retard;
car ce ne lut qu'en 870 qu Retard devint évêque de Thérouanne, Longtemps
après avoir été rétabli sur son siège épiscopal de Nantes.
_. On m' sait guère sur Gislard que ci' qu'en rapporte le chroniqueur de
Nantes. Il est certain que Gislard lui institue évêque de Nantes par Nominoé ;
la lettre du pape Léon IN en fail toi (Migne, P. /... t. 11."), col. »>7;>).
Gislard ne gouverna l'église de Nantes que pendant un an. Lors du traité
d A.ngers (fin de 8ÔI). Retard lut remis eu possession de l'évéché de Nantes
cl Gislard condamné à être enfermé dan- le monastère de Saint Martin de
[ours ; mai- il e-t douteux que celle dernière sentence ail été mise à exécu-
tion. Cf. 'i.V opuscule d lliucinar; Sinnond. Op. Huirnuiri. 11. 749.
:>. Erreur, Gislard ne gouverna l'église de Nantes que pendant un an. Noir
la note précédente.
42 CHRONICON [c. xin, an. 851-857]
constitua évesque en son lieu, lequel Gislard gouverna l'é-
glise de Nantes jusques à la mort Nemenoius (E, p. 109).
XIII.
Quo mortuo l, surgens fi-
lms ejus Herispogius pro eo,
sicut pater ejus, pseudo-rex
exstitit. Hic ergo minime
tyrannidem sequens patris
siii, fuit piissimus liomo et
ecclesiarum validus restau-
rator, faciensque pacem cura
Karolo rege, sedema Nam-
neticam dimisitquietam, atta-
men marcham et comitatum
semper in potestate sua reti-
nuit2. Facta autem hac pace,
ab urbe Namnetensi Gislar-
dus fugit, et Britannorum
violentia apud Quiriacam au-
lam hospitatus est, ex pris-
cis temporibus juris episco-
porum Namnetensium, quae
ab ipsis Britannis, nunc loci
illius incolis , Guerranda b
nuncupatur3: faciensque ibi
[Et, du roy Herispogius,
dit l'acteur des Chronicques
de l'église de Nantes que,]
quand Nemenoius, son père,
fut mort, il s'esleva et fut
faulx roy comme luy ; toutes-
fois qu'il n'ensuivit pas sa
tirannie, mais fut homme
très débonnaire et vaillant
restaurateur des églises. Et,
faisant paixavecques Charles
le Chauve, laissa à l'évesque
Actardus le siège de la cité
de Nantes : mais qu'il retint
tousjours en sa puissance la
marche et toute la comté.
Après laquelle paix faite,
Gislard, que le roy Neme-
noius avoit institué évesque
de Nantes, s'enfuit de ladite
cité, et par la violence des
Bretons se logea à la salle
XIII. A B D E F. — a) urbeni B. — b) Guerrandia A D.
1. Nominoé mourut à Vendôme le 7 mars 851. Cf. Guerres d'indépen-
dance de la Bretagne, livre cité, appendice, note G.
2. Le traité de paix entre Erispoé et Charles le Chauve fut signé à Angers
dans les derniers mois de l'année 851. Aux termes de ce traité, Erispoé con-
serva la possession du comté de Nantes et d'une partie de l'Herbauge, connue
sous le nom de pays de Retz (Ann. Berlin., ad ann. 851).
3. Guérande, Loire-Inférieure, arr. Saint-Nazaire, chef-lieu de canton.
r. xiii, an. 851-857] .Y\.\l.\h
usurpative scdom suani, ar-
ripuit omnem parochiam
Namneticam1 a flumine He-
redaecusque ad Vicenoniamd
el Semenoneme, el usque ad
fine m vitae suae a Romanis
episcopis, videlicet Nicolao,
Benedicto, ceterisque totius
Galliae episcopis excommu-
nicatus, sic eara violenter te-
niiii . -. Actardus vero, volenti
animo Tarvanensem eccle-
siam dimittens, scdom Nam-
neticam, cul fuerat ordina-
t us, recuperavit3; alii aulem
episcopif, qui ejccli fuerant,
minime sedes suas recupe-
rare potuerunt. Nam rex Ka-
rolus, adhuc a bellis fratris
sui Hlotarii, ut praedicitur
valde oppressus \ et illas se-
riiNSE
',:;
Quiriacque, qui par lesdits
Bretons liabitans lo lieu osL
maintenant appellée Guer-
rande, laquelle au temps de
paravant estoit du droict des
évesques de Nantes. Et là
faisant Gislard usurpative-
ment son siège forl rahit toute
la parroesse de Nantes depuis
le fleuve d'Erdc jusques à ce-
luy de Villaigne, et la tint
violentement jusques à la fin
de sa vie, excommunié par
les évesques romains Nicolas
et Benoist, et mesmemenl
par tous les autres évesques
de Gaule. El adonc Actardus
laissa de bon gré l'église de
Chartres el recouvra le siège
de Nantes, où il avoit pre-
mier esté ordonné : mais les
Mil. — c) Herdae />'. — d) Vicenonam ./ D, — c) Selvenonem B. —
I) dcrsl /y.
1. Cette partie «lu diocèse de Nantes, comprise entre la Loire, 1 Erdre, le
Samnon el la Vilaine, constitua plus lard L'archidiaconé de la Mée.
2. Il \ a lieu, j<' crois, (rajouter loi à ce récit des derniers actes «le la vie
«le Gislard. (le prélat, bien qu'il eûl été condamné, dans un concile d'évéques
francs, à être enfermé dans 1«' monastère «1«- Saint-Martin de Tours, put se
soustraire à sa condamnation <•! se constituer, grâce à l'appui du duc des
Bretons, un évêché indépendant, avec Guérande pour chef-lieu, au détriment
«lu diocèse «!<> Nantes. Vprès la mort de Gislard, le duc des Bretons réunit ce
territoire à L'évèché de Vannes, et ce l'ut seulement dans les premières années
«lu xe siècle que les évôq les de Nantes recouvrèrent 1<- droit d'exercer leur
juridiction dans celte contrée.
3. Ce fui en effel à cette époque, vers la fin de l'année 851, qu'Actard fut
réinstallé dans son évêché de Nantes, mais il n'eut point à abandonner pour
cela le diocèse de Thérouanne, dont il n'entra «mi po ion que vingt an-
plus tard. i'A'. p. 'i I . note I .
ï. Noir plus haut p. 31, note 2 et p. i0. note 2.
44 CHRONICON [c. xiv, an. 857]
des ac etiam coronam regiam autres évesques, qui avoient
Herispogio viventi concessit esté expulsez par le rov Ne-
habere1. Audiens autem Ac- menoius ne peurent retour-
tardus benignitatem et devo- ner à leurs sièges. Car, [selon
tionem Herispogii, curiam ladite Chronicque de Nantes,]
ejus petiit8, faciensque il 1 i le roy Charles le Chauve, en-
querimoniam calamitatis et cores oppressé par les ba-
miseriae11 ecclesiae suae, re- tailles de son frère Lothaire,
tulit quomodo post confu- laissa au roy Herispogius les-
sionem 1 Normannorum de dits sièges et la couronne
rébus suis despoliata erat et royalle. Aclonc ledit Actar-
ad nihilum omnino redacta. dus, évesquedeNantes, quand
Qui, auditis hujusmodi que- il fut retourné à son siège,
relae sermonibus , restituit ovant la bénignité et dévo-
ecclesiae Namnetensi medie- tion dudit Herispogius, s'en
tatem telonei Namneticae ci- alla à sa court, et luyremons-
vitatis, ut sequitur j . tra la misère de son église
advenue par l'oppression des
péans. (E, p. 112 et 113).
XIV2.
In nomine sanctae et indi- Lequel Herispogius donna
viduae Trinitatis Divinitatis- [à Actardusj la moitié des
XIII. — g) expetiit AD. — h) et miseriae desuiit B. — i) per ferocita-
tem AD. — j) ut sequitur desunt B.
XIY. A D.
1. Lors du traité d'Angers, Charles le Chauve accorda à Erispoé le droit
de porter les insignes royaux (V. Ann. Bertin., ad ann. 851).
2. L'authenticité de cette charte d Erispoé a été démontrée par M. A. de
la Borderie dans un opuscule, intitulé: Défense d'un diplôme du roi Eris-
poé (Rennes, Catel, 1853, in-8, 16 p.). Dans cet article, M. A. de la
Borderie a publié un diplôme inédit du roi Charles le Chauve confirmant la
charte d Erispoé. Ce diplôme provenait des archives capitulaires de l'église de
Nantes ; le texte en a été donné d'après un vidimus. On y lit les passages
[c. xiv, an. 857] NAM.NK
que unicae ". Herispogius,
sentis Britannicae rex9 om-
nisque suae gentis Habilitas
christ ianae religioni1. Quum
petitionibus sacerdotum ( 'hris-
//, iitililati mu.timae ecclesia-
rinn sibi corn missarum perli-
nentibus, assensum praebe-
mus, voci omnipotentis Dei
obedimus, qui suas nos audire
ammonet ministres, dicens :
qui vos audit, me audit, ac
qui vas s p émit me spernit.
Ac per hoc regni nostri pa-
triaeque consuetudinetn exer-
ccnda Habilita iuusat(pic Domi.
ni sanctorumque gratiam nos
adepturos confidimus. Igitur
TENSE tô
coustumes de la cité de Nan-
tes, pour la rédemption de
l'âme de son père Nemenoius,
pour colle de la roi ne Mar-
mouceh, sa femme, et de sou
très amé compère Charles,
rov de France, avec le con-
sentement de Salomon, son
cousin, ainsi qu'il est con-
tenu par ses chartres E, p.
113). A laquelle restitution
furent présens : Marmoech,
la royne, mère [sic) du dit
Herispogius, Sallomon, son
cousin, Conan, Paschuetain,
le comte Nain, Bodoan, Gur-
guethan et plusieurs autres
[F, f° 117, v°).
XIV. — a) Divinitatisquc unicae desunt D.
suivants : Dilecti iiobis compatris et fidelis nostri fferispogii, cui siqui-
dem marcam sive comitatum Nanneticum beneficiario jure habenaum
et secundum nostratn fidelitatem tenendum largiti fuimus, preeibus
instantibus, juxta commonitionem et supplicem petitionem venerandi
sanctae sedis aecelesiae Nanneticae pontificis Attardi, co (juod eadem
aecclesia, saeculi innumerabilibus cladious urgentibus, facultatibus
sut /uns des ti tut a habetur, concessimus eidem praesuli Attarde et,
Deo auctore, successoribus ejus habendam medietatem omnis merci-
moud, undecumque <t<l praeaictae civitatis portum sive navigio sive alio
quolibet modula, mercatis, carragine atque tabernis omnibus, minis-
terialium officinis decurrentis vel advenientis, vel undecumque aliquid
teloneum exigi potest... proaeterna retributione animarum Herispogii
et uxoris suae Marmohec. — Ce diplômée! la charte d'Erispoé datent de
l'année 857 (cf. p. 'i7. note 1).
1. Bien que cette charte Boil omise par B, il es! certain qu'elle était trans-
crite loul entière dans la Chronique de Nantes En effet, un vidimus de ce
documenl . trouvé par M. V. de la Borderie dan- les anciennes archives du
chapitre de Nantes, mentionne en termes formels que cette charte riait trans-
crite dans une Chronique ancienne, escripte en parchemin en lettres de
forme, gardée "u trésor des lettres de ladite église. C'est le manuscrit
même original de la Chronique de Nantes, qui est ainsi décrit (voir l'Intro-
duction). Je désigne par la lettre // ce vidimus, daté du 1 'i mars 1 l'ji.
46 CHRONIGON [c. xiv, an. 857]
iiotiun esse volumus omnibus fidelibus sanctae Dei aecclesiae,
praesentibus alque futuris, quia vir venerabilis, Namneticae
sedis Actardus episcopus, postulavit nostram benes>olentiam
atque religionem, aecclesiae sibi conimissae consulens, ut ei
solatium atque consolationem de rébus aecclesiae ejusdem
faceremus per scripturarum sérient } quod nos fecisse mons-
iratur indicio Jiujus cartulae. Quuni ergo prius aecclesia
praedicta multis olim rébus mullisque possessionibus ac
mercimoniis, theloneis, nundinis atque apparatibus foret
ditata, aecclesiasticis praevalenle comitatu]\ ac pravorum
hominum potestate necnon etiam piratica ac paganorum
çastatione1 ita destituta habetur propria facultate, ut çi-
deatur etiamc fabricae, in honore principes" apostolorum,
sancti Pétri, et doctoris gentium, sancti Pauli, fundatae,
ruinaà casusque lapsus imminere. Cujus precibus libentis-
si/ne annuentes faventesque votis, ob lionorem Dei et sancto-
rum° apostolorum praedictorum, et pro animae nostrae
remedio genilorisque ac Marmohec f, conjugis nostrae 2}
sive pro amantissimo compatre nostro, Karolo, Francorum
rege*, sine niora reddimus aecclesiae Sancti^ Pétri limina-
XIV. — b) ecclesiasticis prevalende comitatus A. — c) autem A. — cl)
ruinac A. — e) deest D. — f) Mornmhcc D. — g) deest D.
1. Erispoé fait ici allusion à l'invasion de 853, au cours de laquelle les
pirates danois pillèrent la ville de Nantes et s établirent dans les iles de la
Loire proches de la cité. Les Normands ne quittèrent plus 1 embouchure du
lleuve jusque vers le mois de juillet 856, et, pendant leur séjour en cette
région, ils dévastèrent entièrement le diocèse d Actard. Après qu'ils curent
été chassés de Bretagne par Erispoé en 857, la ville de Nantes, malgré les
efforts d'Actard, ne put se relever de ses ruines. Charles le Chauve, écrivant
en 867 au pape Nicolas Ier, lui disait que depuis dix ans Nantes était presque
changé en désert, civitas, olim florentissima, nunc exusta et funditus
dirula, redacta per decennium cernitur in eremum (dom Bouquet, VII,
559).
2. Marmohec, femme d Eri?poé, paraît avoir signé deux chartes, dont
quelques fragments sont parvenus jusqu'à nous : lune de 852, où, après la
signature d Erispoé, se lit celle de Mormoet (Cartul. de Redon, p. 367),
l'autre de 855, signée Mormohet {ibidem, p. 370).
3. Erispoé avait conclu avec le roi des Francs, vers le mois d'avril de
l'année précédente, 856, un traité d'alliance définitive, et avait fiancé sa fille au
[c. \iv, an. 857 N IMNETENSï .7
rihus et dicto episcopo et suis successovibus, Deo aueto/e9
atque episcopatui9 juxta morem aliarum cwitatum, in perpe-
tuum habendam, atque confirmamus per ha ne scripturam
medietatem thelonei omnis mercimonii, undecumque ad praes-
criptae cwitatis portum sive navigio, sive alio (juolibei mo-
dula, mercatis, carragine, rolatico atque tabernis omnibus,
comministerialibus officiais, defluenlis et advenienlis, pel un-
decumqae aliquidh, ut dictum est, thelonei exigi potest, jure
perpétua possidendam, imprecantes Dei omnipotentis tremen-
dissimam potestatem, ut qui kujus thelonei medietatem a
praedicta aecclesia praesumpserit auferre, suam senliat
ultionem propriique corporis luminis mu/ctationem, nec me-
veatur clavigeri regni coelestis sancti Petit paradisicam in-
Irodactionem, per cujus reliquiarum clavem, aura subor-
natam, bac reddimus ; sed polius incurrat Dathan et Abiron
subversionem. Et quicumque banc nostram redditionem et
confirmationein servaverint, sentiant dwinam consohuianem
et dexteram suam contra suas adversarios victricem. Qua-
propter, ut bac nostram fa et uni inviol abile servetur, fie ri
jussimus boc scriptum, per quod manifestetur reddidisse nos
atqae confirmasse medietatem thelonei omnis Namneticae
cwitatis nécessita tibus et utilitatibus ecclesiae ejusdem pasto-
ribus accipiendam1 et habendam per suas proprios minis-
teriales, îiostris et f'uturis temporiùas. l'A, ut haec nastrae
redditionis et confirai a tionis auctoritas certius credatur et
diligentius conservetur, manu propria eam subter/irmavimus
atque sigillo nostro j ussimus insigniri, ut, puisa calumniatore ,
omni (empare valent inviolabilis perdurare* . Signant ^ Ile-
\I\ . — h) deesi D. — i) recipiendam A.
fiU de Charles le Chauve (cf. Ami. Bertin, adann, 856 Celle charte d Eris-
poé el celle de Charles le Chauve, citée plus haut, p. 'i'i. note 2, témoignent
des bonnes relations qui existaient encore en 857 entre le chef breton et le roi
1. Cette charte <l Erispoé date certainement «le tannée 857. En effet, les
pirates danois, qui, en .v>;;. s'étaient établis dans les il<_s .l»> la Loire voisines
de Nani.s, n'abandonnèrent leurs stations que vers le mois de juillet 856, s la
48 CHRONICON [c. xv, an. 856-866]
rispogii, régis Britannicae* gentis, qui hanc praeceptionis,
restitulionisk et confirmationis auctoritatern fieri et affirmare
rogavit. Signum ^ Marmohec, ejus conjugis. Signum Ko-
nanix . Signum Bodoan. Signum Bran. Signum Predren™.
o c o
Signum Riwelen n. Signum Romel. Signum Bertualdt. Signum
Huengenis. Signum Vuicomarc0. Signum Salomonis, consen-
tientis. Signum Gurguethenv. Signum Pascuetani. Signum
Blaeidic. Signum Dunwallon. Signum Sennac. Signum Sapio-
timarcher. Signum Theharno. Signum Halep. Signum Ko-
mesnani. Signum Alluretti. Signum Kqthodic. Signum Gor-
fand. Signum Matuedoiq.
XV
Postquam autem iste vir. [Selon l'acteur de la Chro-
venerabilisActardus,inquan- nicque de Nantes.] Actardus,
tum potuit, ecclesias civita- plaignant les dommages de
tis Namneticae dissipatas son église faits par les as-
summo animi studio non in sauts des Norwégiens, et sus
XIV. — j) Britanniae A D. — k) rcstitutionem H . — 1) Gonan A D. —
m) Predien H. — n) Rivelen //, Ruuellen, A. — o) Signum Bertualdt.
Signum Huengenis. Signum Vuicomarc desunt AD. — p) Guergenteni H.
— q) Signum Pascuetani, etc. usque ad Matuedoi desunt A D.
XV. B E.
suite d'une attaque dirigée contre eux par Erispoé et Sidroc, chef d une autre
bande de Normands. Pour se venger du duc breton, les pirates pénétrèrent
alors dans le cours de la Vilaine et allèrent piller le monastère de Redon,
puis ils se dirigèrent vers la ville de Vannes, où, au mois de mars 857, Eris-
poé, accompagné des comtes PascAvelen et Salomon, avait concentré ses
forces. Pascweten et l'évêque de Vannes, Courantgen, furent faits prisonniers
par les Danois ; mais Erispoé ne tarda pas à tirer vengeance de ses ennemis :
il les attaqua en bataille rangée, les mit en déroute et les chassa de Nantes et
des îles de la Loire (cf. Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 115; Cartul.
de Redon, p. 21 et 369; Chron. Britann. et Gesta SS. Boton.). La déli-
vrance de la ville de Nantes eut lieu vers le mois de mai 857: la charte d'Eris-
poé est d'ailleurs peu postérieure à cette date, car Erispoé mourut lui-même
au mois de novembre 857. Cf. A. de la Borderie, Examen... du Cartul.
de Redon, Bill, de l'Éc. des Cit., XXV, 1863-64, p. 394.
[c. xv, an. 856-866] NAMNETENSE H
dignitate honoris pristina toutes autres choses, plus
aec in lande pulchritudinis griefvemeot et plus tri ste-
mms habita, sed satis in ment coudoient sa parroesse,
inferiori, de facultatibus suis et le siège de la salle Qui-
restituit, condolens semper riacque qui luy avoit esté
suam parochiam sibi, sicut fortraite violentement par
Buperius refertur, ablatam, Gislard, en fist plusieurs fois
Bunquam eam reclamare ces- clamo aux évesques romains
savit. Nam et post non" mul- et à tous les autres éves-
to tempore, Amalrico, Tu- ques de Gaule : mais, pour
ronensiarchipraesuledefunc- L'excommunication d'eux, ne
to\ sueccssit in loco ejus pour l'obédience de saincte
domnus Ilerardus, vir venc- église, il n'en peut avoir
rabilis, et verbo et doctrina droit ne la recouvrer. Et ce-
satis Laudabilis : cui ipse ac- pendant mourut Amaurv, ar-
rêtions querimoniam fecit chevesque de Tours, et suc-
quomodo Britanni suam pa- céda en son lieu Ilérard, au-
rochiam invaserant, et etiatn quel Actardussemblablement
archiepiscopatum Turonen- fist grand complainte des
Bem resciderant. Quo audito, choses dessusdites, spécia-
isle vir venerabilis, dcplan- lement de ce que les Bretons
gens graviter Turonicae se- avoient occupé sa parroesse,
dis abscisionem et Xamne- el rescindé larehevesque de
ticae ecclesiae ablationem, Tours, et Hérard luy promist
promisit in futuro, si Deus la requérir. Puis après, [le-
illi vitae statum permitteret, dit acteur de la Chronicque
haecomnia requirere. Postea de Nantes dit qu'au tiers an
Butem, in tertio ordinationis de l'ordination dudit Hérard,
suae anno, Salomon, nepos archevesque de Tours, Salo-
\\ . — a) deest />'.- min addendum esse videturex I.
1. Vinaui'i. élu archevêque de Tours vers K" mois de mars 851, mourul
au mois tl<' le \ rier 856. Tous les catalogues > accordent à lui donner quatre ans
Il onze mois depiscopal Sou successeur Hérard fui consacré 1«' dimanche
21 mars 856. Voy. abbé Duchesne, Catalogues épiseopaux de la province
df Tours, p. 30.
i
î>0 GHRONJCÔN [c. xv, an. 806-8(36]
Nomenoii 1, cupiditate magna mon, neveu du roy Neme-
ductus, Herispogium regem, noius, meu de grand convoi-
cognatum suum, furtive ag- tise, assaillit furtivement le
grediens, ut iniquus et do- roy Herispogius, son cousin,
losus interfecit, arripiensque et, comme desloal, l'occist,
coronamcapiti suo imposuit2. et luy arracha sa couronne,
Herardus vero archiepisco- laquelle il imposa à sa teste,
pus, Actardi episcopi pru- — En celuy temps, [ainsi
dentia et probitate diligen- que rapportent les Chronic-
tissime cognita, quasi filium ques de l'église de Nantes,]
carissimum semper secum Actardus, évesque de ladite
familiariter habere voluit. église, et Hérard, archeves-
Eodem autem tempore3, pos- que de Tours, allèrent à la
tulantes régis Karoli curiam, cour du roy Charles le Chauve,
misericorditer ejus benevo- et luy prièrent que pour l'in-
lentiam deprecati sunt, ut, vasion de son royaume, pour
per ejus licentiam et jussio- la rescision de l'archevesché
nem, primum pro regni sui de Tours, et pour la diminu-
invasione, deinde pro Turo- tion du diocèse de Nantes,
nica rescissione, necnon pro dont les Bretons provocquez
parochiae Namneticae abla- àjustice jusques alors avoient
tione, de quibus Britanni, différé l'amender, il assem-
saepe ad justitiam vocati, blast à Soissons un senne des
omne judicium usque modo évesques de Gaule ; ce que
declinaverant, synodus om- ledit Charles le Chauve leur
ni uni episcoporumtotius Gai- octroya. Et, quand ils furent
liae apud Suessionis civita- là convenus, c'est à sçavoir
tem congregaretur. Quorum Remigius, métropolle de
rex petitioni libenter an- Lyon, Hingomarus, métro-
1. Salomon est dit cousin d Erispoé dans deux chartes de l'abbaye de
Redon (Carlul. de Redon, p. 366, 371). Son père, Rivallon, était proba-
blement frère de Nominoé.
2. Erispoé fut assassiné par Salomon au mois de novembre 857, la seconde
et non pas la troisième année de 1 épiscopat d Hérard.
3. Erreur ; le concile de Soissons est de neuf ans postérieur à la mort
d; Erispoé.
[c. xvi, an. 866] NAMNETENSE M
miens, ipse, missis cpistolis, polie de Reims, Hérard, mé-
invitavit archiepiscopos et tropolle de Tours, Wénilo,
episcopos Galliae, ut pro his métropolle de Rouen, Hégilo,
rébus emendandis Suessioni métropolle de Sens, Leot-
civitati omnes occurrerent. bertus, métropolle de Ma-
Quum autem ibi congregati gunce , Frotharius, métro-
fuerunt, decreverunt pariter polie de Bordeaux, avec les
banc epistolam scribere, et évesques, leurs suffragans,
per manum Aetardi episeopi après avoir oye la complainte
Nicolao, summo pontifici, dudit Act ardus, évesque de
mittere, quae in série hujus Nantes, ilsdécrétèrentescrire
paginae continetur. une épistole au pape Nicolas,
qu'ils luy envoyèrent par le-
dit Actardus E, p. 115 et
11G).
XVI V
Sanctissimo ac reçerendis-
simo domno pnpae Nicolao,
reverenda synodus, Suessio-
nis AT'1 Kalendas septem-
bris* auctoritate sanctiprae-
suldins vestri habita, aeter-
nam in Domino felicitatem.
jDuurn respect us fidefium od
apostolicae sedis, ma tris scili-
cet omnium, pin ubera op-
Rn laquelle épistole fai-
soient lesdits évesques com-
plainte audit Nicolas, pape,
des choses dessusdites, et
que les Bretons ne vouloicnt
aller à leurs sennes, mais
oppressoienl les églises etles
hommes d'Anjou, du Maine
et de Neustrie: et (pie des
évesques par eux déjettez
Wl. il. — a) Ml il.
1. Cette lettre, que l'auteur de la Chronique de Nantes a insérée dans son
ouvrage, a été souvent éditée. Elle est de nouveau publiée ici d'après l'édition
• If Labhc {Collection des Conciles, NUI. s:>7). collationnée avec il.
'2. Le concile de Soissons avait été convoqué à cette date du 18 août 86t>
par le pape Nicolas Ier. Cf. lettre de Nicolas à Hincmar (dom Bouquet, VU.
Ml).
o2 CHRONICON [c. xvi, an. 866]
portune intendat, fraternitas demeuroit encores Salacon
nostra propter variarum re- de Dol débouté, au lieu du-
rum eventus, suaeque oppor- quel ils se ventoient avoir.
tunitatis subsidia, propterque métropolle, et avoient subro-
pastoralitatis jura divinitus gé deux évesques l'un après
tanto patri et papae dignan- l'autre en son lieu, qu'ils
ter collata, frequentibus api- avoient surnommez arche-
cibus apostolatus vestri cul- vesques. Aussi demeuroit
men pulsare decertat; quo et Susan de Vennes à recouvrer
in /lis, in quibus minus debito son siège, et avoit Salomon
sufficit, pastorale solatium leur roy restitué de sa parole
sumat, et beneficentiae ves-
trae copiositate referta, sanc-
tarum etiam institutionum
documentis informata, adma-
seulement, sans nul autre
ordre, aucuns qu'il avoit co-
gneu estre de sa gent et de
sa langue, tout ainsi qu'il
jora et meliora quotidianis luy avoit pieu par barbare
délibération et sans déter-
mination ecclésiastique [E,
p. 116).
i fie re mentis, Deo sibi mise-
rante, proficiat. Vestram si-
quidem non la ter e beatitudi-
nis excellentiam novimus, dio-
cesin Turonicam austeritate
Britonum diutino a sua me-
tropoli divulsam penitusque discissam, ita ut, sicut idem Tu-
ronicus metropolitanus Herardus, pariterque Na/nneticus
Actardus frequenti indagine, necnon etiam in praemissa
Suessionica synodo evidenti atque multipliai stylo pariter et
sermone nobis intimavere, licet nobish multis praecedentibus
indiciis haec eadem non possent latere, jam vicenus, et eo
licet paululum, adsitannus1, quo, tyrannica feritate resumpta ,
XVI. — h) nos B.
1. Allusion au synode que Nominoé convoqua dans le château de Goitlouh,
et où fut décrétée 1 indépendance des diocèses bretons vis-à-vis la métropole
de Tours. Si, comme on peut le supposer, les prélats, assemblés à Soissons
en 866, étaient bien informés sur les affaires ecclésiastiques de Bretagne, ce
passage de leur lettre au pape pourrait servir à fixer la date du synode de
Coitlouh, que l'on hésite à placer en 848 ou 849. Malheureusement, la for-
[<-.. xvi, an. 86fi] NAMNETENSE 53
nec comprovincialia cum Turonico metropolitano célèbrent
concilia, nec in episcoporum conseerationibus ad eumdem
quidquam respiciant, illi quoque sedi nullo pacto se subdant.
Sed neque ad generalitatis nostrae synodum, si quando
apostolatus vestri auctoritas nostram fraternitatem pro qui-
buslibet emer gentil) us vel imminentibus negotiis aggregandam
dcccrnlt, illorum praesentiam, légat os, litteras, qunm infra
si nu ni occlduae Galliae conimorentur, et nec j usa mont lu ni,
nec marinum pelagus, sed neque gravis intercapedo terrarum
convolare prohibeat, nostrae unanimitati quem quant habere
meruimus. Undc fit ut nullus cultus religionis inter eos,
nul lus disciplinae vigor liaheri possitin illis : quoniam, quum
sint barbari, feritate ni/nia tu/nidi, nullis sacris institutis
obediunt, nullis praeceptionibus sanctorum patrum se sub-
dunl ; sedpro libltu insipientiae malevolentiaeque suaec cuncta
pe'ragunt. Frequentibus iidem apicibus mat ris et magistrae
sanctaed sedis Romanae decessorumque vestrorum ad munit i%
et, ut, feritate deposita, quia sunt nomine tenus christiani,
apostolicis (tt(/ue canonicis decretis se subderent, sunt vocati,
sicut evidenti indicio in archivis sanctae Romanae aecclesiae,
si place! , valetis reperire ; sed quidam illorum nec sibi legl
ncc passi sunt audl/'c1 : ncque ullo pacto a coepto prawitatis
XVI. — c) sua B. — d) deest li.
mule, jam vicenus, et eo tiect paululum, adsii a/mus, auo, etc., semble
prêter à L'équivoque. Si cette phrase signifie il y a déjà plus de vingt uns,
on devrait en conclure que le synode de Coillouh est de Tannée 846 : ce qui
esl inadmissible, car l'on est certain que cette assemblée est postérieure au mois
de février 8'i8. Mais, après le mot paululum, on peut sous-entendre minus
aussi bien que magis, et alors celte phrase signifierait: déjà la vingtième
année est proche, quoiqu'elle ne soit pas encore arrivée. Il on résul-
terai! qu'au mois d'août 866, date du concile do Soissons, on n'était encore
cpie dans la dix-neuvième année, comptée à partir du synode de Coitlouh, et
par conséquent la date de ce Bynode se placerait entre le mois de février et
le mois d août de l'année 8'i8. — - Il faudrait pour changer celle conjecture
en certitude que quelque autre élément chronologique vint la corroborer. Il
\ a là un problème digne de tenter la sagacité des érudits bretons.
1. Le duc Nominoé avait refusé d'écouter la lecture d'une lettre que le
Cape Léon l\ lui avait adressée en 850. Les évèques, assemblés (Mi concile à
ours en janvier 851. lui on firent le reproche : Ne litteras quidem ipsae
54 CHRONICON [c. xvi, an. 866]
suae repressi surit itinere. Hinc fit quod hactenus parochiam
Namneticam a muro ejusdem urbis praesignato fratri nostro
Actardo subreptam habeant1 : sed et res omnes ejusdem sedis
obstinata pervasione detineant. In nullo dissimilia Turonicae
metropoli et Andegavensi aecclesiae pariterque Cenomannensi
in rébus 9 quae ipsis sunt attiguae, certum est eos agere. Sed
et omnis pêne Neustriae aecclesia crudelem eorumdem feri-
tatem perpetitur, rebusque, quibus Mis convicinatur, cupide
denudatur . Quibus autem injuriis, oneribus atque servitiis
utriusque ordinis, condilionis et sexus homines opprimant,
melius viva voce celsitudo beatitudinis vestrae poterit nosse.
De episcopis autem ab eis temere et irreverenter non solum
absque vestri pontificatus notitia, verum etiam absque ullius
synodici consent us ejectis, id est, de Salacone e Dolensi,
adhuc quide/n, licet expulso, superstite2, cui loco se jactitant
sedem metropolim contra fas liabere, praedicto quldem fratre
expulso, atque duobus in ipsa sede nuncupatwe subrogatis''
absque metropolitae scientia vel consensu, Susanno etiam Ve-
netensi adhuc superstite", alioque suae sedi indebite substi-
XVI. — e) Saloconc B.
recepisti. — Epistolam sedis apostolicae respuisti, existimans aliqua
in ea tibi noxia contineri (dom Bouquet, VII, 504 et 505).
1. Les pères du concile de Soissons désignent ici, suivant toute vraisem-
blance, le diocèse de Guérande, qui fut créé par Erispoé en faveur de Gislard
et qui s'étendait jusqu'aux portes de Nantes.
2. Salocon mourut dans l'abbaye de Flavigny, où il s'était retiré après
avoir été chassé de Bretagne par ÎNominoé. Son obit est porté au 4 juillet dans
le nécrologe de Flavigny. D après Hugues de Flavigny, Salocon serait mort
en 864. C'est une erreur, puisque les évoques assemblés à Soissons témoignent
qu'il était encore vivant en 866. Sur Salocon, voir abbé Duchesne, Catalo-
gues épiscopaux de la province de Tours, p. 96.
3. Cette phrase me paraît signifier que le diocèse de Dol, depuis l'expul-
sion de Salocon, avait été successivement administré par deux prélats, tandis
qu'à Vannes l'évêque Susan n'avait encore eu qu'un successeur. Il faut re-
marquer qu il n'est fait aucune allusion dans cette lettre à la création de trois
évèchés en Bretagne par Nominoé. Le chroniqueur de Nantes est le premier
auteur qui ait mentionné ce fait dune manière formelle; et, comme il écrivait
plus de deux cents ans après lévénement, son autorité n'est que relative et de-
manderait à être confirmée par quelque témoignage plus voisin des origines.
4. C'est le seul document qui nous apprenne que Susan de Vannes vivait
encore en 866.
[c. xvi, an. 866] NAMNETENSE 55
tuto, frequens ad sanctam Romanam aecclesiam processif
mentio, quum adhuc ipsi exules demorentur, licet quosdam
idem dax Britannicus infra praesentis anni spatium, vestrae
auctoritatis institutis praemonitus, qàos1 suae gentis et lin-
guac esse noverat, absque synodi praesentia, sine ullo recon-
ciliationis vel restitutionis ordine, verbo suo solummodo res-
tituer itKf etquomodo qualiterque placuerit sedes amissas reci-
pere, non aecclesiastica determinatione, sed barbarie a deli-
beratione permiserit . Fnterea, ut, more praecessorum suorum,
idem auctor Britonum pdentissimo filio vestro, do m no et se-
niori nostro Karolo, in cunctis obtempère^ sua que omni lui-
miliatione débita colla submittat annuosque census persolvat*,
quia isdem specialis filius rester diverso undesecus Northman-
norum aliorumve agitatur incommode*, vestris suasionibus et,
ut expedit, redargutionibus8, quaesumus, decernite. Qui, si
contra hortamenta salubria praecellentiae vestrae demum
aspirare nititur, gladio sancti apostolatus vestri se percel-
lendum débita cosnoscat libramine. Mis eriro ita breviter
praelibatis, ne aliquod* vestrae pietatis excellentiae gene-
remus incommodum, a praesenti sj/nodo fratrem et consa-
cerdotem nostrum Actardum vestrae paternitatis aspectibus
pertractavimus destinandum, qui viva voce veroque sibi no-
tissirna1 sermone ad liquidum haec, quae succincte prosequi-
mur, poterit resera re. Cui petinins liumililerque deposcimus
ut sanctae benignitatis vestrae sublimitas aurem pietatis cle-
\\ I. — 1") non solummodo addit fi. — g) adhortari addii B. — h) quod
/{. — i) notissimo li.
I. On ignore quels évêques le duc Salomon avait rétablis en 8(if>. M. 1 abbé
Duchesne (Jiivre cite, |>. 82, 88) suppose que ce fui Félix, évéque de Quimper,
b1 Libéral, évéque de Saint-Pol-de-Léon. Pour le premier, le l'ail est possible,
mais n'est pas prouvé; quant à Libéral, son existence même n'est pas certaine
(voir plus liant, p. 38, note 3).
'1. En 863 Salomon s'était engagé ii donner au roi Charles le Chauve un
tribut annuel : il le paya en 864 ; mais cette lettre prouve que, tirs 866, il
avait refusé <lc remplir ses promesses Ce «lut rire nue des causes de la rup-
ture qui éclata, en oette année 866, entre !<• due des Bretons et le roi «1rs
Francs. Cf. Ann. Bertin., ad ann. 863, 864 et 866.
56 CHRONICON [c. xvi, an. 866]
mente?' accommodet, eique solitae maman mansuetudinis
por'rigat, videlicet ut rébus omnibus, id est sede sua\ in qua
spes nulla recuperandi sibi est, cum parochia exspoliatus,
pietatis vestrae adminiculo adjuvetur, et sicut expulsus peni-
tus a propria sede utriusque gentis Northmannor um et Bri-
tonum feritate et continua persecutione habelur, censura çes-
tri moderaminis relevetur. Omnibus ergo ad ubera materna
convolantibus, opemque sibi ferrik postulantibus \ sicut sem-
per impendere munificentiae vestrae benignitate misericordi
largitate suestis, ita et huic petitioni, quam frequenti et neces-
sario stylo vestrae praecellentiae offerimus, misericorditer
subvenire, eor unique, de quibus agilur, liactenus indomitam
feritatem principali mucrone comprimere, et aecclesiae sanc-
tae filiis pastorali sollicitudine dignaminim, quaesumus, ef-
ficaciter succurrere, pater et papa beatissime.
Hi episcopi praesenti interfuere concilio : Remigius, Lug-
dunensis metropolis sedis episcopus ; Hincmarus, Remorum
metropolis episcopus ; Herardus, Turonorum metropolis epis-
copus ; Wenilo, Rotomagensium metropolis episcopus; Hegilo,
Senonum metropolis episcopus; Leotbertus, Moguntionum
metropolis episcopus ; Frotarius, B urdegalensium metropolis
episcopus ; Rothadus n, Suessionum episcopus ; Erpuinus,
Silvanectis episcopus ; Hunfridus, Morinensiuni episcopus ;
Erchanraus, Catalaunensium episcopus; Hincmarus, Lau-
dunensis episcopus ; Odo, Bellovacensis episcopus ; Rainel-
mus, Tornacensis episcopus ; Johannes, Cameracensis epis-
copus; Aclardus, Namuetensis episcopus ; Agius, Aurelia-
nensis episcopus ; Gislebertus, Carnotensis episcopus ;
Hildegarius, Meldensis episcopus ; Abbo, Nivernensis epis-
copus; Fulcricus0, Trecassensis episcopus; Aeneas, Pari-
siensis episcopus ; Hildebrannus, Saiorum episcopus ; Rot-
bertusy Cenomannensis episcopus ; Ercambertus, Baiocassium
episcopus ; Seginandus, Constantinensis episcopus ; Hilduinus,
XVI. — j) deest B. — k) ferre B. — 1) poscentibus B. — m) dignemini
B. — n) Rothardus B. — o) Fulcharius B.
[c. xvii, an. 850-866 NAMNETENSE M
Ebrocensis episcopus ; Isaac, Idngonensis episcopus; Liudovf
Aedttorum episcopus; Girbaldus \ Cabilonensis episcopus.
XVII.
Jara saopc Actardus epis-
copus pro his rébus recla-
mandis Romam petierat ; jam
Leoni papae1 atque Bene-
dicto2, (jus successori, de
Iiis querelas magnas fecerat :
sed de responsionibus, quas
al) illis scriptas attulit, nulla
apud nos mcmoria repcritur,
nisi tantummodo haec epis-
tola hic inferius scripta, quam
papa Nicolaus régi Britonum
Salomoni misit. Et hoc, ut
visu m est uobis, non est mi-
rum, quia, quando Normanui
item m tempore Karoli Sim-
plieis urbem Namneticam
oranino desertam feccmul \
haec omnia deperierunt, et,
Lesquelles choses et plu-
sieurs autres à la vitupération
du roy Salonion et des Bre-
tons contenues en ladite épis-
tole, porta ledit Actardus au
pape Nicolas; et de celles
choses avoit par avant fait
grand complainte à Léon et
à Benoist, prédécesseurs du-
dit Nicolas. Mais, [selon le-
dit acteur de la Chronicque
de Nantes,] il n'en est trouvé
aucune response, fors une
épistole escrite de la part du-
dit Nicolas, pape, à Salonion,
roy cle Bretagne, qui com-
mance, Nicolaus episcopus
Salomoni régi Britonum [E,
p. 116 et 1 17).
XVI. — p) Litduinus II. — q) Erbaldua II.
wii. n /:.
1. Le voyage d'Actard à Homo auprès du pape Léon l\ Be place entre les
mois de juillet el i\c décembre Soi).
2. Benoil III. pape d'octobre 855 à avril 858. Nicolas I ûgnale une lettre
que Benoil III écrivil sans doute au duc des Bretons, Salomon. Mais cette
lettre est perdue (voir plus loin, |>. 59, noie I). Si ce lui pour obtenir cette
Lettre qu \.ctard alla une seconde fois à Rome, son \,.\u::<< serait de- premiers
mois d(> l'année S5S.
;>. Celle dévastation de Nantes par les Normands sous le règne de Charles
le Simple eut lieu en 919 (cf. plus loin, ch. xxyiii).
58 CHRONICON [c. xvm, an. 866]
nisi haec epistola in sede Turonica, ubi temporibus nostris
reperta fuit1, servaretur, minime reperirentur.
XVIII2.
Nicolaus3 episcopus, serçus servorum Dei*, Salomoni, régi
Britonum. Benedictus Deus et pater domini nostri Jesu
Christi, cpri per magnae misericordiae suae gratiam adeo
tuae cor sublimitatis illustrare dignatus est, ut merito pro
sapientiae tuae fulgore, ubi habitas, non j a m occidens, sed
oriens habeatur. Ortus enim est in vobis sol justitiae, quod
ipse Christus est, et infidelitatis tenebraeh defecerunt. Sed
rogamus eumdem omnipotentem Deum, ut, sicuti rectae fidei
agnitionem pie concessit, ita quoque bonae operationis beni-
gnus largiatur effectum. De cetero, fili, sciât prudenlia tua
nos de ejectis et in locis illorum aliis subrogatis episcopis
diligenter in archivis sanctae Romanae, cui magna oinnipo-
tentis Dei misera tione deservimus, aecclesiae recuisisse, et
multo aliter in exemplaribus epistolarum, quae a decessoribus
XVIII. B. — a) servus servorum Dei desunt B. Cf. E, supra cap. XVII.
- b) tempora B.
1. Les recherches, que le chroniqueur de Nantes témoigne avoir été faites
de son temps dans les archives de la cathédrale de Tours, furent occasionnées
par la reprise du procès en cour de Rome entre la métropole de Bretagne et
celle de Tours. G est dans lintervalle qui sépare le concile de Reims du con-
cile de Tours, c'est-à-dire de 1050 à 1060, que les deux parties durent s'ef-
forcer de trouver des documents à 1 appui de leurs prétentions (voir ce que
j'ai dit à ce sujet dans l'Introduction).
2. Cette lettre du pape Nicolas Iei\ a été plusieurs fois éditée (cf. Jafîë,
Beg. pontif. rom., 2e édit., t. I, n° 2708). Le texte, reproduit ici, est celui
de l'édition de Labbe (Collection des Conciles, VIII, 509). J ai rejeté en
notes les variantes fournies par B et par le manuscrit latin, n° 34, de la
bibliothèque communale de Nantes, manuscrit que je désigne par la lettre /.
Ce manuscrit contient 1 histoire des conciles de la province de Tours pai
l'abbé N. Travers. On y lit au folio 442 le texte de la lettre du pape Nicolas
à Salomon, texte collationné par Travers avec une copie, faite d'après le
Chronicon antiquum Namnetense et conservée, dit-il, in scriniis ecclesiat
Namnetensis .
3. Nicolas Ier, ordonné pape le 24 avril 858, mourut le 13 novembre 867.
[c. wiii, an. 866] NAMNETENSE 59
meisy beatae videlicet memoriae Leone ac Benedicto pontifi-
cibus, (if(jue a me Nominoio et tibi, necnon et archiepiscopo
Turonicox et tui regni episcopis missae sunt, invertisse, quant
tu in litteris tuis perhibes, quamvis necipse '//Cas in apicibus
luis sanctae recordationis papam Leonem Nominoio consilium
vel auctoritatem deponendi episcopos tribuisse: quippe quem
constat multifarie multisque modis, ne hoc ah aliis quant a
certo episcoporunt numéro fieretc9 praecepisse. Narn Nomi-
noio, consulenti quid de Spiritus Sancti gratiam venumdan-
tibus oporteret fieri, respondit, nihil, inquiens, praeter quod
sancti canones super hispraecipiuntd, ipsas régulas apicibus
suis interferens. Nain qualiter et a quot vel a quibus sanxit
episcopos condemnari, scribens eodem tempore Britannicae
regionis episcopis, évidente/' inter cetera, ut eadem ipsa verba
ponamus, dccrevit, aeque e praeeipiens, ut omnia sint in
conciliis episcoporum. Nam Qullam damnationem episcopo-
rum esse unquara censemus, nisi aut ante legitimum nume-
riim episcoporum, qui sit per XII episcopos, aut certe pro-
bata sententia per LXXII idoneos testes, qui taies sint, qui
et accusare possint, et prius ad sacra Christi quatuor evan-
jgelia sacramenta praestent, quodnil falsum depromant, sicut
nobis beatus Silvester tradidit et sancta Romana tenere vi-
aetur aecclesia. Quem secutus decessor meus sanctae memo-
riae Benedictus, quia, contra decessoris sut decretum, non
ah episcopis, sed a laicis episcopos in regione tua cognoverat
esse /lejccios, multa moestitia et indignatione replet us, scripsit
quod nul/a ratio sinercl episcopos a sedihus suis pelli, quos
XVIII. — c) lieri II. — <l) preceperunt /. — • c) ita />'.
I. Le pape LéonrV écrivil deux lettres à Nominoé et une autre aux évêques
de Bretagne (voir plus haut, p. 35, n. '2 et 40, n. 1). Nicolas [« avait déjà
.'•(•ni deux lettresauduc Salomon et une à l'archevêque de Tours (Jaffé, h
2ecdit., n"- 2789, 2806 el 2807). (Juan! à la lettre du pape Benoit III, à
laquelle il esl encore fait (illusion quelques lignes plus loin, le texte en
esl perdu. Benoît III ayant été élu pape postérieurement à la mort de Nominpé,
sa lettre élail sans doute adressée au «lue Salomon, seul destinataire, parmi
■eux mentionnés ici, ù qui elle puisse convenir.
60 CHRONICON [c. xvm, an. 866]
duodenarius numerus non ejecisset. Quorum vestigia et ego
quoque secutus, eadem censui, imo et censeo ; nec ullam posse
episcopos sui honoris sustinere jacturam delibero, quos non
constat fuisse a XII episcopis, praesente prima mque sententiam
metropolitano episcopo obtinente, quum examinarentur ', au-
ditos. Qui, etsi crimen aliquod£ confessi esse dicuntur, potest
credi quod ci vel fonnidine fassi tantum, et non confessi
fuerint quod non fecerant, quia çidebant laicos et saeculares
quosque una cum rege contra se conspirantes, quod nec sal-
tem audierant. Siquidem qui ore tantum et non corde pro-
fert quod dicit, non confitetur, sed loquitur, quamvis non
çideatur justa confessio, quae non legitimo provocatur exa-
mine. De Gislardo autem et Actardo episcopis, de quibus
scripsisti, multo aliter, quam tua referebat epistola, in scrinio
nostro reperimus. Licet non bene faciat Actardus, quia denuo
consecrat quos Gis/ardus in eodem gradu dignoscitur ordi-
nasse, tamen Actardus inçenitur ante Gislardum episcopatus
offîcium suscepisse. Denique sanctissimus Léo, papa, No/ni-
noio scribens, inter cetera praecipuum virum Actardum
appellat, et hune sanum saper e et sanum docere, vivere ac
permanere denuntiat ; Gislardum çero tanquam praedicti
Actardi subdolum invasorem dénotât. His ergo ac hujusmodi
controversiis ac difficultatibus enumeratis et ita repertis,
habitis ac compertis, non possumus a régula sanctorum Pa-
trum, aut a sedis hujus8 institutionibus11 indebite declinare.
Sed, si pis Dei omnipotentis benedictionem percipere, vel si
veraciter nostra consequipraecepta desideras, consilium meum
accipe, et quod tibi per hanc paginant indico, libenter attende.
Hortamur enim gloriam tuam, et cum aequivoco tuo sapien-
tissimo Salomone dilectionem tuam admonemus, dicentes :
Audi, fili mi, disciplinant patris tui, et ne dimittas legem
matris tuae. Haec quippe sunt praecepta Dei, patris tui, et
haec est lex aecclesiae, matris tuae, videlicet ut omîtes epis-
copos regni tui ad Turonensem archiepiscopiun mittere non
XV11I. — f) aliud B. — g) nostre B. — h) quoque addit B.
[c-, xviii, an. 866 NAMNETENSE 'il
detrectes, ipsiusque judicium postulare non dedigneris. Ipse
enim est métro politan us omnesque episcopi regni tui ej'us
suffraganei sunt, sic ut conscriptiones praedecessorum meorum
évident er ostendunt, qui praedecessores luos, quia Mas ab
ipsius cura substraxerunl, forti inveclione eorripere studue-
ru/it, quamvis hec nostra scripta, super hac re miss a, déesse
videantur. Quumque, coram praesignato Turonensis aeccle-
siae praesule et integro numéro collegarum, id est XII epis-
coporum, celebrato conventu, fuerint ejecti episcopi régula-
riter examinati, apparueritque quod canonice fuerint ejecti,
ipsis in sua dejectione manenlibus, quicumque in locis eorum
cousecrati sunt, poterunt utique episcopatus honore potiri.
Quod si ejecti episcopi insontes fuerint déclaratif /us amotis
qui iliis subrogati sunt, aecclesias suas ipsi recipiant. Naiu,
qitum1 antecessores mei, Romani praesule S, ejectionem eorum
episcoporum, qui ab aecclesiis suis expulsi sunt, non admi-
serint1 nec approbaverinV* y nec ipsos, qui eis subrogati sunt,
viventibus Mis, legitimos episcopos dixerunt. Sane si forte
ad Turonensem archiepiscopum mittere dedignaris, stude
duos episcopos de expulsis et duos de subrogatis, una eum
g/oriae tuae legato, ad apostolicam sedem beati Pétri trans-
mit 1ère, ubi digna exuminulione praemissa, qui legitimi epis-
copi sint a ppareat, et suas aecclesias irrégularité/- non (unif-
iant. Nihil enini aliud est quod in praesenti negotio penitus
diffiniri possit. Quia vero magna, quis sit metropolitanus,
apud Britannos contentio est, licet nu/la memoria sit vos in
vestra regione ullam habuisse metropolitanam ' aecclesiam9
lumen, si libcl, postquam Deus inter vos pacem et dilectum
filium nostrum karolum gloriosum constituent l, facile hoc
polerilism advertere. Quod si a<teon conlentiosius agendum
\\ NI. — i) etiam /. — j)admiserun1 /. — k.) approbaverunt I. — 1) me-
tropolim H. — m) poteris />'. — n) ideo />.
1. La paix entre- Salomon et Charles le Chauve ne l'ut conclu.' qu'en oc-
tobre 867. Cf. Ann. Berlin., nd «un. 867.
62 CIIRONICON [c. xvin, an. 866]
creditis, ad nostrum aposto/atum destinare contendite, qua-
tenas nostro libramine, quae fuerit apud vos antiquitus ° ar-
chiepiscopalis aecclesia, luce clarius innotescat, et deinceps,
omni ambiguitate recisa, quem sequi episcopi vestri debeant,
incunctanter agnoscant . Neque enim aecclesias Doinini per
discordiam regumv dwisiones aliquasq pati velv damna ne-
cesse est, quu m quantum ex se est, pacem, quam* praedicant,
servare sludeant in invicem et in omnes. His ita praelibatis,
per nos tua m scire çolumus excellentiam, quia, si nostrls1
monitis paternisu obedieris v, et tam de jure metropolitani
quam de renovatione examinis ejectorum episcoporum nos
audire studuerisx , erit pax et coneordia et omnis legitimus
ordo in regno tuo. Quod si nos tantum interrogare et non
auscultare decreveris, scandala et discordia et omnis con-
fusio non deerunt tibi in cita tua. Porro Jegatos tu os, quos
ad nostrum pont/ ficium destinasti, dilectioni tuae commendare
curamus, quorum prudentiam et /idem circa îios considé-
rantes, pJurimum in Domino gratulati sumus. Deus omnipo-
tens gloriam tuam et claram conjugem tuam cum nobilibus
natis1 atque cuin omnibus, qui sub tuo regimine sunt, omni
gaudio et omni benedictione pie circumdet2.
XVIII. — o) deest B. — p) et addit B. — q) aliqua B. — r) deest B.
— s) qui B. — t) preceptis et addit B. — u) deest B. — v) obedierilis B.
— x) studueritis B.
1. De son mariage avec Wembrit, Salomon eut deux fils, Riwallon et
Wigon, et une fille, Prostlon, mariée au comte Pascwiten (voir Cartul. de
Redon, p. 39, 188 et 209). Sa femme Wembrit mourut au mois de
juillet 866. Cf. A. de la Borderie, Mém. cité, Bib., XXV, de l'Ecole des
Chartes, 1863-64, p. 397.
2. Jaffé (Regesta pontif. roman., 2e édit, t. I, n° 2708) a daté cette
lettre du pape Nicolas Ier à Salomon de 862 environ. Je crois que ce docu-
ment est plutôt de l'année 866. D'abord il est certainement antérieur au mois
de juillet 866, époque de la mort de Wembrit, femme de Salomon, à laquelle
le pape envoie ses bénédictions. De plus, il doit être postérieur aux deux lettres
écrites par le même pontife, l'une à Salomon, l'autre à Festinien. archevêque
de Dol, au mois de mai 866 (Jaffé, 2e édition, nos 2789 et 2807). Nicolas
dit ici à Salomon qu'il lui a déjà écrit ainsi qu'à l'archevêque de Tours (voir
p. 59, note 1). Or, dans sa lettre à Festinien de Dol, il prévient ce prélat
qu'il a adressé en même temps une autre lettre à Hérard, archevêque de
[c. x:x, an. 8Ô8-872]
\\mm:ti:nsi;
63
XIX.
Perlecta autem hae epis-
tola in auditu Salomonis, ré-
gis usurpativi, atque pluribus
aliis, a pontificibus romanis
missis, in presentia praede-
cessorum suorum, videlicet
Nomenoii, cujus fallacia ac
pravitas primutn inventa fuit,
atque etiam Ilerispogii1 filii
perlectis,llerardus luronicus
archipraesul, atque Actar-
dus, Namneticus episcopus,
diebus vitae suae super hac
injustitia condolentes, atque
querimoniam magnam facien-
tes, nec per apostolicam se-
dem tam saepe repetitam, nec
per régis Karoli vindictam,
née per omnium episeoporum
[Et dit encores ledit acteur
que] celle épistole leiie eu la
présence du roySalomon, et
plusieurs autres envoyées ;ui
ro\ Nemenoius et à llerispo-
gius, son fils, ne pour le siège
apostolique, pour les menaces
de vengeance du rov Charles
le (mauve, ne pour les ex-
communs des évesques de
Gaule, llérard larchcvesque
de Tours et Actard évesque
de Nantes ne peurent rien
recouvrer. [Et dit ledit acteur
en cest endroit plusieurs lé-
gendes du rov Salomon et
des Bretons...] [E, p. 117).
\l\ BE.
Tours. Jaffé a cru que la paix que le pape souhaite voir rétablie entre Salomon
et Charles le Chauve est celle qui lui conclue en 863. 11 s'agit plutôt de
celle qui l'ut signée en 867 (voir p. 61. note 1). Dès 866, les rapports des
Bretons et des francs étaient liés hostiles. Les pères du concile de Soissons,
au mois d'août 866, constatent que Salomon e>l en mauvais termes avec
( .hailes le Chauve, à qui il ne donne plus le tribut qu'il s'était engagea payer
en 863 (voir p. 55, note 2). (lest sans doute, pour obtempérer eu une cer-
taine mesure aux injonctions du pape, que Salomon. dans le cours de cette
année 866, rétablit sur leur siège certains évoques bretons, qui avaient autre-
fois été déposés par Nominoé. La Lettre, émanée du concile de Soissons, té-
moigne de ce rétablissement, antérieur par conséquent au mois d'août 866.
— Il résulte, à mon avis, de ces considérations, que la lettre du pape Nicolas,
publiée ici, a été écrite entre le mois de mai et le mois de juillet 866
I. On n'a pas la preuve que Léon l\ OU Benoit III ail jamais écrit de lettre
à Erispoé.
6i CHRONICON [c. m, an. 858-872]
Galliae excommunicationem, ullam recuperationis rectitudi-
nem consequi potuernnt. Nec mirum, quia in illis Britannis
nullus cultus religionis, nullus timor christianitatis, nullus
amor perfectae dilectionis videtar haberi : nec leges custo-
diunt, nec praeceptis obediunt, nec ullis decretis intendunt.
Ipsi equidem, in sua fîrmitate confidentes, sunt superbi et ultra
modum elati, iracundia et dolo pleni, omnibus resistentes,
rapina viventes, sorores suas, neptes, consanguineas atque
aliénas mulieres, nihil timentes Deum, adultérantes, necnon
et hominum, quocl pejus est, libentissime interfectores. Sic-
que illi cliabolici viri nullam justitiae viam cognoscentes, et
in malitia sua persistentes, jus Turonicae metropolis violen-
tia sua exscissum, disruptum, atque parochiam Namneticam
cum sede Quiriacae aulae usque modo1 retinuerunt, niin-
quam inde poenitentiam agentes. Ilis itaque calumniis, sicut
superius narratur, satis peractis, et ad nnllum finem pro-
tractis, constituit domnus Ilerardus in Turonica sede gene-
ralem synodum XVII kalendas junii, in qua quaedam sanc-
torum canonum capitula excerpsit atque firmiter custodienda
sanxit. Postea vero, vivens XII annis in sede sua, honorabilis
archiepiscopus quievit in pace2. Post cujus decessum cle-
1 . Le chroniqueur de Nantes emploie ici, comme ailleurs, 1 expression usque
modo non pas dans le sens de usque nutic, jusqu'aujourd'hui, mais
comme synonyme de usque tune (cf. plus haut, page 50 : Britanni,
saepe ad justitiam vocati, omne judicium usque modo declinaverant).
Cette phrase signifie donc que les évêques de Vannes jusqu'au temps de Sa-
lomon retinrent en leur pouvoir Guérande et son territoire. Ce serait une
erreur de croire que notre auteur ait voulu dire que Guérande n'avait point
encore été restitué à l'évèque de Nantes à l'époque où il écrivait, c'est-à-dire
vers 1060 ; car il rapporte au chapitre xxvi que cette restitution eut lieu sous
l'évèque Foucher, vers l'an 900.
2. Les canons, promulgués par Hérard, sont édités dans Migne, P. L.,
t. 121, col. 763 et suiv. Ils sont ainsi datés : anno incarnationis Dominicae
DCCCLVIII, ordinationis quoque nostrae 111°, indictione VIXa, XVII
Kalendas junii ; ce qui répond exactement au 16 mai 858. Hérard mourut
le 30 juin 871, treize ans, et non pas douze, après cette date. Mais ceci
prouve que le chroniqueur de Nantes connaissait le catalogue des archevêques
de Tours, indiquant la durée de chaque épiscopat. Sur ce catalogue Hérard
est marqué comme ayant gouverné l'église de Tours pendant quinze ans et
trois mois. Le chroniqueur de Nantes a soustrait de ces quinze ans les trois
années, répondant, selon lui, à la date inscrite en tète des canons promulgués
[c. xx, an. 872-880 circa] NAMNETENSE 65
ricî Turonenses, eligentes Actardum, Namnetensem epis-
copum, constituerunt in urbe Turonica archiepiscopum1.
XX
Actardus vero Hermengarium, ccclesiac Namneticae deca-
num, eligens, eidemecclesiaeconsecravitepiscopum. Postea,
vivons quatuor annis in sede Turonica, defunctus est2. Iler-
mengarius vcro, diligentissime ecclesiam suam regens, et
de ornamentis et aliis instrumentas eam honorificans, repe-
rit in quadam capsa vetere reliquias de pilis barbae et ca-
pitis apostolorum Pétri et Pauli, et in signo Domini argen-
tëo eas honorifice reposuit; quod de tam praeclarissimis
signis Domini solummodo post devastationem Normannorum
in ecclesia Namnetensi usque hodie habctur, et nomen suum
ibi scriptum imposuit, sicut hic scribitur: Hermengarius,
BACERDOS, FECIT HOC SIGNUM IN HONORE PETRI ET PàTJLI. Qui
vcro, postea minime vivons longo tomporc, ad patres suos
appositus est3. Cui successit Landramnus, vir honorabilis et
tmabilis Karolo régi.
\\ II.
par Hérard, ordinationis quoque nostrae 111° anno. Q a commis ainsi une
erreur d'un an. Car, en réalité, il n'y avait que deux mis et deux mois
fcni'Hérard avait été ordonné archevêque lorsqu'il édicta les décisions capitu-
paires dont il est ici question. Cf. abbé Duchesne, Catalogues épiscopaux
de la province de /ours, p. 30.
1. Vctard fut nommé archevêque de Tours par le pape Adrien II lui-
même vers le mois de décembre 87 1 : il dut être ordonné en janvier 87*2 (voir
Héfélé, Histoire des Conciles, traduction de l'abbé Delarc, t. NI, p. 79).
2. D'après tous les catalogues épiscopaux de Tour-. Retard occupa le -
métropolitain de cette cité trois ans, un mois et vingt et un jours. Il en résulte
fru il mourut en Février ou mars 875. Cf. abbé Duchesne, Catalogues épis-
copaux de ht province de Tours, p. 13-17.
I». Hermengarius, élu évêquede Nantes en 872, vivait encore le 12 juin 878
{Carlul. de Redon, p. 183). Il dut mourir vers 880. Landran lui avait déjà
succédé en 886, époque delà prise de Nantes par les Normands.
G6
CIIRONICON
[c. xxi, an. 874-889]
XXI
Eodem autemtempore, Sa-
lomon, rex Britanniae, a Bri-
tannis suis interfectus est2.
Audientes autem Normanni
mortemejus, coeperunt redire
pera fluvium Ligeris usque
urbem Namneticam, omnia
depraedantes3. Pro quorum
devastatione et timoré, Lan-
dramnus episcopus , régis
Karoli celsitudinem adiens 4,
[Et rapportent les Chro-
nicques de l'église de Nantes
qu'Japrès que Salomon, roy
de Bretagne, fut occis par ses
Bretons, les dessusdits Nor-
wégiens oyants sa mort, com-
mencèrent à retourner par le
fleuve de Loire jusques a la
cité de Nantes, dévastants
toutes choses. Pour la crainte
desquels Landranus, qui avoit
XXI. ABDEF. — a)deest B.
1. Ce chapitre xxi est conçu en termes différents dans ledition de dom Lo-
bineau. Le véritable texte est celui qui est fourni par le manuscrit de la Char-
treuse du Val -Dieu (Z?), texte que la Chronique de Saint-Brieuc (A) repro-
duit mot à mot et que Le Baud (E et F) traduit presque littéralement.
2 Salomon fut assassiné par son gendre Pascwiten, comte de Vannes, et
par Gurvand, comte de Rennes, le 25 juin 874 (A., de la Borderic, Méni.
cité, Bibl. de l'Ecole des Chartes, XXV, p. 399).
3. Cette nouvelle invasion des Normands dans la Loire date de Tannée 886.
D une part, en effet, Rainon était alors évèque d'Angers ; or, ce prélat fut
consacré en 880: il en résulte que le roi Charles, dont il est ici question, ne
peut être que Charles le Gros, qui devint roi en Gaule en 885 et mourut le
12 janvier 888. D'autre part, on sait qu Hasting, chef des Normands établis
sur la Loire, signa en 882 une trêve de quatre ans avec les Francs et fit re-
prendre la merà ses compagnons (Annales de Saint-Vaast et Annales Ber-
tiniennes, à l'année 882, et Dudon de Saint-Quentin, édition J. Lair,
p. 136 et 137). Le renouvellement des hostilités sur les bords de la Loire est
donc au plus tôt de 886. Mabille a prouvé de son côté que cette invasion des
Normands est postérieure au 13 décembre 885 et antérieure au mois de
juin 887 (Invasions normandes dans la Loire, Bibl. de l'Ec. des
Chartes, XXX, p. 184, note 2, et 186, note 3). En résumé, on peut consi-
dérer comme à peu près certain que la fuite de Landran de Nantes à Angers
date de l'été 886 (cf. plus loin, l'expression aestivis temporibus, qui paraît
avoir été empruntée à un diplôme de Charles le Gros).
4. L'empereur Charles le Gros fut choisi comme roi par les Francs peu
de temps après la mort du roi Carloman, arrivée le 6 décembre 884. Charles
le Gros séjourna en France pendant l'été et l'automne de l'année 886. C est
alors que Landran dut avoir recours à lui.
[c. xxi, an. 874-889 WM.Nt:
petivitut aliquis locus sibi da-
retur, ubi pro illorum diabo-
lorum feritate aestivis tem-
poribus t utus quiescere pos-
sci . Qui in urbe Andegavinab
dédit ci refuerium et de reera-
libus proprietatibus, quas ibi
habebat, sil>i et clericis suis
jussit dari stipendia, ibique
honorifice0 cum domno Rai-
Qone, Andegaveiisi episcopo1,
permanens, exspectavit, do-
uer Alanus Magnus Britan-
niae dux factus est2. Quo
facto, minime Normanni tem-
poribus suis ausi fuerunt in-
trare Ligferim3. Cuius curiam
Landramnus repetens, que-
TENSE 6*î
esté ordonné évesque de la-
dite cité d<1 Nantes, s'enfuit
ii refuge au roy Charles de
France, qui luv donna lieu
et niansion en la cité d'An-
gers, et commanda que ses
despenz luv fussent adminis-
trez, et aussi à ses clercs,
des propriétez royalles qu'il
avoit en ladite cite. Et dit
l'acteur des Chronicques de
l'église de Nantes nue 1 é-
vesque Landranus, qui s'en
estoit luv pour les péans, at-
tendit à Angers avecques
Caynon, évesque de celle cité,
iusques à ce qu'Allain le
Grand lut fait duc de Bre-
\\[. — h) Andegava II. — c) deesi A
I. Haiiion, élu évêque «I V.ngers en 880, \\\<\\\ encore en '.-05. (-1'. abbé
Duchesne. Catal. épisc. de Ut prov. de Tours, p. 5 '. ' - 6 1 .
'1. Main, comte de Vannes, après la mort de son frère Pascwiten en ^77
partagea à celle époque le gouvernement de la Bretagne tout entière avec Judi-
cael. comte de Rennes. Mais il j eut dans la suite nue longue lutte entre eux
feu sujel île ce partage. V dater de i année 8 S * > . Main combattit courageu-
sement les Normands, irai, profitant des dissensions survenues entre les princes
bretons, avaient envahi le pays de Vannes jusqu'à la rivière du Blavet
En SKS, Main el Judicaël, ayant enfin nui tontes leur- forces, parvinrent
pans une bataille décisive à chasser de Bretagne la pin- grande partie de leurs
adversaires . Cette bataille eut lieu à Questembert près de Vannes, Judicaël
péril dans le combat et Main devint alors seul duc de toute la Brel
M. de la Borderie a prouvé que ces trois événements, bataille «le Questem-
bert, mort de Judicaël el élection d'Alain comme due de Bretagne, ont eu
lieu entre le l''1 août et le S novembre 888 I Mém, cite Bibl. de l'Éc. des
Chartes, \\\ . p 405-410).
II. Les Normands ne furent définitivement chassés de Bretagne qu'en \
à la su île de deux nom elles victoires renip >rl ■. - 9Ur 6UX, I une par iVn iij.t.
pis de Judicaël, comte de Bennes, |>rès de la rivière du Couësnon, L'autre
par le due Main, non loin delà Loire, dans le pays de Nantes \ de la
Borderie. Mém. cite, et Annales de Saint- Vaast, à l'année 890)
68 CilRONICON [c. xxir, an. 889]
rimoniam illi fecit quomodo tagnè, au temps duquel les
Normanni res ecclesiae suaed Norwégiens n'osèrent entrer
devastaverant, et prece hu- en Loire (JE, p. 124 et 125).
mili deprecatus est ilium ut L'an de Nostre Seigneur ouyt
de rébus suae ecclesiae, a
praedecessoribus suis per
ignorantiam detentise, aliquid
restitutionis sibi faceret. Qui
satis beniofnissimus et mise-
ricors reddidit illi villam Ca-
nabiacum, in pago Constan-
tino constitutam ', sicut in
carta, hic inferius scripta,
narratur.
cens IIIIXX et IX se trans-
porta Landramnus, évesque
de Nantes, à la court dudit
Alain le Grant et lui fîst com-
plainte comme les Normans
avoient dégastées les choses
de son église et par humble
prière lui supplia qu'il lui
fèist aucune restitution des
choses d'icelle église, qui par
ses prédécesseurs luy avoient
esté ostées [F, f° 127 r°).
XXII
Fir miter credimus et nul-
latenus dubitamus adimmor-
talitatis praemium perlinere
in mimer e quodcumque in hac
vita laboriosa geritur pro Dei
sanctorumque omnium vene-
ratione, dicente Scriptura :
Lequel Allain très débon-
naire et miséricors lui rendit
la ville de Canabiac, située
ou pays de Constantin, pour
l'absolution de sa conscience
et de Droguen, sa femme, et
aussi pour le pardon et indul-
XXI. — d) deest B. — e) ablatis B.
XXII. A D.
1. Ici s'arrête brusquement le texte du manuscrit de la Chartreuse du
Val-Dieu (/?). Dom Martène, en publiant le texte de ce manuscrit, a ajouté
après la phrase in pago Constantino constitutam les mots et cetera ; non
plura codex inaniiscriptus. Ce qui montre qu il y avait là comme une cou-
pure dans la copie que dom Martène avait sous les yeux, et que le texte inter-
rompu à cet endroit devait, suivant dom Martène, avoir originairement une
continuation.
[C, xxii, an. 880] NAMNETENSE 80
Omnes honorificantes me ho- genec de son frère Pasceue-
norificabo, et <jni spernunt tenus, pour Judicaël, Collè-
ge erunt ignobiles. Et iterum doch et autres ses prouchains
movemur, dicente Sapientia : (F, f° 127 r°).
Age quod agis, opcrare qttod
opéra ris, non cesse t matins
tua vel pcs luas, quia née
opus née ratio nec misericordia est apud inferos quo tu pro-
peras. Ideoque, ego A/anus, BritonuiH a gratia Dei dux,
quia cor meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum,
sanctorum gloriam fide devota, mente sincera cupiens mer-
cari, dum licet , anno igitur incarna tionis Dominicae
DCCCLXXXVIIII, nota m //cri dignum du. rimas omnibus
sanclae Dei ecclesiae fidelibus praecipueque successoribus
nostris, quomodo vel qualiter venerabilis Namneticae sedis
Landramnus episcopus, una cum consens u et hortatu Colc-
dochh, fidelis nostri\ nostram adiens celsitudinem, signifia
eu vit nobis res quondam proprii privilegii beatorum aposto-
lorum Pétri et Pauli ordine iniquo fuisse sublatas a,
praedecessoribus nos/ris, postulans obnixeque dépose ens, ut
quod illi commiserunt per cupiditatis culpam, nos emendare
stiulcumus pro vita acicma consequenda. Cujus petitionibus
libenter annuendo, in primis pro Dei amore seu etiam pro
ghriosissimorum principum Pétri et Pauli, neenon etiam
beatissimorum martirum Donatiani et Bosatiani veneratione
et nostrorum peccatorum absolutione, per hoc praesens deli-
berationis nostrae testamentum praefatae denuo ecclesiae cas
res designamus, ita ut, ab hodierna die et in rettquum ibidem
jure perpétua subditac, cum omnibus sibi perlinentibtts de-
se/viant sine alicujus impulsionis repetitione. Quae praefatae
res sunt situe in pago Constantino, in territorio cujus poca-
WII. — a) Britanniae reponis A. — 1)) Caledocb ./.
I. Goledocfa vivail encore en 903, époque où il fît une donation à l'abbaye
d«' Redon pour le repos de l'âme du <\\u- Main (Cartul, de Redon, p. 376,
note _)•
70 CHRONICON [c. xxii, an. 889]
bulum est villa Canabiacum i; quod totum et ad integrum,
sicut a principio, cum omnibus suis appendentiis, nwbilibus
et inimobilibus, quaesilum et adquirendum, misericordia Do-
mini indigentes, praefatae Sancti Pétri reforma/nus ecclesiae,
primo videlicet pro absolutione reatus nostri, necnon etîam
pro venia et indulgentia fratris nostri Pascuitanï1, ut ei Do-
minus vilam concedere dignetur perpétuant, seu etiam ami-
corum et parentum nostrorum incolumitatis et sanitatis statu,
Oreguen6, uxoris nostrae, Judicaelh, Coledoch et pro omnibus
propinquis atque consanguineis0 nostris, tam pro viçis quant
et pro his, qui ex hoc jam saeculo transierunt, ut eis Rex
regum et Dominus domihantium sua pietate, intercedentibus
omnibus sanctis suis, vitam concedere dignetur perpétuant ;
et nos, qui in isia positi sumus peregrinatione, pro sua
gratuita bonitate gubernet, sua quoque providentia intcr
mundanas protegat tempestates et conserve*, ut ad illam lu-
cem, in qua ipse cum sanctis suis gloriosus est, féliciter in
beneplacito suo pervenire cum fructu bonorum opum concédât.
— [Praetera*, subnixis precibus, praefatum çloriosissimum
principem apostolorum Pelrum, fusis lacrimis, postulamus,
cui ab ipso Domino specialiter est collata potestas ligandi
atque solçendi in coelo et in terra, dicente Domino : Tu es
XXII. — c) atque consanguineis désuni D.
1. Peut-être Canisy, Manche, arr. Saint-Lô.
2. Pascwitcn, comte de Vannes et frère d'Alain, mort en 877 (La Borderie,
Mém. cité, BibJ,. de L'Ecole des Chartes, XXV, p. 399).
3. Les manuscrits A et D portent ici la leçon Droguen, qui est une mau-
vaise lecture. La femme du duc Alain le Grand est appelée Or gain dans une
charte de l'église d'Angers (dom Lobineau, Histoire de Bretagne, II, 65) ;
et Ohurguen, dans une autre charte publiée plus loin. Son nom, diversement
orthographié, correspond à celui d' Oreguen, Oregun, que l'on rencontre en
plusieurs actes du Cartulaire de Redon.
4. Judicaël, comte de Rennes, tué par les Normands en 888, était par sa
mère petit-fils d Erispoé (voir plus haut, p. 67, note 2, et Réginon, ad an.
874, Perlz, Mon. Germ. SS., I, 587). Son fils Bérenger devint comte de
Rennes après lui, et son petit-fils Conan duc de Bretagne en 990.
5. Tout le passage, imprimé entre crochets et rédigé sous forme d invo-
cation à saint Pierre, semble être une interpolation, faite vers le xie siècle à la
charte authentique du duc Alain le Grand.
r. wii. an. 889 N ^MNETENSE 71
Petrus, et super hanc pet va m aedificabo eçclesiam meam, et
tibi dabo cfaves regni coelorum, et quodcumque ligaveris su-
per terrain cri/ ligatum cl in coelis, et quodcumque solveris
super terra m eril soin tu m et in eoelis. Ut ipse venerabilis
princeps, junctis secum sanctorum omnium ckoris, suis pre-
ci If us apud piissiniuin Doniinuiu absolutionem obtinere decer-
tando satagat, ut nobis, pins et propitiusy adhuc in bac va fie
laerimaruni degcnlibns, o/n/iia bona profutura concédât, et
tribuat in firfe credibililatem, in labore virtutem, in actibus
prosperitatem9 in pace faetitiam, sensus nostros dlrigat, in
prosperis adsistat, in a<h>ersis manuin porrigat, in tentations
adjuvet, in in ji nuit a le relevet, in anxietate laetijicet, detque
nobis angelum suum custodem Michaelem, qui nos custodiat
in omnibus viis nostris, actus probet, opéra nostra confir-
me^ et vota per/iciat ; ipse quoque Re.v regum, Dominas, ab
alla sede coelorum praeterita nobis peccata indulgent, prae-
sèntia emendet, futura moderetur, sicque manus ejus au.vi-
liatrix et brachium sanctum ejus ab omni incursu malo nos
protegat /agiter et defendat, sitque ejus misericordia super
nos et pietas il lias praeveniat et sequeturs ut, sine alla offen-
sione, majestatis suae praecepta servando, ipso opitulante}
ad gaudia aeterna féliciter pervenire valeanius, ut vider e
possimus Deum deorum in Syon.] — Praesens vero testa-
méntum, pro reverendis cultibus rite solemniterque celebran-
dis, manu lutin il/ ta lis /loslrae pro pria sublerfirmavimus, et
annula nostro insigniri jussimus, atque nobilium virorum
manibus astipulandum commisimus \ ut pleniorem per suc-
cedentia tempora obtinere valeat vigoremy in nomine su m mi
et omnipolentis Dei. Si quis \'ero, daemoniaco arreptus spi-
ritu} ab hodierna die et deinceps hoc recuperatum testamentum
infringere velmodo quolibet contraire tentaverit, indissolubili
nodo anathematizatus, sententiam perpetuae damnationis in-
currat, parilcnpie cum Dal/ian et Abiron ac Jnda proditore
1. Les souscriptions annoncées i>i n'ont point été transcrites par le chro-
niqueur d«v Nantes.
72 CIIRONICON [c. xxin, an. 889-897]
ignein aeternum, qui paratus est diabolo et angelis ejus, sine
fine possideat, nullamque recuperationis gratiam neque in
hoc saeculo neque in future co?isequiposse confidat, Jiisi, quart-
tocius resipiseens atque omnipotenti Deo satisfaciendo et ad
veniam provocando, quod urtquam appetere tentavit velociter
emendare festinet. Precamur etiam, per sanctam vivificae
Trinitatis majestatem, sive per ûeum ac tremendum judi-
cium a ut diem judicii, queni omnes çenturum exspectamus,
successorum nostrorum piam reçerentiam, ut hoc nostrimemo-
rialis testamentum ita perpetuis temporibus salvum et inte-
grum serçare studeant, quemadmodum suafacta a suis ae que
successoribus optant perpetuis saeculis servari indemnata *,
XXIII.
Rediens autem Lanclram- Dempuix vesqui Landram-
nus eu m hac enrta restitu- nus VIII ans en dignité épis-
tionis ad urbem Namneticam, copalle, puix mourut {F, f°
multa restauranda et dissi- 127 r°).
pata a Normannis in totis ec-
clesiis foris et intus invenit,
quae ipse, ut potuit, emendare condolenter curavit. Ipse
equidem, postea in ecelesia Namnetensia cumb maerore et
tristitia VIII annis vivens, finivit vitam temporalem, sepul-
tusque est in basilica sanctorum Donatiani et Rogatiani2 in
tumulo marmoreo, nonis februarii3.
XXIII. AD. — a) postea in ecelesia Namnetensi desunt D. — b) tum D.
1. Les formules d'anathème qui terminent cette charte du duc Alain, à
partir des mots si quis vero daemoniaco arreptus spiritu, me paraissent
être rédigées suivant le style qui était de mode au xie siècle, plutôt que selon
celui qui était en usage à l'époque carolingienne. Il est possible qu'elles aient été
ajoutées à l'acte après coup, peut-être par le chroniqueur de Nantes lui-même.
2. Saint Donatien et son frère saint Rogatien furent martyrisés à Nantes
au ine siècle. L'église, où étaient conservées leurs reliques, se trouvait alors
en dehors de la cité. Cf. chapitre xxv, page 75.
3. Le renseignement, que nous fournit ici le chroniqueur de Nantes, a du
[c. xxiv, an. 897-900 circa] NAMNETENSE
XXIV.
Post cujus obitum ordina-
tus estFulcherius episcopus1,
vir probus et sapions, qui
multum studuit pari êtes ec-
clesiae principalis " aposto-
lorum Pétri et Pauli1' diru-
tos reficere et eos longius
extendere et amplificare et
summopore cooperire. Hic,
valde pauper pro Norman-
Qorum vastitate, vix in toto
episcopatu suo reperit unde
sihi et clericis suis alimenta
potuisset administrare : villae
etenim et vicicvicini Ligeri
totius suae parrochiae devas-
tati erant, ae etiani sine ullo
habitatore deserti. Sed ille,
validus et minime piger, fra-
Et lui succéda Fuleherius,
qui au duc Allain demanda
sa miséricorde que il lui feist
aide selon sa puissance, afïin
qu'il amendast son église et
qu'il peust ses clercs nourrir
et substenter. Lequel Allain,
rempli de grand pitié, con-
céda à lui et à ses clercs une
petite abbaye appartenant à
l'église de Saint-André, qui
est construite hors le mur de
la cité de Nantes, entre
Saint-Donatien et les murs
d'icelle cité sus le fleuve de
Herde, en perpétuelle au moi-
ne et pour l'éternelle rému-
nération de son àme (F, f° l 27
r").
\\l\ . ./ /). — a) principaliter A. — 1>) apostolorum Pétri cl Pauli dé-
suni I). — c) de est /).
être emprunté à 1 épitaphe môme gravée sur la tombe de Landran. Il en ré-
sulte que cet évêque mourut le 5 février 897.
1. boucher, élu évêque de Nantes en S(.»7. a souscril une charte du li! sep-
tembre 900 (Mabille, fnv. norm. dans la Loire, Bibl. de l'Éc. des (h..
\\\. p. 'i'i.')). Il étail déjà mort en L'année (.M2.
2. La cathédrale <l<- Nantes, qui, en 857, à la suite des dévastations des
Normands, étail tout en ruines (voir plus haut, p. i6), n'avait pu depuis
lois rire reconstruite en entier; car <le 8f>7 à 890, les pirates danois ae quit-
tèrent pas pour ainsi dire l'embouchure de la Loire, et les évèques de Nantes
ne pouvaienl entreprendre de réédifier un monument, qui avait souvent déjà
excite la convoitise de leurs dangereux voisins. Ces travaux de restauration,
laits à la cathédrale par Poucher, prouvent bien que, sous le gouvernement
du due Main. Les Normands > étaient définitivement éloignés de Bretagne.
74 CHRONICON [c. xxv, an. 900 cifea]
tribus suis, vicinis episcopis, ac etiam comitibus et proceribus
vicinarum regionum de hac vastitate magnam querelam fa-
ciens, preeatus est misericorditer precibus obnixis'1, ut suac
inopiae ete suae eeclesiae subvenirent. Qui vero,. his queri-
moniis auditis, omnesf, suae miseriae condolentes, de pro-
prietate sua plurima administraverunt, unde suam ecelesiam
restauraret. Que- tempore, Alani, ducis Britonum, quaesivit
misericordiam, ut de possibilitate sua sibi auxilium faceret, ut
inde ecelesiam suam emendaret et clericos suos alere possetg.
Qui vero, magna pietate repletus11, abbatiolam Sancti An-
dreae .*, prope muros Namnetis sitam, sibi et clcricis suis
eoncessit et cartam inde scribere jussit, quac in série bujus
narrationis scribitur.
Multiplicité!' multiplex Dei misecordia per plurimum a voluit
Iwnorare genus humanum, du ni cuique mortaliumh largiri
clignât us est ut ex terrenis rébus possit coelestia régna mer-
cari, et ex teinporalibus et transitoriis sempiterna praemia,
dicente Domino : Date eleemosinam, et omnia munda fient
vobis. Quapropter nos, in nomine omnipotentis Dei, Alanus
7-ex2? summus Britonum dux, in loco ac castello nomine
Seio3 eu m militum multitudine consistentes, percognitum0 et
XXIV. — cl) misericorditer precibus obnixis desunt D. — c) suae inopiae
et desunt D. — f) vero bis cmerimoniis auditis omnes desunt D. — g) ut
inde etc. usque ad alere posset desunt D. — h) vero magna pietate repletus
desunt D.
XXV, AD. — a) per plurimum desunt D. — b) mortali A. — c) quod
cognitum D.
1. L'abbaye de Saint-André était en dehors des murs de la ville, construite
près de TErdre et non loin de l'église Saint-Donatien (voir la ebarte suivante).
2. Alain prend le titre de roi dans une charte de la même époque, souscrite
par Foucher, pour l'église d'Angers (dom Lobineau, Histoire de Bretagne,
II, 65).
3. Plessé, Loire-Inférieure, arr. Saint-Nazairc, canton de Saint-Nicolas. —
xxv, an. 900 circa NAMNETENSE 75
manifestum fore cupimus cunctis Ghristi et aecclesiae ipsius
fidelibus omnibus que Britonum cpiscopis et du ci bus, quoniam
accessit a<l nostrae pietatis ac paternitatis familiaritatem hu-
milis et venerandus sa ne ta e sedis beati Pétri, aposlolorum
'principisy Namneticorum Fulcherius episcopus, déplora ns
"graviter et prodens rerum aecclesiae suae dispendia, et peue
totius suae patriae ac episcopiae suae adnullationem '',
propter scilicet frequentissimam Normannorum deçasta-
tionem, fier se habere ex oui ni sua parochia unde velrestau-
rationem suae posset conferre aecclesiae, vel ibi h<'<> pro ca-
tholica aecclesia nul sibi famulantem posset alere clerum,
wimulque flebiliter expostulans nostrae pietatis ac paternitatis
miser icordiam quatinus nos, pro aeternae nostrae rémuné-
ra lion is mercede, pariterque conjugis nos! rue 0/turguc/iG ac
etiam commuais prolis* seu et pro eleemosina nostrorum om-
nium episcoporum ne insuper mathibernorum, abbatiolam
quamdam pertinentem ad aecclesiam beati Andreae, quae est
constructa extra murum Namnetis, inter Sanctum Donatia-
num et murum ipsius civitatis, super jluvium llerdinr, nos-
trae propriae ditioni delegatam, ad stipendia suicleri sibique
famulantium, more regio, aecclesiae suae perpetualiter ha-
bendam conferremus. Cujus lacrimosam deplorationem intima
dolore compatientes petitionemque ipsius audientes, atque,
(pua /lis eu m salis indigere cognoscebamus, benignissime
recipientes, reminiscentes insuper bonitatem et misericordia n
Dei omnipoteutis, dicentis: Quicumque dederit vel calice m
aquae frigidae in nomine /ue<> non perdet mercedem sua/// ;
et etiam aliud evangelii exemptant : Quod uni ex mini mis
\\\ . — (1) adnihilationem /). — e) Ohurgon /).
Ce château paratl avoir été, avec EUeux, la demeure favorite «lu duc Main
(cl'. Cartul. de Redon, |>. 375 à .!77).
1. On connaîl quatre fils ués 'lu mariage d'Alain el il Ohurguen : ce >'>nt
Guérech, Pascwiten, Budic H Derian (cf dom Lobineau, Histoire de Bre-
tagne, II. 65, 66, ri Car/ut. de Redon, 376, ;>77). Alain eut en outre une
fille qui <'•[>• uisi Mathuedoi, comte de Poher (voir plus loin, p. 8
*J. I. Erdro se jette dans la Loire à Nantes même.
76 CIIRONICON [c. xxv, an. 900 circa]
meis fecistis, mihi fecistis ; venite, benedicti Patris mei,
percipite regnum a constilutione mundi çobis paratum. De
tam eçidentissimis Domini promissionibus bene securi, pro
remedio animae nostrae ac praefatae conjugis nostrae, sed
et infantum nostrorum, omniumque, ut diximus, Britanniae
episcoporum nostrorumque mathibernorum eleemosina, seu
et pro statu regni nostri, prona poluntate et piissima mise-
ratione conferimus et perpetuo condonamus omnipotenti Deo
sanctorumque apostolorum ejus principi Petro, ut ipse, sicut
potestatem a Domino acceptant habet ligandi atque solvendi,
nostrorum omnium sohat çincula delictorum, praetitulatam
Sancti Andreae abbatiam, in pago Namnetico sitam, et in
praescripto suburbii ioco constructam in honore ipsius aec-
clesiam, cum hominibus utriusque sexus desuper comma-
nentibus et cum omnibus rébus ad eaindem aecclesiam vel
abbatiam pertinentibus et aspicientibus, in quibuscumque
adjaceant locis, videlicet cum curte quae vocatur Migro1 cum
omnibus appenditiis1 . Ea quidem ratione firmitatis praeno-
minatam aecclesiam et abbatiam Sancti Andreae sub bona
integritate de nostra potestate et de nostro jure in jus et po-
testatem sanctae matris aecclesiae Sancti Pétri Namnetensis
condonamus, contradimus atque tr a nsfundimus perpétuai iter
ad possidendam, ut tam praesens domnus et venerabilis Fui-
cherius episcopus, qui super hoc negotio nostram requirit
humanitalem, qua/n etiam successores ipsius ab hodierna die
faciant exinde quicquid voluerunt sive in proprios usus s'we
in suorum vel aecclesiae famulantium, et ut, quum hujus
nostrae donationis eleemosinam per futura tempora succes-
sores ipsorum recordati fuerint, in suis precibus nos semper
adapt.emur, et rememoremur in sacris oralionibus, nostrumque
regnum propriis eorum intercessionibus semper in Domino
XXV. — f) Miguo D, Niguo À ; Icgendum esse Migro puto.
1. Il s'agit probablement ici de Migron, Loire-Inférieure, arr. Paimbœuf,
canton de Saint-Père-en-Retz, commune de Frossay.
[c. xxvi, an. 900-915 circa] NAMNEf ENSE 77
roboretur. Illud praeterea cum consens u omnium nostrorum
ûdelium Dominum imprecare et exoptare ac praesenti nos-
trac Qonclusionls auctoritate inserere plaçait, ut, si fuerit
ullo nunquam deinceps (cm pore, quod futur um fieri posse ul-
lomodo credimus, aliquis tant temerarius successor noster,
dujc et princeps Britonum, vel quisque mathibernorum, qui,
mala et avida cupiditate seductus, hujus nostrae delegationis
et concessionis eleemosinam infringere tentuverit, nisi citissime
resipuerity et ex hoc, quod injuste contra Dcam, factorem et
redemplorem suum, sanctumque principe m apostolorum ejus
Petrum commiserit, plenissimam satisfactionem reddiderit,
primo judicio omnipotentis Dei, contra que m se erigere ten-
taverit, deinde increpatione beati Pétri, cujus res invadere
çolucril, cum Anania et ejus uxore Sapkira, qui ex hoc quod
Dca ad usas pauperum contulerant, aliquîd retrahere aut
fraudare praesumpserunt, perpetuoanathematis vinculo aeter-
tiaquc maledictione feriatur ita et corpore et anima, et in die
ultimi j udicii perpetuo igné cremandus donetur. Nostrae vero
hujus promplaeac devotissimae donationispraesens auetoritas,
nostris filiorumque nostrorum sanctissimorumque insuper
episcoporum ac mathibernorum nostrorum manibus roborata ,
ai Dei nomine firma et inviola bilis in aeternum permanent .
Signum piissimi ac misericordissimi Britonum régis, Alani,
(pu hujus eleemosinae auctoritatem fieri et aMrmarerogavit.
Signa m Rodaldi. Signum Guerech. Signum Pascuitani. Si-
gnum Budici '.
XXVI.
De his autem, cum hac Si estudia ledit Foulcher
XXVI. A h t. /.
1. Rodald clait comte <!<■ Vannes en 909 (Cartul. de Redon, y. '1-')).
Guérech, Pascwiten cl Budic Boni les lils du duc Vlain. — Le chroniqueur
78 CHRONICON [c. xxvr, an. 900-915 circa]
carta recuperatis, atque aliis évesque, [selon la chronicque
per patrias et regiones quae- de l'église de Nantes,] reffaire
sitis a, bene et honorifice Fui- et magnifier honorablement
cherius episcopus studuit ec- ladite église, et composer
clesiam suam refieere, mag- autour d'ieelle un chasteau
nificare ac etiam castrum fait de mur, auquel les clercs
mnro factum circa eam corn- et leslaiz, si nécessité estoit,
ponere, in quo clerici et laici fuissent à refuge et se peus-
ad tutamentum, si nécessitas sent defFendre desNormans:
fuerit, fugientes, se a Nor- car la cité de Nantes estoit
mannis defendere possent. grande, et avoit ja souvent
Civitasenim Namnetismagna esté prinse de ses anciens
erat et ab antiquis expugna- expugnateurs, par lesquels
toribus jam saepe capta et per elle avoit esté desrompue par
partes, sicut usque hodie de- parties, comme jusques à
monstratur, ab illis diruta1, présent Ton peut cognoistre :
neenon et cives, tantis vicibns mesmement les citoyens
a Normannis capti et detrun- avoient par tant de fois esté
cati ac per hoc valde dimi- prins, qu'ils ne la pouvoient
nuti, minime eam defendere defFendre. Et pour cause que
valebant. Fuit autem iste celuy Foulcher fut moult fa-
episcopus Alano, Britonum mi lier à Alla in, et par luy
du ci, valde familiaris et prae aimé plus que nul autre des
eeteris totius Britanniae épis- évesques de Bretagne, il osa
copis dilectione magna ama- premièrement entrer en la
XXVI. — a) De his autem etc. usque ad quaesitis desunt D.
de Nantes a certainement omis de transcrire un certain nombre des souscrip-
tions à cette charte. On ne remarque en effet ici aucune des signatures d évo-
ques annoncées dans les clauses finales. D'autre part, il semble que plusieurs
passages aient été remanies dans le but de rajeunir à la mode du xie siècle le
style de l'acte original.
1. Les murs de Nantes avaient été presque entièrement détruits par No-
minoé en 850 (Chronique d'Aquitaine, dom Bouquet, VII, 223). C'est ce
qui explique la facilité que les Normands trouvèrent depuis lors à pénétrer
clans cette cité. L'enceinte fortifiée, construite par Fouchcr autour de la cathé-
drale, ne put résister aux assauts des pirates danois en 919 : elle fut recon-
struite vers 940 par le duc Alain Barbetorte (voir plus loin, ch. xxvm et xxx).
[c. xxvi, an. 900-913 circa R kMNETENSE
bilis. Namque erat in consilio parroesse de Nantes qui avoil
providus, in responsione cal- esté par avant ostée à ses
lidus, et in omni verbo sa- prédécesseurs jusques à Vil-
pientiae rationator magnus. laigne, et y dédier églises,
Ipse parochiam Namneticam et faire le ministère épisco-
praedecessoribus suis abla- pal, combien que les éves-
tam ausus est priraus usque quesdeVennes, aprèslamorl
\ ieenoniani invadere, et ec- Gislard, l'eussent saisie [E,
elesias dcdicare, etb minis- p. 126). Il estoit toujours pré-
terium episcopale, nihil feri- sent à la cour du duc Allain
tatem Britonum timens, fa- et jugeoit toutes choses, qui
cere, quia ab Alano amabatur en sa présence estoient dé-
et sustinebatur, quamvis Ve- batues. Et, en fesant telles et
netenses episcopi post mor- semblables euvres, parvint à
tem Gislardi eam invaserant. la fin de ses jours. Auquel
Ipse in eu ria ducis seniper succéda Ysaias qui guères ne
aderat, ipseomnia judicabat, vesquit F, f° 127 \ .
ipse cunctis, si bi parochiam
suam auferentibus, omni eu-
ria audiente, calumniam in-
ferebat; et, quando dux de plebibus parrochiae Namneticae
pro redemptione animae suae alicui sancto doua conferebat,
ipse cartas, vidente episcopo Venetensi el nullam si I > i calum-
niam imponente, confirmabat, sicut in cartis Sancti Salva-
toiis reperitur1. Sicque iste vir venerandus, in rébus suae
ecclesiae gubernandis fideliter persistens, et in omnibus édi-
fions ejus restituendis viriliter agens, et in clericis nutrien-
dis paterna dilectione intendens, pastorque bonus supra
\\\ I. — I») per ./ I> : cl restituendum est ex /.'.
I. toucher ne Bgure pas dans le Partulaire «le Sainl Sauveur do Redon,
tel que ce recueil esl parvenu jusqu'à nous. Mai- il l'aut observer que, par
Suite de diverses lacérations dans le manuscrit, plu- de cenl chartes appar-
tenant à I époque carolingienne on! disparu de ci' cartulaire. Il □ \ a du reste
aucune raison de suspecter ici le témoignage du chroniqueur de Nantes;
au contraire une garantie que notre auteur a puisé à lionne source les rens< i-
gnements qu il nous donne sur l'évèque de Nantes, Foucher.
80 CHRONIGON [c. xxvii, an. 907-919]
gregem suum vigilans, ad finem vitae suae féliciter pervenit,
fuitque honorifiee sepultus in basilica Sanctorum Donatiani
et Rogatiani0. — Cui successit Isaias, et minime vivens
longo tempore defunctus est 4.
XXVII.
Postea vero ordinatus est
Adalardus2, cujus temporibus
coepit ebnllire rabies Nor-
mannorum talis qualis nun-
quam steterat. Namque Ala-
no, piissimo duce atque
magno et strenuissimo defen-
sore, ab hac luce defuncto '\
qui hos saepe forti manu ex-
pugnaverat et ab omni re-
gione sua Britannica omnino
expulsos fugaverat, nunquam
diebus vitae suae finibus Bri-
tanniae appropinquare ausi
sunt ; sed illi, mortem ejus
tune temporis audientes,
commoti sunt et contre m uit
Et, après la mort d'Ysaias,
ordonna le duc Allain Ada-
lardus pour gouverner le
siège de Nantes (F, f° 127,
v°). Après la mort du duc
Allain, [selon l'acteur des
chronicques de l'église de
Nantes,] la rage desdits Nor-
mans recommença à eschauf-
fer tellement que jamais elle
n'avoit esté si grande : car
celuy débonnaire duc et grand
deffenseur Allain décédé, qui
lesdits Normans souventes
fois par puissance avoit ex-
pugnez et du tout expulsez
et chassez de toute ladite ré-
XXVI. — c) Ipse in curia ducis etc. usque ad Rogatiani desunt D.
XX VII. A D E F.
1. Isaias, évêque de Nantes, a souscrit une charte de Saint-Martin de
Tours, datée du 13 novembre 912 (Mabille, Mém. cité, Bibl. Ecole des
Chartes, XXX, p. 453). Le fait. qu'Isaias ne gouverna que fort peu de
temps l'église de Nantes, montre que l'évêque Foucher dut mourir vers 910
et Isaias lui-même vers 915. Pour Isaias et Adalart, il n'y a pas de compte à
tenir des dates fournies par le Gallia christiana.
2. Adalart, chassé de sa cité épisccpale par les Normands, en 919, se retira
en Bourgogne, où il mourut (voir plus loin ch. xxviu et xxxi).
3. Le duc Alain le Grand mourut en 907 (cf. La Borderie, Mém. cité,
Bibl. de l'Éc. des Chartes, XXV, p. 409).
[c. xxvii, an. 907-919] NA.MNKTK.W. 81
terra a facie eorum. Adversus £41011 , el qui depuis n'osèrenl
(juos Normannos perfidos et nul jour de sa vie approcher
paganos oullus rex, nullus ses fins, iceux Normans
diix Dullusque defensor sur- oyants doue la mort d'Allain
rexil, qui eos expugnaret. furent tous esmeus, et trem-
Reges enim Franciae omnino bla la terre devant leur face:
aduullati et adnihilati erant, contre lesquels ne s'esleva
pullaque fortitudo, nullus nul roy, nul duc, ne nul def-
vigor defensionis in eis erat; Penseur qui les déboutast.
ac etiam filii Alani Magni, Car les rois de France es-
ducis Britanniae, minime toient du tout annuliez, et
patris vestigia sequentes, om- n'avoient en eux nullevigueur
nino defecti fuerunt 1. Tune de deffense. Et aussi les fils
ipsi Normanni, viri diabolici d'Allain le Grand, duc de
prudelissimique et perversi Bretagne, n'ensuivans en
homines, primum Franciam rien les vestiges de leur père,
ftggredientes, totam provin- furent tous lasches et défail-
ciam Rothomagensium in do- lans. Et ainsi ces Normans,
minicatu suo retinuerunt et hommes diaboliques, pre-
Karolo stulto abstulerunt8. mièremenl assaillans France;
Deinde, cum ingenti navium retindrent en leur seigneurie
classe permareOceanumnavi- toute la province de Rouen,
tantes, totam Britanniam de- et l'ostèrent à Charles le Sim-
vastarunt; fugientesque inde pie. Et de là en après avec-
prae pavore8 Normannorum ques très grande congréga-
XXVII. — a) timorc /).
! . ( )n ignore pourquoi les lils d \lain le Grand ne succédèrent pas à leur
père comme ducs <l<- Bretagne. Peut-être étaient-ils trop jeunes, toujours
est-il que les Bretons à la mort il Main choisirent comme chef Gourmaëlon,
comte de Gornouaille, qu'aucun indice ne permel de rattacher à la famille
d'Alain le Grand (cf. La Borderie, Mém. cite, l'util, de l'Ecole des chartes,
W\. p. ill).
2. C'est en l'année 912, à la suite du traité conclu à Saint-Clair- sur-Epte
entre Charles le Simple <•! Rollon, que la province de Rouen l'ut définiti-
vement concédée aux Normands établis à l'embouchure de la Seine (voir Du-
don «le Saint-Quentin, édition J. Lair, p. 165-171).
82 CHR0N1C0N [c. xxvn, an. 907-919]
territi comités, vicecomites tion de navires nageants par
ac mathiberni omnes dispersi la mer Occéane, dégastèrent
sunt per Franciam, Burgun- touteBretagne, et s'enfuirent
diam et Aquitaniam \ Fugit les comtes, lesvicomtes et les
autem tunctemporisMathue- barons espouvantez pour la
doib, cornes de Poher'2, ad peur d'eulx, qui se disper-
regem Anglorum Adelstan- sèrent par France, par Bour-
num 3 cum ingenti multitu- gogne et par Acquitaine {JE,
dine Britonum, ducens se- p. 128). Entre lesqueulx no-
cum filium suum, nomine blés, qui fuirent pour la peur
Alanum, qui postea cogno- des Dannoys, monta sus mer
minatus est Barbatorta4, Mathuedons, le comte de
XXVII. — b) Matuedons A.
1. A cette époque, la Bretagne eut à souffrir une première fois des ravages
des Normands depuis Tannée 913 jusqu'en 915. Dès 912, les pirates désolaient
les bords de la Loire, comme en témoigne une curieuse charte mise au jour
par Mabille (Mém. cité, Biblioth. de l'Éc. des Chartes, XXX. p. 451). Ei
913 ou 914, une note d'origine contemporaine nous apprend que l'abbaye de
Landévennec. près de Brest, fut complètement détruite par les Danois (L.
Delisle, Littérature latine et Histoire du Moyen- Age, Paris, Leroux,
1890, p. 19). En 915, la flotte normande abandonna la Bretagne et fit
voile pour l'Angleterre. Les annalistes anglais signalent les chefs de cette expé-
dition, qui étaient Otter et Roald (Florentii fVi.gom.chronic. et Ann. Coin-
briae, Pétrie, Mon. historica britannica, p. 570 et 836). En 917 et 918 une
partie de cette flotte revint en Gaule (ibidem, p. 571) ; mais ce ne fut qu'en 919
qu au témoignage de Flodoard (dom Bouquet. VIII, 176), la nouvelle inva-
sion atteignit sa plus grande intensité. Toute la Bretagne fut alors mise à feu
et à sang. Les Normands de la Seine se joignirent à ceux de la Loire pour
piller cette province, qui semble dès lors leur avoir été abandonnée par les
Francs. La Bretagne demeura la proie des Normands pendant dix-huit ans,
de 919 à 937.
2. Mathuedoi, comte de Poher, est signalé dans deux chartes du Cartulaire
de Redon en Tannée 913 (p. 223 et 224). — Le comté de Poher avait, suivant
toute vraisemblance, les mêmes limites que Tarchidiaconé de Poher au dio-
cèse de Quimper.
3. Adelstan devint roi d'Angleterre à la mort de son père Edouard en 924 ;
il mourut le 27 octobre 940 {FI. Wig. chron., Pétrie, livre cité, p. 572-574).
4. Ce ne fut pas dès 919, mais après 924, date de l'avènement d'Adelstan,
et plus exactement en Tannée 931, qu Alain, après plusieurs essais infructueux
pour chasser les Normands de Bretagne, quitta son pays et se réfugia en An-
gleterre à la cour du roi Adelstan. Ce fait a été mis en lumière par M. Lair,
dans son édition de Dudon de Saint-Quentin, p. 71 et 185.
[c xxvii, an. 901 919] KAMNETENSE 83
quem Alanum ex filia Alani Pohel avecques innumbrable
Magni, Britonum ducis, ge- multitude de Bretons, et s'en
uuerat, et quem ipse rex An- alla au roy d'Angleterre,
gliae Adelstannus jam pr i u s c Aauscence, <'t avec lui mena
exlavacro sancto susceperat. son fils nommé Allain, qui
Ipse rex pro familiaritate et dempuix fut seurnommé Bar-
amicitia hujus regenerationis bctortc, lecj uel il avoil en-
magnam ineo fidemhabebat. gendre de la fille du due
Pauperes vero Britanni ter- Allain le Grant, et lequel
ram colentes sub potestate iceluy roy Aauscence ja para-
Normannorum remanserùnt vaut avoit levé du saint fons
absque rectore et defensored. de baptesme. El pour ceste
Deinde quomodo isti Nor- amittié et familliarité de ceste
nianni furiosi, per fluvium régénération avoit grant foy
Ligeris cum ingenti strepitu en lui. Mais les pouvres Bre-
navium ascendentes, cepe- tons cultivans la terre de-
runt urbes Namneticam, An- mourèrent soubz la puissance
degavinam, Turonicam ae des Normans. D'illec en après
eliani Aurelianensem, dëvas- ceulx homes forcenez, mon-
tantes ecclesias et ineenden- tans par le fleuve de Laire,
tes monasteria, vicos et eas- avecques grant flote de nefTs
tclla, non est silendum, sed prindrent la cité de Nantes,
sieut in pluribus relationibus1 Angiers et Tours jucques à
didicimus, posteris nostris Orléans, dégastans et ambra-
nolilicare0 voluimus. sans églises, mous tiers, villes
et ehasteaux (F, ï° 129 r°).
XXVII. — c) jam prius désuni /). — d) absque rectore et defensore
désuni .t. — e) Deinde quomodo isti Normanni etc. usque <id uotificare
Voluimus désuni I).
1. Le récit, que le chroniqueur de Nantes annonce ici el qu'il dil avoir
Imprunté à d'anciennes relations, n'a été conservé par aucun manuscrit. Le
paud en a fort heureusement fait une traduction, qu il a insérée dans lune
cl I autre de ses rédactions de I Histoire de Bretagne (E el /•'). Ces deux
rédactions n offrent pour tout ce récit que des variantes de peu d importance,
preuve que Le Baud a traduit avec exactitude 1«' texte latin
8i
CIIRONICON
[c. xxvm, an. 919]
XXVIII.
Et premièrement avant
toutes autres choses envaï-
rent1 la cité de Nantes, qui au
temps de lors n'avoit nul bon
deffenseur sinon les petiz
hommes encores demourans
des premières pestillences.
Si la prindrent toute fors le
chasteau à l'environ de l'église
qui avoit esté fait pour la
crainte d'eulx2 et en icelui
s'en estoient fuiz touz les ci-
toyens grandement espoven-
tez, fors ceulx que ilz avoient
desjà prins chiétifs et ceulx
qu'ilz avoient détruncé par
glayve, affin que d'eulx
mieulx et plus fort se defïen-
deissent; mais ilz leur peu-
rent petitement résister, et
toutesfois, en se dépendant
Si assaillirent lesdits Nor-
mans la cité de Nantes qui
n'avoit en ce temps nul def-
fenseur, sinon petits hom-
mes demourez des premières
pestilences, et la prindrent
fors le chasteau, qui pour la
peur d'eux avoit esté faict,
auquel tous les citoïens fui-
rent, fors ceux qu'ils avoient
jà prins ou occis, afin qu'ils
se peussent mieux deffendre;
mais ils ne leur peurent ré-
sister. Toutesfois, celuy jour,
se deffendirent-ils vertueu-
sement et se sauvèrent jus-
ques à la nuit. Si s'en retour-
nèrent les Normans las à leur
navire, quand le soleil fut
couché, afin qu'ils mangeas-
sent et se récréassent, espé-
XXVIII. E F.
1. Cette invasion des Normands dans la Loire, au temps de l'évêque de
Nantes Adalart, est certainement celle que Flodoard mentionne dans ses An-
nales en 919. Une charte du Cartulaire de Redon (p. 228) signale la présence
des pirates à cette époque sur les bords de la Loire. Le récit du chroniqueur
de Nantes, emprunté, comme il le dit, à une ancienne relation, offre cet in-
térêt qu'aucun autre annaliste contemporain n'a raconté en détail la marche
suivie par la flotte danoise. Notre chroniqueur a ajouté à la fin de ce chapitre
le récit d'un épisode, relatif à un combat entre Normands près de Nantes,
qu'il a probablement extrait de la vie de saint Convoion (cf. dom Bouquet,
VII, 364). Cet épisode est de Tannée 856 et non de 919.
2. On a vu précédemment que ce château avait été construit vers l'an 900
par l'évêque de Nantes, Foucher (p. 78).
[c. xxviii, an. 919] NAMNETENSE 85
celui jour par grant force, se rans le lendemain prendre
sauvèrenl touz jucques à la ledit chasteau avecques ses
nuyt, et les Normans gran- deffendans. Mais les Nantois,
dénient hissez, quant le sou- espouvantez par la grand
leill fut cou selié, s'en retour- multitude d'eux, prindrent
lièrent à leur navire, affin les ornemens de l'église et
que ilz prenseissent leur toutes les choses qu'ils peu-
vîande et se récréassent, es- rent porter, et s'enfuirent
pérans le landemain prendre chacun où il peut. Et alla
le chasteau avecques touz l'évesque Adalart avecques
ceulx qui le deffendoient; et ses clercs en Bourgoigne. Et
les Nantays, espoventez pour les Normans au matin des-
la grant multitude de ceulx cendirent de leurs nefs ar-
cruelz Normans, prindrent à niez et retournèrent au chas-
menuyt les ournemens de teau ; niais ils n'y trouvèrent
l'église et toutes les choses rien. Si entrèrent en l'église
qu'ilz porent porter et s'en et emportèrent à leurs nefs
fuirent touz es lieux où ilz les despoïlles et les ornemens
porenl estre asseur, et s'en qui y estoient demeurez;
fuit Adalardus, l'évesque, puis mirent le feu en la cou-
Bvecques tous ses clercs juc- verture de l'église et la brus-
ques en Bourgogne; et les lèrent, et aussi dérompirent
Normans au bien matin des- les murs du chasteau. En
cendirenl de leurs nelFs et après, montèrent ces Nor-
parvindrenl au chasteau, où mans par Loire et entrèrent
ilz ne trovèrent nulz de touz au fleuve de Mayenne, et,
le^ citoyens. Si entrèrent en quand leur veneue fut enten-
l'église, jà moult de foiz par due par les Angevins, ils lui-
culx destruitte, et tout ce rent et délaissèrent la cite, à
bue estoit illecques demouré laquelle allèrent lesdits Nor-
des despoulles et des aour- mans, et bruslèrent les égli-
neinens portèrent à leurs ses et ladite cite, ravissants
nells ; puix misdrent le feu les despouilles qu'ilz v trou-
en la couverture de L'église, vèrent. De là nagèrent jus-
laquelle ilz embrasèrent du ques à Tours et la dissipèrent
tout, et les murs du chasteau en semblable manière qu'ils
86 CHRONICON [c. xxvm, an. 919]
dérompirent. Ces choses avoient fait Angers. Puis
ainsi faittes, nagièrent les après allèrent nageant jus-
Normans contre mont Laire
et entrèrent ou fleuve du
Mainne ; pour quoy les An-
gevins qui ceste chose ouï-
rent s'en fuirent et délais-
sèrent leur cité, à laquelle
ques à Orléans, contre les-
quels les Orléanois s'eslevè-
rent et s'appareillèrent def-
fendre : mais après, véants la
grand multitude desdits Nor-
mans, ils eurent peur, et leur
allèrent ces homes cliabolic- donnèrent grands pécunes :
ques, et fortraïrent les des-
pouilles qu'ilz y trouvèrent
et embrasèrent les églises et
toute la cité. Puix d'ilecques
en après montèrent es neffs
par quoy ils délivrèrent eux
et leur cité. Lesquelles pé-
cunes receues par lesdits
Normans, ils descendirent
chargez de grandes richesses
et nagièrent jucques à la cité jusques à Bièce, une isle si-
de Tours, laquelle ilz destrui- tuée près les murs de Nantes
sirent en semblable manière et ainsi qu'ils y séjournèrent
qu'ilz avoient fait Angiers, et survindrent autres Normans
d'ilecques se départans et avecques grand abondance de
nageans, montèrent jucques à nefs, qui leur demandèrent la
Orléans ; à l'encontre des- moitié de toute la rapine leur
quelx les Aureliénoys s'esle- être distribuée, autrement ils
vèrent et appareillèrent leurs feroient bataille contre eux
armes pour soy deffendre, et ausquels les premiers moult
toutesfoiz grandement espo- contristez respondirent qu'ils
ventez de veoir celle inum- ne leur en bailleroient nulles,
brable multitude de Normans
leur donnèrent grans sommes
de peccunes et par ceste voye
délivrèrent eulx et leur cité
ains se deffendroient d'eux.
Et adonc prindrent les der-
niers Normans leurs armes,
et assaillirent les premiers,
de leurs mains. Lesquelles qui tout le jour leur résis-
richesses prinses et saisies, tèrent aigrement ; mais,
descendirent par le chanel comme le soleil se fust j-à ca-
de Laire, chargez de grans ché, s'enfuirent les premiers
despouilles jucques à l'isle de délaissants leurs pécunes et
Bièce, située près les murs de leurs nefs, et périrent tant
[c. xxix, an. 919-931 NAMNETENSE 87
Nantes1, et, ainsi qu'ilz de- des premiers que des der-
mouroient illec, seurvindrent niers bien les deux parts. Les
granl habundence d'autres derniers toutesfois qui Je-
udis chargées de Normans, mourèrent victorieux prin-
(|iii leur requirent que ilz drent les nefs et les despouil-
Leur distribuassent la moitié les, et par le ûeuve de Loire
de toute la rapine cju'ilz s'en allèrent en la basse Bre-
avoient prinse, ou autrement tagne (E, p. 128 et 129).
ilz feroient bataille avecques
eulx. Laquelle chose ouye,
les premiers Normans gran-
dement atristez respondirenl (ju'ilz ne leur donneroient
nulle partie de leurs choses, mais se de ffendr oient d'eulx
vigoreusement. Et adonc les derroins Normans prindrent
leurs armes et combatirent contre les premiers, qui tout le
jour aigrement leur résistèrent. Et toutesfois, comme le
souleill se couschoit, s'en luirent les premiers délaissans
toutes leurs proyes et navires, et périrent tant des premiers
que des derroins les deux pars. Mais les derroins, qui es-
loienl démolirez victeurs, substraïrent toutes leurs nefis,
peccunes et despoulles, et par le fleuve de Laire retournèrent
plus avant en Bretaigne (F, 1° 129 r°etv°).
XXIX.
Civitas autem Namnetica Et la cité de Nantes de-
sine ullo habitatore vacua et moura vuide et par long
\\l\ A DEF.
I. L'île de Biesse esl aujourd bui comprise dans la ville même de Nantes.
II existe encore à Nantes une prairie (jui porte ce nom, et deux rue- appelées
rue <le Petite et de Grande-Biesse. - Comme je l'ai dit plu- haut, le récit
de ce combat, li\ ré entre deux bandes de pirates bous les murs de Nantes, a dû
être emprunté par notre chroniqueur & la vie de suint Gonvoion. liais cel
nement eut lieu eu «S ,~) ( i . au temps du duc Ërispoé. I ! est par erreur qu il esl
rattache ici à I invasion de 9 i 9.
88 CHROMCOIN [c. xxix, an. 919-937]
omnino longo tempore de- temps déserte sans aucuns
serta remansit ' ; nain isti habitans. Car ces Normans et
Normanni et alii, sperantes les autres espérans la tenir en
eamin potestate sua retinere, leur puissance de leur bon
ita déserta m consulte fade- gré la faisoient déserte, affin
bant, ut cuhores prae pavore que les cultiveurs pour la
eorum nunquam ad eam pos- peur d'eulx jamais ne retour-
sidendam redirent. Sicque liassent à la possider. Ainsi
civitas Namnetica per plures demonra la cité de Nantes dé-
annos derelicta, vastata, et laissée en gast par pluseurs
veprïbus spinisque occupata ans et plaine de ronces, d'es-
remansit*, donec Alanus Bar- pines et de grans buissons
batorta, Alani Magni nepos, [F, f° 129 v° et 130 r°), jus-
surrexit et hos Normannos qu'à ce qu'Allain, surnommé
ab omni regione Britannica Barbetorte, neveu d'Allain le
et a fluvio Ligeris, qui illis Grand, s'esleva, qui débouta
erat nutrimentum magnum, lesdits Normans de toute la
omnino depulsos dejecit. Iste région de Bretagne et du
vero Alanus cum rege Anglo- fleuve de Loire, qui leur es-
rum Adelstanno ab infantia toit grand nourissement.
fuit nutritus, corpore validus [Duquel Allain, dit outre ledit
et fortiter audax, apros et acteur de la Chronicque de
ursos in silva minime curans l'église de Nantes, qu']il fut
eos cum ferro occidere nisi fort de corps, puissant et
cum lignis silvaeb. Congre- hardy, en tant qu'il ne dai-
gata navium parvitate, cum gnoit occire les sangliers ne
his Britannis, qui ibidem ad- les ours par fer ne par glaive,
hue superstites erant, venit mais avecques un baston seu-
per licentiam régis revisere lement. Si assembla en An-
XXIX. — a) nam isti Normanni etc. usque ad occupata remansit desunt
A D • addenda et sic restituenda esse videntur ex E et F. — b) apros et
ursos etc. usque ad lignis silvae desunt D.
1. L'occupation de Nantes par les Normands dura dix-huit ans, de 919 à
937. En 921 et 927, la possession du comté de Nantes, que les pirates avaient
en fait depuis plusieurs années déjà, leur fut officiellement reconnue par les
Francs (cf. Annales de Flodoard, dom Bouquet, VIII, 177 et 184).
[c. xxix, an. 919-9 : \WIM;ï ENSE 85
Britanniam1. Quum autem gleterre petit nombre de
primum applicuisset l)ol<> nefs, et, après ce qu'il eut
monasterio, reperil ibidem prins congé du royAdelstane,
turbam Normannorum nup- repassa en Bretagne aveeques
tfas celebrantem, quam ex les Bretons, qui encores luy
improviso aggrediens detrun- estoientdemourez : et, comme
cavil oranem °, Deinde, au- il arrivast premièrement au
(liens quod apud Sanctum monastère de Dol, il y trouva
Briocum alia habebatur, na- une tourbe de Normans qui
vigavit illuc et quoscumque célébroieni festes, nopces « i
tnvenit Normannos gladio in- esbatemens, laquelle il assail-
terfeoit. Hoc rumore audito, lit en clcspourveu, et la dé-
qui erant per totam Britan- trancha et misl en pièces. Et
niae regionem dispersi, to- de là en après pour ce qu'il
lam terram dimiserunt. l>ri- entendit qu'à Sainct-Brieuc
tanni vero, Normannis fuga- y en avoit une autre multi-
tis, ex totis partibus venicn- tude, il nagea celle part, et
les ad Alanum, illum super occist tout ce qu'il en trouva,
seducem erexerunt et consti- Et, quand les autres qui cs-
tuerunt2. Interea, duni haec toienl dispersez par toute la
Bgerentur, auditum est quod région oïrent celle rumeur,
apud urbem Namneticam ils délaissèrent la terre. Et
magna Normannorum plia- les Bretons, qui ainsi les eu-
langa habebatur, qui Ipsam renl chassez, convindrenl de
urbem volebant habitare. toutes paris à Allain, lequel
\ \ I V — c) omnes I).
1. Ce fut en 936, grâce aux Becours qu'il reçut du mi idelstan, qu Main
put quitter l'Angleterre et rentrer avec une petite armée en Bretagne : Brit-
tones a transmarinis regionibus, Alstam régis praesidium rêver tentes,
terrain snam repetunt ( Flodoard, Annales, ml an. 936). — Le séjour d'Alain
eu Angleterre auprès d'Adelstan lui donc de cinq ans (931 à 936). Il est fort
possible (lue, dans sa jeunesse, Main ail été mené par son père Mathuedoi à
m cour du roi Edouard cl \ ail vécu quelque temps en compagnie d'Adelstan,
lils de ce prince. On saii que les rapports de- rois anglais avec les Bretons
étaient fréquents au commencement du \(< siècle. D'après le chroniqueur de
Nantes, ce serait Adelstan Lui-même qui aurait tenu Alain sur le- fonts bap-
tismaux (voir plus liant, p. 83).
2. Cette élection d'Alain connue duc de- Bretons esl de L'année 937.
90 CHRONICON [c. xxix, an. 919-937]
Quare dux Alanus, congre- ils constituèrent seigneur et
gatis militibus non multis, prince sur eux. Et, comme
equitavit usque ad hanc ur- ces choses ainsi se fissent, il
bem, reperiensque eos in fut rapporté à Allain qu'en la
prato Sancti Aniani corn in- cité de Nantes y avoit grand
genti multitudine hospitatos, nombre desdits Normans, qui
pugnavit cum eis. Sed illi, ladite cité vouloient habiter ;
fortitudinem ejus parvipen- pour quoy il assembla des
dentés, fugaverunt illnm us- chevaliers, non pas grand
([lie ad summitatem montis. nombre, etchevauchajusques
Ibique valde lassus et fati- à celle cité, où il les trouva
gatus residens et sitim mag- logez au pré Sainct-AVgnan
nam patiens, deplorare gra- en grand multitude. Si com-
viter coepit et beatam Ma- bâtit Allain contre eux; mais
riam, Dei genitricem, humi- les Normans, prisants peu sa
libus precibus invocare, ut ei force, le chassèrent jusques à
succurrere dignaretur et fou- la sommité de la montagne,
tem aquae vivae aperiret ad où Allain résidant, grande-
potandum sibi et suis militi- ment las ettravaillé, souffrant
bus, unde ipse et omnes sui soif merveilleuse, commença
milites potati vires résume- à plorer griefvement, et par
rentd. Cujus precibus Virgo humbles prières appeller
Maria ad nutum ejuse ape- l'aide de la benoiste vierge
mit illi sitienti fontem aquae Marie, mère de Nostre-Sei-
vivae, quae adhuc fons Sanc- gneur, qu'elle luy daignast
tae Mariae vocatur1. De qua ouvrir une fontaine d'eau,
aqua illius fontis ille Alanus, dont luy et ses chevaliers ab-
dux excellentissimus et om- breuvez reprinssent leurs
nés sui Britones, ibidem pro forces. Lesquelles prières
tune existentes, suffîcienter oyes par la Vierge Marie,
bibentes, vires receperunt. elle luy ouvrit à son vouloir
Quibusgacceptis, ad pugnam une fontaine, qui encores est
redire volentes expugnan- appellée la fontaine Saincte-
X\IX. — cl) undc ipse etc. usque ad vires résumèrent desunt D. — e)
pro ad nutum ejus D habet auditis. — f) juxta manerium de la Hauterie
prope Namnctis addit A. — g) viribus D.
[c. \\\, an. 939-940circa NAMNETENSE 01
tesque fortiter Normannos et Marie, de laquelle luy e1 les
acriter eis resistentes, omnes siens, suffisamment r aurai s-
detruncaverunt, praeter illos chis et recréez, recouvrèrenl
qui aufugerunt. I|>si equi- leur vertu, e1 retournèrent
dem Normanni valde perter- vaillants à la bataille. Si as-
riti per alveum Ligeris remi- saillirent fermement les Nor-
gando descendentes luge- mans, et leur résistans aigre-
nint '. nient les occirent et détran-
chèrent, lors ceux qui s en-
fuirent, lesquels grandement
espouvantez descendirent nageants par le lleuve de Loire.
et s'en allèrent {Et [). 132 el 133 .
Al an us vero, omnibus Nor- El Al lai n Bar betorte, quand
mannis devictis et ab omni- il eut vaincu tous les Nor-
bus Britanniae partibus et mans et chassé de toutes ses
(imbus fugatis*, intravit ur- contrées, entra en la cité de
\\\. AD E F.
1. Les trois combats, livrés par Alain contre les Normands, à Dot, à Saint-
Brieuc el à Nantes, appartiennent à l'année ;*:;7. Flodoard, dans ses annales,
l'ail allusion à ces diverses victoires des Bretons: Brittones ad sua loca post
diutinam regressi peregrinationem, cum Nortmannis, qui terram ipso-
rum contiguam sibi pervaserant, frequentihus dimicant preliis, supe-
riores pluribus existentes, et loca pervasa reeipientes. (Flodoard, ad
(nui. 937). Sur le combat tic Nantes, voy. dans Séance publique de la So-
eiété académique de Nantes (Nantes, 1825. in-8, p. 77 à 88), un article
intitulé : Sur le champ de bataille ou Alain Barbetote défit les Nor-
mands.
2. Ce ne lui qu à la suite «I une victoire définitive, remportée sur les Nor-
mands !'■ I" aoûl 939 par le «lue Main. Bérenger, comte de Rennes, et llu-
gues, c'»inlc du Mans. (|ii,- la Bretagne lui entièrement délivrée de ses enva-
hisseurs Ce combat eut lien à Trans (Ille-et- Vilaine, arr. Saint-Malo,
canton de Pleine-Fougères) ; pendanl longtemps, ce lut une coutume en Bre-
tagne de célébrer le lep aoûl l'anniversaire de cet événement (cf Le Baud,
Histoire de Bretagne, p. 134 cl 138). Flodoard, à l'année 939, mentionne
cette bataille : Brittones, cum Nottmannis confligentes, Victoria potiun-
tur, ci quoddam Nortmannorum castellum cepisse feruntur.
92 CllIlONICOX [c. xxxi, an. 939-940 circa]
bem Namneticam, a pluribus Nantes(f£, p. 133), qui par plu-
annis desertam a, et ad eccle- seurs ans avoit esté déserte,
siam beatorum apostolorum puix alla a l'église de Saint-
Petri et Pauli mucrone suo Pierre et de Saint-Poul avec-
cum omnibus suis Britannis ques touz les siens, faisans
viam faciens, veprium spina- voyes à leurs espées, et trans-
rumque reseeando densita- chans les espines et les ron-
tem, perveniensque ad eccle- ces, qui par touz les lieux de
siae introitum, ejns parietes la cité estoient creues, mais,
dirutossine ulla tectura repe- corne il fut parvenu devant
rit. Oransque ipse atque alii l'entrée de l'église, il trouva
Britones, socii sui, unanimi- les apparoiz dérompuz sans
ter apostolorum sufFragia , nulle couverture. Icelui Àl-
condolentesdeplanxerunt eo- lain et ses compaignons dé-
rum ecclesiae pulchritudinis prièrent de ungmesme accord
indicia. Perspectisqne intus les suffrages des apostres (F,
et foris f totius urbis commo- f° 131 r°), plaignant grande-
ditatibus, voluit ibi Alanns ment la beauté de ladite église
sedem suam principalem fa- qai estoit détruite, laquelle
cere, mandansque omnibus ils cognoissoient par ses in-
Britannis ut victualibus one- dices. Et quand Atlain eut
rati sibib Namnetis occur- regardé les rues, les marchez
rerent, praecepit eis terra- et les commoditez de toute
rium magnum in circuitu ec- la cité, il voulut y faire son
clesiae facere, sicut munis siège principal, et manda à
prioris castri steterat: quo tous les Bretons qu'ils allas-
facto, turrem principalem fa- sent à luy à Nantes chargez
ciens seuc reficiens, in ea do- de vivre ; et, quand ils y fu-
mum suam constituit. rent, il leur commanda qu'ils
fissent un grand terrare au
XXX. — a) pluribus annis desertam desunt D.
faciens seu desunt D.
— b) civitati D. — c)
1 . Le Baud traduit ces mots par « les rues et marchés » . Le manuscrit
qu'il avait sous les yeux portait vicis et foris au lieu de intus et foris.
[c. xxxi, an. 940 circa NAMNETENSE
circuit de l'église, comme le mur <lu premier chasteau avoit
esté; lequel accomply, il refistla tour principale, et constitua
sa maison dedans [E, [). 133).
XXXI.
Audientes autem comités,
vicecomites et mathiberni,
per plurcs regioues8 fugitivi
et adhuc tune temporis su-
perstites, quod idem Alanus
dux et dominus totius Britan-
niae erat, fugatis et devictis
Normannis, accurrerunt illi
valde laetificati ; inter quos
vero Hostronusb, britannus6,
Sancti Pauli Leonensis epis-
copus1, occurritd. Cui Alanus
Quand les comtes de Bre-
tagne, les vicomtes et les ba-
rons, qui encores estoient
fuît ifs et démoulants par plu-
sieurs régions, oïrent qu'AI-
lain Barbetorte, neveu du duc
Allain le Grand, estoit prince
et seigneur de toute Bretagne
et avoit chassé les Normans,
ils accoururent moult joyeux
à luy ; entre lesquels y vint
Hoctron, évesque de Sainct-
\\\l. A DE F. — a) per plures regioncs désuni /). — 1)) Hoclronus D.
— c) deest />. — d) deest I).
1. Hesdren cul pour successeur, comme évêque (te Saint-Pol-de-Léon,
Gonan, qui mourut quelques années plus lard, vers 945 (cl'. Létald, Mira-
cula S. Maximini , Migne, P. L., t. 137, col. 809). Dans Le même temps,
Hesdren, devenu évêque <lc Nantes, est signalé avec Wicohen, archevêque de
Dol, Blinlivet, évêque de Vannes, Salvator, évêque d'Alet, Jean, abbé de
Landévennec, Bérenger, comte de Rennes, Hoël cl Guérech, lils du duc
Main, cl un grand nombre d'autres seigneurs bretons, comme formant I i n-
tourage du duc de Bretagne, Main {('/titulaire de Landévennec, dans la
Collection drs l >oc unieiits inédits. Mélanges historiques, l . V, p. 562-
56 'i). — Les historiens bretons ont généralement cru qu'il 3 avait eu a cette
époque deux évoques de Nantes s étant Buccédé à quelques années d intervalle,
l'un nommé Hoctron, qui serait celui dont il e>l ici question, le second, Hes-
dren, connu par plusieurs autres document-. M. l'abbé Duchesne a récem-
ment conjecturé qu' Hoctron cl Hesdren n'étaient qu'un Beul et même nom
(Catal. épiscop, de la prov. de fours, p. 74, note 3). On peut aujour-
d nui regarder celle conjecture connue un fait certain. La cause de la confu-
sion provenait d une mauvaise Leçon du manuscrit que dom Lobineau mil en
œuvre pour sou édition de la Chronique de Nantes, La forme Hoctronu
remplacée par Hostronus dans les meilleures copies de la Ghroniqu
94 GHRONICON [c. xxxi, an. 940 circa]
dux auctoritate propria0 or- Paul, auquel Àllain concéda
dinavit ut ecclesiam Namne- qu'il gouvernast l'église de
ticam invita sua regeret, quia Nantes durant sa vie, car
defunctus erat Adalarclusf, Adalard l'évesque estoit mort
episcopus, cum suis clericis, [E, p. 133), avecques touz
exceptis quatuor canonicis, ses clercs, exceptés seulle-
videlicet Letardo, archiclia- ment Létard, archediacre,
co7io, Ogerio, Hugone et Du- Ogier, Hugues et Durant,
rando, cognomine Pabion^, seurnommé Pabion, qui, en-
qui, hoc rumore récupéra- tendans la rumeur de ceste
tionis audito, ad urbem Nam- recouvrance, parvindrentà la
neticam pervenerunt. Ipsi cité de Nantes, et, pleignans
equidem, valde condolentes grandement la dignité de
ecclesiae Namneticae digni- leur église et la noblesse de
tatem et suae pulchritudinis sa beauté, qu'ilz avoient re-
nobilitatem, quam oculis suis gardée de leurs yeulx, rap-
perspexerant, satis lacrima- portèrent par mémoire et dé-
biliter referebant, quod urbs clairèrent les cens, rentes,
tota Namnetica in potestate possessions, terres, devoirs,
cpiscoporum steterat, et om- privilèges, libertez et fran-
nes ecclesiae intus et foris chises de par avant apparte-
sitae, et terra tota ab ipso nans à ladite église, et dont
muro civitatis sita usque ad les chartes royalles estoient
quinque leugas11, et omnes dépéries par l'oppression des
Ligeris insulae cum omni Normans [F, f° 131 v°). Et
piscatione hune terminum divisa Allain, [selon ledit ac-
continentes, exceptis curti- teur,] le tribut du port de la
bus et villis, per territorium cité, dont l'évesque par avant
Namneticum et per Andega- avoit une moitié, et l'ordonna
vinum pagumeonsistentibus; en trois parties, desquelles il
XXXI. — e) auctoritate propria desunt D. — f ) Atardus A. — g) vide-
licet Letardo, etc. usque ad Pabion desunt A ; addenda et sic restituenda
sunt ex F. — h) leuias A ; corrigendum esse leugas puto.
Saint-Brieuc. La légère différence, qui subsiste entre Hostronus et Iles-
trenus, s'explique facilement par une erreur de copiste.
[c. xxxi, an. 9i0 circa] NAMNETENSI 95
ci de his omnibus canonici retinl la première à luy, la
ecclesiae Namnetieae ad eo- seconde donna à L'évesque, el
rum stipendia tertiam partem la tierce aux vicomtes. Et
possidebant1. Et deinde Ala- semblable ment divisa la cité
mis Barbatorta proprietates en trois, dont il bailla audit
episcopatus Namnetensis val- évesque Tune, qui estoitter-
de adminuit1, quia1 thelo- minée au mur par devers Ac-
ncuin Namnetense, un de épis- quillon jusques au port Ta-
copi medietatem habere sole- rarie et aux prez où la Vierge
haut", in très partes divisit : Marie, quand il eut soil, luy
sibi primamk partem retinuit, ouvrit la fontaine, et les au-
secundam episcopis conces- très deux parties distribua à
sit, et tertiam vicecomitibus ses chevaliers (E, p. 133).
et proceribus $ et simili modo
ipsam urbem, quam episcopi
usque tune ex pristinis tem-
poribus in proprietate sua tenuerant, totam1 in très distri-
buit partes. De quibus pars episcoporum usque in ipso muro
civitatis satis evidenter ab Aquilone terminata apparet, et
jnxla Sanctae Mariae cancellum3 per quemdam viculum "
descendit " usque ad portam Carariam \ quae post porticulam
episcopalem secunda ad austrum habetur. Terras vero, quae
\\\l. — i) adminueral ./. — j) cum sui> clericis, exceptis quatuor cano-
nuis, videlicel Letardo archidiacono. etc. usque a<{ valde adminuit quia de-
su nt I). ■ — ■ k) unaiu />. — \) quam episcopi usque tune, etc. usque ad te-
nuerant totam désuni D. — m) vinculum -/ ; viculum legendum
videtur. — m) et juxta Sanctae Mariae, etc., usque ad descendit désuni D.
1. Vu soin que prend ici Le chroniqueur de Nantes d'enumérer, non sans
exagération, tous les anciens droits et les possessions de I évêque el des cha-
noines de Nantes, on peut présumer qu il était lui-même membre du Chapitre
de cette cité.
2. La moitié <ln tonlieu de la ville de Nantes avait été accordée à l'évêque
Retard en 857 par le duc Erispoé (voir plus haut, ch. \i\ ).
.'!. Il faut, je crois, entendre ici par cancelLus Sanctae Mariae \<-
mème de Notre-Dame (voir Glossaire de Du CSange au mot Cancellus).
Sur L'église Notre-Dame «le Nantes, ci', abbé Travers, Histoire de la ville
cl du comté (/c Nantes, I, 161.
'i " La porte Gharière était entre le château d'aujourd hui et la Tour du
o Mûrier » (abbé Travers, ibidem, I. 158).
96 CHRONIGON [c. xxxn, an. 9i2 circa]
per territorium Namneticum juris ecclesiae Xamneticae et
episcoporum steterat, militibus suis distribuât, exceptis qui-
busdam parochiis eidem0 ecclesiae Namnetensi dimissis p,
videlicet1
XXXII.
Iste dux Al an a s fuit vir po-
tens ac valde adversus ini-
micos suos belligerator fortis,
babens et possidens omnem
Britanniam, fugatis inde Xor-
mannis, sibi subditam a, et
Redonicum pagum et Nam-
neticum. et etiamtrans Lisre-
rim Medalgicum, Teofalgi-
cum et Herbadillicum ad se
retinuit et recuperavit, ac de
ipsis locisbcum comité Pic-
tavensi, Guillelmo, cogno-
mento Caputde Stupis2, finem
f'ecit, sicut ipsi pagi termi-
nant, id est a flumine Ladio-
nis4, in Ligerim descendente,
Ce duc Allain [selon ladite
chronicque de Nantes] fut
puissant et grand batailleur à
l'encontre de ses ennemis, et,
après ce qu'il eut chassé les
Normans, eut toute Bretagne
snjète, et le païs de Rennes
et celuy de Xantes, et mesme-
ment, outre Loire, Maulge,
ThifFaulges et Herbauges ,
dont il fist fin et division
avecques le comte Guillaume
dePoictiers, surnommé Teste
d'Estoupes , ainsi que les
Bretons 3 le démontrent :
c'est à scavoir du fleuve La-
dion descendant en Loire jus-
XXXI. — o) ejusdem A ; eidem corrigendum esse puto. — p) quae post
porticulam, etc., us que ad dimissis videlicet desunt D.
XXXII. ADEF. — a) fuit vir potens, etc., us que ad subditam
desunt D. — b) ad se retinuit et recuperavit ac de ipsis locis desunt D ;
pro /us verbis D habet : de quibus.
1. Le manuscrit À offre ici une courte lacune que ni la traduction de Le
Baud (/: et F), ni l'édition de D. Lobineau (-0), ni aucun autre manuscrit
actuellement connu ne permettent de combler.
2. Guillaume Tète d'Etoupes, comte de Poitiers de 935 à 963.
3. Le manuscrit F (f° 132 r°) porte ici plus justement « ainsi que les
bournes le déclarent ».
4. Le Layon, atlluent de la rive gauche de la Loire.
[c. wxiii. an. 946] NAMNETENSE '■•:
usque adlrumnam1 flumenet ques à Dirimino, îi [a Pierre
Petram Fictani ' et Ciria- fichée, nu Tiriac et au fleuve
cumd et flumen Ledii*, quod Lédy, qui décourt eu la mer
in mare Occidentale decurrit. d'Occident, et toutes celles
Haec omnia et singula idem terres tint en repos durant
Alanus Barbatorta in vita sua sa vie (E, p. 133 et L34 .
retinuit 3.
XXXIII4.
Contigitautem quodeodem [Aussi dit le dessusdit ac-
tempore Ludovicus, Gallo- teur des chronicques de
rmn rex transmarinus, Otho- Nantes qu']en celuv temps le
XXX II. — c) Potram Frictam A. — d) Airiacum D.
XXXIII. A EF.
1. L'Ironne se jette dans Le Layon à Saint- Lambert-du-Lattay, Maine-et-
Loire, arr. Angers, canton de Thouarcé. — Le Layon et L'Ironne formaient
la limite orientale du pays de Mange, cpi ils séparaient de 1 Anjou.
2. Petraficta, Pierrefitte, Deux-Sèvres, arr. Bressuire, canton de Saint-
Varent; Ciriacum, Chiré, Deux-Sèvres, commune de Saint- Yarent ; flumen
Ledii, le Lay, qui se jette dans l'Océan et servait de frontière aui pays d'Her-
bauge et de Poitou.
3. La date de ce traité entre Alain Barbetorte et Guillaume Tête d Etoupes
doit être I année '.''«1 ou [)\2. On a une preuve de L'alliance, <|ui existait entre
ces deux seigneurs en (.)'i'2. dans le voyage simultané qu'ils firent auprès du i"i
pour l'assurer de leur fidélité : Willelmus Pictavensis et Brittones cum
suis principibus ad regem venerunt (Flodoard, Annales, ad ann. 942; cf.
Richer, II, 28).
'i. Le récit, contenu dans ce chapitre, a un caractère Légendaire très ac-
centué : on \ remarque des faits erronés et confus, mêlés à des événements,
<|iii ont L'apparence de la réalité. En 978. L'empereur Otton II. en guerre
contre le roi Lothaire, lit Le sièire de Paris et en fui repoussé par les Francs.
Pendant ce siège, il \ eut un combat singulier entre l'un des seigneurs en-
fermés dans Paris et un guerrier allemand de L'armée d'Otton (cf. Lot, Les
derniers Carolingiens, p. 101, note I). Ce combat, qui frappa vivement
I imagination populaire, est certainement l'origine de la Légende rapportée ici
par le chroniqueur de Nantes. Mais alors, Main Barbetorte était mort. Le
liège de Paris, auquel il prit part, ne peut être cpie celui de 946 V cette
date, Louis d 'Outremer appela à son aide tous >, - vassaux ainsi que le roi
Oltou 1"', afin de se venger i\<-< Normands et du duc de France, Hugues le
Grand. L'armée des deux rois assiégea Paris et dévasta les environs (cf. Ri-
cher, II. 56-58) Il est hors de doute qu'Alain Barbetorte vint au -.cour-
»8 CHRONICON [t. xxxm, an. 946]
nio imperatori caluniniam roy Loys transmarin impo-
imponens de Lotharii regno, sa calumpnie à l'empereur
bella cum eo magna habere Othon du royaume Lothaire
voluit. Adversus quem Otho- qu'on nomme Lorraine, et
nius imperator, magnum mo- luy voulut faire guerre. A
vens exercitum, venit usque l'encontre duquel ledit Othon
urbem Parisius ad eam ca- empereur meut grand exer-
piendam.UnderexLudovicus, cite, et vint jusques à la cité
valde iratus et adventum im- de Paris à la jDrendre. [Et dit
peratoris timens, mandavit après ledit acteur des chro-
suis commilitibusac omnibus nicques de Nantes que] le
fidelibus, et etiam illustri roy Loys, pour résister à
principi Alano, duci Britan- l'empereur Othon, manda
niae, cognomento Barbator- tous ses comtes et ses féaux,
ta, jam satis fama probitatis et aussi Allain, duc de Bre-
ejus etfortitudine audita^ver- tagne, surnommé Barbetorte,
bis amicabilibus scripsit, ut dont il avoit jà assez oye la
omnessibipotentivirtutesub- renommée, la proesse et la
venirent. Quum autem omnes force, et les pria qu'ils luy
ad praefatam urbem defenden- allassent aider avecques leurs
dam congregati fuerunt, fuit puissances. Et, quand ils fu-
unus ex Saxonibus, vir po- rent tous assemblez à defïen-
tentissimus, corpore validus, dre la dessusdite cité, fut
ex parte Othonis imperatoris, [selon ledit acteur] un des
fratris11 reginae2, quae erat Saxons très puissant, homme
XXXIII. — a. frater A ; iegendum esse fratris videtur ex E.
de son suzerain; mais le rôle qu'il joua dans cette campagne n'est pas connu.
Quant aux faveurs qu il obtint alors du roi, ainsi que son alliance avec
Thibaut le Tricheur et les événements qui en furent la conséquence, ce sont
des faits qui rentrent dans le domaine de l'histoire.
1. Louis d'Outremer connaissait Alain Barbetorte autrement que par la re-
nommée de ses exploits. Ils avaient vécu cinq ans ensemble à la cour d'Adels-
tan, roi d'Angleterre. Cette vie en commun sur la terre d'exil explique
mieux que toute autre raison les bons rapports qui existèrent toujours entre
le duc des Bretons et le roi des Francs.
2. Gerberge, femme de Louis d Outremer, était la sœur du roi de Ger-
manie, Otton Ier.
[c. x.wm, an. 9i6 NAMNETENSE
uxor illius Ludovici régis, vaillant de corps, de la pari
qui omni die comités et pro- de l'empereur Othon, frère
ceres Franciae soins provo- de la roine, femme du rov
cabat, ut meliorem et fortio- Loys, qui chacun jour appel-
rem ex eis eligerent, qui eu m loit les comtes et les barons
eopugnansdefenderet melius de France qu'ils esleussenl
et justius regnum Francorum le meilleur d'eux à combattre
Ludovico pertinere quam contre luy. et deffendre que le
Othoni imperatori. Quo au- royaume de France mieux et
dito, omnes proceres eteomi- plus justement appartenist
tes Franciae perspicientes au rov Loys qu'à O thon. La-
staturam Saxonis et magni- quelle chose oye par tous les
tudinem, nullam inde auda- comtes et barons françois,
ciam accipere praesumpse- regardons sa stature et sa
runt. Alanus vero, Britonum grandeur, ne présumèrent
(lux, pluribus diebus exspec- prendre aucune audace de ce
fans, ut aliquis ex tantis no- faire. Mais, quand Allain le
bilibus, ibidem congregatis Breton eut attendu plusieurs
et existentibus, contra Saxo- jours, et eut cogneu que nul
nom ad jus regium defenden- de tant de nobles hommes ne
dum exiret, magnam indeve- issoit contre luy à deffendre
recundiam habuit1. Quadam le droict royal, il fut tout
autem die, dum ille furibun- honteux. Et un jour, comme
dus Saxo, soins in prato celuy furieux Saxon demou-
consistens, omnibus Francis rast tout seul en la prée,
1. M. F. Lot, dans un très intéressai) I article, intitulé Geoffroi Grist
nelle dans l'épopée {Romania^ \l\. .'>77-;!(.i;>). a montré qu'au m'' siècle
on récitai! dans loues! «le la France des poèmes épiques, célébrant la pari
qu'avait prise le comte <l Iniou dans la lutte du roi Lothaire contre les \lle-
mands «mi '.i7S. Ces poèmes relataien! entre autres épisodes le combat singulier
de ( reoffroi cl d'un Danois sous les murs de Paris. Les circonstances du récil .
analysé par M. Lot, offrent la plus grande analogie avec la narration «lu chro-
niqueur de Nantes. On peut en conclure que les Vngevins attribuaient à leur
comte Geoffroi l'honneur dune victoire que 1«'- Bretons reportaient à leur
duc Main Barbet or te. Cette substitution d'un personnage à un autre s'obs
fréquemment dans les chansons de geste. — Le récit <lo la Chronique «le
Nantes n'a |>a> été utilisé par M Lot, qui, mieux que personne, en aurait su
lirer parti.
100 CHRONICON [c. xxxm, an. 9iC]
opprobria magna et convitia reprouchant les François ,
exprobraret, Alanus, hoc vi- Àllain print secrètement ses
dens, armis latenter acceptis armes, et fist appareiller son
et equo paratob, fecit navi- cheval, puis se fist monter
culam per fluvium Secanae par un petit navire sur le
ascendere longe ab urbe, ne fleuve de Seine, loing de la
iter demonstretur, et sic flu- cité, afin que sa voye ne fust
vium pertransivit1. Equitans- cogniïe : et ainsi le passa, et
que per pratum adversus chevauchant par la prée con-
Saxonem, pugnavit cura eo tre le Saxon, combatit contre
et caput ejusdem Saxonis, luy, véants tous les François,
videntibus cunctis Francis et
Saxonibus atque Teutonicis,
amputavit. Quod autem ille
dependens sellae suae corri-
giis ligatum, venit ad ripam
les Saxons et les Theutoni-
ciens, et lui couppa le chef,
lequel il pendit à sa celle, lié
avecques des courroyes, et
retourna à la rive du fleuve,
fluminis, ubi parva navis sibi où la nef luy estoit appa-
parata erat, in qua iterum reillée, en laquelle il entra
ascendens, navigando ad derechef, et nageant vint
praefatam urbem portum prendre port à ladite cité. A
XXXIII. — b. percito A ; parato legendum est ex E.
1. Dans le récit relatif à GeoflYoi Grisegonelle, le comte d'Anjou, avant de
traverser la Seine, pour aller combattre son antagoniste, passe la nuit dans la
maison d'un meunier, qui le lendemain lui fournit une barque pour franchir
le fleuve (Lot, livre cité, p. 378). Cette partie de la légende me semble avoir
pour origine une tradition qui avait déjà cours à la fin du xu siècle. Richer
(1. II, c. 57) raconte que, lors du siège de Paris par le roi Otton Ier en 946,
le duc Hugues le Grand avait donné l'ordre de ne laisser aucune barque sur
la Seine, pour empêcher l'armée ennemie de traverser le fleuve. Plusieurs
soldats d'Otton pai vinrent néanmoins à passer de l'autre côté de l'eau, et,
s étant mis à la recherche des barques, ils arrivèrent chez un meunier, qui
leur donna 1 hospitalité pendant la journée et une partie de la nuit, et leur
fournit enfin le moyen de s'emparer d'un grand nombre de bateaux et de les
transporter sur l'autre rive. Tous ces éléments légendaires ont donc leurs
sources dans divers épisodes, peut-être réels, des deux sièges de Paris par les
Allemands en 946 et en 978. Malgré les trente années qui les séparaient l'une
de l'autre, les invasions d'Otton Ier et d Otton II, notables chacune par l'ap-
parition soudaine des Allemands et des Saxons en France et par un siège in-
fructueux devant Paris, ne devaient pas tarder à se fondre l'une avec l'autre
dans la tradition.
^J'of S^
X
r LIBRARY
CAMPBELL
COLLECTION
[c. xxxiv, an. 946] NAMNETENSE 101
accepit ; exilientesque omnes l'encontre duquel saillirent
de civitate nobiles et igno- tous ceux de celle cité de
biles contra eu m, glorifica- Paris, nobles et non nobles,
verunt Deum, qui superbos glorifians Nostre Seigneur,
humiliât et exaltât huuiiles. qui humilie les orgueilleux
Alanus, superbo hoste devic- et exauce les humbles. El
to, victor gloriosus factus, quant Allain eut ainsi vaincu
ostendit régi Ludovico capnt son orgueilleux ennemy, il
inimici sui amputatum. Quo s'en alla glorieux victeur, et
facto, Othonius imperator exaucé sur tous les habitans
valde perterritus in patriam de France au royLoys, et luy
suaui cum suo exercitu rediit en montra ledit chef tranché,
tristis. Sicque urbs Parisio- Après laquelle chose l'empe-
riini ab infestatione inimico- reur s'en retourna en sou
rum suorum per manum pais; et ainsi fut la cité de
Alani liberata remansit. Paris délivrée de Tin festation
de ses ennemis par la main
d'Allain le Breton (E, p. 134
etl35).
XXXIV.
Regina vero, deplangens [Et (lient après les chro-
valde fratris sui opprobrium*, nicques de Nantes que] la
paravit Alanimi ducem occi- roine Gerberge, plaignant
dere furtive aul polionibus grandement la honte de son
mil aliis insidiis. Quo audi- frère Othon, voulut faire oc-
to, Alanus commeatum a cire Allain furtivemenl par
rege requirens, deprecatus poison ou par autres sur-
esl eum, ut quicumque ser- prises. Pour quoy Allain, qui
vus vel CollibertUS Britan- l'entendit, se partant dn rov
\\\l\. ./ DE /•'. — a) moriem ./; corrigendum esse opprobrium
pUtO Cl E.
102 CHRON1CON [c. xxxiv, an. 946]
nia m, causa manendi ibi, pe- Loys luy pria que si aucun
tierit, liber ab omni servitute serf ou affranchv de son
concessione sua omni tem- royaume venoit en Bretagne
pore permaneret. Namque, pour y résider, il y peust
timens semper ne iterum demourer franc de toute ser-
Normanni ad eam devastan- vitude sans qu'il le vendicast :
dam redirent, volebat pa- car il craignoit tousjours que
triam populare ut melius se les Normands retournassent
a barbaris posset defendere1. à la dégaster et la vouloit
Ac etiam addidit ne amplius revestir, afin que, quand elle
ad curiam ejus invitaretur, seroit habitée, elle se deffen-
quandiu regina viveret. Cui dist d'eux. Si luy concéda le
rex gratiose concedens om- roy Loys lesdites choses, et
nia, sicut ipse postulaverat, luy donna licence avecques
dédit ei licentiam ut ad suam action de grâces qu'il s'en
regionem cum gratiarum ac- retournastà sa région. Adonc
tione rediret. His itaque pac- se départit Allain, qui eut
tis, a curia discessit Alanus conducteur en son chemin
duxb, habens Theobaldum, Thibauld le comte de Blois.
comitem Blesensem2, ducto- Lequel Thibaud fit conven-
rem, qui in ipso itinere tion avecques Allain du ma-
conventionem cum eo de so- riage de sa sœur, et la mena
rore sua faciens, deduxit eum au chasteau de Blois, où
usque ad castrum Blesii ; Allain demourapartroisjours
manensque ibi tribus diebus etlespousa. Puis s'en retour-
XXXl\. — b) Regina vero deplangens etc. usque ad Alanus dux dé-
suni D.
1. M. de la Borderie a montre que cette suppression du servage en Bre-
tagne avait un fondement historique. Une étude attentive des actes du Cartu-
laire de Redon et des autres archives monastiques l'a conduit à reconnaître
qu'il y avait au ixc siècle des serfs en Bretagne, tandis que toutes les chartes
des xie, xne et xme siècles attestent l'abolition du servage en cette province.
C'est donc, suivant toute vraisemblance, au règne d'Alain Barbetorte que re-
monte l'origine de cette abolition (La Bretagne aux grands siècles du
Moyen-Age, Rennes, 1892, in-12, p. 22-23).
2. Thibaut le Tricheur, comte de Blois, de Chartres et de Chàteaudun, de
925 environ à 975.
[C. xxxv, an. 960 circa NAMNETENSE 103
affidavil eam1. Quam vero na Àllain Barbetorte à Nan-
secum lune adducens us(|iic 1rs, où il mena sa femme, e1
adurbemNamneticam, comi- manda ;i ses comtes, à
tibus et mathibernis suis vicomtes età ses barons, qu'ils
mandavit ui ad ejus nuptias vinssenl à ses nopees. Et,
omnes convenirenl ; quibus quanl ils y Curent assemblez,
congregatis, cas cum magna ils les célébrèrenl par huict
làetitia et exaltationis gloria jours en grande joye, gloire,
oeto diebus Namnetis celé- honneur et exaltation, et
bravit. Postea vero quilibet après s'en retournèrent cha-
eorum ad propria rediitc. cun en son lieu2 (E, p. 135
et 136).
XXXV.
En celui temps encore es-
toit demouré des édifices de
l'église des appostres Saint-
Pierre el Saint-Poul une tour
ou milieu d'ieelle église <le
Nantes, laquelle osl <>i l esle-
vée sus ares voullei/ el en la
sommité d'elle soutenoit une
pome dorée. Pour la couve-
use de laquelle Othron IV-
vesque moult souvent déceu
promet loil à touz (pic s'il
Et en celuy temps, [selon
le dessus dit acteur de la chro-
nicque de l'église de Nantes,]
l'évesque Hoctronfist démolir
une tour qui encore estoit
demou ré e des anciens édifices
de celle église pour la con-
voitise d'une pomme dorée
qui estoit sur ladite tour,
dont il fui mocqué et des-
prisé par ledit duc Allain, ei
par honte délaissa l'évesché
XXXIV. — c) Postea vero etc. usque <id rediil désuni I>.
XXXV. E F.
1. On ignore le nom de cette sœur du comte Thibaut. Plusieurs historiens
(ml cru, sans raison valable, qu'elle s'appelait Gerberge.
2, Le manuscrit /•' (Jt° 133 r°) ajoute ces m<>i> : o En la manière dessus-
u (lin,- racontent Les Croniques nantaises. »
104 CHRONIGON [c. xxxv, an. 960 circa]
povoit avoir celle pome qu'il de Nantes, et s'en retourna à
restitueroit tout ce qui estoit Sainct-Paul, où premier il
destruit en icelle église, et, avoit esté ordonné : et adonc
ne trouvant manière cornent le duc Allain esleut Gaultier,
il y peust monter, destruisit fds de Wicohenus, arche-
toute icelle tour dempuix le vesque de Dol, et l'institua
fondement. Laquelle subver- évesque de Nantes (E, p.
tie, il trouva, entre tant de 136).
murailles dérompues une
pome de léton doré, mais
petit d'or y trouva. Et pour
ceste sotise grandement desprisé du duc Allain et de touz
autres, délaissa l'évesché de Nantes, et s'en alla à Sainct-
Poul, où il avoit premièrement esté ordonné, et lors le duc
Allain et les Nantays esleurent Gaultier, filz Viehohenus,
l'archevesque de Dol, et le ordonnèrent ou siège épiscopal
de la cité de Nantes1 (F, f° 133 r°).
1. La cause, pour laquelle Hesdren abandonna l'évêché de Nantes, est assez
obscure. Celle qui est indiquée ici est inadmissible ; elle dérive d'une tradi-
tion ecclésiastique, qui permet simplement de supposer qu'Hesdren était impo-
pulaire à Nantes. Il est d'ailleurs à peu près certain que ce prélat jusqu'à la
mort d'Alain Barbetorte resta dans les meilleurs termes avec le duc des
Bretons (cf. Cartul. de Landévennec, dans les Mélanges historiques, V,
564). A la date de 958, Hesdren était encore évoque de Nantes (cf. charte du
mois de septembre 958 dans Baluze, Histoire généalogique de la maison
d'Auvergne, II, 23) ; et à la même époque il y avait à Saint-Pol-de-Léon
un évêque du nom de Mabbon (cf. Cartul. de Saint-Père de Chartres, 1,
54). Ce Mabbon se retira vers 960 au monastère de Saint-Benoit-sur-Loire
où il finit ses jours (cf. Miracula S. Benedicti, édition de la Soc. de l'hist.
de France, p. 155, et Hugues de Fleury, Migne, P. L., t. 163, col. 889).
C'est alors qu'Hesdren, lassé sans doute des difficultés qu'il s'était créées avec
ses diocésains, se décida à abandonner 1 évêché de Nantes et retourna à Saint-
Pol-de-Léon. Chassé de cette ville par une invasion des Normands en 963,
Hesdren se réfugia dans l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, où il mourut
(cf. Bollandistes, Catalogus cod. hagiog. lat. Paris., III, 148-149).
Hesdren ne fut inscrit sur aucun des catalogues épiscopaux de 1 église de
Nantes : il y a là un nouvel indice qu il abandonna réellement son diocèse et
qu'il vivait en mauvaise intelligence avec son clergé (cf. abbé Duchesne,
Catal. épisc. de la prov. de Tours, p. 74). — Gautier, fils de Wicohen,
archevêque de Dol, fut élu évêque de Nantes entre les années 958 et 960
(voir plus loin, ch. XXXVIII).
[c. xxxvi, an. 952]
NAUNKÏh.NSi;
100
XXXVI.
Post vero noir1 longum
tempus Alanus dux, in infir-
mitatem magnam décidons,
mandavit Theobaldo, comiti
Blesensi, ut ad se visitandum
veniret, necnon praelatos
suos, videlicet archepisco-
pum Dolensem, Redonen-
scm, Namnetensem, Coriso-
pitensem , Macloviensem ,
Venetensem, Briocensem ,
Leonensem , Trecorensemb
episcopos, ac comités et nia-
thibernos totius Britanniae
ammonuit, ut ei Namnetis
festinanter venirent. Quibus
praelatis et proceribus in
cjus praesentia congregatis,
jussit ut filio suo parvulo,
nomine Drogoni, ex muliere
sua ultima tune vivente pro-
genitoc, suoque sororio Theo-
baldo, (îlii sui praedicti avun-
culo, eui omnia sua bona et
filium suuin committebat, fi-
dem lacèrent et jurainenta,
ne unquam ei in jure'1 Bri-
tanniae de {mini honore ejus
infidèles fuissent. Oui qui-
Si ne larda pas longue-
ment après, que ee due Allain
cheut en grand maladie et
manda à Thibaud, comte de
Blois, frère de sa femme, qu'il
veneist à luy le visiter; et
aussi admonnesta ses comtes,
ses évesques et ses barons
qu'ils se hastassent de venir à
lu v à Nantes, et, quand ils
furent tous en sa présence.
il leur commanda qu'ils fis-
sent la foy et serment à un
petit fils qu'il avoil de sa
femme, nommé Drogo, et à
son beau-frère, Thibauld de
Blois, oncle de son dit fils,
auquel il le commettoit en
garde avec toutes ses choses :
que jamais ils ne luv seroient
desloyaux, mais garderoienl
à reniant le droit et 1 hon-
neur de toute Bretagne : les-
quelles choses parfaites, il
vesquil peu de temps depuis,
et, après sa mort, lut ensé-
pulture en l'église des saincts
martyrs Donatian et Roga-
tian. Mais le lendemain son
\\\\l. ./ /) E F. — a) deest A. — h) necnon praelatos suos, ete
usque ad Trccorcnsoin désuni /). — c) ex muliere etc. usque ad pi
nito désuni /). — à) pro ei in jure ./ habei va regione.
106 CHRONICON [c. xxxvi, an. 952]
dem praelati et proceres hoc corps fut trouvé sur la terre
promiser u u te. Quibus perac- descouvert; laquelle chose fut
tis, parvo vivens tempore, merveilleuse à tous ceux qui
defunctus est Alanus Barba- l'avoient ensevelv, quiretour-
tofta, sepultusque fuit apud lièrent et l'enterrèrent deré-
ecclesiamf Sanctorum Doua- chef; et, afin qu'il ne rele-
tiani et Rogatiaui1. In cras- vast, le chargèrent de pierres
tino autem die repertum est et de grands troncs. Et,
corpus ejus super terrain ; depuis le soir jusques au
quod mirabile fuit magnum jour, chevauchoient grands
omnibus sepelientibus8, ve- multitudes de chevaliers par
nientesque iterum omnes ad toutes les rues dehors cité
illum infodiendum, ne un- faisans grand bruit, et n'osoit
quam inde resurgeret, saxis nul s'eslever par nuict. Mais
magnis et truncis onerarunt néantmoins par trois jours
tumulum. Facto autem hoc- fut le corps trouvé nud sur
tis crepusculo, equitabant la terre, et la charge qu'on
comités per omnes vicos ex- mettoit dessus expulsée ça
tra civitatem cum sonitu ma- et là. Et comme tous les Nan-
gno phalangae militum usque tois fussent esmerveillez, ne
ad gallicinium, nullusque sçavans qu'ils feroient de
nocte consurgens extra civi- celle chose, respondit l'un
tatem valde exterritus aude- qui moult avoit esté son fa-
batexire. Sicque per quatuor milier en sa vie, que celuy
dies corpus, omni onere su- duc Allain sur tous les saincts
per illud misso undique ex- avoit aimé la Vierge Marie,
pulso, super terrain iterato et toujours l'avoit appellée en
repertum est. Omnibus autem ses nécessitez; pour ce, con-
Namneticae urbis nescienti- seilloit qu'ils le portassent
bus quid de illo facerent, res- en l'église qu'il avoit édiffiée
pondit unus, qui valde Alano en la cité de Nantes à l'hon-
XXXYI. — e) qui quidem praelati et proceres hoc promiserunt des\int D.
— f ) pro apud ecclesiam A habet in cimiterio. — g) videntibus D.
1. Le duc Alain Barbetorte mourut en 952. Ci'. Annales Floriacenses,
dom Bouquet, VIII, 254.
[c. xxxvii, an. 952-958 circa] NAMNËTËNSE 103
Invita fuerat familiaris, quod neur d'elle, el que certaine-
file dux nobilissimus sanctara ment là il reposeroit. Si le
Dei genitricem prae ceteris prindrent el l'y apportèrent,
sanctis dilexerat e1 in omni- et ensevelirent; et adoncrepo-
bus necessitatibus suisauxi- sale corps et cessa le tumulte
liumipsius gloriosae Virginia [E9 p. 136).
Mariae semper învocaverat,
ita ni ad ejus ccclesiam, in ur-
beNamnetica olim ab illo post
Normannorum destructionem reedificatam, illud déferrent,
et ihi certissime requiem haberet. Quo audito, accipientes
illud attulerunt ad ecclesiam Beatae Mariae Namnetensem,
ber [psum reedificatam et constructam ac etiam dotatam,
et Ibidem illud sepelierunt; quo sepulto, requievil corpus
ejus cl omnis tumultus inde recessit'1.
XXXVII.
Deinde qualitér urbs Nam- Assez tost après la mort
ketica in contention e reman- d'AUain Barbetorte, duc de
sil el quanta mala illi evene- Bretagne, [selon le dessus
runl, sub brevitate notificare dit acteur des Cbronicques
volumus, ut in pagina ist n de l'église de Nantes,] Thi-
lontinetur. Namque ïheo- bault, le comte de Blois,
baldus, cornes Blesensis, Fui- maria sa sœur, qui femme
boni, comiti Andegavensi1, dudil Allairi avoil esté. à
tradens sororem suam, relie- Foulques, comte d'Anjou, et
\\\\ I. — h) In crastino autem die repertum est corpus ejus etc. //.svyw
<id inde recessil desunt P.
X\\\ll. A /) E /•'.
1. Foulques le Bon, comte d Angers de 942 ;i 968. — La partie de la
Bretagne, sur laquelle Foulques exerça sa domination comme tuteur «lu jeune
Drogon, comprenait le com lé de Nantes el peut .'tic celui de Vannes; les comtes
d Angers, successeurs de Foulques, revendiquèrent jusqu au \r Biècle le droit
de suzeraineté mu- le pays de Nantes al mit celui de Mauge qui en dépendait.
108 CHRONICON [c. xxxvn, an. 952-958 circa]
tam Aluni Barbaetortaeducis, luy laissa avoir, tant que
in uxorem, ei dimisit, quan- l'enfant Drogo, son neveu,
diu Drogo infans, nepos ejus> fust en aage, la moitié de
adultus esseta, medietatem toute la cité de Nantes et du
urbis Namneticae et territorii territoire d'icelle, le tribut
ejus et telonei et omnium du port et toutes les coustu-
consuetudinum, unde telo- mes, et généralement la moi-
neum exigi poterat, ac etiam tié de toute Bretagne. Et
totiusBritanniae medietatem; l'autre moitié que le comte
et residuam partent Britan- Juhael Bérenger et Wicohe-
niae, quam Juhaelb Berenga- nus, l'archevesque de Dol,
riic cornes * et \Yicohenusd ar- receurent de luv, retint celuv
chiepiscopus Dolensis2, de comte Thibault en sa puis-
illo receperunt, in sua po- sauce, et du revenu qu'il en
testât e retinuit3. Et de expie- eut parfist la tour de Char-
tis, quae inde habuit, Car- très, Blois et Chinon. Si
noti turrem et Blesii et Cai- print le comte Foulques sa
nonis perfecit4. Quam soro- femme et Drogon, le fils du
XXXAII. — a) \)ro adultus esset A habet viveret. — b) deest A. — c)
Berangarius A. — d) Wichohen A.
1. Judicaël-Bérenger, comte de Rennes, et ses successeurs reconnurent
jusqu'à la fin du xc siècle la suzeraineté des comtes de Chartres.
2. ATicohen avait été élu archevêque de Dol en 944 : son prédécesseur,
dont on ignore le nom, avait péri dans la cathédrale de Dol en cette année 944,
lors d une prise de la ville par les Normands (Flodoard, Annales, ad. ann.
944). W icohen fut longtemps en lutte avec les comtes de Rennes au sujet du
territoire de la Domnonée. sur lequel il était parvenu à étendre sa juridiction.
Il fut vaincu par Gonan, fils de Judicaël-Bérenger, et il semble qu'il se retira
alors pendant quelque temps, de 967 à 969, à la cour du duc de France,
Hugues Capet (cf. Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 138, et Lot, Les
derniers Carolingiens, p. 111, note 1).
3. La partie de la Bretagne, dont Thibaut le Tricheur se réserva la suze-
raineté, comprenait le comté de Rennes et toute la Domnonée. Au sujet de
la domination simultanée de Thibaut de Chartres et de Foulques d'Angers
sur la Bretagne, voir R. Merlet, Les Origines du monastère de Saint-
Magloire de Paris (Bibl. de l'Éc. des Chartes, t. LVI, 1895).
4. C'est vers 955 que Thibaut le Tricheur construisit les donjons de Char-
tres, de Chàteaudun, de Blois et de Chinon. Sur ces différents châteaux, dont
la construction suscita contre Thibaut de vifs murmures de la part du clergé,
voir une très curieuse pièce de Arers, écrite au commencement du xie siècle et
publiée par Marchegay et Mabille, Chroniques des églises d'Anjou, p. 247-
252. A oir aus^i Cartulaire de Saint-Père de Chartres, p. 23.
[c. xxxvii, an. 952-958 rire.] NAMNETENSE 109
lemejusdemTheobaldi Fulco duc Allain et d'elle, en garde
bornes in uxorem ducens, ac jusques à quinze ans, lesquels
Drogonem, infante m parvu- il mou;» à Angers, e1 envoya
luni, in custodîa sua ad nu- ses serviteurs à composer les
triendum accipiens usque ad choses de la cité de Nantes
XV arinos, eosdem matrem qui lui avoient esté données,
etfilium deduxit Andegavum, ausquels il commanda fin ils
niittensque postmodum ser- luy portassent tout à Angers.
vos suos ad res Namneticae Et, un jour, ainsi qu'il jouoit
civitalis sibi datas recipien- aux tables en sa salle, luy
das, eis praecepit ut omnia furent portez trois sacs pleins
sibi apud Andegavum affer- de deniers et quatre challans
pent. Quadam autem die, pleins de grands poissons,
dum Fulco cornes in aula sua dont il fut moult esmerveillé
Amlegavis jocai'ctur ad tabu- en son courage, et raconta
las, 1res sacculos, denariis à tous les assistans qu'il n'y
plenos, sibi attulci'unt. Qui avoit si riche ne si puissant
veio liaec prospiciens, in en tout le royaume de France
corde suo valde miratus fuit, que celuy ([ni pouvoit possé-
el dixit cunctis ibi astantibus, der la cité Nantes. Si fut lois
quod ii u 1 1 us vir in toto Fran- Foulques prins de convoitise,
coi uni regno tam dives et po- et pensa que si Drogo, le fils
tens erat, sicul ille qui urbem de sa femme, estoit mort, il
Namnelieam possidere vale- pourroil avoir la dite cité
bal. Accedensque, cupiditate paisible; pour quoy, comme
pessima ductus, adnutricem, desloyal el plein île toute
<piae Drogonem puerum nu- malice, vint à la oourrisse de
triebat, indieit ei ut illum Drogo, laquelle il induisit
occideret, magna illi promit- qu'elle L'occist, luy promet-
tens mimera, et, si non lace- tant grands dons et loyers
pet, nunquam viva evaderet. si ainsi le faisoit, et luy ad-
Quo audilo, nutrix valde tur- joustanl menaces qu'au cas
bâta el omnino anxia luit1' qu'elle v dcIVailloit, jamais
quid de tanta crudclitate la- elle n'eschapperoit vive :
WWII _e) pacta ./
îiO CIIRONICON [e. xxxvii, an. 952-958 circa]
cere posset. Tandem minis pour lesquelles ehoses fut
tvranni perterrita, ab illo ladite nourrice moult trou-
({uaesivit quomodo hoc sce- blée, doutant qu'elle pour-*
lus perpetraret. Ipse vero voit faire de celle crudélité.
eam docuit ut, quando Dro- Toutesfois espouvantée par
gonis balneum temperaret, les menaces du tyran luy en-
irigidum faceret, habensque quist comme elle pourroit
in patella, supra ignem po- perpétrer ce mauvais cas ;
sita, aquam validissime ca- lequel Foulques luy enseigna
lidam, illi in aqua frigida que, quand elle tempéreroit
balneanti super caputinfunde- le baing de l'enfant, elle le fist
ret ; et, quum mater ejus, froid, et eust sur le feu en
valde intenta ad eum obser- une poésie eau bouillante, et
vandum et timida semper ne l'espandit sur la teste, afin
eidem filio aliquod impedi- que, quand sa mère, qui
mentumeveniret, vagitus ejus estoit attentive à le garder et
audiret, mox accurreret, re- tousjours craintive qu'il luv
quirens quid infans haberet, veint aucun empeschement,
tangensque balneum, frigi- oïroit ses soupirs et y accour-
dum inveniret ; sicque sine roit, enquérante qu'auroit
culpa hoc facinus perficere ledit enfant, et, attouchant le
posset. His autem nutrix ne- baing, elle le trouvast froid,
lundis auditis, fecit sicut et ainsi sans coulpe pourroit-
comes, vir diabolicus, docue- elle parfaire celle emprise.
ratf, et sic furtive tali ingenio Lesquels mauvais enseigne-
Drogo infans interfectus est, mensoïs par la nourrice, elle
quem mater ejus valde gra- fist ainsi que celuy cruel et
viter deplorans, semper in diabolique homme Foulques
corde suo maestitiam illi us luv avoit enseigné, et ainsi
retinuit1. mourut Drogo, le très noble
XXXVII. — f) magna illi promittens munera etc. usque ad docuerat
desunt D.
1. La légende de la mort de Drogon n'est guère admissible. Foulques d An-
gers ne pouvait trouver aucun avantage à faire disparaître son pupille. Ce qui
est certain, c est que Drogon mourut à Angers, vers l'an 958, avant d'avoir
[c. xxxviii, an. 960 n amnitknsi: ni
enfanl du très fort Alla in, duc de Bretagne, lequel sa mer*'
plora griefvement el toujours en retint la tristesse en sou
cœur A, p. 1 37).
XXXVIII.
Porro Normanni, piratici
el diabolici viri, morte Àlani
audita, redientes Britanniam
coeperunl depraedari el ve-
nerunl usque ad civitatem
Nainnetensem. Qui, \\ alte-
ri m m episcopum cum pluribus
aliis capientes, tetenderunl
insidias ul castrum, in cir-
cuitu ecclesiae Namnetensis
al> Alain» duc*1 pro metu illo-
rtun ohm factum, capere pos-
sent '. Qua de re Namne-
tenses valde timidi manda-
verunt Fulconi comiti, qui
lune ratione dotalitii uxoris
suae levabat emolumenta
Namnetis0, ul eissuccurreret;
quod lacère promisit, sed
non adimplevit . [pse etenim,
legatum rétro remit tens,man-
Quand les Normans oïrenl
la mort d Allain, ils recom-
mencèrent à piller Bretagne,
et vindrenl jusques à la cité
de Nantes, et prindrent l'é-
vesque Gaull ier et plusieurs
antres, et appliquèrent leurs
machines, a lin qu'ils peussent
prendre lechastean qu'Allaill
avoil tait pour la crainte d'eux
au circuit de l'église ; de la-
quelle chose furent les Xan-
lois moult craintifs, et man-
dèrent ii Foulques cpi il les
secoiiiiisi , lequel leurrenvoya
leur message, et leur promisl
qu'ainsi le feroit briefvement.
El sa femme, qui en oït la ru-
meur, et cognoissant assez
sa paresse, pour l'encourager
de ce faire. luy rapporta qu'un
VWNIII. ./ D E F. — a) qui tune ratione etc. usque ad Namnetis dé-
suni I).
.itlciiil >a quinzième année. Cette mort «le I béritior Légitime de la Bretagne
lui la cause première il une lutte longue <•! sanglante entre lea Normands et
1rs Bretons. Voir à ce sujet, l\ Merlet, Origines du monastère de Saint'
Magloire de Paris, mém. cité.
I . Cette attaque «1«' lit ville de Nantes par l( - Normands date de I année !
Cf. Origines du monastère de Saint- Magloire de Paris, ibid.
1 12 CHRONICON [c. xxxix, an. 960-975 circa]
davit ei ad praesens suceur- grand pal estoit tombé en la
rereb. Conjuxautem ejus, hoc rive de Loire qui avoit fait
rumore audito et ejus inertia peur aux Normans. Mais les
satis cognita, retulit quod Nantois, quand ils eurent at-
palus magnus, in ore Ligeris tendu huict jours sans avoir
fixus, metum Normannis fa- nulle aide de Foulques,
ciens, ceciderat. Àt Namne- ils combatirent contre lesdits
tenses, octo diebus exspec- Normans, et par grand vertu
tatis, nullum a Fulcone auxi- les vainquirent et chassèrent,
lium habentes, cum Norman- Si s'enfuirent ceux Normans
nis pugnaverunt, ac inde cum et emmenèrent l'évesque
virtute magna eosfugaverunt. Gaultier et les autres captifs
Qui, cum Walterio episcopo à Guerrande, où ils receurent
et aliis captivis usque ad grand rançon d'eux, et les
Guerrandiam venientes, ma- laissèrent aller (E, p. 138).
gnamdeeis ibiredemptionem
receperunt1.
XXXIX.
Ilis itaque factis, Namne- [Et rapporte ledit acteur
tenses, Fulconem, Andega- des Chronicques de Nantes
vensem comitem, dimitten- que] les Nantois, après la
tes2, AlaniBarbaetortaefilios, mort Drogo, délaissèrent le
videlicet8 Hoel et Guerech3, comte Foulques d'Anjou, et
XXXVIII. — b) sed non adimplevit etc. usque ad succurrere desunt D.
XXXIX. A D E F. — a) deest D.
1. Sur les excès que les Normands commirent alors dans les faubourgs de
Nantes et sur la captivité de l'évêque Gautier, voir plus loin, ch. I et II des
Miracula.
2. Foulques le Bon, comte d: Angers, mourut peu de temps après le siège
de Nantes par les Normands, le 11 novembre 960 (cf. Origines du monas-
tère de Saint-Magloire de Paris, mém. cité). Peut être la maladie fut-elle
cause qu'il ne vint pas au secours des Nantais.
3. Hoël et Guérech, fils bâtards d'Alain Bai'betorte et de Judith., ont
souscrit vers 945 une charte de leur père Alain en faveur de l'abbaye de Lan-
c. xxxix, an. 960-975 ci rca] flAMNETENSE 113
in urbe Namnetica dominos constituèrent seigneurs et
constitueront. Hi nempe pro- princes en [a cité de Nantes
genitiexnobilimatre, nomine les deux frères llocl cl Gué-
Judith, exstiterant, a ntequara rech, assez nobles jouven-
Alanus praefatus sororem ceaux, qu'AUain avoit engen-
Theobaldi, comitis Blesensis, drez d'une noble mèreappei-
in uxorera duceret; satis no- lée Judich, avanl qu'il preint
biles juvenes, quorum unus, à femme la sœur du comte
seilieetGuerech, nulrilus fuc- Thibauld de Blois, desquels
pat cum monachis SanctiBe- l'un, c'est à sçavoir Guérech,
nedicli ' apud Auielianum. avoit este nourrv à Orléans
Ho el au te m cum matresuael avecques les moines deSainct-
suis parentibus nutritus exs- Benoisl ; et Iloel avecques
titeratb. Isle Iloel, qui erat Judich, sa mère, et ses au-
maior natu c, omnem princi- très parents. Lequel Iloel,
patum et potestatem acci- prenantla principauté et toute
piens, luit cornes validus et la puissance fut moult vail-
potentissimus el multa bella lant et puissant comte, et fist
habuit cum Conano, filio Ju- batailles contre Conan, comte
dicael d Berengarii, Redo- de Rennes, fils de Juhael Bé-
densi comité e, qui tune tem- renger, qui en celuy temps
poris majorem partem Hri- tenoil la partie de Bretagne
lanniae tenebal de Theobal- du comte Thibaud, laquelle
do, comité Blesensi; quam il avoil retenue en sa main
partem ipse cornes Redonen- après la mort du duc Allain :
sis in manu sua post inoitem car Iloel requcroil que du
Alani tenuerat. Et sic Iloel droictd'AUain, son père, Co-
jpequirebat patris sui jus et ul nan le recogneusl seigneur
\\\l\. — h) nulrilus exsliterat desunt D. — c) qui erat major natu dé-
suni /). — d) Juchael A. — c) Rcdoncnsis comitis I).
névennec (Cartul. de Landévennec, mélanges historiques, t. V, p. 564).
Dans une lettre du pape Jean Mil <!<• (.*70 environ, Hoël el Guérech Bon!
gîtes, avec Judicaël-fiérenger el Conan, comme principaux chefs des Bretons
(Jafte, Reg. /><>/i(. rom., 2e édit., n° 3756).
1. Saint-Benoit-sur-Loire, abbaye du diocèse d Orléans, Loiret, arr. Gien,
canton d Ouzouer-sur Loire.
8
414 CIIRONICON [c. xl, an. 981 circa]
Conanus de jure illo se do- et prince : mais il luy résis-
minum et principem reco- toit et ne luy vouloit faire
gnosceretetnondictumTheo- obéissance: pour quoy Hoel
baldum1. Sed ille Conanus, pilla le territoire de Rennes,
Redonensis cornes, illi resis- en bruslant les maisons jus-
tens, nuuquam dominatum ques près de la cité (£, p. 139).
ejus recipere voluit. Qua-
propter Hoel f depraedavit
totum Redonicum territo-
rium et domos usque ad mu-
rum eivitatis concremavit 2.
XL3.
Conanus autem, videns Et adonc Conan, veant
quia non poterat ei resistere, ainsi gaster sa terre par Hoel,
XXXIX. — f ) qui tune temporis majorem partem Britanniae etc. usque
ad quapropter Hoel de su nt D.
XL. A D E F.
1. Conan devint comte de Rennes à la mort de son père Judicaël-Bérenger.
Judicaël est signalé comme vivant encore en 966 (cf. Jane, Reg. pont, rom.i
2e édit. , n° 3756); il décéda peu de temps après, vers 970.
2. La date de cette guerre se place enlre lépoque de la mort de Judicaël-
Bérenger, comte de Rennes, et celle de la mort de Thibaut le Tricheur, comte
de Chartres. Thibaut mourut au plus tard en janvier 977 ; Judicaël décéda
vers 970 : il en résulte que la lutte entre Hoël et Conan doit être de 975 en-
viron. — La soumission, dont Conan témoignait à 1 égard de Thibaut le Tri-
cheur, n'était pas fictive. Au mois d août 979, Conan était à Chartres, à la
cour du fils de Thibaut, le nouveau comte Eudes, auquel il était venu sans
doute rendre hommage (Cartul. de Saint-Père de Chartres, p. 66). Sur la
suzeraineté du comte Eudes de Chartres vis-à-vis de Conan de Rennes, voir
Richer, IV, 79, 81, 91.
3. Tous les faits, rapportés dans ce chapitre, à savoir la mort de Gautier,
évêque de Nantes, le départ de Guérech pour Tours, afin d'obtenir la suc-
cession de Gautier, et lassassinat du comte Hoël, se sont succédé dans un
très court laps de temps, suivant toute vraisemblance en 981. En effet, ces
événements ont immédiatement précédé la guerre que Guérech déclara à
Conan de Rennes pour venger la mort de son frère, guerre qui se termina
par la bataille de Conquereuil en cette année 981. D autre part, on verra
plus loin (ch. XLII) que Guérech, après la mort de Gautier et d'Hôel et tan
qu'il vécut lui-même, retint en son pouvoir pendant sept ans l'évêché et L
comté de Nantes. Il eut pour successeur comme comte de Nantes son fils
[c. XL, an. 981 circa] N \ MM! T i:\si-; II:,
ni erat dolo plenus el nequi- appella secrettement un sien
lia, cum quodam milite suo, privé chevalier, nommé Ga-
nomine Galuron, latenter lo- luron, et luy promist grands
cutus est, promittens «•! mu- dons et loyers, afin qu'il oc-
nera magna ui Hoelum comi- cist led.il Hoel. Et pourtant
tem aliquo modo perditionis que Galuron enquéroit Le
[nterficeret. Àddidil quoque méan de ce faire sans ce que
illi, requirenti quo pacto îd Hoel l'ust adverty, Conan luy
âge r et, ne animadverteretur, admonnesta qu'il print noaise
ul cum aliquo de familia sua à aucun de sa famille, et le
rixas faceret, et pro hac re in- guetta s 1 quand il iroit hors la
sidians ci, dum extra urbem cité, puis le navrast et s'en-
Redonis exiret, illuin vulne- fuist à Nantes audit Hoel qui
raret, sicquc, pro hoc facto le recevront fablement. Si le
ad Hoelum comitem Nam- fist Galluron, ainsi qu'il luy
netis fugiens, credibilis reci- avoit esté commis, et fut receu
peretur. Qui, ila ut commis- honorablement par Hoel,
sum cral si l>i per Conanum, quand il oit celle rumeur, et
ad Hoelum fugit, receptusque Galluron luy promist estre
ah eo honorifice, hoc rumore idoine conducteur à faire la
audilo, promisit ut conductor guerre contre Conan. Et en
existeret idoneus ad bella celuy temps mourut Gaultier,
Contra Conanum agenda. Ko- l'évesque de Nantes, et fut
dein tempore, VValterius, en son lieu Guérech, frère du
Namnetensis episcopus, de- comte Hoel, lequel esloit
lu net us erat, et in loco ejus a bien instruiet es lettres divi-
blero ci populo Guerech, Ira- nés, pourveu en toute science
1er lloeli comitis, Namne- et assez idoine à ce mystère
tensis episcopus electus est. (E9 p. 139). Pour quoy il ap-
llic, in divinis litteris hene pareilla toutes ses necessai-
Alain. qui vécul très peu de temps et m ou ru I certainement en 990 (voir plus
pin, eh. X.L1II). La mort de Guérech ne sérail donc antérieure que d'une ou
le deux années à celle de son fils Uain. En la plaçant en 988 environ, on arrive
à dater L'avènement il»- Guérech comme comte de Nantes de 981, l'année
Blême de la bataille de Gonquereuil. (le- dates ne sont qu'approximatives ;
mais l'erreur qu'elles peuvent comporter ne saurait être de plus d un an <m
■eux.
116 CHRONICON [c. xl, an. 981 circa]
eruditus et in omni scientia res, et se parti de Nantes pour
bene providus, satis ad hoc aller àl'archevesque de Tours
ministerium erat idoneus. lui requérir qu'il le consa-
Quapropter, omnibus neces- crast en évesque. Et en la
sariis suis paratis, Namnetis première nuict se logea à
egressus est, ut, Turonensem Varadcs, une ville du terri-
archiepiscopum adiensx, ab toire de Nantes. En celui mê-
eo episcopalem consécration me jour que Guérech parti
nem requireret, et prima de la cité de Nantes, proposa
nocte Varadis, ter rilorii Nain- son frère le comte Hoel que
netici vil/ae, hospitatus est*: il iroit aux boais prendre
Et ille iïoel, ut audivit quod cerfs et venaison [F, f° 135
Guerech sic erat egressus b, r°) ; et, comme il approehast
decrevit0 utadcervos in saltu de la forest à la nuictant, il
capiendos iret, et, quum sal- envoya tous ses chevaliers et
tui, jam eadem die adves- tous ses familiers, fors seule-
perascente, appropinquaret,
praemisitdomnes milites suos,
excepto solummodo capellano
suo, qui sibi vesperas decan-
taret, ad hospitium sibi pa-
randum. Prospiciensque Ga-
ment son chappellain qu'il
retint à dire ses vespres, afin
qu'ils luy préparassent son
logis. Et adonc Galuron, veant
que tous courroient ainsi de-
vant s'arresta et descendit
luron omnes sic currere ad de cheval, feignant radresser
hospitia capienda, rétro re- sa celle, puis après remonta
cessit descendensque abequo et fist semblant de courir
simulavit sellam suam eru- après les autres. Le comte
dire. Qua erudita, finxit post qui en oït le son regarda ar-
XL. — a) quapropter, etc. usque ad hospitatus est desunt AD' ad-
denda et restituenda esse videntur ex F. — b) electus A ; egressus res-
tituendum esse videtur ex F. — c) Pro et ille Hoel, ut audivit quod Guerecli
sic erat egres sus, D, ex E (p. 139), errore substituit nec multo post
Hoel Namnetis egressus est. — d) remisit I).
1. On a ici une preuve, qui s'ajoute à plusieurs autres et montre que les
évêques de Nantes ne reconnaissaient pas la suprématie de 1 archevêque de
Dol, mais étaient demeurés sufîragants de 1 archevêque de Tours.
2. Varades, Loire Inférieure, arr. Ancenis, chef-lieu de canton.
[c. XL, an. 981 circa] NAMNETENSE 117
alios currere ; cujus sonitum rière, et quand il l'eut appert
cornes Hoel audiens, respexil ceu, il pensa qu'il suivist ses
rétro; quo viso, speravit ut compagnons; mais Galluroa
ejus socios sequeretur. Ille sapproeha de luy, et en eou-
autem Galuron, vir diaboli- rant l'oecist d'un glaive, et
eus, currens comité m inter- ce fait laissa Galuron ses ar-
fecit. Ouointerfeeto, dimissis mes et son cheval et s'enfuit
armis suis et equo, in saltum au bois. Le chappellain que
fugit. Capellanus vero fu^it Hoel avoit retenu, veanl ce
ad milites, narravitque quo- misérable (ail, courut aux
modo Galuron Redonensis chevaliers au logis, et leur
comitem Hoelum intereme- raconta comme Galuron de
rat (". Qua re audita, (mines Rennes avoit occis le comte,
déplorantes et valde tristes Lesquels plorans et moult
venerunt ad locum,ubi cornes tristes vindrent au lieu où il
mortuus jacebat, scrutantes- gisoit mort, et cherchèrent
(pie per omnia loca saltum, par la forest Galuron le mal-
minime illum maleficum in- faicteur ; mais ils ne le peu-
venerunl. Xox e te ni m jam rent trouver, car la nuict qui
proxima facta obcaecavit eos ; estoit obscure les aveugla.
redientesque valde lassi ad Si retournèrent lesdits che-
corpus, illud Namneticae ur- valiers moult travaillez au
bi altulerunt et ibidem se- corps qu'ils portèrent à la
pelierunt. Missisque legatis cité de Nantes Et p. 13(.' et
velociter posl Guerech, Ira- 1 iO), puix envoièrent hasti-
trem suum, qui eadem die vement leurs légats après son
iter inceperat ad prosequen- frère Guérech et lui man-
dant! electionem suam ', ei dèrent que tantost il retour-
mandaverunt ut cito rediret. nast1 F, i° 135 \
XL. — o) narravitque etc. usque ml interemerat désuni l> — t) pro ad
prosequendam electionem suam, />. ex E (p. l 'iO). substituii ad curiam
Lotharii régis.
1. Le Baud, dans son Histoire de Bretagne imprimée (A', p. 140) .i
ainsi traduit celte phrase: a et incontinent envoyèrent légats après -mi frère
g Guérech, qui celuj propre jour s'estoit aussi part) de Nantes pour aller à la
« tour du ro\ l.oihaire de France, et lu\ mandèrent qu'il relôurnast. I I
118
CUIIONICON
[c. xli, an. 981-983 circa]
XLI
Sicque nefanda proditione
Iloelo comité interempto,
Namnetenses Guérech, jam
denominatum episcopum l, in
loco Iloeli, fratris sui, comi-
tem super se constituer unt.
Qui, providus in consilio, in
bellis faciendis belligerator
strenuus et in omni hones-
tate validus et probus, epis-
copatum et comitatum Nam-
netensem in suis manibus
retinuit et gubernavit8. Inei-
piensque adversus Conanum,
Redonensem comitem, bel-
lare valentius et fortius quam
Hoelus, frater suus, egerat,
illum aggressus est, omnia
suaarripiendoetcomburendo
usque ad murosb Redonis.
Adversus quem Conanus in-
surge n s eu m magna manu
suorum et etiam2 Norman-
Et ainsi Iloel le noble com-
te de Nantes occis, lesNantois
constituèrent comte et prince
sur eux en son lieu ledit
Guérech, son frère, qui jà
avoit esté dénoncé évesque,
lequel, comme dit a esté, es-
toit pourveu en conseil, et si
estoit vaillant et noble batail-
leur et prudent en toute
chose loable. Si recommença
Guérech la guerre à rencon-
tre de Conan, le comte de
Rennes, plus vertueusement
que son frère n'avoit fait, et
l'assaillit vaillamment en pre-
nant et ravissant toutes ses
choses jusques aux murs de
Rennes ; contre lequel s'es-
leva aussi Conan avec grand
puissance et le poursuit jus-
ques Conquéreuz, une ville du
territoire Nantois. Si com-
XLI. A D E F. — a) episcopatum et comitatum etc. usque ad guber-
navit desuut D. — b) portas A.
a vu plus haut que Guérech était parti pour aller trouver l'archevêque de
Tours et non le roi Lothaire. Le Baud a fait ici confusion et dom Lobineau a
eu tort d'adopter cette leçon.
1. Guérech n'avait que le titre d'évêque désigné: il n'était pas encore con-
sacré et ne le fut jamais (cf. chapitre suivant). C'est ce qui explique pour-
quoi il ne fut pas inscrit sur le catalogue des évoques de Nantes (cf. abbé Du-
chesne, Catalog. épiscop. de la prov. de Tours, p. 74).
2. On verra plus loin que, lors de la seconde guerre de Conan contre les
[c. \i.i. an. 981-983 circa NAMNETENSE il'.'
norum c prosecutus esl eum batireni ces deux comtes
usque ad Conquereus1, Nam- avecques leurs pouvoirs en-
uetici territorii villam, pu- semble, et fut la bataille dure
gnantesque il)i amho inter se entre eux ; mais enfin Conan,
valde acriter, tandem Cona- griefvement navré en un
nus, in brachio graviter vul- bras, s'enfuit vaincu, etGué-
neratus, fugil devictus. Gue- rech, (juand il l'eust chassé,
réch vero, illo fugato, victor s'en retourna glorieux à sa
ad urbem Namneticam rediit: cité de Nantes. Toutesfoisen
ac tamen in hoc bello multi celle bataille périrent et fu-
perierunl de utraque parte. rentoccis plusieurs d'une part
Deinde quomodod Guerech et d'autre (E, p. 140). D'ilcc
fines Namnetici territorii, en après divisa le comte Gué-
ultra Ligerim constitutos, rech de Nantes les territoires
eum Guillelmo, Pictavensi de sa comté, situez oultre le
comité s, dividens pacificavit, fleuve de Laire. Et en pacif-
minime est silendum3, sed, fia avecques Guillaume de
\LI. — r) et ctiam Normannorum desutit D. — il) deest D.
Nantais en 992, les Normands vinrent également an secours rln comte de
Rennes.
1. Conquereuil, Loire-Inférieure, an*. Saint- Nazaire, canton de Guémené-
Penfao. — Les angevins, dans cette bataille, combattirent avec les Nantais
contre les Rennais et le> Normands. Amio DCCCCLXXXI, Conanus curvus
contra Andegavenses in Concurrum op tinte pugnavit (Chroniq. du Mont
Saint-Michel, Labbe, Nova bibliotheca, I, 350). Il résulte de ce texte que
L'issue du combat dut être douteuse ; le chroniqueur de Nantes a peut-être
exagéré le succès de Guérech. Suivant le Chronicon britannicum, la bataille
daterai! de l'année 982 (Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, II. 32).
2. Guillaume Fièrebrace, fils de Guillaume Tête-d'Etoupes, comte de Poi-
liers de 963 à 994.
:i. Ce traité, conclu entre Guillaume Fièrebrace el Guérech, est un renou-
vellement de celui que lit, vers 942, Main Barbetorte avec Guillaume Tête-
ci Etoupes (voir plus haut. ch. NNNll). Après la mort de Guérech, le comté
de Nantes étant tombé entre les mains d enfants mineurs, l< - SI igneurs voisins
en profitèrent pour violer les clauses de ce traité. Dès la fin du v -
surtout dans les premières années du \r . les comtes de Poitiers étendirent
leur suseraineté sur la partie méridionale de 1 Herbauge . les vicomtes de
Tbouars s'implantèrent en Tiflauge et les comtes d vnjou revendiquèrent les
armes à la main la possession du pa\» de Mauge. Vers le milieu du \r siècle,
le comté de Nantes ne comprenait plus au Bud de la Loire qu'une bande de
territoire répondant au\ dcui doyennés de Rets et de Clisson. C'est pourquoi
120 CHRON1CON [c. xlii, an. 981-987 circa]
sicut tune temporis divisi Poitiers, combien qu'ils eus-
fuerunt, posteris nostris no- sent esté occupez par les Poi-
tificare debemus, quamvis tevins, et en furent les fins
haec omnia a Pictavensibus terminées es lieux dessusnom-
invadantur. Fuerunt autem mez, c'est assavoir en la ma-
hi fines terminati per haec nière que elles avoient esté
denominata loca , videlicet par avant entre le duc Allain
Medalgicum, Teofalgicum et Barbetorte, père Guérech, et
Herbadillicum cura suis per- Guillaume, sêurnommé Teste
tinentiis a flumine Ladionis, d'Estouppes, comte de Poi-
in Ligerim descenclente, us- tiers (F, f° 135 r°).
que ad Irumnam flumen, et
usque ad Petram frictam et
Ciriacum, et flumen Ledii, quod in mare occidentale de-
currite.
XLII l.
His autem temporibus, ec- Encesttemps demoura l'é-
clesia Namnetica a pastore glise de Nantes veufve de
vidua VU annis remansit, et pasteur par l'espace de sept
fuit semper in potestate et ans et fut tousjours délaissée
manibus Guerech derelicta ; en la puissance du comte
XLI. — e) minime est silendum etc. usque ad decurrit desunt D.
XLII. A F.
le chroniqueur de Nantes, qui écrivait en 1060 environ, constate que de son
temps toute la contrée, comprise entre le Lay , l'Ironne et le Layon, autrefois sou-
mise à Guérech, était envahie par les Poitevins. Le Baud, dans sa traduction,
a commis un contre-sens en interprétant les mots quamvis haec omnia a
Pictavensibus invadantur . — Ce traité doit appartenir aux premiers temps
de l'administration de Guérech et être peu postérieur au combat de Conque-
reuil : il peut être par conséquent daté de 983 environ.
1. Dom Lobineau a omis, dans son édition, la plus grande partie de ce
chapitre. Il s'est contenté de mettre en latin le texte de Le Baud, tel qu'il se
lit dans Y Histoire de Bretagne imprimée CE, p. 140). Mais Le Baud, en
cet endroit, ne fait que résumer en quelques mots le récit de la Chronique de
Nantes.
[c. xi.ii, an. 981-987 cire i NAMNETENSE 121
cujus destructionem valde Guérech, lequel pleignanl
deplangens, omnia quae de grandemenl s;i destrucion
episcopatu habere potuit, in despensoil en la réédiffica-
ejus restitutionem dispensa- cion d'elle toutes les choses
vil; namque a fundamentis qu'il povoit avoir et lever de
hujusecclesiaecapùt destruc- l'évesché, et tant que icelle
tu m reficiens, illud refectum destruitte dempuix le super-
côoperire procuravit ', plu- fice jucques au fondement,
raque alla quae usque hodie réforma du tout <m tout e1 y
apparent restiluit*, et multa restitua maintes autres choses
alia bona fecit. Quum autem qui jusques au jour de huy y
ad curiam régis Lotharii2per- appairent. El après l'accom-
rexissel et inde rediret per plissement de ces choses et
pagum Andegavensem, aGos- de pluseujrs autres s'en alla
frido Grisonella3 comité, per le comte Guérech à la court
omnes vias ei tendente insi- du roy Lotaire de France. Et,
dias, captus est, et ab ejus comme il en retournast par le
captione minime valens exire, païsd'Angeou, GeoffroyGris-
nisi urbem Namneticam et gonelle, comte d'Angiers,
partem Britanniae, quam qui en toutes manières contre
XLII. — a) pluraque etc. usque ad restituit désuni A : addenda et sic
restituenda esse viaentur ex F.
t. Le chevel de la cathédrale de Nantes, reconstruil par Guérech, n'existe
plus qu'en partie. Il a> ait été édifié au dessus il une crypte que des fouilles
récentes ont mise au jour. Cette crypte, dont Le plan reproduil celui de
1 église supérieure aujourd'hui disparue, esl un curieux spécimen île l'archi-
tecture religieuse à la fin du \'' siècle. Elle offre un îles plus anciens exemples
île déambulatoire entourant I abside il une grande basilique.
2. Le roi Lothaire mourut le 2 mars 986. C'est pour prêter hommage au
roi que Guérech dul faire ce voyage à la cour: la date du récit qui \a suivre
e>i doue de 983 environ | voir la note suivante).
3. Geoflroi Grisegonelle, comte «I Angers de 960 à 987. Comme en té-
moigne la smie de ce récit, c'esl certainement, afin dese soustraire à la suze-
raineté du comte d Angers, que Guérech voulut prêter directement hommage
au roi île France pour le comté de Nantes. Quelques années plus tard, le
comte de Rennes, Geoflroi Bérenger, désireux d'affirmer son indépendance
\is-à \ i^ du comte de Chartres, vint de même à Paris se reconnaître vassal du
roi Robert. Cf. K Merle t, Origines du monastère de Saint- Magloire
(te Pans, tiibl, <le l'École des Chartes, i LVI, 1895.
122 CHRONI€ON [c. xlii, an. 081-987 circa]
FulcoRufFus1 cornes tenuerat, lui avoit tendu ses espies, le
abillopriusreciperet, timens print sans ce qu'il s'en don-
ne unquam de captione illa nast garde, et l'en emmena
evadere posset, fecit sicut en la cité de Angiers, lui cer-
ille Gosfridus postulavit. Sic- tiffiant qu'il ne povoit issir de
que Guerech, per Medalgi- ses mains, si tout première-
cum pagum rediens, Rainai- ment il ne lui rendoit la cité
dum , cognomine Turrin- de Nantes et celle partie de
gum2, ibi ursos, apros et cer- Bretaigne queFulco le Roux,
vos eu m canibus insequen- son père, avoit tenue et pos-
tent, reperit, acillum captum sidée. Si fut Guérech gran-
usque ad urbem Namneticam dément triste et doloreux,
secum adduxit. Calumnians- quand il entendit ainsi parler
que illi, sui juris saltus inva- ledit Geffroy, comte de An-
denti, promisit jurejurando giers, et, creignantquejamais
nunquam illum a captione il ne peust eschapper de la
sua evasurum, nisi sibi fidem prison, fist serment de accom-
faceret ut non amplius, sine plir ce que Geffroy lui requé-
licentia ejus, in saltus totos roit. Et ainsi fut délivré le
Medalgici pagi pro venatione comte Guérech, lequel en
capienda intraret. Rainai- s'en retournant par le païs de
dus hoc audiens cum eo taie Médalgie, trouva illecques
pactum fecit utde omni vena- Reinaldus, seurnommé Tu-
tione, quam in illis saltibus rignum, ensuivant avecques
capereposset, cornes Guerech ses chiens les ours, les sen-
medietatem haberet. Sicque gliers et lescerffs. Si le print
inter eos hoc pacto, Rainai- Guérech et l'amena jucques à
1. C est Foulques le Bon, père de GeofTroi Grisegoncllc, qui fut. pendant
quelques années, suzerain dune partie de la Bretagne et du comté de Nantes
(voir plus haut, ch. XXX^ II). Foulques le Roux, grand-père du même
Geoflroi, n'eut jamais aucun droit sur la Bretagne ni sur Nantes.
2. Renaud Torench est connu par plusieurs chartes des cartulaires de
Saint-Florent de Saumur et de Saint-Maurice d'Angers. Il était père de Re-
naud, qui fut cvèque d'Angers de 974 à 1005. Renaud Torench mourut lui-
même avant son fils. Cf. Marchegay, Archives d'Anjou, I, 282 ; Mabille,
Introduction aux chroniques des comtes d'Anjou, p. lxxvi, note J
lxxix et LXXX.
c. \i.ii. an. 981-987 eirca N iMNETENSE 123
dus ad domum suam liber re- ta cité de Nantes, et, en <!<•-
diit. Postea vero, ad eius eu- batanl le droit de son boays,
riam veniens, petivil ni apud promist Guérech audil Hei-
Castrum (Ici su m1 domum s 1 1 > i naldus par serment que jamais
propter commoditatem Lige- il n'eschapperoil de sa prison,
ris ad hospitandum facere s'il ne lui faisoil foyquenul-
concederet. Qui vero, ei mi- lement sans sa licence il n en-
nime credens, omnino illa treroit en touz les boais de
denegavit: ac tamen posl Médalgie pour prendre venai-
mortem Fulconis filii, (ios- sons. Pour quoy Reinaldus
fridi Grisonellae ~, conces- lisi avecques lui tel conve-
sionem eam firmam el omni nant, c'est assavoir que de
praesidio munitam perfecit s. toute la venaison qu'il pour-
Eoautem tempore quo cornes roi! prendre en iceulx boais,
Guerech curiam régis Lotha- le comte Guérech en auroit
rii b expel iit, uxor ejus Arem- la moitié. Kl ce marchié ainsi
bu r gis castrum Ancenisii* fait entre eux, Reinaldus s'en
composuit, habens secum retourna liane à sa maison.
Alanum, filimn suuin, Pue- El dempuix retourna à la
pum5 advocatum, quod, dum courl du comte Guérech au-
vixit, in dominicatu suo reti- <[u<d il demanda qu'il lui ot-
nuit. Guerech vero, a régis triasl licence de faire une
curia reversus, acrius el for- maison à Ghastoceaux pour
tins comitem Conanum Redo- soy herberger pour le proffil
nensein quam antea cousue- de Laire ; mais certainement
\LII. — h) deest A : addendum esse videtur ex /•'.
1. Champtoceaux, Maine et-Loire, air. Cholet, chef-lieu «le canton.
2. Geofïroi Grisegonelle mourut le 20 ou le 21 juillet M87. Cf. Mar-
chegaj cl Manille, Chroniques <lrs églises d'Anjou, p. V. note 1. et p. 21
i!. Le Baud, dans sa traduction, a l'ait ici un contre-sens. Le chroniqueur
de Nantes fail allusion à la construction du donjon de Champtoceaux par Re-
naud Torench, et non à une concession faite audit Renaud par le comte
( luérech .
'i . \ncenis, Loire -Inférieure, chef-lieu d'arrondissement.
.V \laiu devait être alors très jeune. Guérech, en effet, n'épousa irem-
burge qu'après I année 98 1 . alors tju il eut renoncé à se faire sacrer évèque de
Nantes.
124
CHRONICON
[c. XLiii, an. 988 circa-990]
verat debellavit, ita ut Cona- il ne lui voult sa requeste
nus nullum locum tutum ha- ottrier, ains de tout en tout
béret praeter Redonensem la lui reffusa. Toutesfois,
civitatem1. après la mort de Geffroy Gris-
gonelle, filz Fulco le Roux,
comte de Angiers, lui en par-
fist-il la concession ferme et
entière. Celuy temps, pendant que le comte Guérech fut à
la court de Lothaire, roy de France, fust lé ehastel d'Ance-
nix composé et éclifrié par Aremburgis, sa femme, qui avec-
ques elle avoit son filz appelle Allain, lequel, tant comme il
vesquit, le retint en son domaine (F, f° 136 r°et v°). En après,
[selon le souvent nommé acteur des Chronicques de l'église
de Nantes,] guerroya Guérech le comte Conan de Rennes
plus aigrement et plus fort qu'il navoit fait par avant, si que
Conan n'avoit nul lieu seur à se deffendre, fors la cité de
Rennes (E, p. 140).
XLIII.
Mais Conan, qui estoit sub-
til et plein de toute tricherie,
voyeant que riens ne lui prou-
fitoit contendre avec Gué-
rech par batailles ne par autre
deffense, manda à Héroicus,
abbé du monastère de Re-
don2, qu'il se transportast à
Mais adonc ledit Conan, se
veant ainsi grevé pas les as-
saux de Guérech, manda Hé-
roicus, abbé de Redon, venir
à luy à Rennes, auquel il fit
grands complaintes du comte
Guérech, et enfin le pria
qu'il l'empoisonnast ; Héroi-
XLIII. E F.
1. Cette seconde guerre des comtes de Nantes et de Rennes, ayant précédé
immédiatement la mort de Guérech, doit être de 987 environ.
2. Héroic n'est pas signalé dans le Cartulaire de Redon. Mais il n'y a
pas lieu pour cela de nier son existence en tant qu'abbé de ce monastère. Le
Cartulaire de Redon, en effet, ne renferme aucun acte se rapportant à la pé-
riode de temps, comprise entre l'an 92 'i et l'an 990, et aucun abbé n'y est
[c. xliii, an. 988 circa-990] NAMNETENSE 125
lui ii Rennes. Lequel Héroi- eus estoit médecin et fréquen-
cus, quant il fut en s;i pré- toit la courl de Guérech, le-
sence, il lui enquist pour ([uel il avoit de coustume de
quelle cause il l'avoit fait ve- seigner. Si lui Héroicusdéceu
nir, et Conan, qui touzjours par les dons de Conan et luy
fut frauduleux, luy sermonna promistainsi faire. Pourquoy
en maintes manières de lan- il se transporta à Nantes, et,
gage, lui fésant complainte quand il y fut, remonstra au
du comte Guérech, qui gas- comte Guérech qu'il ne pou-
toit sa terre, et, en la parfin, voit illecques longuement de-
le promist enrichir de grans mourer et n'y pourroit de
dons, affin qu'il renvenimast longtemps retourner; par ce
et occist ; quar il estoit nié- conseilloit-il qu'il le seignast.
dicin et avoit de coustume Le comte Guérech, quand il
fréquenter la court dudit l'eut oy, s'appareilla à ce
Guérech et de le seigner. faire, et l'abbé print une lan-
Atlonc Héroicus, corrumpu cette envenimée, dont il luy
par les promesses de Conan, ouvrit la veine du bras, puis
lui promist ces choses acom- demanda congé et s'en retour-
plir et vint à la court du na. Lors commença le bras à
comte de Nantes, auquel il enfler au comte, lequel, es-
remonstra qu'il voulloit faire merveille que ce signifioit,
un loingtain voieage, duquel le monstra à ses chevaliers,
il ne seroit retourné de long- qui, cognoissans la fraude de
temps, lui ennortant qu'il se l'abbé, luy prièrent qu'ils le
feist seigner. Si se appareilla luy transchassent ; mais il le
le comte à celle chose, et leur defïendit, disant qu'il
lors print l'abbé Héroicus une recevroil la fin que Dieu luy
lancette envenimée de la- avoit donnée, et, laissant toul
quelle il le seigna au bras, et l'honneur (h1 sa comte à son
ce lait demanda licence de fils Alain, mourut ainsi enve-
s en retourner. Et après son nimé. Si lui après sa mort
mentionné entre ^.démar, qui vivait en 924, cl Thibaut, qui gouvernail
l'abbaye au temps on Conan était duc do Bretagne (voir p. 309), c'est-à-dire
entre 990 el 992. Héroic aurait donc été le prédécesseur immédiat de Thibaut.
126 CHR0N1C0N [c. xi.nr, an. 988 circa-990]
département commencza le ensépulturé à Redon, et peu
bras du comte à enfler. De après ledit Alain, son fils,
laquelle chose il fut moult mourut de maladie. Et ainsi
csmerveillé et h touz ses hom- fut estainte toute la progénie
mes monstra ce merveillable de Barbetorte, et n'en de-
fait, leur enquérant que ce moura nuls fors deux enfans,
signifioit. Lesquelx, cognoes- fils du comte Hoel, appeliez
sans assez la fraude et la Judicael et Hoel, qu'il avoit
mauvaiseté de l'abbé Héroi- eus d'une concubine, et les-
clis, le prièrent qu'ils luy quels leur ayeulle nommée
transchassent le braz, car Judith nonrrissoit(2£, p. 140).
autre remide ne povaient
trouver pour sauver sa vie ;
mais iceluv comte Guérech
j
leur deffendit ceste chose, disant qu'il vouloit recevoir la fin
telle que Dieu la lui avoit donnée, et délaissant tout son
honneur à son filz Allain qu'il avoit de Aremburgis, sa femme,
ainsi envenimé trespassa de ce siècle et fut enseveli à Redon \
Et peu de temps après son filz Allain, détenu de griefve en-
fermeté mourut2. Et ainsi fut estainte toute la lignée de
1. La mort de Guérech est de 988 environ (cf. plus haut, p. 114, note 3).
La légende, rapportée ici par le chroniqueur de Nantes, est contredite en
partie par le l'ait même que Guérech fut enterré à Redon, dont Iléroic était
abbé. Le récit de la mort d Hoel (ch. XL) a aussi un caractère légendaire très
accentué. Il est certain que la fin prématurée des deux frères Hoel et Guérech
dut faire une profonde impression sur l'esprit de leurs contemporains. Leur
disparition procurait de si grands avantages au comte de Rennes, qu'il parut
tout naturel de regarder ce prince comme la cause première de leur mort.
Mais la vérité de ces bruits populaires est loin d être démontrée (voir, au
sujet d'accusations d'empoisonnement, faites à la même époque à l'occasion
de la mort imprévue du roi Lothaire et de son fîls Louis V, Lot, Les der-
niers Carolingiens, p, 166, note 3).
2. Alain, fils de Guérech, mourut en 990 (voir chap. XLIV). À sa mort,
il ne restait plus pour gouverner le pays de Nantes que deux fils bâtards du
comte Hoel. Ceux-ci. en droit, n'étaient pas aptes à hériter du fief de leur
père. Conan de Rennes, soutenu par son suzerain Eudes de Chartres, en pro-
fita aussitôt pour mettre la main sur Nantes. De son côté, Foulques d'Angers
voulut faire valoir, par la force, les droits que ses ancêtres avaient toujours
revendiqués sur le comté de Nantes. Telle fut la véritable cause de la guerre
dont le récit fait le sujet du chapitre suivant.
r. \i.iv, an. 990-992] NAMNETENSE 127
Barbetorte et n'en demoura nuls lors deux enflons, fils du
comte lloel, appeliez Judicael et lloel, qu'il avoit euz (rime
concubine e1 lesquels leur aïeule appellée Judith nourrissoit
/•', (" 136 v°).
XLIV.
Àdonc, s'esleva de touz
points Conan, le comte de
Rennes, qui lors envay et
occuppa toute Bretaigne et
la retint en sa puissance. Car,
après ce qu'il eul par force
(Tannes sulmiises à luy toutes
les contrées d îcelle, en la
parfin U vint à la cite de Nan-
tes avecques grant exercite
et print le chaste! où le duc
Allain Barbetorte et ses deux
filz lloel et Guérech, succes-
sivement comtes de Nantes,
avoient habité1. Lequel chas-
tel Conan commisl et bailla
en garde à A uriscandus ', IV-
Adonc Conan sVslevant
print et saisit toute Bretagne,
sans que nul la defiendist, et
la tint en sa puissance, pui-
vint à la cité de Nantes avec-
ques grand exercite et print
le chasteau <>u Alain Barbe-
torte et ses fils lloel et Gué-
rech avoient habité, lequel
il commist en la garde d'Au-
riscandus, évesque de Ven-
nes, et, en l'anglet de celle
cite en la partie occidentale
près Loire, en édifia premiè-
rement un autre, qui main-
tenant est appelé le Bouffav,
et I int ladite cité deux ans.
XLIV. E F.
1. I.a dalf de la prise de Nantes par Conan esl de la première moitié de
L'année 990. Le chroniqueur de Nantes dit en effet que Conan retint pendant
deux ans la cité de Nantes en son pouvoir, jusqu à sa mort arrivée le 27 juin 992.
D'autre pari, aussitôt quil se lui emparé de Nantes, Conan se lit proclamer
duc de Bretagne, et une charte témoigne que son élection esl antérieure au
28 juillet 990 (voir plu» loin. p. 128, n. 2). I.a mainmise par Conan sur le
comté de Nantes étant une conséquence immédiate de la mort d'Alain, lils uV
Guérech, il en résulte qu'Alain lui-même décéda probablement dans les
premiers mois de 990.
2. Auriscand est signalé comme évèque île Vannes depuis 971 jusqu'en 9
11 mourul entre le 28 juillet (.»(.»0 n 1.« 27 juin 992. CF. Gallia ckristiana,
t. \l\.
128 CHRONICON [c. xliv, an. 990-992]
vesque de Vennes, et fist Mais après le vicomte Hamon,
premièrement, en l'anglet plaignant grandement la mort
d'icelle cité vers la partie de ses frères, Hoel et Gué-
occidentelle jonste le fleuve rech, non pas qu'il fut engen-
de Laire, édiffier ung autre dré d'Alain Barbetorte, leur
chasteau, lequel est mainte- père, mais fils de Judith,
nant appelle le BoufFay l. leur mère, s'en alla a Foul-
Et après ces choses se fist ques, comte d'Anjou, fils de
Conan duc sur les Bretons2 Geffroy Grisegonne, et luy
et régenta toute Bretaigne raconta comment Conan ,
universelment, et tint laditte comte de Rennes, avoit frau-
cité de Nantes par deux ans. duleusement occis ses frères,
Mais Haymon le vicomte 3, Hoel et Guérech et occupé la
qui frère estoit desditz Hoel cité de Nantes, qui estoit du
et Guérech, non pas d'un droit de leur père. Lesquelles
mesme père, mais de leur choses ainsi par Hamon rap-
mère Judith, grandement portées à Foulques, qui lors
pleignant la mort de ses frè- estoit jouvenceau de l'aage
res, s'en alla à Angiers à de vingt ans et fort en armes,
Fulco, filz Geffroy Grisgo- il luy promist aider à venger
nelle, comte d'Angeou4, et, leur mort et à requérir la cité
1. Le Bouffai fut construit par Conan au confluent de la Loire et de 1 Erdre.
En 1748, labbé Travers écrivait : « Il reste encore quelques murs et tours de
« ce château ; la rivière d'Erdre, qui en lavait la cornière, ayant été détournée
« depuis peu, coule un peu plus bas » (Histoire de Nantes, I, 180). Les
derniers vestiges de ce château ont disparu vers 1850.
2. L'élection de Conan comme duc de Bretagne eut lieu en 990, antérieu-
rement au 28 juillet. A cette date, en effet, Conan prend le titre de prince
des Bretons et apparaît entouré des neuf évêques de Bretagne, auxquels il
ordonne de confirmer une donation qu il venait de faire à 1 abbaye du Mont-
Saint-Michel (dom Lobineau, Histoire de Bretagne, II, 94-95). On voit
par ce même acte du 28 juillet 990 qu'il y avait alors à Nantes un évèque
nommé Hugues, qui avait été élu après la mort du comte Guérech. Hugues
est inscrit sur le catalogue des évêques de Nantes entre Gautier et Hervisus.
Cf. abbé Duchesne, livre cité, p. 66.
3. On ignore de quel pays était vicomte Haimon, frère utérin des comtes
Hoël et Guérech. Il fut tué le 27 juin 992 à la bataille de Conquereuil. Cf.
inferius.
4. Foulques Nerra, comte d'Angers de 987 à 1040. Cf. de Salies, Histoire
de Foulques Nerra, comte d'Anjou, 187'j, in-8.
[c. m.iv, an. 990-992 NAMNETENSE 129
en soy compleignant, luy ra- de Nantes. Si assembla grand
conta comment Conan, comte exercite el vint à ladite cité
de Rennes, avoit occis ses qti il assiégea au mois de juin
frères Hoel et Guérech et et y tint le siège trois semai-
frauduleusemenl trayz, et nos. Et adonc esmeul Conan
aussi avoit envaye et occupée aussi de sa pari son exercite
la cité de Nantes, lui appar- et manda à Foulques que,
tenante par le droict de ses s'il ne se départoit de devanl
pères. Lesquelles choses ainsi ladite cité, qu'il feroil bataille
rapportées par le vicomte contre lui. A quoy Foulques
Ilaymon, Fulco, lors juven- respondit qu'il estoit appa-
ceau de l'asge de vingl ans1 reillé de combattre contre
et puissant en armes, lui pro- luy en la grande lande de
misl venger la mort de ses Conqueruz, dont autres foiz
frères el reconquérir la cité il s'en estoit fuy. Lors vint
de Nantes indeument par Co- premier Conan en celle lande
ikiii occupée. Si assembla attendre Foulques, et cepen-
lors pour ce faire grand exer- dani firent les Bretons un
cite d'Angeou, de Poitou, du grand parfont et large fossé
Mainne et de toutes les pro- par le milieu d'elle, afin que
vinces voisines2, et vint à la les Angevins, les Poitevins
cité de Nantes, laquelle il as- et les Nantois, qu'il avoit as-
sègeade toutes par/ ou moys semblez, ne pussent passer à
de juign, et devant [celle tint eux; et, leurs chevaux de-
son siège par L'espace de laissez aussi, leurs lances re-
trois sepmaines !. Adonc es- tranchées par le milieu, se
1. Il résulte de ce récit digne de foi que Foulques Nerra dut naître en 971
nu 972. Ce Lait est confirmé par une curieuse charte «l»* Saint-Aubin d'An-
gers, datée de 988, où Foulques esl appelé elegantissimus fuvenis. Cf. Mar-
chega} el Mabille, Chroniques des églises a Anjou, ]>. 21, note 3. M de
Salies (livre cité, p. 7) dit qu'il ignore l'année el le lieu de naissance de
Foulques Nerra. ( !•' passage de la chronique de Nantes résout L'une de ces dif-
ficultés.
2. Dès le début <l<> l'an 992, avant «1 assiéger Nantes, Foulques Nerra avait
envahi et dévasté le pays de Blois, Bef du comte Eudes de Chartres, qui était
le suzerain « 1 * * Conan •!«' Rennes el soutenait les prétentions de son vassal sur
la \ill(> et !<• comté de Nantes (cf. Richer, [V, 79V
3. La date exacte de l'investissement de Nantes |>;u- Foulques N< rra -
9
130 CHRONICON [c. xliv, an. 990-992]
meut Conan tout l'exercite préparèrent en celle manière
deBretaigneet mandaàFulco defFendre. Et Foulques, le
que s'il ne se départoit de la comte d'Anjou, d'autre part,
cité de Nantes que il corn- quand il fut venu au lieu as-
batroit avecques luy. A la- signé pour la bataille, après
quelle chose respondi Fulco ce qu'il eut tous les siens ap-
qu'il estoit appareillé de corn- pareillez et très sagement
mettre bataille contre lui en la ordonnez, commanda que
grande lande de Conquereuz, l'enfant Judicael , fds du
où il avoit esté navré et des- comte Hoel, luy fust pré-
confit par avant comme dit sente, et, quand il le tint
est1. Lors Conan, cestes cho- entre ses bras, il rapporta
ses ouyes, avecques ses Bre- devant tous que le droict de
tons vint premièrement en la cité de Nantes plus droic-
celle lande et illecques se tement et plus justement luy
disposa attendre le comte appartenoit qu'à quelconque
Fulco et sa puissance, qui autre : puis après commist et
leva son siège de Nantes pour bailla de sa main la bannière
illecques venir ; et entre ces et l'enseigne au vicomte Ha-
choses les Bretons foirent un mon, oncle d'iceluv Judi-
grant parfont et large fossé chael, afin qu'il les portast à
par le milieu d'icelle lande, la bataille, pour faire la ven-
affin que les Engevins ne geance de ses frères et pour
peussent à eulx passer légiè- acquérir le droict de son
rement; et, touz leurs che- neveu. Et ces choses ainsi
vaulx délaissez et leurs lan- ordonnées, vint Foulques
place entre le 1er et le 5 juin 992 ; car le combat de Conquercuil, qui eut
lieu un peu plus de trois semaines après, fut livré le 27 juin. — Richer
fournit des détails assez circonstanciés sur le siège de Nantes. Foulques Nerra
s'empara par trahison de la ville, mais il ne put se rendre maître du château,
où Conan avait établi dès 990 une garnison dévouée à sa cause (voir plus
haut, p. 127). Aussitôt que Conan eut appris que Nantes s'était rendu à
Foulques, il vint à son tour en faire le siège avec une armée de Bretons et
une flotte de Normands. C'est alors que les deux antagonistes, d'un commun
accord, résolurent de vider leur querelle dans les landes de Conquereuil. Cf.
Richer, IV, 81-86.
1. Voir plus haut, ch. XLI.
[c. xliv, an. 990-992 VAMNETENSE 131
ces retranschées par le my- finalement aulieudessusdict,
lieu, ainsi appareillèrenl se et, entrant en la lande, envi-
deffendre. Et Fulco d'autre ronna la fosse que les Bre-
part quand il eut touz les tons luyavoient faite, lesquels
siens appareillez et très sage- il assaillit par grand impé-
ment ordonnez à faire ba- tuosité et les desconfisl et
taille, il se fist présenter Ju- chassa. Si cheut le comte Co-
dicacl , l'enfant du comte nan occis. Aussi y mourut de
lîoel l, et recorda à touz, es- la part de Foulques le vicomte
piciallement aux Nantais qui Hamon qui portoit l'enseigne;
là estoient de sa paît, que à et ledit Foulques mesmes et
lui plus justement et plus le vicomte de Thouars y fu-
el roiturièrement appartenoit rent navrez. [Ainsi rapporte
la cité de Nantes que à nul le dessusdit acteur des Cb.ro-
autre quelconque ; puixprint nicques de l'église de Nantes
de sa main la bannière por- la manière de celle bataille.]
tant le signe de ses armes et [E, p. 1 il),
la comist et bailla à llavmon
le vicomte, oncle de cestui
Judicael, affin (ju'il la portast
à la bataille pour faire la vengeance de la mort de ses frères
cl acquérir le droit de son neveu. Et ces choses ainsi faittes,
chevaucha Fulco fiablement au lieu devant dit pour venir à
ceste bataille, et, entrant en la lande, environna des siens
le fossé (jue les Bretons y avoienl fait et les ditz Bretons
vigoreusement assaillit. Mais il ne les trouva pas sans résis-
tance. Car de première vue ilz se dépendirent par tel har-
1. Judicael était alors âgé de douce ans au moins, car son père Hoël, mort
en 981, avail eu un second Bis nommé Hoël (voirchap. précédent, ad fineni).
D'autre part, Judicael n'avait pas encore quinze ans, âge de majorité pour les
princes bretons (\<>ir plus haut, ch. \\W 11. où il est rapporté que Drogon,
iils d'Alain Barbetorte, fui confié au comte il Angers, jusqu'à ce qu'il eût
atteint quinze ans. c'est-à-dire sa majorité). Judicael, en effet, après le combat
de Conquereuil, fui pendant un an ou deui placé sous la tutelle «lu vicomte
de Thouars Haimeri, qui prit alors le titre de comte de Nanti- En 994,
Haimeri ne porte plus dans les chartes que le simple titre de vicomte <lo
rhouars. Il en résulte qu'à celle date Judicael était devenu majeur. Ce prince
naquit donc au plus toi en 978 et au plus tard en 980
132 CHRONICON [c. xlv, an. 992-995 circa]
dément qu'ilz emplirent leurs fossez de leurs ennemis mors
et navrez, et illecques Haymon le vicomte, oncle Judicael,
qui portoit l'enseigne cheut mort avecques mains autres de
la partie Fulco. Mais Conan, le prince des Bretons, homme
bouillant, chault et peu amodéré par trop se aventurer aux
dangiers de ses adversaires, fut illec navré et occis. Après
la mort duquel perdirent les Bretons toute espérance de
vittoire, et tristes et dollens se mirent à fuir, et le comte
Fulco, avecques ses gens qui de la bataille éstoient eschap-
pez, s'en retourna à petit de triumphe, car lui, le vicomte de
Thouars t et presque touz leurs gens avoient esté griefvement
navrez en celle bataille2 (F, f° 137 r° et v°).
XLV.
Après que Geffroy, [fils de Geffroy, [fds de Conan,
Conan, comte de Rennes], comte de Rennes et duc de
fut par les Bretons receu duc Bretagne], se voieant servi et
de Bretagne3, il assembla son amé des Bretons en souste-
exercite pour venger la mort nant la querelle de Conan,
de son père et pour acquérir son père, à l'encontre de Ju-
le droict de la cité et du ter- dicael, compte de Nantes,
XLV. EF.
1. Haimeri III, vicomte de Thouars de 987 à 997. Cf. Imbert, Notice sur
lès vicomtes de Thouars, Niort, 1867, in-8, p. 12-14.
2. La date exacte du combat de Gonqucreuil (27 juin 992) est donnée par
le Chronicon britannicum: Anno DCCCCLXXXXJ f, secundum beiluni
Britannorum et Andegavorum in Concruz, ubi occisus est Coiianus,
Britanuiae consul, V kalendas julii (dom Lobineau, Ilist. de Bretagne,
II, 32. — Cf. Chronique du Mont-Saint-Michel, Labbe, Nova biblio-
theca mss., I, 350). — Tout ce récit est en concordance absolue avec celui de
Richer, contemporain de 1 événement (liv. IV, ch. 83-86). Les deux narra-
tions se complètent et se confirment mutuellement On a ici une preuve que
le chroniqueur de Nantes a emprunté son récit à une source d'origine contem-
poraine et entièrement digne de foi,
3. Geoffroi-Bérenger, comte de Rennes de 992 à 1008, duc de Bretagne
vers 995.
[c. xi.v, an. 992-095 circa NAMNET1 •:»!■. H3
ritoire de Nantes, lequel exer- entreprinl de granl coragela
cite il mena assaillir Judi- guerre à ['encontre de lui el
chael, le fils du comte Iloel, de Fulco, comte de Angiers,
qui, après la bataille de Con- avecques touz sesautrescom-
queruz,par l'aide du dessus- plices et alliez, et faisans ba-
dit Foulques et du vicomte de tailles à l'encontre dudil
Thouars, avoit conquis ladite comte Judicael pour venger
cité de Nantes sur les eheva- la mort de son père Conan
liers que Conan avoit députez avec grant exercite de Bre-
à la garder, lesquels, certifiez tons, gasta toute la comté de
de sa mort, l'avoienl rendue Nantes. Tant contreigny le
audit Judichael, qui s'en ap- due Geffroy celui comte Ju-
pelloit1 comte. [Et dit l'ac- dicael de Nantes par puis-
teur du livre des miracles et sance d'armes et par batailles
chronicques de l'église de souvent faittes et recom-
Nantes que] Geffroy de Ren- mencées que Fulco, le comte
nés, faisant batailles contre de Angiers, ne les autres te-
Judichael, comte de Nantes, nans la secte dudit Judicat-l
avecques grand exercite de ne le peurenl préserver ne
Bretons, dégasta tout ledit deffendre qu'il ne lui conve-
territoire nantois. Finale- neist cheoir et venir en la
ment contraignit celuv duc miséricorde du duc Geffroy.
Geffroy par sa force ledit Ju- Car il vint à luv à raercy, lui
dichael se rendre il sa mercv, dépriant qu'il lui laissast sans
auquel toutesfois il laissa contens possider le comté de
posséder la cité de Nantes et Nantes et il le tendroit de lui,
toute' la comté, parce qu'il el lui en feroil obéissance.
promistla tenir de luv et luy Si lui pardonna Geffroy ><>n
1. Sur la reddition du château dr Nantes à Foulques d Angers, cf Richer,
IV, 86. Foulques confia la tutelle du jeune Judicael au vicomte de Thouars,
Haimeri, qui, dans une charte de l'abbaye de Bourgueil de 993 environ, s'in-
titule comcs Na m net icae civitatis (dom Lobineau, llist. de Bretagne, II.
97. — Voir aussi Marchegaj et Mabille, Chroniques des églises d Anjou,
l> 259 ei 262). \u mois d'aoûl 994, Haimeri n'est plu- désigné i|u>' comme
vicomte de Thouars (cf. Marchegay. Archives (l'Anjou. I. 2'»»«). Il axait
donc drs lors abandonné 1 administration du comté de Nantes à Judicael de-
venu majeur.
134 CHRONICON [c. xi.vi, an. 100M0I0 circa]
en faire pbéissance i [E , maltalant et par le conseil de
p- 143). ses barons lui ottria sa de-
mande par la condition dessus
ditte, c'est assavoir qu'il le
tendroit de lui et lui en feroit
obéissance avec recognoessance. Et ce fait furent pacifiiez
Geffroy et Judicael, et par ainsi demoura par aucuns temps
Bretaigne sans guerre [F, f° 137 v° et 138 r°).
XLVI.
Cornes vero Judicael8, quum Ainsi qu'une fois [ledit Ju-
ad curiam comitis Gosfridi dichacl] alloit à la court [de
Redonensis pergeret, in via Geffroy, selon les chronic-
nefandaproditione interemp- ques de l'église de Nantes,]
tus est, etHerveus, episcopus il fut occis en la voye par
Namnetensis, apud castrum très détestable trahison. Et
Blesii vitam finivit2. Urbs en ce mesme temps mourut
XLVI. C D E.— a) Judichaelus C.
1. C'est pour obtenir l'hommage du comte de Nantes et faire prévaloir son
titre de duc de Bretagne que GeofTroi fit la guerre à Judicael. Foulques Nerra,
au dire de Richer, entra alors en lutte avec le comte de Chartres, qui sou-
tenait la cause de son vassal, GeofTroi de Rennes. Le récit de Richer permet
de déterminer la date approximative de l'envahissement du comté de Nantes
par GeofTroi. C'est en 994-995 que Foulques d'Angers et Eudes de Chartres
se disputèrent au sujet de la suzeraineté de la Bretagne, de principatu Bri-
tanniae (Richer, IV, 90-93). La lutte entre Judicael et GeofTroi doit être de
la même époque, et l'on peut fixer à 995 environ l'année où Judicael vaincu
se vit contraint de prêter hommage au comte de Rennes.
2. Hervisus, évêque de Nantes, apparaît à la cour des comtes de Chartres
et de Blois dans deux actes, dont l'un peut être daté certainement des derniers
mois de tannée 1003 (ces deux actes ont été publiés, mais mal datés, par
M. Lex, Eudes, comte de Blois dans les Mém. de la Soc. Acad. de
l'Aube, 1891, p. 317-318). Le 2 février 1004, Hervisus était à Chartres
(Cart. de Saint-Père de Chartres, p. 103). C est après être retourné de
Chartres à Blois qu il mourut en cette ville, comme en témoigne la chronique
de Nantes. La mort de Judicael, qui arriva dans le même temps, se place
donc en 1004 environ. Judicael n'avait alors que 25 ans (voir plus haut,
p. 131, note 1). Il laissait deux enfants, Budic, qui lui succéda, et Judith,
qui épousa plus tard Alain Cagniart, comte de Cornouaiile. Budic n'avait
c. \i.vi, an. 1004-1010 circa NAMNETËNSE 135
autem Namnetica, sic de tali- aussi Hervé, évesque de Nim-
bus principibus viduata et tes, et fut ni n si celle cité
prorsusindesolatione relicta, privée de ses princes, cl pres-
post paucos dics recuperavit quedatoutdélaisséeen déso-
principes sanctae Dei eccle- lation, laquelle peu de jours
siae satis détériores. Ili vide- après en recouvra deux autres
licet Walterius et Budicus plus contraires à saincte
nomineappellantur; quiWal- église, c'est à sçavoir Gaul-
terius1, natus ex territorio tier et Budic. Lequel Gaul-
Redonensi et nu tri tu s miles tier, né du territoire de
in curia comitis Britanniae Rennes et nourry chevalier
Gosfridi, dono ejus efficitur en la cour du duc Geffrov.
episcopus Namnetensis. Bu- fut par son don fait évesque
<licus veio2, fi 1 i 11 s Judieaeli b, de Nantes. Et Budic, fils bas-
comitis Namnetensis, in urbe tard de Judichael, comte de
Namnetica cornes constitui- Nantes, fut constitué comte
tur. S ed Walterius episcopus, en ladite cité. Mais Gaultier
hune super se principem et l'évesque, contemnant avoir
comitem urbis Namneticae, ledit Budic comte et prince
eoc quod ex concubina nains sur luv en la cité' de Nantes,
erat,contemnensadesse,mul- pour cause qu'il estoit né
titudine Britonum fret us, d'une concubine, avec mul-
bella contra eumvoluitfacere, titude de Bretons voulut faire
Ici urbem et comitatum ten- batailles contre luv, et s'ef-
tavit ei auferre. Nain comitis força luy os ter la cite et toute
Fulconis sacpe repetens eu- la comte. Si construise pre-
riam et servit ium pro terris mièrement celuv Gaultier,
XLVI. — h) Jiulichaclis C. — c) deest C.
alors que oeuf ou dix ans au plus. — Une charte du cartulaire de Redon
confirme ce que dit ici le chroniqueur de Nantes, à savoir que Judicaël péril
assassiné. Cette charte débute ainsi: Postquam foeda traaitione Judicaël
peremptus est. Budicus ejus (Mus. etsi nonnullo labore, paterni ho-
noris adeptus apicem (Cart. de Redon, |>. 256).
1, Gautier, évoque de Nanti- depuis L004 environ, es! signalé dans les
chartes jusqu'en 1041. Il «lui mourir irers 1045.
2. Budic. comte de Nantes de 1004 environ à 1038.
136 CHROMO m [c. xlvi, an. 100i-J010 circa]
alodiis reddens1 Cous- jouxte les pariètes de l'église
truxit enim ipse Walteriusd sur le terrare qu'avoit fait
primum jnxta pariètes eccle- AllainBarbetorte àl'ënviron,
siae super terraculum, quod une maison deffendable et
Alanus Barbatorta incircuitu une mote, laquelle, afin qu'il
propter raetum Normanno- guerroyast Budicetle débou-
rum fecerat, domum in prae- tast de son honneur, il arma
sidio munitam, per quam de ses parens et aussi des
Budieum comitem expugna- Nantois qu'il peut attraire et
ret et ab omni honore pro- avoir par dons et par pro-
jiceret; Hanc autem sic de messes, tellement que pour
parentibus suis et de Namne- crainte de luy Budic n'osoit
tensibus, quos donis autpro- jour ne nuict issir du chastel
missispotuithabere, armavit, qui est appelle le Bouffay.
ut die nocteque propter for- Et avoit ledit Gaultier pour
midinem ejus Budicus de plus grever le comte Budic,
castello quod appellatur Bof- une fois ou deux l'an, le duc
fredum exirenon auderet. Ad Geffroy dessus nommé avec-
hunc e sane fortius expugnan- ques son exercite, son coad-
dum f, Gosfridum g supra- juteur, quiconfondoit par ra-
memoratum cum exercitu to- pine, par embrasement et par
tius Britanniae semel aut bis dégastement toutes les cho-
in anno secum adjutorem ses qui estoient trouvées hors
habebat, qui quae in civitate et ens la cité ; par quoy en
XLYI. — d) ipse Walterius desunt C. — e) haec D. — f) expugnanda D.
— g) Alanum C.
1. Les sources C et D offrent ici une même lacune de quelques mots.
Il y avait sans aucun doute, à la fin du xve siècle, sur le manuscrit original
de la Chronique de Nantes, une déchirure en cet endroit ou- quelques mots
effacés par l'usure du parchemin. Le Baud n'a pas non plus traduit ce passage.
Le sens de cette phrase, demeurée incomplète, est d'ailleurs facile à inter-
préter. Budic, aussitôt après son élection, probablement d'après l'avis de ses
conseillers, chercha à se rapprocher de Foulques, comte d'Angers, et lui
prêta hommage pour certaines de ses possessions. Telle fut la cause de l'hos-
tilité qui se manifesta entre le nouveau comte de Nantes et le duc de Bretagne.
L'extrême jeunesse de Budic (il avait à peine dix ans) explique le peu
d énergie qu'il montra d'abord pour se délivrer de l'étroite surveillance dont
tétait entouré par l'évêque Gautier et par le duc Geoffroi.
[c. \i.vii, an. 1033 circa NAMNETENSE * 131
Namnetensi h intus el foris celuy temps l'église futdcs-
reperiebantur rapina, incen- pouillée de ses revenus, car
dio cunctaque vastatione con- Gaultier, espérant la retenir
(un débat. Tempore illo fuit en sa puissance et déjetter
ecclesia despoliata, quoniam ledit comte Budic de son
Walterius, sperans totampo- chastel, vouloiten distribuant
te State m Namnetis in manu tous les revenus d'icelle ad-
sua retinere et praedictum joindre a luy les nobles Nan-
comitem de castello suo ab- tois ses auxiliateurs. Mais
jicere, voluil in distribuendo ceux par lesquels au commen-
omnia bona dictai' ecclesiae rement ces maux estoient
nobiles Namnetensium sibi venus, après longtemps cons-
auxiliatores adjungere. Ili tituèrent entre eux paix et al-
vero quorum piincipatu1 haee liance de dilection perpé-
niala e\ encrant, paeem post tuelle [E9 p. 1 i \ et 145).
multum temporis inter se
constituerunt et foedus dilec-
tionis perpetuae feceruritlj.
XL VII.
Mansit sane apud eos finna Et en celuy temps se re-
pax et concordia, donecWal- nouvella contens enl re Budic,
terius perrexit Jherusalem. le comte de Nantes, el Gaul-
Postquam vero Budicus sen- tier, évesque de ladite cité.
sit i 11 il m longe esse ab liai- Car, comme, [selon la teneur
regione, destituil quameitius des chronicques de Nantes,
potuit foedera inter se iuncta. ledit Gaultier fust allé péle-
\\A I. — h) Namnetis />. — i) principio C. — j) ceperunl C.
MAIL C I..
I. La réconciliation «le Budic el <!<■ Gautier doit dater de la période de
troubles, qui suixil immédiatement la mort du duc Geoffroi Bur venue en 1008,
et de I époque <>ù Budic eul atteint sa majorité et put agir par lui-mcm ■.
c esl à-<liiv de 1010 cm iron.
138 % CHRONICON [c. xi.vir, an. 1033 circa]
Primum enim omnem do- rin en Jérusalem, Budic, qui
muni episeopi aggreditur et le sentit estre loin de la ré-
diruit. Remeans autem épis- gion, rompit le plus tôt qu'il
copus post anni circulum, peut les confédérations et
reperit itaque se dolo illusum alliances qu'ils avoient faites
et de rébus suis prorsus des- entre eux. Et premièrement
poliatum. Sed cum nullo assaillit le palais du dit Gaul-
modo sua recuperare posse tierévesque, lequel il dérom-
videret, Budico comité om- pit et pilla. Si trouva l'éves-
nibusqueNamnetensibus sub que, après le circuit d'un an
excommunicatione positis, qu'il fut retourné, qu'il avoit
Britanniam perrexit ; deinde esté déceu et spolié de ses
vero certamina per comitem biens, mais, comme il vit que
Alanum * in vindicando ad- il ne les pouvoit recouvrer
versus Namnetenses movit. par nulle manière, il excom-
Budicus autem defendere se munia le comte Budic et tous
paravit, et, ne Al ani potentiel les Nantois, et s'en alla au
gravaretur, Fulconem, An- duc Alain (qui premier l'avoit
degavensem comitem, in auxi- institué en l'évesché1) ; lequel
Hum advocavit, promittens ei duc Alain voulut adonc faire
reddere servitium pro suo co- bataille contre Budic pour
mitatu, si per eum AJano re- restituer Gaultier en son
sistere vaferet3. Postmodum, siège, contre lequel aussi
elapso tempore, bellum quocl s'appareilla Budic deffendre.
Walterius moverat inter Bu- Et pourtant qu'Alain le gre-
dicum et Alanum, variiseven- voit par sa puissance, il ap-
tibus satis peractum et ad pella en son aide Foulques,
niillum finem victoriae per- le comte d'Anjou, et luy pro-
tractum, archiepiscopus Do- mist faire obéissance de sa
XL VII. — a) Budicus autem, etc. usque ad valeret desunt C ; addenda
et sic restituenda esse videntur ex E.
1. Alain, fils de Geofïïoi, comte de Rennes et duc de Bretagne de 1008 à
1040. — Le Baud a ajouté ici dans sa traduction un membre de phrase qu il
n'a point emprunté à la chronique de Nantes et qui constitue une erreur his-
torique. On a vu en effet, au chapitre précédent, que Gautier fut élu évoque
de Nantes par le duc Gcofïroi et non par Alain.
[<•. xi. vu, an. 1033 circu N \M.M. I ENSE 130
lensis, nomine Junguineus1, comté, si par son méan il
cujus claritas consilii et estoil deffendu d'Alain. Si y
[ndustria omnes Britannos eut en celle guerre que Gaul-
Bupereminebat, quem Alanus tier meul entre le duc Alain
tune temporis consiliarium et Budic et ses Nantois plu-
maximum habebal , provi- sieurs estrifs de batailles.
dens callide tantam rem belli Mais, comme elle cust esté
non po s se efïici violent ia, suo aucun temps démenée entre
îngenio sedavit; et, Budico eux par diverses adventures
latenter promittens magna et ne ftist encores tirée à nulle
bcncficiorum munera, eospa- fin de victoire, l'archevesque
cificavit, ut, Fulcone Andega- de Dol, nommé Lunfreneus,
vciisi relicto, deinceps Nam- dont la clarté de conseil et
netensem urbem ipsc Budi- l'industrie surmontoil tous
eus ab Alano reciperet. Quae les Bretons, et lequel Alain
autem Budicus cornes jamdu- avoil adonc très grand con-
dum perficere, quamvis sem- seillier en sa cour, prenant
per verbis propter contra- contentement celle bataille
rietatem Walterii illuc usque ne pouvoir si tost estre par-
renuisset, saepe exoptaverat, faite par violence, la fina par
quia, inops et nihil rerum son engin, et promettant se-
habens propter longam bel- nettement à Budic grands
loi uni devastationem, plufes bénéfices de dons, les pacifia
snorum militum deperdide- en ceste manière, c'est à sça-
rat, qui ad Alanum confuge- voir que Budic délaisseroit
rant aut quos ipse donis suis Foulques 'd'Angers et rece-
aut promissis sibi attraxerat. vroil d'Alain la cité de Nan-
[nsuper abbatiamSancti Flo- tes; lesquelles choses Budic
i on t ii Namnetici territorii, avoit souvent désirées en son
quae erat sui juris*, Fulco cœur de parfaire, combien
cornes recenter abstulerat, et que tousjours il y résistast
I. Junguenée est signalé comme archevêque de 1><>1 de 1<»08 h 1040
<'M\ iron.
'2. Il s'agit ici du monastère de Montglonne, aujourd hui Sainl Florent- le -
Vieil. Maine-et-Loire, arr. Cholet, chef-lieu de canton.
110 GHRONICON [c. xlviii, an. 1038-1019]
castellum ibi, ne jam suh sua par paroles pour la contra-
dominatione extraxisset, fe- riété de Gaultier, car il es-
cerat1. toit pauvre et n'avoit rien
pour la longue destruction
des batailles et avoit perdu
plusieurs de ses chevaliers,
lesquels s'en estoient fuis à Alain, qui les avoit attraits h luy
par ses dons et promesses. Et en outre Foulques luy avoit
nouvellement osté l'abbaye de Saint-Fleurent, qui estoit du
droit de sa comté de Nantes, et y avoit faict ledit Foulques
un chasteau, afin que Budic ne la reprenist sous sa sei-
gneurie [E, p. 147 et 148).
XLVIII
Ipse Walterius ante epis-
copatum duos genuerat filios,
Helgomarum et Budicum,
quem vivens in scholis Sancti
Martini Turonis litteras clis-
cere miserat et ad pontifi-
cat um quem ipse regebatele-
git2. Sed Mathias, cornes
Et en celuy temps, [selon
la chronicque de l'église de
Nantes,] estoit comte de ladite
cité de Nantes, Mathias, le
fils du comte Budic ; aussi
estoit évesque de celle cité
Budic, le fils de l'évesque
Gaultier ; lequel Gaultier,
XLVIII. C E.
1. La mention de la construction du château de Saint-Florent-le-Vieil par
Foulques Nerra permet de dater avec assez de précision la guerre entre Budic
de Nantes et le duc de Bretagne Alain. L'historien de Saint-Florent de
Saumur rapporte en effet que Foulques Nerra édifia ce château peu de temps
après que son fils Geoffroi eut épousé Agnès, veuve du comte de Poitiers. Or,
le mariage de Geoffroi et d'Agnès est de l'année 1032 (cf. Chroniques des
églises d'Anjou, p. 23. 135 et 282). La guerre entre Budic et Alain est
donc de 1033 environ. Aussitôt que Budic eut fait la paix avec Alain, ,il vint
avec une armée pour détruire le nouveau château de Saint-Florent-le-A ieil,
mais il n'y réussit pas (cf. Chroniques des églises d'Anjou, p. 283).
2. L'élection de Budic, fils de Gautier, comme évoque de Nantes, doit être
de 1040 environ, c'est-à-dire peu postérieure à la mort de Budic, comte de
Nantes. Gautier aura profité de l'extrême jeunesse du nouveau comte pour
[c. xi.viii, an. 1038-104»] NAMNETENSE m
Namnetensis, films Budici avant qu'il fust proraeu à
comitis, illo tempore adhuc l'évesché, avoit engendré
puerulus 1, élection] semper celuy Budic et un autre fils,
fuit contrarius, donec consi- appelle rlelgomar, en ma-
liatoribus suis magna luero- riage. Si avoit Gaultier en-
rum munera Budicus dédit; voyé ledit Budic, son fils, à
sicquc ad episcopatus digni- Tours apprendre les lettres
tatem pervertit, et ex eo tem- es escolles Saint-Martin, el
pore ambo, pariter connexa l'avoit, luy vivant, esleu il
copulatione conjuncti dilec- l'évesché qu'il gouvernoit. A
tionis, usque ad finem vitae laquelle élection le comte
suae non sunt separati. Sed Mathias, qui encores estoil
Budicus deincepSy pro hujus enfant, fut tousjours con-
simonlae crimine, de sede sua traire, jusques à ce que Budic
in concilio Reinensi a papa donna de grands loyers à ses
Leone1 depositus est*. conseillers, et ainsi parvint à
la dignité d'évesque. Et de
t celuy tempseesdeux princes,
conjoints par dilection, w\>\\
furent séparez jusques à la fin de leur vie, combien que,
[selon ladite ehronicque,] Budic fut depuis déposé pour
celle simonie au concile de Reims par le pape Léon
{E, p. 153).
\L\III. — a) Sed Budicus, etc. usque ad depositus est desunt ( : ad-
denda et sic restituenda esse videntur ex E.
obtenir à prix d'argent L'assentiment des conseillers de Mathias à cette
nomination illégale.
1. Mathias, Bis de Budic, comte de Nantes de 1038 à 1051.
2. Le concile de Reims (octobre IU'i'.i) fut présidé par le p;'!"1 Léon I\
(1049-1054). — L'évêque Budic mourut l'année même <!r sa déposition:
Anno M AUX, obiit Budicus, aliquandiu dictus episcopus, sed postea
propter simoniacam haeresim suam apud Remeitsem metropolim a
papa Leone déposa us est. Hic prius pacem constituit Namnetensibus.
(I)oiii Lobineau, Histoire de Bretagne ^ 11. 352, ex veteri collectione ma-
nuscripta ecclesiae Namnetensis. — Voir aussi Labbe, Conciles. IV
col. 1041).
,
MIRACULA ECCLESIAE NAMNETENSIS
r.
Quum Norman ni, primo tempore Lolharii régis, filii Lu -
dovici Transmarini, patrias et rcgiones occidentales Galliae
prope maritima consistantes, mortuo pro tune duce Bri-
tonum2, depraedationibus assiduis devastarent, ipsi equidem,
1. Les quatre chapitres, qui sont édités ici pour la première fois sous le
titre de Miracula ecclesiae Namnetensis, n'ont été conservés que grâce à
ce l'ait qu'ils ont été insérés dans la compilation connue sous le nom de
Chronique de Saint-Brieuc (A). Le style seul de ces chapitres permettrait de
reconnaître en leur auteur le même écrivain cfui a rédigé la Chronique de
Nantes tout entière; on \ trouve d'ailleurs des allusions à certains événements
qui ne se trouvent relatés nulle part ailleurs que dans la Chronique de Nanti -
elle-même. De plus, Le Baud témoigne incidemment que le Chroniqueur de
Nantes avait joint à son œuvre le récit de plusieurs miracles : c'est du moins
ce qui ressort du passage cité plus haut (/:, p. 142), où Le Baud dit qu'il a
emprunté sa narration à ['acteur du livre des miracles et chronicques de
I l'église de Nantes. Enfin, en marge du folio 65 r°, col. 2, du manuscrit
latin 9888 de la Bibliothèque Nationale, manuscrit qui contient le texte de la
chronique de Saint-Brieuc, vis-à-vis les mots Quum Normanni, primo tem-
pore Lotharii régis, etc., on lit Cronice civitatis Namnetensis. Ces mots
son! d'une écriture du xvie siècle. On regardait donc alors le récit des mi-
racles comme faisant partie de la Chronique de Nantes : or. il est possible
qu à celle époque le manuscrit original de cette chronique fût encore
Conservé à Nantes dans les archives du Chapitre, et il J a lieu <l en conclure.
je crois, que les miracles étaient transcrits à la suite ou en tète de la chronique
dans ce même manuscrit. — On ne peul affirmer si le texte complet
du livre des miracles de l'église <!<• Nantes est parvenu jusqu'à non- ou m. au
contraire, le chroniqueur de Saint-Brieuc n'en a transcrit que des fragments
\ oir ce que j ai dit à ce sujet dans l'Introduction.
2. Le chroniqueur de Saint-Brieuc (J) a remplacé les mots duce />//-
loniim par rege Britonum Armoricanorum. Cette interpolation esl habi-
tuelle au chroniqueur de Saint-Brieuc, qui écrivait au w' siècle et peu-ail
rehausser ainsi l'illustration des anciens ducs de Bretagne.
144 MIRACULA [c. i, an. 9G0]
pcr alvenm Ligeris cuni magna classe navigii advecti, nrbem
Namneticam ex improviso ingrediuntur. Qui, accipientes
Walterium episcopum cum pluribus aliis l, persequuntur
quemdam miserrimura hominem, fugientem ad ecclesiam
sanctorum martirum Donatiani et Rogatiani, pavidum ettimi-
dum, et eorum suffragia precibus obnixis valde anxium pro-
clam an te m. Et, quum jam lassus atrium ecclesiae attingeret,
nec amplius licentiam fugiendi haberet, et Normanni eum
undique circumvenirent, inscius quid agere deberet, ad
quamdam quercum, ibi per longam priorum Normannorum
vastitatem excretam, nt, sicut melius visum eratilli, ex una
parte latitaret, accessit ad refugium. Quae, ex nutu Dei,
qui in se sperantes salvat et neminem vult perire, et tan-
torum martirum meritis, cortices suos et omnes ligni sui
materiem confestim aperiens, illi pêne examini quoddam la-
tibulum offendit, in quo ad se latendum intraret. Cernensque
homo hoc occultum, quamvis semper timidus ne ibi repertus
esset, tum quam citius potuit intrare curavit. Et, dum, intus
tremens, hostes, sibi cum magna feritate gladiorum occur-
rentes, exspectaret, illico divina virtute illa quercus tota in-
tégra sine ullo foramine et formata sicut antea illis fremen-
tibus apparuit. Quum autem jam proximi facti eum capere
aut detruncare certissime sperarent, prospicientes undique,
nisi solam arborem minime invenerunt. Ex qua re omnes
mirantes coeperunt ad invicem dicere : « Quo abiit ille homo,
« quo recessit ? Fortasse, aut in coelum ascendit aut terra
« absorbuit. » Inquirentesque eum per omnia nusquam
reperire potuerunt ; sicque delusi ad naves suas redierunt,
narrantes sociis suis mirabilia quae viderant. Quercus vero
praedicta, iterum aperiens se, hominem salvum reddidit et
ad proprium reversa est naturam. Hoc quoque miraculum,
quanto tempore* homo ille vixit, vicinis ac incolis istius loci
referre solitus erat, ostendens semper illam quercum adesse
1. Sur la date exacte de cette prise de Nantes par les Normands et sur la
captivité de lcvèquc Gautier, voir plus haut cli. XXXVIII.
[c. il, an 9601 ECCLE8IAE NA.M.M. I I.NSIS 145
hujus facti testimonium, in qua ipse elausus steterat et libe-
ratus a manibus Normannorum per mérita praefatorum mar-
i i iu m incolumis exierat. Walterius vero episcopus, ductus
al> istis diabolicis viris' asque Guerrendiam captivus, data
pro se et pro aliis çaptivis magna pecunia, ad suam sedem
liber rediit.
II.
Nec multo posl tempore, iterum ipsi Normanni, ad prae-
dictam urbem redientes, omnia in tus et loris depraedantes
vastaverunt, ac etiam, praedictorum martirum întrantes ec-
clesiam, s|><»I i;i pauperum, ibi ad tutamentum reposita, cru-
deliter abripiunt. Sed virtus Jhesu Christi, omnipotentis
Dci, pro cujus Domine isti saneti martires sunt passi, quorum
corpora hie honorifiee tumulata requiescunt, nolens hosvio-
latores exire ab ecclesia inultos, magna eaecitate pereussil :
née etiam ad introitum per quam intraverant remeare seie-
bant, ila quod nullum lumen videre po ter an t. Itaque omnes
cacci effecti clamabanl aller ad alterum quid agere debeant.
Et, (jiiiiin, de tali confusione lacrimabiliter condolentes,
nullum possent recuperare eonsilium, fuit unus ex captivis,
quos in eadem ecelesia ccperant, qui sic eos docuil dicens :
« Infelices, miseri, ut nihil timentes Deum et suos sanctos
« fidèles, hune locum sanctum violare praesumpsistis ;
« quare vos horum sanctorum martirum Donatiani et Roga-
« liani ausi iu istis, nihil timoris habentes, eeelesiam lam
« furiose cum armis intrare ? Deponite arma, confitentes
« peccata vestra, ci omnipotentis l)ei et sanctorum martirum
1. fstis diabolicis viris, expression familière au chroniqueur de Nantes:
jslle revienl à chaque instanl dans son récit <"t suffirait à montrer qu'il est
bien 1 auteur de ce chapitre, >i d'autre part la relation de L'évèque il> Nantes*,
Gautier, emmené captif à Guérande par Les Normands, relation conçue en
termes assez semblables à ceux du chapitre WW11I do la Chronique de
Nantes, ne prouvait que 1 un el 1 autre récit Boni I œuvre d'un même écrivain.
lu
146 MIRACULA [c. m, xie siècle]
« misericordiam fideli mente invocate, et a malitia vestra
« cessate. Fortasse ipse exaudiet vos et iniquitatibus vestris
« misericors propitiabitur, et lumen, quod pro culpa de-
ce mentiae vestrae amisistis, visum, si fideliter creditis, re-
« cuperabitis. » Qui vero audientes haec percutiebant
pectora sua et adorabant Dominum proni in terrain, mise-
ricordiam suam implorantes nunquam invocantibus eu m in
veritate denegatam, ut eorum miseriae misereri dignaretur.
Necnon etiam praeclarissimorum martirum Donatiani et Ro-
gatiani valde anxli suppliciter auxilium flagitabant ut eorum
intereessione a caecitate sua incolumes liberarentur, promit-
tentes Deo devotissime nonamplius, si cum salute adpatriam
remeare possent, ejus sanctuaria violare. Quum autem omnes
unanimiter in orationibus persistèrent, Dei virtute et sanc-
torum martirum meritis lux magna sicut lumen fulguris per
totam basilicam apparuit, unde oculi eorum illuminati sunt.
Sicque omnes visum, praesumptione sua perditum juste et
nunquam, sicut sperabant, in futuro recuperabilem, miseri-
corditer laeti recipientes, gratias Deo et suis sanctis marti-
ribus reddiderunt, et bene castigati, cum magna exulta-
tione ad propria reversi, divulgaverunt hoc factum per omnem
regionem Normannorum1. Ex eo autem tempore usque modo
nulli Normanni neque etiam alii praedones, horum martirum
atriadepraedantes, intrare praesumpserunt, tim entes semper
ne talia illis sicut superius relata se evenirent.
III
Et hoc quoque sub silentio relinquere nolumus, quod
quidam homo, jam advesperascente die, de urbe Namnetica
egrediens et volens ire ad villam, per cimiterium ecclesiae
1. Il s agit ici de la Normandie.
[c. iv, an. 1000 circa] ECCLESUE NAMNETENSIS 141
Sancti Cyrici" martiris1, quae piope mocnia hujus m bis sita
est, transiit. Et, dum per illud iter tenderet, memoria fidc-
liuin ibidem quiesccntium compunctus, benedixit animas
quorum corpora hic requiescunt. Quas illico audiens semper
amen, amen respondentes, donec infra cimiterium Sancti
Andreae*, qnod est illi proximum, pervenit, valde miratus
est, et ipse postea, quot vicibus per hoc cimiterium tran-
sibat, solitus erat referre secretum transeuntibus hoc res-
ponsum mirabile quod ibi audierat.
IV.
In urbe Namnetica miraculum grande factum est, quod
minime oblivioni tradere voluimus, sed, sicut videntes illud
nobis scribentibus enarraverunt, huic paginae scriptum
commendare studuimus. Nam, quum omnis populus prae-
dictae civitatis, gaudens et exultans, ad ecclesiam Sancti
Johannis Baptistae 3, in ipsius nativitate convenisset et ibi
pernoctans in orationibus et vigiliis fidelissime celebrasset,
fuit unus miles ex familia Judicaelis comitis4, Nominoius
nomine, qui, instinctu diaboli deceptus, hujus sanctissimi
praecursoris vigilias dimisit, ac furtive cum quadam mere-
trice juxta sepes cujusdam horti, viae publicae proximas,
infelicissime se commiscuit. Et, quum pacto suac libidinis
seelere, ab eadem discedere vellct, divino judicio Dei illico
III. — a) Tyrici A ; corrigendum est Cyrici.
1 . L'église de Saint-Cyr et Sainte-Julitte étail située non loin des murailles
de Nantes près de la rivière d'Erdre (cf. dom Lobineau, Hist. de Bretagne,
II, 80. 112 el 163).
2. Sur l'église Saint-André, voir plus haut ch. \\\ . p. 75.
3. Sur L'affluence de pèlerins qu attirait à Nantes la tVtc de saint Jean-
Baptiste, voir plus haut ch. \1. p. 16.
'i . Judicaël, comte «1«' Nantes de 992 à lOO'i. On a ici une nouvelle preuve
que le chroniqueur de Nantes écrivait peu après le milieu du u« siècle,
puisqu il témoigne avoir connu plusieurs personnes, qui avaient vu 06 miracle.
Burvenu on l'an mil on> iron.
148 MIRAÇULA [c. iv, an. 1000 circa]
captus, sicut canis, ibidem remansit commixtus. Coeuntesque
ambo per totam noctem, exinde steterunt ibi jacentes, donec
dies illuxisset, ibique mane ïeperti ab omni populo, ad ec-
clesiam pergente et egrediente, sic mirabiliter stare vide-
bantur. Et, quum hic lacrimabiliter condolentes, per totam
diem misericordiam Domini et sancti Johannis Baptistae
invocantes, ut eis peccatoribus misereri dignarentur, usque
ad solis occasum sic commixti stetissent, Dei voluntate soluti
sunt, venientesque utrique valde pavidi ad ecclesiam
Sancti Johannis, per totam noctem ibi orantes, Dominum
assidue precati sunt ut peccata sua illis infelicibus sua gra-
tuita bonitate dimitteret. Quumque autem dies reluxisset, a
clericis illius ecclesiae acerrime caesi et verbis correctionis
castigati, regressi sunt, tamen ex eo tempore usque ad finem
vitae suae semper verecundi.
TABLE ALPHABÉTIQUE
DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES
Les chiffres romains renvoient aux pages de l'Introduction ; les
chiffres arabes aux pages du texte ; la lettre a à la première
colonne, la lettre h à la seconde : la lettre n aux notes.
A.
Aansccncc, v. Adclstan.
Abbon, évèque de Ncvcrs, 56.
Actard, Aclardus, Attardas, évo-
que de Nantes, xxxvn n. 2, i.vn-
i.x. 26 ab. n. 2, 27 ab. n. 1, 28
al». 39 a. 40 al), n. L, 'il n. 2.
i2 I». 44 ab. n. 2, 46, 48 al). 19-
57, 60, 63 ah, 65, 95 n. 2; évo-
que de Thérouanne, 41 a. a. I,
43 a. n. 3; archevêque de Tours,
65 n. 1 et 2.
\dalarl, Adalardus, évèque de Nan-
tes, LX, 80 ah. n. 1 et 2, Si n. 1.
85 ab, 94 ab.
Adémar, abbé de Redon, 124 n. 2.
Adclstan. AdelstannuSf .ils/anus,
Aauscence, roi d Angleterre, 82
a n. 3 et 4. 83 ab, 88 a. 89b. n.
1. 98 n. 1.
Adrien II, pape, 65 n. 1.
Agius, évèque d'Orléans, 56.
Agnès, femme de GeofTroi-Marlel,
comte d'Angers, 140 n. 1.
Airard, évèque de Nantes, xxxin-
xxxix, xi. n. 1.
Alain III, comte de Rennes et duc
de Bretagne, fils de Geoffroi-Bé-
renger, 138 ab. n. I, 139 al». 140
n. 1.
Alain Barbetorte, Alanus Barba-
torta, comte de Poher, puis duc
de Bretagne, xx. xxvii, xxviii,
\i \ -\i \ ii. i.xiv. i.xv. 78 n. 1 .
82 a. n. '.. 83b, 88-109. 111 .il».
112 a. n. 3, 1 13 ab, 119 n.3. 120
b, 126 ab. 127 al». 128 1». 136 ab.
Uain Canhiart, comte de Gornouaille,
xxxi, xxxiv, xxxvn. 4, 134 u. 2.
Alain I Enfant, Alanus Puer, comte
de Nantes, fil- de I ruérech, 1 1 'i n.
150
TABLE ALPHABETIQUE
3, 123 a. n. 5, 124 b, 125 a, 126
ab. n. 2, 127 n. 1.
Alain le Grand, Alanus Magnus,
comte de Vannes, puis duc de Bre-
tagne, xx, lx, lxiv, 67 ab. n. 2
et 3, 68 b, 69 n. l,70n. 3, 73 b.
n. 2, 74 n. 2 et 3, 75 n. 1, 77
n. 1, 78-81, 83 ab, 88 ab.
Aldric, évêque du Mans, 13 n. 3.
Aleth, aujourd'hui Saint-Malo (Ille-
et- Vilaine), liv, 10 n. 5 ;
— diocèse, 37 b, 39 ;
— é\êç[\ie,Macloviensis episcopus,
105 a; v. Salvator.
Alethenses, habitants du pays d'A-
leth, 11 b; v. Dialetenses.
Alexandrie, Alexandria, ville d'E-
gypte, 2 ab, 3 b.
Allemands, peuple de Germanie, 99
n. 1, 100 n. 1.
Allis (Jehan), chanoine de Nantes, x.
Allurettus , fidèle du ducErispoé, 48.
Alveus, archidiacre du chapitre de
Nantes, xl n. 1.
Amauri, Amalricus, archevêque de
Tours, lvii, lviii, 25 ab, 26n.l,
34 b, 35 a. n. 1, 40 ab, 49 ab.
n. 1.
Amauri, comte de Nantes, 40 n. 1.
Ancenis, Ancenisii castrum (Loire-
Inférieure), 123 a, 124 b.
Angers, Andegavis , Andegavina
lirbs, XLI, XLII, XLV, XLIX, L, LX,
15 n. 1, 27 n.l. 41 n. 2, 42 n. 2,
44 n. 1, 66 n. 3, 67 ab, 83 ab,
85 a, 86 ab, 109 ab, 110 n. 1,
122 b, 128 a ;
— comté, v. Anjou;
— comtes, v. Foulques le Bon,
Foulques le Roux, Foulques-Nerra,
Geofïroi - Grisegonelle , Geoffroi -
Martel, Lambert II, comte de
Nantes ;
Angers, diocèse, 54, 74 n. 2;
— églises, v. Saint-Aubin, Saint-
Pierre, Saint-Serge ;
— évêques, v. Domitianus, Rainon,
Renaud.
Angevins, Andecavi, Andegaven-
ses, 31b, 32 a. 85 a, 86 b, 99 n. 1,
119 n. 1, 129 b, 130 a, 132 n. 2.
Angleterre, Anglia, 82 n. 1 et 4,
89 b. n. 1. .
Anjou, Andegavensis pagus, ter-
ritorium, 14 n. 4, 24 n. 2, 29 b,
30 ab. n. 2, 31b, 32 a. n. 2,51b,
94 a, 97 n. 1, 121 ab, 129 a.
Anne, duchesse de Bretagne, xi n. 1,
xii n. 1, xiv.
Antrum, v. Indre.
Aquitaine, Aquitania, région méri-
dionale de la Gaule, 6 ab, 20 n. 2,
30 n. 3, 31 ab, 82 ab;
— duché, 24 n. 2;
— royaume, 4 a, 5 b. 23 ab.
Aquitains, A(/uitani, Aquitatiici,
14, 24 a, 25 b.
Aremburge, Aremburgis, femme du
comte de Nantes Guérech, 123 a.
n. 5, 124 b, 126 a.
Argentré (Bertrand d), historien,
XLI.
Attardas, v. Actard.
Aufronius, v. Eufronius.
Aurelianum, v. Orléans.
Auriscand, Auriscandus, évêque de
Vannes, 127 ab. n. 2.
Aureliénoys, v. Orléanais.
8.
Ballon (Ille-et- Vilaine), 32 n.' 1.
Batz, Bas itisula (Loire-Inférieure),
13 ab.
Beauvoir (Vendée), 20 n. 3.
TABLE ALPHABÉTIQUE
131
Bégon, BegO, successeur du duc Re-
naud !•», 2:} ah, 24 ab. n. 2 et 3.
Begonis cas t ru m, r. Bougon (la
motte de).
Benoit, évêque de Nantes, fils d'A-
lain Ganhiart, xxxvi n. 2.
Benoit III, Benedictus, pape, lviii,
\\\ ab, 57 ab. n. 2, 59 n. 1, 63
n. 1.
Bércngcr, comte de Rennes, 67 n. 3,
70 n. 4, 91 n. 2, 93 n. 1.
Bernard, frère du comte de Poitiers
Emenon, 6 n. 2.
Bernard, successeur du duc Bégon,
24 n. 2.
Berthou (M. P. A. de), xvn n. 3,
XVIII.
Bertualdt, fidèle du duc Erispoé, £8.
Besicle (Pierre), chanoine de Nantes,
x.
liiesse, Bièce, île de la Loire, près
de Nantes, lvii, 86 ab, 87 n. 1.
Bili, chanoine de Nantes, xl n. 1.
Blaeidic, fidèle du duc Erispoé, '18.
Blain, Blanii vicus, Bleign (Loire-
Inl'i rirure), 10 ab. 11. 3, l 1 ab.
Blaison (le), Bleso, Bléson, rivière,
23 a. 2'( b. n. 1 et 3.
Blanchard (M. René), xxxm, xxxiv.
Blavet, rivière, 67 n. 2.
Bleign, v. Blain.
Blinlivet, évoque de Vannes, 93 n. 1.
Blois, Blesii castrum, 102 ab, 134
a. n. 2 ;
— comte, 129 n. 2 ;
— comtes, v. Eudes 1er, Thibaut le
Tricheur ;
— donjon, 108 ab. n. 4.
Bodoan, fidèle du duc Erispoé, 15 b,
'.S.
Boffredum, \. Bouffa} (le).
Bordeaux, Burdesala, 20 a. n. 2,
21 b.
Borderie (M, A. de la), ix n. 5,
xin, xx-xxii, xxvm, \\ n 2, 45
n. 1, 67 n. 2.
Bouflay (le), Boff'rcdum, château
construit à Nantes par le duc Go-
nan, 127 b, 128 a. n. 1, 136 ab.
Bougon (la motte de), castrum Be-
gonis (Loire-Inférieure), 23 ab,
25 ab. n. 1.
Bourgogne , Burgundia , région
orientale de la Gaule, 80 n. 2,
82 ab, 85 ab.
Bourgucil (Indre-et-Loire), abbaye,
133 n. 1.
Bran, fidèle du duc Erispoé, 48.
Bretagne , Britannia, Britannica
regio, duché, royaume, région oc-
cidentale de la Gaule, 2 a, 14 n. 2,
30 n. 2, 31 n. 2, 33 ab, 34 ab,
35 ab, 36 ab, 37 ab, 59, 67 n. 2
et 3, 80 a, 81 a, 82 b. n. 1 et 4,
87-89, 91 a. n. 2, 93 ab, 96 ab,
102 ab. n. 1, 105 ab, 107 n. 1.
108 ab. n. 3, 111 ab, H3ab. 121
a, 122b. n. 1, 127 ni», 134b. n. I,
136 a, 138 a; Britannia nova,
12 ab, 15 a. n. 1 ; Britannia mi-
nor, 34 a; Britanniae a/tgu/os,
eûtes de Bretagne, 13 ab.
Bretons, Britanni, Britones, xxix-
XXXVI, xl vi, i.xiv, i.xv, 7 a. 9-11,
14, 31 ab. 12 ab. i3 b. ','.1 ab,
50 ab, 51 b, 52 a, 55. .V,, ,"."
ab. 61, 62 n. 2, 63 b. 64, 66, 79
a. 82 a, 83 ab. 88 a. 89 ab ni.
(.HI a. 91 n. 1 et 2, 92 ab. 97 n. 3.
99 n. 1. 110 n. 1. 129 1» n. 3.
130 a. 131-133, 135 ab. 13'.' ab :
Britanni Dialetenses, \ Diale-
tenses.
Brice, évoque de Nantes, xxxvi u. 2.
Briocensis episcopus . v. Saint-
Brieuc, évéque.
1 52 TABLE ALPHABÉTIQUE
Budic, comte de Nantes, fils bâtard de
Judicaël, 134 n. 2, 135-140, 141 a.
Budic, évoque de Nantes, fils de l'é-
vcque de Nantes Gautier II, xxvn,
n. 2, xLvur, 140 ab. n. 1, 141 ab.
n. 2.
Budic, fils du duc de Bretagne Alain
le Grand, 75 n. 1, 77 n. 1.
c.
Cainonis, v. Chinon.
Canabiac, Canabiacum, peut-être
Canisy (Manche), lx, 68 ab, 70.
Cararia porta, v. Gharière.
Carloman, roi des Francs, 66 n. 4.
Castrum Celsum, v. Ghamptoceaux.
Caynon, v. Rainon, évêque d'An-
gers.
Cenomannensis cornes, episcopus,
v. Mans (le), comtes, évêques ;
Cenomannense territorium , v.
Maine, comté.
Ghamptoceaux, Castrum Celsum,
Chastoceaux (Maine-et-Loire) ,
123 ab. n. 3.
Charière, Cararia porta, porte de
la ville de Nantes, 95 a. n. 4.
Gharlemagne , Karolus magnus ,
Charles le Grant, empereur des
Francs, 4 ab, 35 a.
Charles le Chauve, Karolus Calvus,
rex, trier archa , Charles le
Chauff, roi des Francs, lviii, 4-
6, 7 a, 8 ab, 9 ab. n. 1, 14, 15
n. 1, 17 n. 2, 24 n. 2, 26 ab, 27
n. 1, 30 n. 2 et 3, 31 a. n. 2, 32
ab, 35 a, 37 b, 38 a, 40 ab. n. 1
et 2, 45 b, 46 n. 1 et 3, 50 ab,
55 n. 2, 61 n. 1, 62 n. 2, 63 ab.
Charles le Grant, v. Charlemagne.
Charles le Gros, Karolus rex, em-
pereur des Francs, lx, 65, 66 a.
n. 3 et 4, 67 b.
Charles le Simple, Karolus sim-
plex, stultus, roi des Francs,
xxvin, 57 a. n. 3, 81 ab. n. 2.
Chartres, Camoti, 41 b. n. 1, 43 b,
114 n. 2, 134 n. 2;
— comtes, 108 n. 1, v. Eudes Ier,
Thibaut le Tricheur ;
— donjon, 108- ab. n. 4 ;
— évêques, v. Fulbert, Gislebert.
Chastoceaux, v. Champtoceaux.
Chàteaudun (Eure-et-Loir), 108 n. 4.
Chinon, Cainonis (Indre-et-Loire),
donjon, 108 ab. n. 4.
Cliiré, Ciriacum, Tiriac (Deux-Sè-
vres), 97 ab, 120 a.
Clisson (doyenné de), au diocèse de
Nantes, 119 n. 3.
Clotaire Ier, Clotarius primus, roi
des Francs, 3 a. n. 4.
Clotaire, Clotharius,\. Lothaire Ier,
empereur des Francs.
Coitlouh (synode de), xlix, l, lvi,
38 n. 2, 52 n. 1.
Coledoch, Colledoch, fidèle du duc
Alain le Grand, 69 ab. n. 1, 70.
Conan, Conanus curvus, comte de
Rennes, puis duc de Bretagne,
xliv, xlv-xlvii, 70 n. 4, 108 n.
2, 112-115, 118 ab. n. 2, 119
ab. n. 1, 123 a, 12iab. n. 2, 125
ab, 126 n. 2, 127-133.
Conan, évêque de Saint-Pol-de-Léon,
93 n. 1.
Conan, Konanus, fidèle du duc Eris-
poé, 45 b, 48-
Conoveus, v. Convoion.
Conquereuil, Concruz, Concurrum,
Conquereus, Conqueruz (Loire-
Inférieure), 114 n. 3, 118 b,
119 a. n. 1 et 3, 128 n. 3, 129 b.
n. 3, 130 a, 131 n. 1, 132 n. 2.
TABLE ALPHABÉTIQUE
153
Constantiensis episcopus, v. Coû-
ta nccs, évoques.
Constantinus pagus, v. Cotcntin.
Convoion , Conoveus , Convoya il ,
abbé de Redon, li, i.vii, 33 ah.
n. 2, 34 ab. n. 1 et 3, 35 ab,
36 a, 38 n. 3, 39 n. 1.
Corisopitensis episcopus, v. Quim-
per, évoques.
Cornouaillc , comté de Bretagne ,
XXXI.
Cotcntin, Constantinus pagus, pays
de Constantin, 68 ab, 69.
Coucsnon, rivière, 67 n. 3.
Courantgen, évêque de Vannes, 'i7
n. 1.
Coutances, Constances (Manche),
évêques, v. Romacharius, Segi-
nandus.
Craon, Credo (Mayenne), 27 ni. 1,
29 ab. n. 1, 30 n. 1.
D.
Danois, Dam, v. Normands.
Dcrian, (ils du duc de Bretagne Alain
le Grand, 75 n. 1.
Diablintum civitas, cité de la IIIe
Lyonnaise, i.iv, i.v, 10 n. 5.
Dialetenses, habitants «lu pays d'A-
leth.Liv, lOab. n. 5 ; Dialetcnsis
ecclesia, \ . Met h, diocèse.
Diriniinr, \ [ronne
Doda , abbesse de Saint-Clément de
Nantes, sieur du comte Lambert,
29 ab. n. 2.
Dol, Dolum (Ille-et-Vilaino), 39,
91 n. I ;
— archevêques, \. Festinien, Jun-
guenée, \\ icolien ;
— cathédrale, 108 n. 2
Dol, diocèse, xxxvi-xxxix, xlix-i.vi,
39 n. 1, 54 n. 3;
— évêque, v. Salocon ;
— monastère, Doli monasterium,
37 b, 39, 89 ab.
Domitianus, évoque d'Angers, 2 a.
n. 3, 3 b. n. 3.
Domnolus, évêque du Mans, 2 a.
n. 3, 3 b. n. 3.
Domnonce, région septentrionale de
la Bretagne, 108 n. 2 et 3.
Donatien (saint), martyr, 69, 72 n. 2.
Drogon, fils du duc Alain Barbc-
torlc, xxvii, xi. v, xlvi, i.xiv, 105
ab, 107 n. 1, 108 ab, 109 ab,
110 ab. n. 1, 112 I». 131 n. 1.
Drogucn. v. Orcguen, femme du duc
Alain le Grand.
Duchesne (M. 1 abbé), lvi n. 1 , lvii,
i.viii, 39 n. 1, 93 n. 1.
Dudon de Saint-Quentin, chroni-
queur, i.xn, LXV.
Dunvallon. fidèle du duc Erispoé, 48.
Durand, chanoine de Nantes, XL ni.
Durant Pabion, chanoine de Nantes,
xxxii. 94 ab.
Durenum. v. Saint-Georges de Mon-
taigu.
E.
Edouard Ier L'Ancien, roi d' Angle-
terre, 82 n. 3, 89 n. 1.
Emenon, comte de Poitiers, 6 n. 2.
Enée, évêque de Pari-, 56.
Engevins, v.
Er bauges y \
Ercambert, évêque de Baveux, 56.
Erchatiraus, évêque <lc Châlons-
sur-Marne, 56.
Erdre (1 '). Herdis, Hereda, Brde,
Ange> ins,
I [erbauge.
154
rivière, 43 ab. n. 1, 73 b, 74 n. 1,
75 n. 2, 128 n. 1. 147 n. 1.
Erispoé, Herispogius, duc de Bre-
tagne, x, xix, xxviii n. 2 et 3,
lxiv, 14 n. 3, 15 n. 1, 27 n. 1,
30 n. 2, 3i n. 2, 42 ab. n. 2,
43 ab. n. 1 et 2, 44-48, 50 ab.
. n. 1, 2 et 3, 63 ab. n. 1, 70 n. 4,
87 n. 1, 95 n. 2.
Erpuin, évêque de Senlis, 56.
Etienne, chanoine de Nantes, xl n. 1.
Eudes Ier, comte de Chartres et de
Blois, 114 n. 2, 126 n. 2, 129
n. 2, 134 n. 1.
Eudes, évêque de Beauvais, 56.
Eufronius, Euphronius, archevêque
de Tours, 2 a. n. 2, 3 b. n. 3 et 4.
F.
Felecan, v. Flestan.
Félix, évêque de Nantes, xix, lviii,
1 ab. n. 2, 2 a. n. 1, 3 b.
Félix, évêque de Quimper, lui, lv,
37 b, 38 a. n. 3, 55 n. 1.
Festinien, archevêque de Dol, 62
n. 2.
Flavigny (Côte-d'Or), abbaye, 54 n. 2.
Flestan, Felecan, chef de pirates
danois, xliii, xliv n. 2.
Fontenay - le- Comte , Fontanetum
(Vendée), 7 a. n 3, 8 b.
Fontenoy-en-Puisaye (Yonne), 7 n.
3, 8n. 1.
Fortunat, évêque de Poitiers, 2 a.
n. 1, 3 b. n. 1, 3 et 4.
Fosse (la), v. Indre.
Foucher, Fulcherius , évêque de
Nantes, lvii, lx, 64 n. 1, 73 ab.
n. 1 et 2, 74 n. 2, 75, 77 b, 78
ab. n. 1, 79 n. l,80n. 1, 84 n. 2.
TABLE ALPHABÉTIQUE
Foulques le Bon, Fulco, comte d'An-
gers, xxvti. xlv, xlvi, 107 ab.
n. 1, 108 b. n. 3, 109 ab, 110 ab.
n. 1, 111 ab, 112 ab. n. 2, 122
n. 1, 123 a.
Foulques Nerra, Fulco, filz Geffroy
Grisgonelle , comte d'Angers ,
xlvi, 126 n. 2, 128-133, 135 a,
136 n. 1, 138 ab, 139 ab, 140 b.
n. 1.
Foulques le Roux, Fulco Ruffus,
comte d'Angers, 122 ab. n. 1.
France, Francia, région septentrio-
nale de la Gaule, 6 ab, 81 a, 82
ab ; la Gaule tout entière, 35 a,
81 a.
Francs, Franc/, xxxvi, 32 ab, 33 ab,
37 b, 38 a, 62 n. 2, 66 n. 3 et 4,
82 n. 1, 97 n. 4, 99 a, 100 ab ;
Francorum jus regium, 32 a,
polestas regia, 38 a ; Francorum
or as tnaritimas, régions mari-
times de la Francia, 7 ab ; Fran-
corum regnum, empire franc, 4
ab, 31 a, la Gaule, 35 a, 40 ab,
99 ab, 109 ab.
Frotarius, Frotharius , archevêque
de Bordeaux, 51 b, 56.
Fulbert, évêque de Chartres, Lxin. 1.
Fulcricus, évêque de Troyes, 56.
G.
Gallice, Gallicia, province d'Espa-
gne, 20 ab. n. 2.
Gallicii, habitants de la Gallice, 20
ab.
Galuron, fidèle du comte de Rennes
Conan, xlvii, 115-117.
Gaule, Gallia, 2 a, 3 b, 5 a, 43 ab,
53, 82 n. 1 ; Gallorum fines ma-
TABLE ALPII
ri /i m OS, régions maritimes tic la
Gaule, 12 a, 143.
Gautier Ier, Walterius, Gaultier,
évéque de Nantes, fils de l'arche-
vêque de Dol, Wicohen, lx, 104
n. 1, 111 ab, 112 ab. n. 1, 114
n. 3, 115 ab, 128 n. 2, 144 n. 1,
145 n. 1.
( i;mticr II, évéque de Nantes, xlviii,
135 ab. n. 1, 136 ab. n. 1, 137
ab. n. 1, 138 ab. n. 1, 139 ab,
140 ab. n. 1 et 2, 141 b.
Gauzbcrt, comte du Maine, 30 n.
3.
Gedecaelus, v. Judicaël, comte de
Nantes.
GcoiTroi Bérenger, Gosfridus cornes
Hritanniae, Geffroy, comte de
Hennés et duc de Bretagne, xi.iv
n. 3, 121 n. 3, 132 ab. n. 3, 133-
136,137 n. 1, 138 n. 1.
Gcofïroi G riscgonclle, Gosfridus Grl-
sonella, Geffroy Grisgouelle,
comte d'Angers, xi.vi, 99 n. 1,
100 n. 1, 121 ab. n. 2, 122 ab.
n. 1, 123 a. n. 2, 128 ab.
Gcofïroi Martel, comte d'Angers,
140 n. 1.
Gcrbcrge, femme du roi Louis d'Ou-
tremer, 98 a. n. 2, 99 b, 101 ab,
102 a.
Girard, seigneur de TifTauge, 23 ab.
n. 1, 24 b.
Girbald, évéque de Chalon-sur-Saône,
57.
Gislard, Gislardus, évéque intrus
dr Nantes, i vin, i i\, 't0 n. 1 , 'i 1
ab. n. 2 et 3, \'l ab, VA ab. n. 2,
60, 79 ab.
GÎBlebert, évéque de Chartres, 56.
('•Ion un monaslerium, \. Saint-
Florent-le- Vieil.
Goëllo, comté de Bretagne, m. m.
a ni; t loi i. iô5
Gohard, Gunkardus, évéque de
Nantes, 13 a. n. 3, 15 ab, 16 a.
n. 2, 17 b.
Grois (le), bras de mer entre Beau-
voir et lîle de Noirmoutier, 20 n. '■'>.
Gonfler, Gun ferius, Gunfroy, sei-
gneur d'IIerbaugc, neveu ducomte
Lambert, 22 ab, 23 ab. n. 1, 24
ab. n. 3, 25 ab.
Gorfand, fidèle du duc Erispoé, 48.
Gosfridus, v. Gcofïroi.
Gourmaëlon, comte de Cornouaillc,
puis duc de Bretagne, 81 n. 1.
Guérande, Guerranda, Gucrren-
dia, Quiriaca aula (Loire -Infé-
rieure), i.vn, lix, 42a, 43 b.n. 2,
49 b, 54 n. 1, 64 n. 1, 112 ab,
145 n. 1.
Guérech, comte de Nantes, xx, xxvn,
XLV, XL VII, XLVIII, LVII, LXI, LXIV,
93 n. 1, 112 a. n. 3, 113 ab, 114
n. 3, 115 ab, 116ab, 117 al», n. 1,
118-129.
Guérech, fils du duc de Bretagne
Alain le Grand, 75 n. 1, 77 n. 1.
Guérinière (gués de la), Vendée, 24
n. 1.
Gui Ier, comte du Maine, 29 n. 3.
Gui II, Guido, comte du Maine, 29
ab. n. .'i.
Guillaume, archidiacre du chapitre
de Nantes, xl n. 1 .
Guillaume Fièrebracc. Guillelmus,
comte de Poitiers. 1 19 ab. n. 2 et 3.
Guillaume Tête d'Ëtoupes, Guillel-
mus, Willelmus Caput de Stu-
pis, comte de Poitiers, 96 ab. n. 2,
97 n. 3, 119 n. 2 et 3, 120 ab.
Gun ferius, Gunfroy, v. Gonfier.
Gunkardus, v. Gohard.
Gurguethan, Gurguethen, fidèle du
duc Erispoé. 'iô b. 'iS.
Gurvand, comte de Beniies, 66 n. 2.
156
TABLE ALPHABÉTIQUE
H.
Haimeri III, vicomte de Thouars,
comte de Nantes, 131 b. n. 1, 132
a. n. 1, 133 a. n. 1.
Haimon, Hamon, Haymon, vicomte,
frère utérin des comtes de Nantes
Hoël et Guérech, 128 ab. n. 3,
129 a, 130 b, 131 ab, 132.
Halep, fidèle du duc Erispoé, 48.
Hasting, chef de Normands, 66 n. 3.
Hégilon, archevêque de Sens, 51 b,
56.
Helgomar, fils de l'évêque de Nantes
Gautier II, 140 a, 141 b.
Hérard, archevêque de Tours, xxxvm,
lvii, lviii, 49 ab. n. 1, 50 ab.
n. 2, 51 b, 52 a, 56, 62 n. 2, 63
ab, 64 n. 2.
Herbauge, Herbadillica regio, com-
té au sud de Nantes, 18 ab. n. 2,
23 ab.n. 1, 24 n. 2 et 3,42 n. 2,
96 ab, 97 n. 2;
— comtes, v. Renaud Ier, Renaud II.
Herdis, Herde, Hereda, v. Erdre.
Herio insula, v. Noirmoutier.
Herispogius, v. Erispoé.
Hermeland (saint), 15 n. 2.
Hermengaire , doyen du chapitre ,
puis évèque de Nantes, lix. lx, 65
n. 3.
Heroïc, Heroicus, abbé de Redon,
xlvii, lvii, 124 ab. n. 2, 125 ab,
126 ab. n. 1.
Hervé, Hervé us, Hervisus, évêque
de Nantes, 128 n. 2, 134 a. n. 2,
135 b.
Hervé, successeur du duc Bégon, 24
n. 2.
Hesdren , Heslrenus , Hostronus,
Hoctron, Othron, évêque de Nan-
tes et de Saint - Pol- de - Léon,
xlvii, lx, 93 ab. n. 1, 103 ab,
104 n. 1.
Hildebrand, évêque de Sées, 56.
Hildegaire, évêque de Meaux, 56.
Hilduin, évêque d'Evreux, 56.
Hincmar, Hincmarus, Hingoma-
riis, archevêque de Reims, 50 b,
51 n. 2, 56.
Hincmar, évêque de Laon, 56.
Hlotarius, v. Lothaire Ier, empe-
reur.
Hoctron, Hostronus, v. Hesdren.
Hoël Ier, comte de Nantes, fils d'A-
lain Barbetorte, xx, xxvn, xlv,
xlvii, lxiv, 93 n. 1, 112 a. n. 3,
113-118, 126 b. n. 1 et 2, 127
ab, 128 ab, 129 ab, 131 a. n. 1.
Hoël II, comte de Nantes, puis duc
de Bretagne, fils d'Alain Canhiart,
xxxi, xxxiv, xxxv n. 4.
Hoël, fils bâtard du comte Hoël Ier,
126 b, 127 a, 131 n. 1.
Hubert, chanoine de Nantes, xl n. 1.
Huengen, fidèle du duc Erispoé, 48.
Hugues, chanoine de Nantes, xxxn,
94 ab.
Hugues, comte du Mans, 91 n. 2.
Hugues, évêque de Nantes, 128 n. 2.
Hugues Gapet, duc de France, 108
n. 2.
Hugues de Flavigny, chroniqueur,
54 n. 2.
Hugues le Grand, duc de France, 97
n. 4, 100 n. 1.
Hunfrid, évêque de Thérouanne, 56.
Indre, Antvuin, Insularum coeno-
bium, la Fosse, Mousiicr des
Isles (Loire-Inférieure) , monas-
tère, 15 ab. n. 2, 17 a. n. 1, 18.
TABLE ALPHABÉTIQUE
\bi
Innocent III, pape, xxxix.
Ironne (I), Irumna, Dirimine, ri-
vière, 97 ab. n. 1, 119 m. 3, 121 a.
[gaac, évêque de Langres, 57.
Isac(r), Isarvus, rivière, 10 ab, n. 4.
Isaias, évêque de Nantes, 79 b. t'A)
n. 1.
laies (Mousticr des), v. Indre.
Jean , abbé de Lande vennec, 93 n. I .
Jean, chanoine de Nantes, XL n. 1.
Jean, évêque de Cambrai, 56.
Jean XIII, pape, M "2 n. 3.
Jean-Baptiste (tète de saint), 15 1),
16 a. n. I, 147 n. 3, 148.
Jean de Ghàtcaugiron, sire de Dcr-
val, xi n. 1, xiv n. 1.
Jérusalem, Jherusalem, 137 a,
138 b.
Jublains (Mayenne), lit.
Judicaël, Gedecaelus, comte de
Nantes, fils bâtard dlloël 1^,
xxviii, x liv n. 3, XL vi, xlviii, 126
I). 127 a, 130 b, 131 a. n. 1, 132
ab, 133 ab. n. 1, 134 ab. n. 1 et
2, 147 n. 4.
Judicaël Ier, comte de Rennes, 07
n. 2, 09 b, 70 n. 4.
Judicaël II Bérenger, Juhael l>c-
rengarii, comte de Rennes, xi.m.
xi.iv, 108 ab. n. 1 et 2, 112 n. 3.
113 ab, 114 n. 1 et 2.
Judith, Judich, femme illégitime du
duc Alain Barbetorte, 112 n. 3.
113 al», L26 a. 127 b. 128 al».
Judith, femme d'Alain Ganhiarl .
xxxi, 13'i n. 2.
Junguenée, Junguineus, Lunfre-
nous, archevêque de Dol, 139 al»
n. 1.
K.
Kau (bataille de), xliii.
Karolus, v. Charles.
Kathodic, fidèle du duc Erispoé, '18.
Komesnanus , fidèle du duc Erispoé,
45 b, 48.
Konanus, v. Conan.
Ladio, I.adinn, v. Layon.
Lair (M. J.), lxv.
Lambert Ier, comte de Nantes, 6 n.
1, 8 n. 1.
Lambert II, Lambert us, comte de
Nantes, xlii, lviii, lxiii,6 ab. n.
1, 8 ab, 9 ab. n. 1, 10 a. n. il,
11-15, 20 a. n. 1, 22 ab. n. 2, 27
ab. n. 1, 28 ab, 29 ab, 30 ab. n. 2
et 3, 31 ab n. 1 ; comte d'Anjou,
14 n. 4.
Lande vennec (Finistère), abbaye, 82
n. 1, 112 n. 3;
— abbé, v. Jean.
Landran, archevêque de Tours, 35
n. 1.
Landran, Landramnus, évêque de
Nantes, i.x, 05 n. 3, 66 ab. n. 3 et
'.. 07 ab, 68 b, 69, 70 n. 3.
Larchier (Guillaume), doyen du cha-
pitre de Nantes, x.
Lay (le), Ledit flumen, Lédr,
fleuve, 18 n. 2, 97 ab. n. 2, 1 19
n 3. 120 a.
Layon (le), Ladio, Ludion, rivière,
96 al», 97 n. 1, 119 n. 3. 120 a.
Le Baud ^Pierre), chroniqueur, xi-xv,
XVII, XVIII, XXIV-XXVI, XLII-XI.IV.
Ledii /lumen. I.édy. Douve, v. Lay
(lr).
158 TABLE ALPHABÉTIQUE
Léon IV, Léo, pape, li, lviii, 34 ab.
n. 2 et 3, 35 ab. n. 2, 36 a, 38
n. 3, 39 n. 1, 40 n. 1, 41 n. 2,
53 n. 1, 57 ab. n. 1, 59 n. 1, 60,
63 n. 1.
Léon IX, Léo, pape, xxvn, xxxiii-
xxxv, xxxvii, 141 ab. n. 2.
Léon, comté de Bretagne, xliii.
Leonensis episcopus, v. Saint-Pol-
de-Léon, évèques.
Leotbertus, archevêque de Mayence,
51 b, 56.
Leprince (Jehan), chanoine de Nan-
tes, x.
Létard , archidiacre de l'église de
Nantes, xxxn, 94 ab.
Libéral, Liberalis Ocismorensis ,
évêque de Saint - Pol - de - Léon .
lui, lv, 37 b, 38 a. n. 3, 55 n. 1,
Liger, v. Loire.
Liudo, évêque d'Autun, 57.
Lobineau (dom), vin, ix, xv, xvi
n. 2, xxvi, xlii n. 2, xliii n. 1.
Loire, Liger, Laite, fleuve. 7 n. 1,
12a, 15 n. 1 et 2, 16 b, 17 n. 2,
18 n. 2, 19 ab, 23 ab, 25 ab, 29
b. 30 a, 31 ab. n. 3, 43 n. 1, 46
n. 1, 47 n. 1, 66 ab. n. 3. 67 a.
n. 3, 68 b, 73 a. n. 2, 82 n. 1,
83 ab, 84 n. 1, 85 b, 86 a, 87 ab,
88 ab, 91 ab, 94 a, 96 ab, 112 ab,
119 ab. n. 3, 120 a, 123 ab, 127
b, 128 a. n. 1, 144.
Lorraine, Lotliarii regnum, 98 ab.
Lot (M. F.), 99 n. 1.
Lothaire Ier, Clotharius, Hlota-
rius, empereur, fils de Louis le
Pieux, 4 ab, 5 ab. n. 2, 31 a. n.
2, 40 a. n. 2, 41 b, 43 a, 44 b.
Lothaire, Lotharius rex, roi des
Francs, 97 n. 1, 99 n. 1, 117 n. 1,
121 ab. n. 2, 123 a, 124 b, 126
n. 1, 143.
L.otharii regnum, v. Lorraine.
Louis Ier le Pieux, Ludovicus inipe-
rator, empereur des Francs, 3 a,
4 ab, 5 ab. n. 1 et 2, 6 n. 1 et 2,
29 n. 3.
Louis IV d'Outremer, Ludovicus
transmarinus, Loys transmarin,
roi des Francs, 97 a. n. 4, 98 ab.
n. 1 et 2, 99 ab, 101 ab, 102 ab,
143.
Louis V, roi des Francs, 126 n. 1.
Louis VI, roi de France, xxxvi n. 2.
Louis Ier, roi de Germanie, fils de
Louis le Pieux, 4 ab, 5 ab. n. 2.
Ludovicus, v. Louis.
Lu n frêne us, v. Junguenée.
M.
Mabbon, évêque de Saint-Pol-de-
Léon, 104 n. 1.
Macloviensis episcopus, v. Aleth.
évêque .
Maine, Cenomannense territorium.
comté, xlix, l, 29 n. 3, 32 a. n.
2, 51 b, 129 a.
Maine (la), Mainne, rivière, 86 a.
Mans (le), comté, v. Maine ;
— comtes, v. Gauzbert, Gui Ier,
Gui II, Hugues ;
— diocèse, 54 ;
— évèques, v. Aldric, Domnolus,
Robert.
Maracharius, évêque d'Angoulême,
3 n. 3.
Marcellin (saint), pape, 35 a, 36 b.
n. 1.
Marcherais, chanoine de Nantes,
xl n. 1.
Marguerite, duchesse de Bretagne,
xi n. 1.
Marmohec , Marmoech , Mar -
TAHÏ.K ALPHABÉTIQUE
159
mouech, fcmmo du duc Erigpoé,
44 n. 2, 45 I), 46 d. 2, 48.
Marlène (dom), xin, xiv, xv n. 1,
xvi n. 2, xxv.
Malliias I(;r, comte de Nantes, fils du
comte de Nantes Budic, xxvn n. 2,
xxxi, 140 ab. n. 2, 141 ab. n. 1.
\lalhias II, comte de Nantes, xxvi
n. 2.
Malhuedoi, Malhuedons, comte de
Poher, père d Alain Barbctortc,
75 n. 1, 82 ab. n. 2, 89 n. 1.
Matucdoi, fidèle du duc Erispoé, 48.
Maugc, Médalgie us pagus, Metal-
lica regio, Maulge, Médalgie,
xi. vin. 18 ab. n. 2, 23ab, 96 ab,
97 n. 1, 119 n. 3, 120 a, 122 ab.
Mauron (saint), fondateur du mo-
nastère de Montglonnc, 31 n. 3.
Mayenne, Meduana, rivière, 29 b,
30 a. n. 1 et 2, 32 a, 85 b.
Meciacus, Meczac, v. Messac.
Medalgicus pagus, Médalgie, v.
Mauge.
Mée (la), archidiaconé du diocèse de
Nantes, 43 n. I.
Meschinot (Jean), chantre du cha-
pitre de Nantes, x.
Messac, Meciacus, Meczac (Ille-ct-
Vilaine), 10 ab, 14.
Mctallica regio, v. Mauge.
Migron, Migro (Loire-Inférieure),
76 n- 1.
Montglonnc, v. Saint - Florent - lc-
Yieil.
Mont-Saint-Michel (Manche), abbaye,
xux, 128 n. 2.
Morinensium episcopus, v. Thé-
rouanne, cvèqucs.
Mormoet, Mormohet, 46 n. 2 ; v.
Marmohec.
Motte (Jacques de la), chanoine de
Nantes, x.
Mûrier (le), une des tours de l'en-
ceinte de Nantes, 95 n. \.
N.
Nain (le comte), v. Komesnanus.
Nantais, Namnetici, Namrictenses,
xxix, xxx, xxxi n. 2. xxxv, 9 a,
10 ab, 11 b, 20 n. 3, 25 ab, 27
ab, 28 ab, 30 n. 3, 85 ab, 10'i,
111 ab, 112 ab. n. 2, 118 ab. n.
2, 119 n. 1, 129 b, 136 ab, 137
ab, 138 ab, 141 n. 2.
Nantes, Na m n c tic a , Na m ne te ri s is
urbs, civitas, Introduction pas-
sim, 5 n. 3, 8 b, 9 ab, 10 n. 3,
12 ab.l3a, 42 ab, 44 a. 45 b, 46
n. 1, 47 n. 1, 57 a. n. 3, 65 n.
3, 66 ab, 72 a, 83 ab, 84 ab. 87-
92, 94ab,95ab. 103-107, 109 ab.
111 ab. n. 1, 112 n. 1, 115-117.
119 ab, 121 a, 122 ab, 126-133,
135 ab, 137 ab, 139 ab, 144, 146,
147;
— cathédrale, ecclesia sanctorum
Pétri et Failli, 1-3, 12 a. 13 ab,
16 ab. n. 2, 19 ab, 21 ab, 22 al».
n 1, 46, 65, 69, 70, 73 a. n. 2.
76, 85 ab, 92 ab, 9'i ab, 103 ab,
111 ab. 121 ab. n. 1 ;
— comté, comitatus, marca, pagus,
lerritorium, 6-9, 10 a, 13 b. 14,
18 ab, 20 ab, 2'i n. 2, 27 ab, 29
ab, 32 ab. n. 2, \1 n. 2. '. '. a. n.
2, 67 n. 3, 75, 88 n. 1, 9'* a. 95
al.. 107 n. 1, 108 ab, 114 n. :,'.
118 a, 119 ab. n. 3. 121 n. 3. 122
n. 1. 126 n. 2. 127 n. 1. 129 n
2, 133 ab. n. 1. 13 i n. 1, 139 a.
140 b.
— comtes, v. Alain l'Enfant. Amau-
ri, Budic. Guérech, Haimeri, Hoël
160
TABLE ALPHABÉTIQUE
Ier( HoclII, Judicaèl, Lambert Ier,
Lambert II, Mathias Ier, Matliias
II, Renaud, Richuin ;
— diocèse, parochia, sedes, 24 n.
3, 26 ab, 41-44, 49 ab, 50 ab, 54,
64, 79 ab, 95 a, 96, 114 n. 3, 118
a, 120 ab, 137 ab ;
— églises, 48 a, 72 a; v. Notre-
Dame , Saint- André , Saint-Clé-
ment, Saint-Cyr, Saint-Donatien
et Saint-Rogatien , Saint-Jean -
Baptiste ;
— évêques, v. Actard, Adalart, Ai-
rard, Benoît, Brice, Budic, Félix,
Foucher, Gautier I, Gautier II,
Gislard, Gohard , Hermengaire,
Hervé, Hesdren, Hugues, Isaias,
Landran, Quiriac ;
— fortifications, castrum, 74, 75,
78 ab. n. 1, 84 ab. n. 2, 85 ab,
86 ab, 92 a, 93, 95 ab, 111 ab,
129 n. 3, 133 n. 3, 136 ab, 147
n. 1 ; donjon, 92 a, 93, 127 ab ;
poterne de l'évcché, 95 a ; v. Bouf-
fay (le), Charière (porte), Mû-
rier (le) ;
— palais épiscopal, 136 ab, 138 ab.
Neustrie, Neustria, région occiden-
tale de la Gaule, xliii, xliv, 4 ab,
6 ab, 51 b, 54 ; royaume, 4 a, 5 b.
Neustriens, Neustrienses , Neustrii,
5 ab ; Neustriorum oras mari-
timas, régions maritimes de la
Neustrie, 7 ab, 12 ab.
Nicolas Ier, Nicolaus, pape, xvn,
XXXVIII, LU, LV, lvii, lviii, 35
n. 2, 38 n. 1 et 4, 43 ab, 46 n. 1,
51 ab. n. 2, 57 ab. n. 2, 58 n. 3,
59 n. 1, 62 n. 2.
Noirmoutier, Herioinsula, île (Ven-
dée), 19 ab, 20 a. n. 3, 21 b.
Nominoé, Nemenoius , Nomenoius,
duc des Bretons, xix,xxxvi-xxxvm,
xlviii-lvi, lîx, lxiii, 7 ab. n. 2,
9 ab, 12 ab. 14 n. 3 et 4, 21 n. 1,
27 n. 1, 28ab,29a, 31-42, 44b,
45 b. 50ab. n. 1, 52 n. 1, 53 n. 1,
54 n. 3, 59 n. 1, 60, 62 n. 1, 63
ab. 78 n. 1.
Nominoé, Nominoius, fidèle du comte
de Nantes Judicaèl, 147, 148.
Normandie, Normannorum regio,
146 n. 1 ; v. Rouen.
Normands, Demi, Normanni, pa-
gani, Norvégiens, pirates Scan-
dinaves, XIX, XXVIII. XXXII, XLI-
xliii, xi. v, xlvii, 4, 6 a, 7 b. n. 1,
12-20, 25 ab. n. 2, 26 ab, 44 a
46 n. ï, 47 n. 1, 48 b, 55, 56,
57 a. n. 3, 65 n. 3, 66 ab. n. 3,
67 ab. n. 2 et 3, 68 ab, 70 n. 4,
72 a, 73 a. n. 2, 75, 78 ab. n. 1,
80-91, 93 ab, 96 ab, 102 ab, 107
a, 136 a ; habitants de la Norman-
die, lxiv, lxv, 97 n. 4, 104 n. 1.
108 n. 2, 110 n. 1, 111 ab. n. 1,
112 ab. n. 1 et 2, 118 a n. 2, 119
n. 1, 129 ». 3, 143-146.
Norwégiens, v. Normands.
Notre-Dame, Sanctae Mariae eccle-
sia, église de Nantes, 95 a. n. 3,
106 b, 107 a; fontaine près de
Nantes, xlvii, 90 ab, 91 n. 1,95 b.
o.
Océan (1), Oceanum, lamer Occéa-
ne, 6 a, 7 b, 12 ab, 81 a, 82 b;
Atlantique, Oceanum occiduum,
Occidentale mare, 15 a, 97 ab.
Ocismorensis. Occismensis epis-
copus, v. Saint-Pol-de-Léon, évê-
ques.
Ogier, chanoine de Nantes, xxxn,
94 ab.
TABLE ALPHABÉTIQUE
161
Oreguen, Ohurguen, Orgaitt, Dro-
guai, femme du duc Alain le
Grand, G8 b, 70 n. 3, 75 n. 1.
Orléanais, Aureliénuys, 86 ab.
Orléans, Aiirclianum, xlv, 83 ab,
86 ab, 113 ab ;
— évoque, v. A glus.
Orscand, évoque de Quimper, xxxiv.
Ossismorum civitas, cité delà 1 1 Ie
Lyonnaise, liii-lv.
Olhron, v. Hesdrcn.
Otter, chef de Normands, 82 n. 1.
Otton Ier, Otho, Oihonius impera-
tor, roi de Germanie, empereur
d'Occident, 97 n. 4, 98 ab. n. 2,
99 ab, 100 n. 1, 101 a.
Otton II, empereur d Occident, 97
n. 4, 100 n. 1.
Oudon, Uldo, Udon, rivière, 29 b,
30 a. n. 1.
P.
Paris, Parisius, xxvn, xlvi,97 n. 4,
98 ab, 99 n. 1, 100 n. 1, 101 ab,
121 n. 3;
— évoque, v. Enée.
Pascwiten, Pasceuetenus, Pascue-
ianus, Paschuetain, comte de
Vannes, 45 b, 47 n.l, 48, 62 n. 1,
66 n. 2, 67 n. 2, 69 b, 70 n. 2.
Pascwiten. Pascuitanus, fils du duc
Alain le Grand, 75 n. 1, 77 n. 1.
Pastorcl (François) , chanoine de
Nantes, x.
Pépin, Pipinus, roi d Aquitaine, fils
de Louis le Pieux, '» ab, 5 ab. n. 2.
Pictavcnsis episcopus, v. Poitiers,
cvèquc.
Pierrefitte, Petra Ficta , Pierre fi-
chée (Deux-Sèvres), 97 ab, 120 a.
Plessé, Seium castellum (Loire-In-
férieure), 74 n. 3.
Poher, comté de Bretagne, 82 n. 2.
Poitevins, Pictavenses, 6 ab. n. 2,
9 a, 10 ab, 11 b, 119 n. 3, 120
ab, 129 b.
Poitiers, comté, v. Poitou ;
— comtes, v. Emenon, Guillaume
Fièrebrace, Guillaume Tète d'E-
toupes, Ramnulf;
— diocèse, 24 n. 3 ;
— évêque, v. Fortunat.
Poitou, Pictavensis comitatus, Pic-
taviiun territorium, 6 b, 7 a, 8 b,
9 ab. n. 1, 97 n. 2, 129 a.
Praecursoris rtativitas, v. Jean-
Baptiste (fête de saint).
Predren, fidèle du duc Erispoé, 48.
Prostlon, fille du duc Salomon, 62
n. 1.
Q.
Questembert (Morbihan), 67 n. 2.
Quimper, diocèse, Coriosopitcnsis
civitas, liv ;
— évoques, 105 a ; v. Félix, Ors-
cand.
Quiriac, évèque de Nantes, fils d'Alain
Canhiart, xxxiv, xxxvi n. 2,
xx.vix.
Quiriaca aida, salle Quiriacque,
v. Guérande.
R.
Raiiuildus, v. Renaud.
liainarius, Iiainerius, v. Renier.
Rainelmus, cvèquc de Tournai, 56.
Rainon, évèque d Angers, 66 n. 3,
67 ab. n. I .
11
162
TABLE ALPHABÉTIQUE
Ramnulf, comte de Poitiers, 6 n. 2,
9 n. 1.
Redon (Ille-et- Vilaine), 32 n. 1, 126
ab. n. 1 ;
— abbaye Saint-Sauveur, Redoni
monasterium, xlix, li, lu, lvii,
36 b, 37 a, 38 n. 2, 47 n. I, 69
n. 1, 79 a. n. 1 ;
— abbés, v. Adémar, Convoion,Hé-
roïc, Thibaut.
Redonensis episcopus v. Rennes,
évêque.
Reims, archevêque, v. Hincmar ;
— concile, xxvn n. 2, lvi, 58 n. 1,
141 ab. n. 2.
Rémi, Remigius, archevêque de
Lyon, 50 b, 56-
Renaud Ier, comte de Nantes et d'Her-
bauge, puis duc, xlii, 6 ab. n. 2,
9 ab. n. 1, 10 ab. n. 3, 11 ab,
14, 23 ab, 24 n. 2.
Renaud II, comte d'Herbauge, 6 n. 2.
Renaud, évêque d'Angers, fils de Re-
naud Torench, 122 n. 2.
Renaud Torench, Rainaldus Tur-
ringum, Turignum, seigneur du
pays de Mauge, xlviii, 122 ab.
n. 2, 123 ab. n. 3.
Renier, seigneur du pays de Mauge,
23 ab. n. 1, 24 b
Rennais, 119 n. 1.
Rennes, Redonis urbs, Redonensis
civitas, xlix, l, 115 a, 118 ab,
124 ab, 125 a;
— comté, Redonicus pagus, terri-
torium, 7 ab, 11 ab, 24 n. 2, 32
ab. n. 2, 96 ab, 108 n. 3, 114 ab,
135 ab ;
— comtes, v. Alain, Bérenger, Co-
nan, Geofïroi-Bérenger, Gurvand,
Judicaël Ier, Judicaël II-Bérenger ;
— évêque, v. Victorius.
Retz, pays au sud de Nantes, 42 n. 2 ;
doyenné du diocèse de Nantes, 119
n. 3.
Richer, chroniqueur, 100 n. 1, 129
n. 3, 132 n. 2, 134 n. 1.
Richuin, Richowinus, comte de
Nantes, xlii, 8 ab. n. 1.
Rieux (Morbihan), 74 n. 3.
Riwalon, fils du duc Salomon, 62 n. 1.
Riwalon, père du duc Salomon, 50
n. 2.
Riwelen, fidèle du duc Erispoé, 48.
Roald, chef de Normands, 82 n. 1.
Robert, évêque du Mans, 56.
Robert le Pieux, roi de France, 12 1
n. 3.
Rodald, comte de Vannes, 77 n. 1.
Rogatien (saint), martyr, 69, 72 n. 2.
Rollon, premier duc de Normandie,
81 n. 2.
Romacharius, évêque de Coutances,
3 ab. n. 3.
Rome, Roma, xxxv, xxxvu, 1 ab,
34 ab, 40 n. 1, 57 a. n. 1 et 2 ;
— Romana ecclesia,\e Saint-Siège,
35 a, 53, 55, 58, 59 n. 1 ;
— monastère de Saint-Paul, xxxiii.
xxxv.
Romel, fidèle du duc Erispoé, 48.
Rothad, évêque de Soissons, 56.
Rouen, archevêque, v. Wénilon.
— provincia Rothomagensium, la
Normandie, 81 ab. n. 2.
S.
Saint- Aignan, prairie près de Nantes,
90 ab, 91 n. 1.
Saint-André, monastère et église de
Nantes, 73 b, 74 n. 1, 75, 76, 147
n. 2.
Saint-Aubin, monastère d'Angers,
129 n. 1.
TABLE AL
Saint-Bcnoîl-sur-Loirc, S. Bene-
dicli monaste/'ium (Loiret), ab-
baye, lOi n. 1, 113 al».
Saint-Brieuc, SanctUê /iriocus, 89
ab, 91 n. 1 ;
— diocèse, lu, liv-i.vi, 39 n. 1 ;
— évoque, 105 a ;
— monastère, 37 b, 39.
Saint-Clair-sur-Epte (Scinc-ct-Oisc) ,
81 n. 2.
Saint-Clément, église de Craon, 29
n. 1.
Saint-Clément, monastère et église
de Nantes, 29 ab. n. 1.
Saint-Cyr et Sainte-Julittc, S. Cyrici
ecclesia, église de Nantes, 147 n. 1.
Saint-Donatien et Saint-Rogatien,
église de Nantes, lx, 72 a, 73 b,
74 n. 1, 75, 80, 105 b, 106 a,
144-146.
Saint- Florent-le- Vieil, S. Florentii
abbatia, Glonna, Montglonne
(Maine-et-Loire), abbaye, 31 ab.
n. 3, 139 a;
— château construit par Foulques
Nerra, 140 ab. n. 1.
Sainl-Cicorgcs-dc-Montaigu, Dure-
iium (Vendée), 24 a. n. 3, 25 b.
Saint-Jean-Baptiste, église de Nantes,
16 n. I, 147, 148.
Saint-Malo, v. Aleth.
Sainte-Marie, v. Notre-Dame.
Saint-Martin, monastère de Tours, 41
n. 2, 43 n. 2, 80 n. 1 ;
— écoles de ce monastère, 140 a,
141 b.
Saint-Pierre, église d'Angers, L6n. 2.
Saint-Pierre et Saint-Paul, v. Nantes,
cathédrale.
Saint Pol-de-Léon, >'. Paul, s. Poul
(Finistère), lO'i ab. ni;
— diocèse, eivitiu Ossismorum,
LUI, Liv ;
PHABÉTiQUE 163
Saint-Pol-dc-Léon, évèques, !.<<>-
ii /-n sis, (Jcismorcnsis episcopus,
105 a ; v. Conan, llcsdrcn, Libé-
ral, Mabbon.
Saint-Serge, monastère d'Angers,
XLI.
Saint-Tugdual-Pabut, S. Tutua-
lis Pabut monasterium, v. Tré-
guier.
Saintes, Santonas, Seinctes (Cha-
rente-Inférieure), 20a. n. 2, 21 b;
— concile, xxxix.
Salocon, Salaco Dolensis, Saloco
Diuletensis, évèquc de Dol, i.m,
lv, i.vi, 37 b, 38 a. n. 3, 52 b, 54
n. 2 et 3.
Salomon, Sallomon, duc de Breta-
gne, XVI, XVII 11. 1, XIX, XLIII,
i xiv, 45 b, 47 n. 1, 48, 49 ab,
50 n. 1 et 2, 52 b, 55 n. 1 et 2,
57 ab. n. 2, 58, 59 n. 1, 61 n. 1,
62 n. 1 et 2, 63 ab, 64 n. 1, 66
ab. n. 2.
Salomon d'Alethense, v. Salocon.
Salvator, évoque d Aleth, 93 n. 1.
Samnon (le), Semeno, rivière, 43 a.
n. 1.
Sancta Maria, v. Notre-Dame.
S an et us Salvator, v. Redon, abbaye
Saint-Sauveur.
Sapiotimarchcr, fidèle du duc Erispoé,
48.
Savennières, Saponarias, Saveniè-
rr. s •(Maine-et-Loire), 30 ab, i!l b
Saxons, Saxones, peuple <!<• Germa-
nie, (.>8 ab, 99 ab. 100 ab. n. 1.
Seginandus, éyéque de Coûtas
56.
Seine, Secoua, fleuve, 81 n. .'!. 82
n. I, 100 ab. n. 1.
Seium castellum, v. VU -
S( meno, v. Samnon.
Senfrid, chanoine de Nantes, m n 1
164
TABLE ALPHABÉTIQUE
Sennac, fidèle du duc Erispoé, 48.
Sidroc, chef de Normands, 47 n. 1.
Silvestre (saint), pape, 59.
Soissons (concile de), lvii, lviii, 38
n. 3, 50 ab. n. 3, 51 b. n. 2, 52
a. n. 1, 62 n. 2.
— évêque y. Rothad.
Susan, Susannus, évêque de Vannes,
lui, lv, lvi, 21 a. n. 1, 22 b,
26 n. 1, 37 b, 38 a. n. 3, 52 b,
54 n. 3 et 4.
T.
Tararie (port), v. Charière, porte.
Tarvanensis episcopus, v. Thé-
rouanne, évêque.
Teofalgicus pagus, v. Tiffauge.
Teutons , Teutonici , Theutoni-
ciens, peuple de Germanie, 100
ab.
Thekarno, fidèle du duc Erispoé, 48.
Thérouanne (Pas-de-Calais), lix, 41
ab, 43 n. 3 ;
— évêques, v. Actard, Hunfrid.
Thibaut, abbé de Redon, 124 n. 2.
Thibaut le Tricheur, Theobaldus
cornes Blesensis, comte de Blois
et de Chartres, beau-frère du duc
de Bretagne Alain Barbetorte, xlv,
97 n. 4, 102 ab. n. 2, 103 n. 1,
105 ab, 107 ab, 108 ab. n. 3 et 4,
109 a, 113 ab, 114 a. n. 2.
Thouaret , rivière. 18 n. 2.
Thouars (Deux - Sèvres), vicomtes,
119 n. 3; v. Haimeri III.
Tiffauge , Theopha Igia , Teofa Igi -
eus pagus, Thiffaulges, région
au sud de Nantes, 18 ab. n. 2,
23 ab, 24 a. n. 3, 25 b, 96 ab,
119 n. 3, 120 a.
Tiriac, v. Chiré.
Tours, Turonica urbs, xlv, 65,
83 ab, 85 b, 86 a, 114 n. 3.
— archevêques, v. Actard, Amauri,
Eufronius, Hérard, Landran, Urs-
mar ;
— conciles, xxxix, 53 n. 1, 58 n. 1 ;
— diocèse , melropolis , sedes ,
XXXVI, XXXVII-XXXIX , XLIX-LVII,
26 ab. n. 1 et 2, 49 a, 50 ab, 52
a. n. 1, 54, 58 n. 1, 64, 65;
— église, v. Saint-Martin;
— province ecclésiastique, 39 ;
— Turonenses c 1er ici, clergé de
Tours, xxxvii n. 2, lui, liv, lvi,
65.
Trans (Ille-et- Vilaine), 91 n. 2.
Travers (abbé N.), xvi n. 1.
Tréguier (Côtes-du-Nord) , évêché,
lu, liv-lvi, 39 n. 1 ;
— évêque, Trecorensis episcopus,
105 a;
— monastère, S. Tutualis Pabut
monasterium, 39.
U.
Udon, Uldo, v. Oudon.
Ursmar, archevêque de Tours, 26
n. 1.
V.
Val-Dieu, chartreuse au diocèse de
Sées, xv n. 1.
Vannes, Venetensis urbs, Venues,
41 a, 47 n. 1, 64 n. 1;
— comté, 67 n. 2, 107 n. 1 ;
— comtes, v. Alain le Grand, Pas-
cwiten, Rodald ;
— diocèse, liv ;
Vannes, évoques, 79 a; v, Auriscand,
Hlinllvct, Gourantgen, Susan.
Varades (Loire- Inférieure), 116 ab.
Vendôme (Loir-et-Gher), 42 n. 1.
Vcrceil (synode de), xxxvn.
Vicenonia, v. Vilaine.
Vichohenus, v. Wicohen.
Vilaine (la), Vicenonia, Villaigne,
rivière, 10 ab, 14, 'i3 ab. n. 1, 47
n. 1, 79 ab.
Victor ius, évoque de Rennes, 3 ab.
n. 2 et 3.
Vuicomarc, fidèle du duc Erispoé,
48.
W.
TABLE ALPHABÉTIQUE 165
Wcmbrit, femme du duc Salomon,
62 n. 1 et 2.
Wénilon, archevêque de Rouen, 51
b, 56.
Wicohen, JVico/ienus, Wichohcnus,
archevêque de Dol, xliv, 93 n. 1,
104 ab. n. 1, 108 ab. n. 2.
Wigon, fils du duc Salomon, 62 n.
1.
WillelmuSf v. Guillaume.
Walterius, v. Gautier.
Y.
Ysaiasy v. Isaias.
TABLE DES MATIERES
Introduction VII
Editions et manuscrits, utilisés pour reconstituer la
Chronique de Nantes VII
Etablissement du texte XXII
Le Chroniqueur de Nantes \\\
Sources de la Chronique XL
Conclusion LXI
Sommaire LXVII
Chronique de Nantes LXVII
Miracles de l'Eglise de Nantes LXXII
Ghronigon Namnetensk 1
MlRAGULA BCGLE8IAE NamNETENSIS 143
Table alphabétique des noms de lieux et de personnes. ... 1 V.t
CHARTRK8. — 1MPRIMBRII DURAND, RUE KULUtiU .
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Chronicion naranetense.
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• 60.8
La chronique de Nantes.
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